LXVI L'ART FRANÇAIS
rAllemagne y voyageait ; un jeune homme passait pour un imbécile s'il n'avait séjourné quelque temps à la cour de Versailles; le goût des Français régla nos cuisines S nos meubles^ nos habillements et toutes ces bagatelles sur lesquelles la tyrannie de la mode exerce son empire; cette passion^ portée à Texcès, dégénéra en fureur. Les femmes, qui outrent souvent les choses^ la poussèrent jusqu'à l'extravagance^ » .
Que si Ton recherche les causes de cette influence exercée aux XVII" et xvni" siècles par la France, on les trouvera toutes dans la puissance et la gloire de Louis XIY, dans Télégance et la délicatesse des mœurs de la cour de Versailles, dans l'éclat de notre littérature^ dans le charme et la séduction de l'esprit et du goût français.
Nos ambassadeurs pendant la paix^ nos officiers pendant la guerre^ plusieurs princesses françaises mariées à des princes étrangers ', répandirent en Europe les mœurs de la France. La révocation de l'édit de Nantes y contribua fatalement. Enfin Pierre le Grand vint à Paris; ses sujets l'imitèrent^ et la société russe se modela siu* la société française. On venait de partout se « maniérer » à Paris et à Versailles, c'est-à-dire étudier notre esprit de société, les usages de la bonne compagnie, notre politesse et surtout notre art de la conversation. La philosophie, les lettres, nos journaux littéraires, nos chansons, nos modes mêmes complétaient cette influence qui francisa l'Europe pour longtemps. Il était impossible que Técole française ne prît pas une large part dans cette influence générale de la France sur l'Europe.
Au xviu* siècle, Paris était devenu le centre d'activité le plus considérable de l'Europe ; c'était une nouvelle Athènes. Mais écoutons Diderot :
* Frédéric le Grand a raison d'indiquer ceci ; il est bien certain que nos usages de la table ont été adoptés partout, et que c'est la cuisine française qui a décidé les étrangers à renoncer aux festins groatiers, aux orgies^ et à se comporter à table avec honnêteté , en remplaçant par la variété et k délicatesse des vins et des mets^ l'abondance grossière des boissons et des viandes.
* Les femmes ne furent pas seules coupables d'extravagance : le fameux Potemkin, qui, au dessert, faisait servir aui dames les diamants à pleines cuillerées, était à un moment amoureux fou de la belle princesse Dolgorouki ; ayant appris qu'elle manquait de souliers de bal qu'habituellement elle faisait venir de France, Potemkin fit partir pour Paris un exprés qui courut jour et nuit et rapporta les souliers. — De grandes dames suédoises faisaient faire leurs robes à Paris par l'entremise de l'ambassade de Suéde.
s En Pologne, en Angleterre, en Espagne, en Portugal, en Savoie, à Modéne, à Parme.
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a Roslin ' est aujourd'hui un aussi bon brodeur que Carie Vanloo fui autrefois un grand teinturier. Cependant il pouvait être un peintre; mais il fallait venir de bonne heure dans Athènes. C'est là qu'aux dépens de Fhonneur, de la bonne foi, de la vertu, des mœurs, on a fait des progrès surprenants dans les choses de goût, d'art, dans le sentiment de la grâce, dans la cx)nnaissance et le choix des caractères, des expressions et des autres accessoires d'un art qui suppose le tact le plus délié, le plus délicat, le jugement le plus exquis, je ne sais quelle noblesse, une sorte d'élévation , une multitude de qualités fines, vapeurs délicieuses qui s'élèvent du fond d'un cloaque. Ailleurs, on aura de la verve; mais elle sera dure, agreste et sauvage ^. »
C'est ce grand mouvement qu'il s'agit d'étudier dans ses détails.