LXX L'ART FRANÇAIS
représentant Diane et Endymion *, un repos de la Sainte Famille ^, la Sagesse montrant à un jeune prince le temple de la Vertu *, le sujet allégorique peint pour la reine d'Angleterre *, dans les grotesques (( peintes dans le cabinet et les bains de la reine au Louvre ^ n , et dans les quatre Vertus qui sont placées aujourd'hui au palais de Versailles*, Vouet n'est pas seulement très- français, gracieux, élégant, clair, agréable, comme quelques-uns de ses élèves^, mais le tableau de Neptune et d'Amphitrite * nous rappelle même la manière de Boucher. Vouet n'est pas le seul artiste du xvu« siècle qui nous rappelle ainsi la manière de Boucher ; nous la retrouvons encore dans le bas -relief de Girardon représentant des nymphes au bain et décorant la cascade de l'allée d'eau , dans le parc de Versailles. Dans le repos de la Sainte -Famille, dont on vient de parler, le tombeau antique, au pied duquel est assise la Vierge , le paysage et tous les accessoires sont dans ce style qu'on est convenu d'appeler le style Boucher, le style xvui* siècle , qui n'est autre que le style français et qui est permanent dans notre école, malgré tout ce qu'on a tenté pour le faire disparaître. Qu'on le trouve détestable ou charmant, peu importe; il est tel. C'est le produit du terroir et de la sève française ; il est le même en littérature et en peinture. Notre poésie ne ressemble pas à celle de l'Italie, de l'Angleterre, ou de l'Allemagne; notre prose non plus; tandis que notre poésie et notre prose sont absolument les mêmes que notre peinture, quand elle est demeurée bien française. Cet art français que Ton a nié, ce goût français que l'on a insulté, que l'on s'est efforcé de détruire, existent
i Gravé par Michel Dori.^ny, 1643.
s Gravé par Michel Dorigny, en 1649.
3 Gravé par Fr. Perrier, en 1632. — On prendrait ces personnages pour Mentor et Télémaque.
^ Ce tableau représente une allégorie sur le mariage de Chartes \*^y roi d'Angleterre^ avec Henriette de France, et sur l'alliance anglo-française; les léopards anglais sont enchaînés avec des lis. Ce tableau a été peint pour la maison de la reine d'Angleterre, appelée Otlelan. Michel Dorigny l'a gravé en 1639.
* Ces grotesques ont été gravés par Dorigny. On y trouve la légèreté, la grAce, l'élégance, le goât et l'esprit de l'ornementation française. Le type des ornements de l'école d'Antoine et de Jean Lepautre est bien là.
* Elles ont été gravées par Dorigny.
^ Par exemple Lesueur, dans sa première manière. Au reste, jusqu'à David , on retrouve dans tous les maîtres français les mêmes types et le même goût.
* Gravé par Michel Dorigny, en 1644.
XVIP, XVIIP, XIX* SIÈCLES. LXXf
donc; qualités et défauts^ on ne les trouve que chez nous. Aux invec* tives inintelligente>s de ses adversaires, j'oppose Tadmiration de toute TEurope pendant deux siècles.
Il faut en prendre son parti : quand on croit le goût français Éc le mauvais goût» bien mort, il reparaît;
« Chassez le naturel^ U revient au galop. »
M. Ph. de Chennevières dit quelque part : a Depuis que la France a produit des ouvrages d'art elle a toujours senti à tour de rôle les courants de deux influences, celle de Tltalie et celle de la Flandre. Celle de l'Italie lui semble meilleure et plus natu* relie ^ et plus saine, puisque, après tout^ nous lui devons les grandes époques qui s'appellent le Primatice, Poussin^ Le Brun ^
David ^ M. Ingres Il ne faut pas étudier avec de bien grosses
lunettes la philosophie de l'histoire de l'art pour remarquer que l'épuisement de Técole de .chacun des grands élèves de l'Italie que nous venons de nommer a eu pour réaction inévitable le triomphe, au moins passager, de l'influence du Nord. Après maître Roux et le Primatice viennent les Flamands Dubois^ Francheville , Jean de Uoëy et les Porbus; après Fréminet, Rubens; après le Poussin et Le Brun, Van der Meiilen, Baptiste, Largillière, Desportes, Watteau et Chardin; après David, l'ateUer de Gros; après Ingres, les délicieux paysagistes de notre temps , héritiers excellents de l'école hollandaise \ » Ne pourrait -on pas compléter celte observation et la rendre plus vraie en disant qu'à chaque période d'influence étrangère succède une réaction française? Après la Renaissance, on voit venir Le Sueur; après David, toute notre école moderne.
Vouet, car il faut bien revenir à lui, devint le chef d'une nombreuse école ^; il fut nommé premier peintre du roi et son maître
* Peintres provinciaux, t. III, p. 215.
* Mariette dit en parlant de Vouet : n Cet excellent peintre fait pour développer les talents dans tous les sujets qui en renfermoient le ^rme. » — Abecedario, art. Mellan.
Vouet compte parmi ses élèves : son frère Aubin Vouet, Charles Mellin, Remy Wibert, Fr. Tortebat, Alf. Dufresnoy, Charles Dofin , Michel Dorigny, Michel Corneille, Louis Duguernier, André Lenôtre, Perelle Talné, P. Mignard, Fr. Perrier, Sébastien Bourdon, Blanchet, Le Brun et Le Sueur.
Vouet a eu autant d'influence en province qu'à Paris; son école a rayonné dans toutes lea provinces; toutes nos écoles provinciales adoptèrent et imitèrent le style et la manière du maître.