GRAVURE
t° Sous Louis XIV.
Malgré les illustres graveurs du règne de Louis XIII et de la régence d’Anne d’Autriche', ce fut seulement sous Louis XIV que notre école de gravure devint la première de l’Europe par la réunion extraordinaire des plus grands talents1. Quelque gloire qu’eussent acquise les graveurs étrangers et français des âges antérieurs, ils furent encore surpassés par ceux de l'époque de Louis XIV qui portèrent la gravure à un degré de perfection qu'on n’a pas dépassé depuis. Ce que l’on admire dans leurs estampes c’est la variété, c’est la facilité avec la correction et le style, c’est encore la fidélité rigoureuse à reproduire le style du maître. Quant aux graveurs de portraits, ils ont employé toutes les ressources de l’art pour rendre avec une étonnante vérité la vie et la physionomie du modèle, et jusqu'à la couleur du maître qui l’avait peint.
La France, pendant le règne de Louis XIV, fut le seul pays de l’Europe où la gravure fut pratiquée avec un tel succès. Beaucoup de souverains et un grand nombre de personnages étrangers tirent graver leurs portraits en France. On doit à Nantcuil les portraits de la reine de Pologne et de Suède, Louise -Marie de Gonzague (10o3), de Charles II, duc de Mautoue ( 1C32), de Charles-Em-
1 Callot, Mellan, Michel Las ne , Daret, Morin, Abraham Bosse.
* Gérard Audran, Benoit Audran, Jean Audran, Etienne Baudet, Guillaume Chaleau, Nicolas Dorijjny, Pierre Brevet le père, Gérard Edclinck, Nicolas Lu r messin, Sebastien Leclerc , Antoine Ma»on, Hubert Nanteuil , Jean Pesne, Nicolas Pitau , François Poilly, Jean Louis Roui Ici, Claudine Stella, Van Schuppeu, Israël Sylvestre.
XVII*, XVIII*, XIX* SIÈCLES
manuel, duc de Savoie (1668), de Marie-Jeanne-Baptiste, duchesse de Savoie et régente (1668), de Jean -Frédéric, duc de Bruns wiek-Lunebourg (167-1). — L’abbé Lambprt, en parlant de Pierre Brevet, dit « qu’il y eut peu de cours de l’Europe où la gloire de cet illustre artiste n’ait été portée. Le roi d’Angleterre, ceux de Suède, de Pologne et d’Espagne voulurent avoir leurs portraits gravés de sa main. » On a de lui les portraits de Philippe V d’après F. Detroy et d'après Rigaud; de Frédéric -Auguste, roi de Pologne, d’après F. Detroy; d’Ernest-Auguste, duc de Brunswick ( 1704); de Christine-Caroline, margrave de Brandebourg, duchesse de Wurtemberg.— Le pape Alexandre VII fit faire son portrait parFr. Poilly. — Les papes Clément IX et Innocent XI firent graver le leur par Et. Baudet et par Gérard Audran; le pape Clément XIII parJ.-B. Poilly. — On doit citer encore : les portraits de l’électeur de Cologne, Joseph- Clément, et de l’électeur de Bavière, Maximilien-Emmanuel, d’après Vivien ; ceux de Samuel Frisching, général des Suisses, et de Jean- Fredéric de Willading, consul de la république de Berne (1718), gravés par Benoit Audran; — les portraits de Clément - Auguste, prince de Bavière, d’après Vivien , par Jean Audran; — de Frédéric- Guillaume, électeur de Brandebourg (1683), du doge de Gènes (1683), par Antoine Masson; — Madeleine Masson, sa fille, grava le portrait du duc de Savoie, Victor -Amédée II; — enfin Larntessin fit les portraits de Charles XI, roi de Suède, et de l’électeur de Cologne, Maximilien-Henri.
Les étrangers vinrent apprendre la gravure dans les ateliers de nos maitres. Ainsi le célèbre Gustav ab Amling, peintre et graveur de l’électeur de Bavière (mort en 1702 ), se forma à Paris sous la direction de Fr. Poilly.
2” La Régence, Louis XV.
A ce moment, Louis Desplaces, G.Ducbange, Al. Loir, Laurent Cars, les deux Simonneau, Nicolas Tardieu, Jean Moyreau, Chereau, Claude Brevet , Pierre Brevet fils, sont à la tête de l’école et conservent, à l’endroit des procédés, la supériorité dps maîtres de l’époque precedente ; mais on reproche à quelques-uns d’entre eux d’interpréter le modèle et de ne plus avoir cette magistrale exactitude de Pesne et d’Audran.
Pendant ce temps, Nicolas Dorigny était appelé en Angleterre
L’ART FRANÇAIS
( 1711-25), pour graver les cartons de Hampton-Court. Cet habile élève de Gérard Audran , lit le premier de la gravure d'histoire en Angleterre; il devait être bientôt suivi par toute une colonie de graveurs français qui allaient par leurs travaux et leur enseignement fonder l’école de gravure anglaise.
Philippe Le Bas forme la transition entre l’école de la Régence et celle de Louis XV. Les graveurs les plus remarquables de ce règne sont : Aliamet, Balechou, Ueauvarlct, Ch. Nie.Cochin, Daullé, N. Delaunay, Dupuis, Eisen, Fessard , Fiquet , Flipart , Gaucher, Lempereur, Lépicié, Jean Massard, Moreau le jeune, Saint-Aubin, Surrugue. Si ces graveurs ont perdu le grand style des écoles de Louis XIV et de la Régence, ils ont en revanche plus de vie et d’élégance; leur burin est spirituel, léger, agréable; leur exécution, d’une délicatesse extrême; ils font de la gravure de genre en maîtres sans rivaux.
De même que dans la peinture, il y eut dans la gravure une réaction contre la manière du xvur siècle. Wille, avec sa propreté et sa lourdeur allemandes, la commença; il fut le maître de Bervic, dont le burin sec, froid et raide, accomplit la réaction.
Pendant ce temps, notre école continuait d’exercer une grande intluence à l’étranger. Bernard Picart s’établit en Hollande. Trentetrois graveurs dont les plus connus sont : Baron, Aliamet, Lempereur et surtout Vivarès, fondèrent l’école anglaise à Londres ; tous les grands graveurs anglais sont élèves de nos français : Ingram , Ryland , Robert Strange , se formèrent à Paris sous la direction de Le Bas, en même temps que Woolett se formait à Londres avec Vivarès. — Les Allemands Wille, Preisler, G.-Fr. Schmidt, Sclimuzer, Wagner, venaient étudier à Paris. Wille y resta; Schmidt devint graveur du roi de Prusse , et Schmuzer, directeur de la classe de gravure à l’Académie de Vienne. — L’Académie de Saint-Pétersbourg envoyait ses pensionnaires à Paris; la Suède, également; Le Bas fut le maitre du graveur suédois Rehn. — Le beau recueil d’estampes connu sous le nom de la Galerie de Dresde, a été presque tout entier gravé à Paris. — La Saxe et l’Autriche faisaient venir nos imprimeurs en taille-douce, et Marie-Thérèse envoyait en 1775 l'imprimeur viennois Landerer se perfectionner à Paris. — Enfin, c’est par des graveurs de Paris que l’empereur de la Chine fit graver les seize estampes connues sous le nom de Batailles de la Chine.
XVII*, XVIII*, XIX* SIÈCLES
3“ École moderne.
Avec Berne , chef do l’école moderne , Alexandre Tardieu , Duplessis-Bertaux , Sergent-Marceau et de Boissieu , se distinguent à la fin du xviu* siècle. A l’époque de David, M. Desnoyers et Itaphaël- L'rhain Massard furent les plus célèbres graveurs. M. Desnoyers, chef d'une école considérable, s’affranchit des idées exclusives du moment; il revint à l’Italie, grava quelques vierges de Baphaël et laissa à R. -U. Massard le privilège exclusif de graver les peintures de David. Les principaux graveurs de notre temps sont élèves de M. Desnoyers.