‹ Les artistes français a l'étranger (volume 3)Chapitre 10 sur 456 · XVIII L'ART FRANÇAIS · texte numérisé non relu

XVIII L'ART FRANÇAIS

cathédrale d'Amiens^ ceux de la cathédrale de Paris^ et les statues de l'église d'Avioth (Meuse).

Les plus belles sculptures du xui« siècle se voient à la cathédrale de Chartres. Le groupe de la Visitation, composé des trois statiles de la Vierge^ de sainte Elisabeth et de saint Joseph^ les Apôtres, les Prélats et la statue d une sainte, que Ton a reproduits dans la grande monographie de la cathédrale de Chartres , nous paraissent être les chefs-d'œuvre de la sculpture française du moyen âge. La Grèce n'a rien produit de plus pur, de plus simple et de plus beau. On peut placer à côté de ces chefs-d'œuvre une statue de la Vierge, sculptée au trumeau du porche septentrional de Notre-Dame de Paris. Avec ces admirables statues, d'un dessin si parfait, aux formes sévères et charmantes à la fois, drapées avec tant d'élégance et de simplicité, nous sommes en plein art français. L'Italie et l'Antiquité n'ont eu aucune influence. Dieu merci, dans toutes ces créations, pas plus que dans la sculpture des cathédrales d'Amiens, de Reims, d'Auxerre et de Lyon , et certes on n'a jamais rien fait de plus beau en France. C'est là, dans ces belles sculptures du moyen âge , que nous constatons les premières manifestations du goût français, et les plus éclatantes jusqu'à Lesueur ; c'est là que nous trouvons pour la première fois, ainsi que dans l'ornementation gothique, les premiers exemples de ce style français que nous retrouvons sans cesse et toujours le même, à toutes les périodes, à toutes les époques de notre longue histoire ^

La sculpture s'exerça aussi sur les tombeaux ^ et sur les dalles funéraires ^. Les tailleurs d'images, les bûchers, les tablettiers, les tourneurs, les lormiers et les ciseleurs, tous organisés en puissantes

1 Les remarquables photographies des frères Bisson, représentant les plus belles sculptures des cathédrales de France, vont enGn vulgariser la connaissance de tous ces chefs-d'œuvre.

* Les tombeaux de Saint -Denis sont un véritable musée de sculpture en France; on y voit de très- beaux modèles de Tart français. Plusieurs ont été gravés dans la monographie de l'église royale de Saint-Denis, par M. de Guilhermy. Les tombeaux en cuivre de la cathédrale d'Amiens sont aussi fort remarquables.

s Les dalles funéraires ou pierres tombales, décorées de sculptures en creux, ornaient dors le pavé des églises. Les cathédrales de Noyon, de Laon et de Châlons- sur -Marne, l'église de Saint-Urbain de Troyes, en sont encore pavées en entier; la cathédrale de ChAlonsen possède à elle seule 526, dont 251 sont entières. — Annalei archéologiques, t. III, p. 283; Bulletin du Comité, aux tables.

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corporations, exécutaient en bois, en os^ en ivoire*^ en fer^ en cuivre^ des figures de saints^ des crucifix; mille objets de petite sculpture : oliphants, crosses, diptyques et triptyques, dessus def livres, mors, freins, étriers, manches d'ustensiles et d'armes; tous ces objets de luxe et de toilette (peignes, quenouilles, drageoirs), tous ces articles de serrurerie ouvragée, chefs-d'œuvre de goût et de délicatesse, qui font Tornement de nos collections particulières et du Musée de Cluny.

Ornementalion,

L'une des créations les plus franchement originales des artistes gothiques est à coup sûr rornementation. Pour en traiter avec détail, il faudrait un volume et un nombre infini de gravures; nous essaierons cependant d'en indiquer les caractères généraux. Au moyen âge, comme à la Renaissance, comme au xvii« et au xviii* siècles, il y a eu un système général de décoration s'appliquant à l'architecture^ aux meubles, à tous les produits de la sculpture en bois, de l'orfèvrerie et de la serrurerie, aux manuscrits, aux verrières, aux pavages émaillés, aux étoffes, à la poterie, aux mille objets que l'industrie fabrique pour les besoins de la vie. Vers la fin du xvui* siècle, pour la première fois dans notre histoire , on proscrivit toute décoration , et sauf quelques rares ornements conservés en architecture, on ne fit plus que des angles droits, des lignes droites et des surfaces nues^ sous prétexte de revenir à la simplicité et à la pureté du goût des Anciens. Les idées de nos artistes du moyen âge étaient toutes différentes; ils mettaient des ornements partout, décoraient tout ce qui pouvait l'être, et avaient imaginé rornementation la plus variée, la plus riche, la plus élégante que l'on puisse concevoir.

L*architecture romane avait conservé divers souvenirs de rornementation antique : les mascarons, les arabesques, la feuille d'acanthe. Les architectes gothiques rejetèrent tout ce qui était antique et créèrent tout à nouveau. Les feuilles et les fleurs de la France devinrent la base de la décoration. La flore architecturale est trèsvariée ; mais la rose , la pervenche, les feuilles de lierre, de chêne, de vigne-vierge, de vigne, de chou et de chardon, et les feuillages

1 Jean Lebraellier^ qui vivait sous Charles V, est jusqu'à présent le seul sculpteur en ivoire, de ces anciens temps, qui soit connu.

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de fantaisie, sont les ornements les plus fréquents. Aux ornements floraux s'ajoutent les pointes de diamants^ les têtes de clou, les palmettes, les fleurons, les chevrons, les crochets, les crosses, les animaux fantastiques, les clefs pendantes, les culs -de -lampe, les niches, les gargouilles, etc. Les colonnes, les piliers, les chapiteaux, les entourages des fenêtres et des portes, ont des formes nouvelles et une extrême variété ; les roses ornées de verrières, le plus merveilleux ornement d'architecture qui existe, les aiguilles, les clochetons, les pinacles, etc. , sont également des inventions gothiques. On vante, à juste litre, l'élégance, la beauté et la légèreté des chapiteaux du xm*" siècle , leurs formes et leur décoration absolument nouvelles.

La sculpture en bois, l'orfèvrerie, la serrurerie et la peinture des manuscrits prirent pour détails principaux de leur ornementation les motifs de la sculpture décorative que nous venons d'énumérer, en y ajoutant les rinceaux, les enroulements, les entrelacs les plus élégants, et tous les ornements que la fantaisie conseillait aux artistes d'emprunter au règne végétal et au règne animal. Les ornements des vitraux sont tout aussi variés; les bordures sont formées de rinceaux, d'enroulements, d'entrelacs, de feuillages, de fleurs, de chaînes, dont les formes sont aussi pleines de diversité que de bon goût ' . Nous ne pourrions que répéter ce qui vient d'être dit en parlant des dessins que représentent les pavages émaillés ^. Il convient d'ajouter cependant que l'on y voit beaucoup de sujets de chasse.

Du XIII* au xvi« siècle, le système général de l'ornementation resta le même. Toutefois, il faut remarquer qu'un changement s'opéra au xv« siècle; pendant le xiu' et le xiv* siècles, le goût avait été très sévère; il y avait beaucoup de modération. Au xv* siècle, lorsque le style fleuri prédomina, l'ornementation devint immodérée; on en surchargea tout ce qu'on voulait décorer ; mais il faut ajouter qu'elle devint alors d'une grâce et d'une élégance ravissantes et qui n'avaient lien à envier aux styles étrangers.

1 A. Martin et Ch, Cahier, Vitraux peints de Saint- Etienne de Bourges. 1 vol. in-folio.

* A . Ramé, Études sur les carrelages historiés.

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Bronzes y Sculpture en bois et Serrurerie.

On a longtemps répété que Tart de fondre le bronze avait été ignoré des Français jusqu'à ce que les Italiens le leur eussent appris au XVI* siècle; c'est encore là un préjugé contre lequel il convient de protester ici; et, en vérité, le nombre des œuvres d'art en cuivre Ou en bronze que Ton a fondues en France pendant le moyen âge est tellement considérable *y que Ton a lieu de s'étonner qu'une semblable assertion ait jamais pu être sérieusement émise.

Dès le xui* siècle on trouve à Paris une corporation des fondeurs^ mouleurs, lampiers, ciseleurs^ et Etienne Boileau nous en a conservé les règlements dans son livre des Métiers.

La sculpture en bois (hucherie, lambroisserie , buisserie) a produit depuis le xiv* siècle, et surtout au xy% de très -nombreuses et belles œuvres. Les stalles, les chaires, les retables, les diptyques, les portes et les meubles (crédences, buffets, dressoirs, bahuts, sièges, etc.) de ce temps sont travaillés avec beaucoup d'art, et souvent dans un goût meilleur que celui de la Renaissance. La

1 Un cite le tombeau de Charles le Chauve, érigé à Saint -Denis du temps de Suger (voir Mont faucon y Monuments de la monarchie française), — le tombeau de la reine Blanche à Maubuisson, celui de saint Front, à Périjueux ; — le mausolée élevé à saint- Denis, en 1432; à Barhazan. Tous ces monuments en bronze et fondus par des Français sont détruits , mais on voit dans la cathédrale d'Amiens, deux tombeaux d'évéques, du XIII* siècle et d'une beauté remarquable.

l\ existe encore à Saint- Nectaire, un buste de saint, en cuivre fondu et ciselé, du xe ou du XI* siècle. Des statues de saints , des Vierges, des crucifix en cuivre, ornaient dès le X* siècle les églises de France : on trouve, soit encore existants, soit cités à chaque page des chroniques, des retables d'autels avec bas-reliefs, des reliquaires, des pupitres, des encensoirs, des ciboria ou baldaquins d'autels, des croix, des chandelierf, en bronze fondu. Mentionnons, parmi ceux de ces monuments qui subsistent encore, le superbe fragment de trépied de candélabre , conservé au musée de Reims; ce trépied, d'un mètre de hauteur, est couvert de beaux ornements de l'époque romane.

De tous les monuments de bronze que le moyen âge a produits, les plus beaux étaient, sans nul doute, les battants de la grande porte de l'abbaye de Saint-Denis, faits par les ordres de Tabbé Suger. On sait que Suger fit exécuter dans son abbaye de grands travaux de décoiation, pour lesquels il rassembla les artistes et les ouvriers les plus célèbres, a II appela des divers points du royaume, dit le moine Guillaume, son biographe, des maçons, menuisiers, peintres, forgerons, fondeurs, orfèvres et lapidaires, tous rfnommés par leur habileté. » Ces fondeurs et sculpteurs fondirent en bronze les deux battants de la grande porte, et y représentèrent la Passion, la Résurrection, rAscension tt antres histoires, et aussi Suger prosterné en terre; let battant! de la porte de étaient dorés et émaillés [Doublet, Uist. de Saint-Denis, 1. 1, p. 340).

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