‹ Les artistes français a l'étranger (volume 2)Chapitre 40 sur 452 · VAN SCHUPPEN (hcguM), peintre d'hivtoire et de portrviu · texte numérisé non relu

VAN SCHUPPEN (hcguM), peintre d'hivtoire et de portrviu

file de Pierre Van Schuppen, graveur flamand, établi à Paria et élève de Nanteuil; né k Paris en 16G9 mort à Vienne le 98 janvier 1751. Elève de Largilliére.

« Van Schuppen se consacra principalement au genre du portrait; il y acquit quelque réputation , mais pas assez pour effacer ni pour aller de pair avec ses maîtres. Aussi, il ne lui fut pas difficile d’accepter l'offre qui lui fut faite de passer en Lorraine, où le Duc le prit à son service a et le déclara son premier peintre. Après être demeuré plusieurs années il cette cour, las de s’y morfondre, il passa à celle de Vienne 5 et il fit si bien par ses pratiques et par le moyen du comte d’Althan, qui gouvemnit l’esprit et les bâtiments de l’Empereur, qu’il fut admis à peindre les portraits de Leurs Majestés Impériales. J'ignore si l’on en fut content; je sais seulement que le peintre se plaignoit hautement de la récompense. II se retourna d’un autre côté, et, profitant toujours de la faveur du comte d’Althan, il proposa, comme le moyen le plus sûr de faire fleurir les arts à Vienne, d’v établir une académie à l’instar de celle de Paris ; ce qui ayant été fait, il en fut établi le chef *. « Ce fut le 20 avril 1726 que l'empereur Charles VI nomma par décret Van Schuppen son premier peintre et directeur de l’Académie aulique de peinture et de sculpture s.

«Je l’ai fort connu, dit Mariette, dans le séjour que j’ai fait à Vienne ; c’étoit un esprit pesant et son pinceau n’étoit pas plus léger

II dessinoit mal , et c’est ce qui faisoit que ses têtes n’étoient jamais ensemble; mais ce n’est pas ce qui fait les portraits ressemblants aux yeux de la multitude: pourvu qu'on y trouve certains traits caractéristiques qui fassent dire : voilà le portrait d’un tel, cela lui suffit. Dans ce cas là Van Schuppen aura fait beaucoup do portraits ressemblants. »

On cite parmi les oeuvres de Van Schuppen : le tableau d’autel

1 Mariette et Janneck font naître Van Schuppen à Paris. — Janneck , Lettre à un amateur de la peinture avec des éclaircissements historiques sur tin cabinet et les auteurs des tableaux qui le composent, etc. (sans nom d’auteur), 1 vol. petit in-8®, Dresde, 1755; aux additions.

* Après 1704; ce fut en cette année que Van Schuppen fut reçu académicien, et pro’ bablement il n’alla en Lorraine qu’après sa réception à l'Académie.

3 II fut appelé à Vienne par l’empereur en 1716. Janneck , loc. cil., p. 326.

4 Mariette , Abecedario.

1 Registres manuscrits de l’ancienne Acad, de peint, et de sc., conservés à l’École impériale des beaux-arts.

dans l’église de Saint-Charles Borromée, à Vienne, représentant saint Luc qui fait le portrait de la Vierge deux portraits, à la galerie du Belvédère (voy. p. 12), l’un d'Ignace Parrocel, l’autre d'un inconnu ; un portrait du prince Eugène, qui se trouve au Musée d’Amsterdam.

Il est intéressant de savoir comment se conduisaient nos artistes à l’étranger et quels rapports ils continuaient avec l’Académie de Paris; la lettre suivante adressée de Vienne, le 9 janvier 1732, par Van Schuppen à l’Académie est à ce point de vue un document assez précieux1 2 :

a Messieurs, l’honneur que j’ai d’être membre de votre illustre Académie me fait un devoir de vous informer de l’avancement de celle de Vienne. J’ai été exact à vous apprendre que S. M. I., dans la vue de contribuer au progrès des arts libéraux, ayant résolu de rétablir l’Académie publique de peinture et de sculpture, telle qu’elle étoit du temps de l’Empereur Joseph *, m'avoit honoré de la place de directeur, avec les attributions des privilèges, prérogatives et immunitcz y annéxés.

« J’ai depuis conduit cette Académie avec succès ; mais elle n’avoit point encore de forme et manquoit de bien des choses. Cependant l’Empereur qui aime les Beaux-Arts et qui en connolt l’agrément et l'utilité, s’en étant déclaré le Protecteur, j'ai fait de très-humbles remontrances pour obtenir un logement et des augmentations qui m’ont été accordés. L’Académie occupe présentement une maison convenable, qu’il m’a été permis de choisir dans le plus beau quartier de la ville, et pour laquelle on paye cinq mille livres; elle en a autant pour son entretien, avec quarante voyes de bois pour le chauffage; en sorte que la dépense de notre Académie passe quatorze mille francs, sans comprendre les appointements du directeur qui

1 Jnnnrck, loc. cil., aux additions; cl, Nouveau Guide par Vienne, 1792, p. 156 (Bibl. imper. M. 985. c. a. 1),

2 Celte lettre se trouve dans le Mercure du France, avril 1732, p. 772-74. La gravure de U médaille dont parle Van Schuppen y est jointe.

1 Raczynski, Hist. de l'art moderne en Allemagne, 3 vol. in-4°, avec grav., Paris, 1836-39-41; avec un dictionnaire d'artistes, 1 vol. in-8°, Berlin, 1842. — Raczynski (t. II} p. 543} et d’autres auteurs disent que Van Schuppen fut le fondateur et le premier directeur de r Académie de Vienne; ils se trompent. Cette Académie fut créée en 1704 par l’empereur Léopold Ier et ouverte le 18 décembre 1705 par son successeur Joseph lw; elle fut réorganisée par Charles VI, en 1726.

ALLEMAGNE

ont été Augmentés jusqu’à cinq millo livres, non plus que ceux du secrétaire, qui sont aujourd’hui de dix- huit cents livres. Il a aussi été frappé des médailles pour les prix; elles ont d’un côté la tête de l’Empereur, avec cette légende, IMP. CAE8. CAROLVSVI P. FKL. AUG. PATER. ARTIUM. et au revers, Minerve assise , tenant une corne d’abondance, d’où il sort des médailles pour récompenser la Peinture et la Sculpture désignées par deux enfants, dont l’un tient des pinceaux avec une palette , et l’autre un compas mesurant une statue; on lit autour AVGVST/E DONA M1NERVÆ. En voici l’empreinte en taille douce.

0 La première distribution de ces médailles, au nombre de quatre, savoir, deux d’or et deux d’argent, se fit publiquement le jour de l’octave de Saint -Charles, patron fie l’Empereur, au bruit des trompettes et des timballes. L’assemblée fut très -nombreuse; notre vice -protecteur M. le comte d’Althan, surintendant des bâtiments, et M. le comte de Zinzendorf, grand chancelier, s’y trouvèrent avec les ministres et les personnes les plus considérables de la Cour. L’Empereur a voulu voir les ouvrages de peinture et de sculpture qui ont remporté ces prix, et j’ai eu l’honneur de présenter à S. M. 1. les élèves qui les ont faits.

« Je vous dois, Messieurs, ce détail, puisque c’est dans votre savante école que j’ai puisé les principes de la peinture, et que c’est l’honneur d’étre d’une académie aussi célèbre qui m’a fait connoitrc à la cour de; Vienne , et qui m’a procuré la direction de la nouvelle Académie impériale de peinture et de sculpture. Je vous demande la continuation de votre affection, et j’espère que vous voudrez bien me l’accorder , personne n’étant avec plus de respect et de vénération, Messieurs, votre très-humble et très-obéissant serviteur. »

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