‹ Les artistes français a l'étranger (volume 2)Chapitre 29 sur 452 · MENTIONS HONORABLES · texte numérisé non relu

MENTIONS HONORABLES

Sémirauiis (Catch.

Enlèvement des Sa lunes ( David), rhèdre (Guérin).

La Justice poursuivant le Crime (Prud'hon). Télémaque (Met nier).

La Peste de Jaffa (Gros).

Le Passage du Saiut-Uernard (Théveuin).

Le Poussin (Julien).

La Pudeur (Gartellier).

L’Histoire (Moitte).

La Victoire et la Paix; Bas -reliefs dans Pinterieur de la cour du Louvre (Roland)

Restauration du palais du Luxembourg (Clial-

griu).

Salle du Tribunat (Beaumont).

Théâtre des Variétés (Célerier).

Les Deux journées ( Chénibini ).

L’Auberge de Bagnères (Catel).

l’Académie comme élève protégé par Pierre.

ex

L'A UT Kll A NÇ VIS.

l’atelier du David un grand nombre de peintres médiocres qui n'avaient pris de l’école que ses défauts en les exagérant, et qui, dans la représentation des grands événements de 1’épôque, surtout des batailles, n'avaient produit qu'un étertiel poncif de costumes militaires, d’armes brisées, de ligures théâtrales, etc. Jamais école n’était tombée, du vivant de son fondateur, plus bas et plus rapidement. Après la chute de l’empire, cette légion de barbouilleurs, sans même nettoyer sa palette de la veille, se mit à peindre des Preux, des sujets de lu Gaule poétique, des tableaux royalistes et religieux. Dessin, couleur, inspiration, foi, conviction, talent, tout est scrupuleusement banni de cette peinture théâtrale, maniérée, sotte et ennuyeuse, qui croyait toujours faire de l’antique. Les meilleurs élèves de David, de la seconde génération, n’étaient pas assez forts pour arrêter la décadence de l’école, et pour compenser par la beauté de leurs œuvres la nullité des imitateurs de David.

Une réaction était inévitable au milieu de cette faiblesse. Géricaulten donna le signal. L’admirable musée réuni au Louvre par les conquêtes, et qui était si inutile pour la foule des élèves de David, forma Géricault, qui dès 1813 exposait son Chasseur. Le radeau de la Méduse, exposé en 1819, fit une grande sensation. L’invention, la vie, la vraie poésie, la couleur cherchaient à remplacer le poncif plastique et décoloré. Après Géricault, M. Delacroix exposa en 1833 son tableau du Dante et s'efforça de renouer le fil de la tradition brusquement coupé par David. Les deux Johannot, Roqueplan, Léopold Robert, MM. Schnetz, Paul Dclarochc, Horace Yernet, Ingres et le sculpteur David, le comte de Forbin, Grand, Augustin Régnier, Marilhut et Charlet, qu’il ne faut pas oublier, travaillèrent, chacun dans sa ligne, à créer une nouvelle école française et à retrouver nos traditions, en même temps qu’avait heu le brillant mouvement littéraire de la Restauration contre ce que l’on appelait alors 1a littérature classique.

L’Exposition universelle est trop près de nous et a été trop bien appréciée par des critiques judicieux pour que nous ayons autre chose à en rappeler que quelques grandes individualités. MM. Ingres, Delacroix, Horace Vernet, Decamps, Meissonnicr, Théodore Rousseau, Diaz, Philippe Rousseau, Leleux, ’l’royon, M11* Rosa Donheur, Itatl’et, maintiennent, dans tous les genres, à notre école son ancienne splendeur et sa glorieuse influence. Nous avons repris, dans

XVII*, XVIII’, XIX' SIÈCLES. cxi

toutes ces révolutions nos vieilles traditions d'originalité, de distinction, de modération , d’élégance et de lion goût, et nous y avons gagné la couleur

David eut autant de réputation et d’intluence à l’étranger que pas un des grands peintres français qui l’avaient précédé, u La nombreuse école de David, dit M. Delécluze en rendant compte de l’Exposition universelle se composait non seulement d’élèves français, mais de ceux qui vinrent de toutes les parties de l’Kuro|>e pour recevoir les leçons et se pénétrer des principes de ce maître. Vers I x< K) on voyait dans son atelier Kraft le Suédois *, Skwckle et Frédéric Tieck, l'un Allemand, l’autre Prussien, ainsi que deux peintres espagnols, Aparirio et Don José Madrazzo, et le sculpteur Alvarez, qui se sont fait un nom dans leur pajs en y reportant les principes qu’ils avaient puisés à l’école du maitre français. Serangcli de Milan, Bartolini, le sculpteur Florentin1 * * 4, étaient aussi des élèves distingués de David, et parmi les Belges on compte Gregorius, Odevaere, Navetz, l’œlinck, Moll, Stapleaux et Madou. Ceux qui viennent d’étre nommés, sans tenir compte de beaucoup d’autres dont les noms sont moins célèbres, ont concouru à répandre dans les différents pays de l’Europe les principes que David professait eu enseignant sou art....» A ces artistes nous devons encore ajouter le Grec Bulgari; les Genevois Reverdit), Auriol, Agasse; le Milanais Appiani ; le peintre de Stuttgardl G. F. E. de Vaechter, qui séjourna quatorze ans à Paris avant d’aller à Rome, en 179.'), et devint professeur à l’école des Beaux -Art de Stuttgardl ; le graveur en médailles Brandt, de Berlin; le peintre prussien Guillaume Wach, devenu plus tard le chef de l’école de peinture de Berlin; le sculpteur prussien Louis Wichman, etc.

a L'école académique de David déborda entièrement sur l’Allemagne pendant les premières années du xtx' siècle5.» Cette influence exclusive cessa quand la réaction politique contre lit France napo-

1 Que mes bons amis E. Soulié et Ph. de Chenue vières me pcnnellcnt, en finissant cette esquisse de l'histoire de la peinture, de les remercier de tout ce qu'ils lui ont donné.

1 Les Beaux -Arts dans les deux mondes en 1855, |>. 1.

* Devenu plus tard professeur a l'Académie de Stockholm.

* Voyez l’article de M. H. de La Horde sur Barlolini, dans la Revue des Deux- Mondes, 1855.

s Harzynski, 1. 1.

L'ART FRANÇAIS

léonienne commença; l’Alleinagnc se souleva alors contre l’école française; on opposa VAltdeuIsch au style français, et, en 1814, les frères Boisseréc détrônèrent le style de David en popularisant le goôt du vieux style gothique allemand

Les grands élèves de David n’eurent pas moins d’action et d’influeuce ipie leur maître. J. Gorbitz, N’orwégien, Itégas, Prussien, et l’anglais Uonnington furent les élèves de Bros. Sparrgren , miniaturiste suédois, se forma à l’école d’Isahey. Schirmer, peintre de paysage de Dusseldorf, Louis Krevel, peintre de portraits de Cologne, Camuccini, de Rome, se sont formés à Paris; on pourrait encore grossir cette liste déjà trop longue.

L’influence de notre école contemporaine n’a pas cessé. Les étrangers continuent à se former chez nous, et le livret de l’Exposition universelle constate combien d’étrangers, peintres, sculpteurs, graveurs, architectes, de tous pays, sont élèves de nos Français. Tout le monde a constaté cette influence; je n’ai qu’à citer :

« En donnant, dit M. Deléeluze, un aperçu de l’état actuel de l’art de la peinture en Europe, j’ai insisté, en commençant ces examens, sur l'influence qu’a eue et qu’exerce encore l’école fondée en France par Louis David. L’Espagne, plus que tout autre pays peut-être, y est restée soumise, et il suffit de parcourir le livret espagnol pour s’assurer que la plus grande partie des professeurs qui ont formé les élèves aujourd’hui dans la force de l’àge ont étudié vers 1800 à l’école de David. Joseph Aparicio, MM. Antoine de Ribera, Joseph Madrazzo et le sculpteur Alvarez ont enseigné la plupart des artistes qui tiennent en ce moment le premier rang à Madrid. En outre, on voit que de nos jours la disposition favorable des artistes espagnols à l’égard de l'école française subsiste encore, car parmi ceux qui ont envoyé à l’Exposition universelle, plusieurs d’entre eux se sont fait inscrire comme élèves de MM. Ary Scheffer, Paul Delaroche, Calamatta et de M"' Rosa Bonheur. On pourrait même dire qu’en ce moment l’école espagnole a une propension à imiter trop complaisamment celle de France, surtout dans la peinture de portraits *. Et en effet, à cela près du costume des personnages, de celui des femmes surtout, qui retient encore quelque chose de national, les

* «Aujourd’hui sans l'écusson semé de lions el Je tours, on confondrait aisemput les peintres d’Espagne avec les nôtres (au palais de l’Exposition universelle); c’est le cas d’appliquer le mot si connu : « Il n’y a plus de Pyrénées». — Th. Gautier.

XVII*, XVIir, XIX* SIÈCLES.

portraits espagnols qui figurent en ce moment à l’exposition ont un air de famille avec ceux de MM. Dubufe et Wintcrhalter. »

Après avoir constaté l'influence extérieure de l’école moderne, mentionnons les peintres qui ont travaillé à l’étranger ou pour l’étranger pendant cette période. Nous aurons à citer en première ligne, David qui se retira en Belgique et exerça une action toute puissante sur l'école flamande; Gérard, Isabey et Gros qui ont fait beaucoup de portraits, a C’était une faveur que d’être peint par Gérard ', et les têtes couronnées elles-mêmes se sentaient honorées de la condescendance qu’il leur témoignait 5. »

Toute une colonie d’artistes alla au Brésil; elle se composait de Lebreton, N. -A. Taunay, Debret, A.-M. Taunay, sculpteur. Grandjean de Montigny, architecte, F. Taunay, peintre de paysages. En Kussie, nous trouvons Swebach, directeur de la manufacture impériale de Saint-Pétersbourg, Benner, miniaturiste, Horace Vernet, Ladumer, Eugène Pluchard; — en Angleterre, Francia, peintre d’aquarelles. Si l’école anglaise, par son originalité absolue, rejette tous nos artistes , elle appelle en revanche nos décorateurs, nos orfèvres, nos ornemanistes; ce sont les orfèvres Vechtc, Bisson , Morel, qui ont donné la victoire à l’orfèvrerie anglaise aux expositions universelles deLondres et de Paris. — Nous trouvons encore en Italie : Fabre, à Florence; Pecquignot, à Naples; Chauvin, Boguet et Ingres à Rome; Joseph Colignon, directeur de l’Académie de Sienne.

Beaucoup d’autres ont travaillé pour l’étranger. M. Brascassat, le peintre d’animaux, a fait de nombreux tableaux pour la Belgique, la Hollande et l'Allemagne. Nos verriers, MM. Lobin, Claudius Lavergne et Ed. Fiot, par leurs travaux pour l’Angleterre et pour Rome rendent à la peinture sur verre sa vieille renommée euro péenne. Nos orfèvres ( Froment-Meurice), nos fabricants de bronzes (M. Denière), nos potiers ( M. Avisseau), nos sculpteurs ont la même importance à l’extérieur.

Nous ne pouvons mieux terminer ce chapitre qu’en reproduisant l’appréciation du Moniteur 3 sur la peinture à l’exposition universelle.

« L’exposition ne présente, à proprement parler, que quatre divi-

1 Le prit do scs portraits en pied (figure aeute) était de 10,001) francs, à très-peu d'exceptions prés, et n’a jamais dépassé 12,000 francs pour les souverains eomme pour les particuliers.

* Lenormant, Vie de François Gérard.

3 22 novembre 1855.

ex fv

L’ART FRANÇAIS

sions : la France, l’Angleterre, la Belgique et l'Allemagne ; et encore, à l’exception de la galerie anglaise, un grand nombre de toiles qui figurent dans les galeries de l’Autriche, de la Bavière, du Danemarek , de l’Espagne, de la Norwége, de l’Amérique même, ont été déjà vues à Paris aux précédentes expositions. Nos livrets ont déjà cité les noms de leurs auteurs. I-a plupart nous appartiennent, les uns par la naissance , les autres par leurs études ou leur séjour à Paris, les autres aussi par les récompenses que la France leur a déjà décernées : tous sont venus chercher en France le goût, l’inspiration, le talent.»

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