CXII L'ART FRANÇAIS
léonienne commença; T Allemagne se souleva alors contre l'école française; on opposa YAltdeutsch au style français^ et, en i8i4^ les frères Boisserée détrônèrent le style de David en popularisant le goût du vieux style gothique allemand
Les grands élèves de David n'eurent pas moins d'action et d'influence que leur maître. J. Gorbitz, Norwégien, Bégas, Prussien, et l'anglais Bonnington furent les élèves de Gros. Sparrgren , miniaturiste suédois, se forma à l'école d'Isabey. Schirmer, peintre de paysage de Dusseldorf, Louis Krevel, peintre de portraits de Cologne, Gamuccini, de Rome, se sont formés à Paris; on pourrait encore grossir cette liste déjà trop longue.
L'influence de notre école contemporaine n'a pas cessé. Les étrangers continuent à se former chez nous, et le livret de l'Exposition universelle constate combien d'étrangers, peintres, sculpteurs, graveurs, architectes, de tous pays, sont élèves de nos Français. Tout le monde a constaté cette influence; je n'ai qu'à citer :
a En donnant, dit M. Delécluze^ un aperçu de l'état actuel de l'art de la peinture en Europe, j'ai insisté, en commençant ces examens, sur l'influence qu'a eue et qu'exerce encore l'école fondée en France par Louis David. L'Espagne , plus que tout autre pays peut-être, y est restée soumise, et il suffit de parcourir le livret espagnol pour s'assurer que la plus grande partie des professeurs qui ont formé les élèves aujourd'hui dans la force de l'âge ont étudié vers 1800 à récx)le de David. Joseph Aparicio, MM. Antoine de Ribera, Joseph Madrazzo et le sculpteur Alvarez ont enseigné la plupart des artistes qui tiennent en ce moment le premier rang à Madrid. En outre, on voit que de nos joure la disposition favorable des artistes espagnols à l'égard de l'école française subsiste encore, car parmi ceux qui ont envoyé à l'Exposition universelle, plusieurs d'entre eux se sont fait inscrire comme élèves de MM. Ary Scheffer, Paul Delaroche, Calamatta et de M"* Rosa Bonheur. On pourrait même dire qu'en ce moment l'école espagnole a une propension à imiter trop complaisamment celle de France, surtout dans la peinture de portraits '. Et en effet, à cela près du costume des personnages, de celui des femmes surtout, qui retient encore quelque chose de national, les
* ((Aujourd'hui sans l'écusson semé (]e lions el Je tours, on confondrait aisément les peintres d'Espagne avec les nôtres (au palais de l'Exposition universelle); c*est le cas d'appliquer le mot si connu : (( \\ n'y a plus de Pyrénées ». — Th. Gautier,
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portraits espagnols qui figurent en ce moment à Texposition ont un air de famille avec ceux de MM. Dubufe et Winterhalter. »
Après avoir constaté Tinfluence extérieure de Técole moderne, mentionnons les peintres qui ont travaillé à l'étranger ou pour Fétranger pendant cette période. Nous aurons à citer en première ligne, David qui se retira en Belgique et exerça une action toute puissante sur l'école flamande; Gérard, Isabey et Gros qui ont fait beaucoup de portraits. «C'était une faveur que d'être peint par Gérard * , et les têtes couronnées elles-mêmes se sentaient honorées de la condescendance qu'il leur témoignait '. »
Toute une colonie d'artistes alla au Brésil; elle se composait de Lebreton, N.-A. Taunay, Debret, A.-M. Taunay, sculpteur, Grandjean de Montigny, architecte, F. Taunay, peintre de paysages. En Russie, nous trouvons Swebach, directeur de la manufacture impériale de Saint-Pétersbourg, Benner, miniaturiste, Horace Vemet, I^durner, Eugène Pluchard; — en Angleterre, Francia, peintre d'aquarelles. Si l'école anglaise, par son originalité absolue, rejette tous nos artistes, elle appelle en revanche nos décorateurs, nos orfèvres, nos ornemanistes; ce sont les orfèvres Vechte, Bisson, Morel, qui ont donné la victoire à l'orfèvrerie anglaise aux expositions universelles deLondres et de Paris. — Nous trouvons encore en Italie : Fabre, à Florence; Pecquignot, à Naples; Chauvin, Boguet et Ingres à Rome; Joseph Colignon, directeur de F Académie de Sienne.
Beaucoup d'autres ont travaillé pour l'étranger. M. Brascassat, le peintre d'animaux, a fait de nombreux tableaux pour la Belgique^ la Hollande et l'Allemagne. Nos verriers, MM. Lobin, Claudius Lavergne et Ed. Fiot, par leurs travaux pour l'Angleterre et pour Rome rendent à la peinture sur verre sa vieille renommée euro péenne. Nos orfèvres (Froment-Meurice), nos fabricants de bronzes (M. Denière), nos potiers (M. Avisseau), nos sculpteurs ont la même importance à l'extérieur.
Nous ne pouvons mieux terminer ce chapitre qu'en reproduisant l'appréciation du Moniteur ' sur la peinture à l'exposition universelle.
« L'exposition ne présente, à proprement parler, que quatre divi-
' Le prii de ses portraits en pied (figure seule) était de 10,000 francs^ à très -peu d exceptipDS prés, et n'a jamais dépassé 12,000 francs pour les souverains comme pour les particuliers.
* Lenormant, Vie de François Gérard.
3 22 DOiembre 1855.
CXiv L'ART FRANÇAIS.
sions : la France, TAngleterre, la Belgique et rAllemagne ; et encore, à Texception de la galerie anglaise, un grand nombre de toiles qui figurent dans les galeries de TAutrichie, de la Bavière, du Danemarck , de l'Espagne, de la Norwége, de l'Amérique même, ont été déjà vues à Paris aux précédentes expositions. Nos livrets ont déjà cité les noms de leurs auteurs. La plupart nous appartiennent, les uns par la naissance, les autres par leurs études ou leur séjour à Paris, les autres aussi par les récompenses que la France leur a déjà décernées : tous sont venus chercher en France le goût, l'inspiration, le talent.»