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LXXII ^L'ART FRANÇAIS

à dessiner. Nous le voyons en faveur à la cour, tout-puissant auprès du roi et des ministres . abusant de sa puissance et forçant Poussin à retourner en Italie; travaillant pour Richelieu, pour les autres ministres et pour les grands seigneurs. C'est le Le Brun de Louis XIII ; H exerce une suprême autorité sur les arts, il leur imprime une forte direction et un cachet bien marqué ; il emploie ses élèves et d'autres peintres groupés autour de lui aux grands travaux dont il est chargé, aux peintures, aux modèles de tapisseries. L'entourage de Vouet, tout-puissant à la cour, et par cela seul indépendant de la maîtrise de Saint- Luc, forme une espèce d'académie libre qui a précédé l'Académie royale et qui semble en avoir préparé rétablissement.

L'époque de Vouet est le moment de la renaissance de l'esprit français. Les arts brillèrent alors du même éclat que la philosophie, les lettres , la politique et les armes. Il y eut une réunion d'artistes illustres dans tous les genres * ; en même temps que Vouet , paraissent Nicolas Poussin, Claude Lorrain, Valentin, le Bourguignon, qui ont vécu en Italie et dont les œuvres tiennent encore aujourd'hui une belle place dans les- galeries italiennes , à côté des plus illustres maîtres du pays. Les ouvrages du Poussin vont bientôt exercer une influence considérable sur les élèves de Vouet et modifier chez plusieurs, chez Le Brun surtout, la manière du maître , exerçant ainsi une double influence sur la France et sur l'étranger.

Il faut aussi parler des Le Nain, qui continuent une vieille tradition toute française en peignant des scènes familières, dans un style simple, mélancolique, qui rappelle de loin Le Sueur et qui n'a rien emprunté à la Flandre, la terre classique du genre ^ : — de Blanchard, célèbre à cette époque par sa couleur ; — de La Hire ; — des Beaubrun, peintres de portraits, dont les peintures sont si peu connues aujourd'hui, mais qui ont été très à la mode et d'après lesquels on a beaucoup gravé; — du Flamand Philippe de Champagne qui , dans la peinture de portraits, a toutes les excellentes qualités des portrai-

1 Voir dans l'ouvrage de M. Cousin: Du vrai, du beau et du bien^ la X» leçon, consacrée à l'école française du rv'ii* siècle.

s On ne saurait trop insister sur le style si charmant et si parfaitement français du tableau des Le Nain, représentant la Nativité et que Ton voit à Saint Étienne-du-Mont à Parif.

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listes français, surtout dans son admirable portrait du cardinal de Richelieu.

A côté de ces maîtres viennent bientôt se placer quelques élèves de Vouet, Le Sueur, François Perrier, Le Brun, Blanchet *, Sébastien Bourdon. En même temps, florissaient nos excellents émailleurs de Blois, Jean Toutin , Robert Vauquer, qui découvraient de nouveau x procédés et créaient une peinture de portraits sur émail toute nouvelle, longtemps avant que Petitot vint les continuer; — les sculpteurs : Guillain, Sarazin et Anguier; — les graveurs : Callot, Morin , Mellan, Daret, Abraham Bosse; — les architectes: François Mansart, Antoine Lepautre, I^mercier, Levau, Lemuet; — les décorateurs : Errard et Jean Lepautre. c< C'étoit Errard qui donnoit tous les dessins des ouvrages qui se faisoient chez le roi pour la sculpture, la menuiserie, la serrurerie, et généralement pour tout le travail qui dépend du dessin. H

Il nous est impossible dans cette rapide histoire d'apprécier chaque maître en particulier ; nous devons nous contenter de présenter des caractères généraux et de parler seulement des hommes les plus illustres.

Avec Poussin, la peinture se distingue par l'élévation du style, la sévérité du goût, la beauté et la poésie des types. Elle est sérieuse, philosophique; elle parle surtout à Vesprit et à Tâme; elle s'inspire de Tantique, tout en conservant une complète originalité. Mais, le grand peintre de cette époque, en France, c'est Le Sueur; ses tableaux nous offrent le type le plus parfait de la peinture vraiment française ; son dessin est d'une pureté exquise et^toutes ses œuvres respirent une poésie qui arrive à l'élévation, à force de simplicité et de suavité ; dans ses compositions^ à la fois si savantes et si naturelles « tout est dirigé vers l'expression, tout est au service de l'esprit, tout est idée et sentiment ^. »

Une des causes les plus puissantes de la renaissance de l'art

1 Ses belles peintures de Thôtel de ville de Lyon ne sont pas assez connues.

* Voyez la biographie d'Efrard^ par Guillet de Saint- Georgesi, dans les Mémoires inédits sur la vie et les ouvrages des membres de l'Académie royale de peinture et de •eulpture, publiés d'après les manuscrits provenant de cette Académie, par MM. Dusneui, Soulié, Ph. de Chennevières, Mantz et A. de Montaiglon; 2 vol. in-8o. 1854.

• Voyez les Nouvelles recherches sur la vie et les ouvrages d'Eust.Lesueur, publiées par nouB; chez Dumoulin, i vol. in-8o. 1852. — Voyez surtout la leçon X dans l'ouvrage déjà cité de M. Couiin et l'Étude de M. Vitet sur Lesueur

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français^ de son développement et de son éclat ^ à l'époque de Vouet, se trouve dans le nombre considérable des hôtels et des châteaux que la noblesse^ la magistrature, les financiers et les ministres firent construire *. Les vieux châteaux -forts et les maisons du moyen âge disparaissaient de tous côtés et on les remplaçait par des habitations élégantes et commodes. Il fallut les décorer de peintures, de plafonds^ de lambris et de sculptures; tous les peintres et les sculpteurs de l'époque y furent employés^ mais les principaux décorateurs du temps furent Vouet, Erraixl et Jean Lepautre.

Richelieu encouragea ce grand mouvement; Anne d'Autriche et Fouquet l'imitèrent, et Louis XIV, plus lard, ne fit que suivre l'im* pulsion qu'ils avaient donnée ^.

i Voyez le t. 1 des Mémoires inédits sur la vie et les ouvrages des membres de l'Acad. royale de peint, et de sculpt. publiés d'après les mss. de cette académie; 2 vol. in-8<> 1854, — et le Palais Mazarin, par M. le comte L. de La Borde.

* Nous plaçons en note les noms des artistes qui ont travaillé dans les chAteaux et les bdtels construits au milieu du xvii^ siècle.

Richelieu les occupa tous, sans négliger le Poussin, à ses châteaux de Rue! et de Richelieu et au Palais-Cardinal. — Des Noyers, le surintendant des bâtiments, faisait peindre par J^rrard la galerie de son château de Dangu. — Vouft décorait l'hôtel Séguier. — Le marquis d'Effiat, surintendant des finances, employait Vouet et Perrier au chAteau de Chilly. — Sarazin sculptait, à Videville, chez M. de Bullion , autre surintendant des finances, qui faisait peindre deux galeries par Blanchard et par Vouet dans son hôtel à Paris. — ^La galerie de l'hôtel de la Vrillière était confiée à Perrier^ par M. dePhélippeaux, président de la chambre des comptes. — Le président Lambert de Thorigny employait Le Brun, Le Sueur, Perrier et le paysagiste Patel à décorer sa somptueuse demeure. (L'hôtel Lambert est aujourd'hui à M. le prince Czartoryski; la plus grande partie de ses peintures est actuellement au Louvre; mais la galerie de Le Bi'un existe encore. Voyez le volume de gravures publiées par Duchange, 1 vol. in-fol. 1740. ) — MM. de Fieubet et de Guénégaud, trésoriers de l'épargne, le président Briçonnet et le prince de Condé firent beaucoup travailler Le Sueur, — M. de Nouveau, général des postes, fit peindre par Le Sueur et par Le Brun plusieurs plafonds à son splendide hôtel de la Placc^Royale ; (c'est aujourd'hui la mairie du huitième arrondissement; les deux plafonds de Le Brun, qui ont été décrits par Sauvai, et les bas -reliefs de Van Opstal sculptés dans la cour, existent encore; les plafonds de Le Brun représentent le Point du jour et la Réception de Psyché par Jupiter). — Le commandeur de Jars, le fameux banquier Jabach, le duc d'Aumont, M. de la Baziuière, trésorier de l'épargne, chargèrent tous Le Brun de décorer leurs hôtels. — M. de Bretonvilliers, président de la chambre des comptes, employait Vouet, Bourdon, Charmeton et Baptiste à la décoration de son hôtel.

A ce que nous venons de mentionner, l'on peut ajouter : le cabinet dit de Sully, à U bibliothèque de l'Arsenal, décoré sous Louis XIU et non pas à l'époque de Sully, et le

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