PEINTURE
1° Henri IV et Marie de Médicis.
Dès les dernières années du xvi» siècle, la peinture officielle, tout italienne, se mourait à Fontainebleau , en s'obstinant à étouffer le génie français dans des formes étrangères. Les Flamands qui vinrent en France, au temps de Henri IV, pour continuer l'œuvre des peine très italiens, ne purent redonner ni l'inspiration ni la vie à l'école de Fontainebleau. Égarés dans la fausse voie de l'imitation des maîtres florentins, nos artistes n'avaient acquis aucuns de leurs mérites et avaient perdu presque toutes les qualités françaises. Nous ne savons ce qu'étaient les peintures de l'ancienne galerie d'Apollon , faites par Bunel et par Dubreuil, mais la chapelle de Fontainebleau, décorée par Fréminet ', la principale illustration du règne de Henri IV, atteste la décadence où étaient tombés les imitateurs de Michel- Ange.
On peut juger par quelques estampes ce que Fréminet aurait été s'il avait pu échapper à l'action pernicieuse de l'école florentine. La Sainte Famille, gravée à Rome par Ph. Thomassin, en 1589, montre chez le maître qui l'a peinte un talent élevé et tout français ; la com-
1 Peintre de portraits, né en Suède, et sur lequel M. Ph. de ChenneTières a écrit Qne Notice insérée dans la Revue universelle des arts. < Diderot, salon de 1765, t. I, p. 210, éd. in-S» de 1821. s De 1606 à 1615.
LXViii L'ART FRANÇAIS,
position, rajustement, le goût rappellent à l'esprit la manière de Vouet*. Le Baptême du Christ, gravé à Rome, en 1592, par J. Turpin, est au contraire composé dans le style florentin, comme ses peintures de Fontainebleau, mais cependant avec plus de sagesse, avec moins de poses tourmentées et contournées que Ton n'en rencontre dans les imitateurs italiens de Michel-Ange à cette époque, dans le Bronzino, par exemple.
Le manque de documents , la dispersion ou la destruction des œuvres rendent difficile la tâche d'écrire Thisloire de la peinture du temps qui nous occupe; cependant, en cherchant bien, on retrouve quelques œuvres remarquables , originales et pleines de caractère , qui nous prouvent que certains hommes s'obstinaient à rester français, malgré la mode. Les plus importants sont les maîtres de Saint- Luc, quelques peintres provinciaux • , nos dessinateurs de crayons, qui vont bientôt disparaître, quelques graveurs de portraits, le sculpteur Jacquet et les peintres Jean Mosnier et Quintin Varin.
Le courant français que nous avons vu se maintenir au xvi'' siècle, continue; il y a un milieu français plus fort qu'on ne pense, car le Flamand Porbus, en peignant la Cène qui est au Louvre, y est soumis à ce point que son œuvre est presque française.
Quintin Varin est l'auteur de ce remarquable tableau de la Présentation au temple , placé aujourd'hui à Saint- Germain -des Prés ', et qui est d'un goût si français qu'on le croirait peint en plein xvni" siècle. Marie de Médicis, frappée du grand talent de Varin ^, le chargea de peindre la galerie du Luxembourg. Mais, au moment de se mettre au travail, Varin disparut; un méchant poète de ses amis
^ Fréminet n*a été en Italie qu'en 1587; la Sainte Famille dont nous parlons a été faite presqu'à son arrivée à Rome, lorsque Fréminet peignait encore selon le goût de son père et bien certainement d'après la manière de nos vieux maîtres de Saint- Luc^ manière qu'il changea en Italie contre le style tourmenté de l'école de Florence.
^ M. Ph. de Chennevières à déjà publié trois volumes de Recherches sur les peintres provinciaux de l'ancienne France. Nous lui devons les biographies de Quintin Varin et de Jean Mosnier.
' H. 5,59; L. 3,03. Gravé par Karl Audran. — Voyez Ph, de Chennevières, Peintres provinciaux, 1. 1, p. 230.
* M. Ph. dn Chennevières nous apprend que Varin est Tautcur d'un tableau représentant saint Charles Borromée distribuant des secours aux malades (à Saint -Etienne -du- Mont ). On voit aussi à Abbcville et à Beauvais divers tableaux de ce maître. Un de ses meilleurs, Jésus-Christ guérissant le paralytique, pourrit dans les greniers de Téglise de Fontamebleau.