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Michel Maille^ Etienne Monnot et Villermc, le sculpteur de crucifix. A Cassel, c'est Pierre Monnot qui sculpte les fameux bains de marbre du Landgrave; à Berlin, nous trouvons Hulot et Charpentier; à Dresde, François Coudray et son fils Pierre Coudray ; en Angleterre, Le Marchand, célèbre sculpteur en ivoire; en Danemarck, Lamoureux ; en Suède, René Chauveau , premier sculpteur du roi de Suède, Torfévre Jean-François Cousinet; en Russie, Nicolas Pinauît*, etc.
Boulle (André-Charles), architecte, peintre, sculpteur en mosaïque, graveur ordinaire des sceaux royaux , est surtout célèbre comme ébéniste ; il donna à nos meubles de nouvelles formes, les orna de bronzes élégants et de riches mosaïques formées de bois de diverses couleurs, de cuivre et d'ivoire. A une science profonde du dessin, il joignait le plus excellent goût. Boulle travailla pour presque tous les souverains de t'Europe.
Pour finir, citons encore un témoignage du xvui* siècle. Parlant de la basilique de Saint-Pierre de Rome, Tauteur des Lettres sur la renaissance de l'architecture grecque s'exprime ainsi :
a Quant à la partie de la décoration, il faut s'imaginer que tout ce que la peinture, la sculpture, Fart de jetter en bronze, de revêtir de marbre, peut produire de plus riche et de plus exquis, se trouve rassemblé dans la basilique du Vatican. La France a la gloire d^avoir fourni des artistes dignes d'y partager avec les Italiens l'admiration des étrangers. Les statues de Le Gros, de Monnot, de Slodtz, se soutiennent vis-à-vis des morceaux de L'Algarde, du Bemin, de Rosconi. Les tableaux du Poussin, de Vivien [sic], de Subleyras, rapprochés de ceux du Dominicain, du Guerchin, de Lanfranc, fixent encore les yeux et balancent les suffrages des spectateurs *. »
3" XVllI^ siècle.
Dès les dernières années du règne de Louis XÏV, après la mort de Le Brun , la sculpture se dégagea de la peinture. En arrivant à sa liberté d'action, la sculpture devint originale et toute française avec Coyzevox, Nicolas Coustou et Guillaume Coustou, qui suivirent les traces du premier. La sculpture décrivait les mêmes évolutions que la
^ Pinault ou Pineau, mort en 1754, fut un sculpteur « habile pour rornement» D'Argenville (Descr. de Paris) l'appelle le célèbre Pineau. > Journal de Trévoux, 1760, p. 2980.
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peinture, et dans ce grand travail qui s'accomplissait alors et transformait Tart français^ Coyzevox et les Goustou furent les équivalents de Bérain^ deWatteau, de Lemoine, de Robert de Cotte et deBofPrand.
Les types les mieux caractérisés de la sculpture de ce temps sont les quatre figures de nymphes, provenant de Marly, que Ton voit actuellement sur la terrasse du jardin des Tuileries \ et les anges sculptés en bas-relief sur les portes* des quatre chapelles du dôme des Invalides ^. Il n'y a plus rien dans ces statues et dans ces basreliefs qui rappelle ni Tantique, ni Tltalie; c'est un art nouveau^ né sur notre sol et sorti de notre génie national. On reprochera plus tard à cette élégante sculpture de tomber dans rafféterie, mais il faut lui reconnaître alors des qualités éminentes et Toriginalité la plus complète.
La sculpture resta dans cette voie jusqu'à la fin du xvui® siècle^ conservant une partie des mérites des chefs de l'école ^ la grftce^ Pesprit, l'h^ibileté du ciseau ; mais les mêmes raisons qui amenèrent la décadence de la peinture produisirent aussi la décadence de la sculpture '.
On voit au musée du Louvre quelques échantillons de la statuaire de cette époque dans les morceaux de réception de Thierry (une Léda), de Falconet (une Baigneuse), et de Pigalle (un Mercure attachant ses talonnières). La Léda et la Baigneuse sont de charmantes statuettes de jolies filles parisiennes; quant au Mercure c'est un beau jeune homme également de type français. L'antique n'a plus rien à voir en tout ceci.
Les étrangers furent enthousiastes et avides des œuvres de nos sculpteurs; tous furent employés au dehors, à ce point que la France est le pays le plus pauvre en morceaux de sculpture du xyni« siècle,
^ Les deux statues du côté de la rue de Rivoli sont de Goyzevoi, les deux autres sont de Coustou.
* Ces anges sont de N. Coustou et de Coyzevox ; ils ont été gravés par Gochin , pi. 42 et 83 de l'ouvrage de l'abbé Pérau.
' Parmi les causes de la décadence de la sculpture sous Louis XV^ le rapport sur Tétat des Beaux-Arts, présenté par la quatrième classe de l'Institut à l'empereur Napoléon U^, signale surtout : l'ignorance des artistes, la négligence absolue qu'ils mettaient à cultiver leur esprit. Tous demandaient à Cochin des dessins pour les grands monuments dont ils étaient chargés ( mausolées, statues équestres), et qu'ils étaient incapables de composer. Le dessin original du mausolée du maréchal de Saxe, par Pigalle, a été fait par l'abbé Gougenot et arrangé par Cochin; le tombeau du Dauphin à Sens, par Coustou, a été fait aussi d'après un dessin de Cochin ( p. 123, 127).
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et qu'il est impossible d'y juger aujourd'hui les sculpteurs du temps ' . L'électeur de Bavière avait appelé Cli.-Cl. Dubut. Le premier sculpteur de Frédéric le Grand était Adam, le cadet; PigaUe,Bouchardon, Guillaume II Goustou, Lemoyne, Vassé, travaillaient à Paris pour Sans-Souci. Ch.-Fr. Hutin était premier sculpteur de l'électeur de Saxe. En AngleteiTe, l'illustre Roubiilac exécutait de nombreux et beaux travaux et réformait la sculpture anglaise qui en était encore aux types et aux procédés du Moyen Age. Saly était premier sculpteur du roi de Danemarck. Philippe V, roi d'Espagne, appelait Frémin, Thierry, Bousseau , les deux Dumandrc (Hubert et Antoine ), Michel Robert, Pierre Pitué et Verdiguier, pour peupler ses jardins de Saint-Ildefonse de groupes et de statues qui lui rappellassent Versailles. A Parme, nous rencontrons J.-B. Boudard; à Rome, Edme Bouchardon ^ ; avec lui , L.-S. Adam, Michel-Ange Slodtz; à Turin , Ladatte. En Russie, Falconet et mademoiselle Collot étaient chargés par Catherine II d'élever le monument de Pierre le Grand ; Gillet travaillait à Moscou; L.-Cl. Vassé à Saint-Pétersbourg; FV.-Guill. Dubut à Saint-Pétersbourg et à Varsovie ; Vemier, graveur en pierres fines, à Saint-Pétersbourg. Nous retrouvons mademoiselle Collot, devenue madame Falconet, sculptant en Hollande. J.-Ph. Bouchardon travaillait en Suède, en môme temps que Larchevêque, chef d'une importante école à Stockholm, d'où est sorti Sergell.
Les orfèvres, qui ne sont en réalité que des sculpteurs en métaux précieux, étaient aussi célèbres que nos autres artistes, soit par le bon goût de leurs œuvres, soit par le^ importants perfectionnements apportés à la partie matérielle de leur art. Claude Ballin II, orfèvre de Louis XV, a surtout travaillé pour l'élranger : les cours de Portugal , d'Espagne , d'Italie, de Saxe, de Bavière, de Russie , le prince Eugène à Vienne, le Grand Turc lui-même, possédaient des œuvres importantes de Ballin. Toutes les tables des souverains de l'Europe c( étaient ornées des chefs-d'œuvre » de Pierre Germain et de Thomas Germain. En parlant de ce dernier, l'abbé Lambert dit : a II n'y eut
^ Une grande partie de leurs œuvres principales, statues équestres, etc., a été détruite pendant la Révolution. Voyez Patte, Monuments élevés à la gloire de Louis XV, 1 vol. in-folio.
* L'écorché de Bouchardon eut un grand succès ; partout il servait à renseignement du dessin. En 1766, Wille l'envoie à M. OEser, directeur de l'académie de peinture à Leipzig. Il a fallu l'écorché de Houdon pour détrôner celui de Bouchardon.
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aucune cour de l'Europe qui ne recherchât avec avidité les ouvrages de cet incomparable artiste. »
La sernirerie avait autant de réputation que Torfévrerie. Destriches, de Paris, sous Louis XV, exécutait pour le Portugal des grilles dont les contemporains vantent l'élégance.
L'art du fondeur avait reçu de tels perfectionnements par les soins de Gor, commissaire des fontes de l'Arsenal , qu'on imita partout ses procédés, et qu'on l'appela à Copenhague pour couler la statue de Frédéric V, modelée par Saly *.
i** La Réaction.
La réaction se fit dans la sculpture en même temps que dans la peinture et pour les mêmes raisons; l'équivalent de Vien se trouve dansBouchardon. Caylus ctGrimm se tenaient pour satisfaits du style plus sévère de leur sculpteur favori , et nul ne pensait alors que la statuaire française arriverait bientôt à n'être qu'une plate imitation de la sculpture grecque. 11 est vrai que Bouchardon ne faisait pas plus pressentir Chaudet que Vien ne préparait à David, et Gabriel à Percier.
Notre école alors faisait un bon usage de Tantique; elle s'en servait avec mesure pour anoblir et élever le goût, mais elle ne renonçait ni à la nature ni au goût français pour adopter une prétendue nature idéale et ce goût pseudo-antique qui est si détestable. Les sculpteurs de la réaction modérée, Bouchardon, Pigalle, Allégrain,Cafl5éri,Clodion, Pajou , Houdon et le médailleur Duvivier, suivaient la manière française deCoustou et deCoyzevox, mais étaient plus forts et plus purs que les successeurs de ces deux grands artistes. Les bustes de Caffiéri, si pleins de naturel et de vie ^, la Baigneuse d'AUégrain, les sujets gracieux deClodion, la Psyché de Pajou , son admirable buste de la Dubarry, les médailles de Duvivier, tous les ouvrages de Houdon, le plus original et le plus vigoureux talent de l'époque, avaient relevé l'école.
Julien poussa la réaction plus loin; la statue de la Jeune Fille à la
* L'espace nous manque pour parler de la sculpture d ornements qui lient une grande plâccau XVIII* siècle; il faut au moins rappeler les noms de Nicolas Pinault, de Jules Dugoulon , de Robillon et de François Romié^ les plus célèbres.
* A propos du buste du médecin Borie, Diderot écrivait qu'il était « ressemblant à faire mourir de peur un malade. »
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chèvre est de notre meilleur style français ; mais la tête est tout à fait copiée ou imitée de Tantique. La date explique cette nouveauté; la statue de Julien est de 1787, c'est-à-dire de Tannée du Socrate de David. Nous ne sommes encore qu'à la seconde ma»ûère de David; quand le peintre arrive à sa troisième manière, Julien fait alors la statue de Ganymède, ouvrage raide et froid, imitation complète de la statuaire antique, et Cartellier, Bosio et Chaudet paraissent.
Pendant cette période, nos sculpteurs, moins nombreux que dans la période précédente , sont aussi beaucoup moins employés à Tétrangor. Cependant Houdon fit à Rome une célèbre statue de Saint- Bruno; pour les États-Unis il exécuta la statue de Washington. Roland travailla pour le prince de Salm-Kibourg. On trouve à Gênes, Philippe de Beauvais; à Parme, Edmond Petitot, Laurent Guyard et Julien dit de Parme; en Saxe, Acier, sculpteur à la manufacture de porcelaine; en Pologne, André Le Brun.
5<» Chaudet et l'école moderne.
La sculpture avait été entraînée par le mouvement de Topînion à imiter l'antique autant que la violence de la mode l'exigeait. S'il est impossible de faire un tableau absolument grec, rien n'empêche le sculpteur de faire une œuvre complètement imitée des statuaires anciens; il lui suffit de prendre un personnage mythologique ou historique et de lui donner les formes dont il a mille modèles sous les yeux. C'est à quoi la Réaction aboutit. Nos sculpteurs ne produisirent plus autre chose que des statues prétendues grecques; sous prétexte de sévérité, de grand style, la sculpture n'enfanta que des œuvres d'une raideur et d'une sécheresse désespérantes, sans originalité, sans goût, sans style. De même que les peintres', les sculpteurs abusèrent du nu et des attitudes théâtrales et copièrent l'antique sans le comprendre; quand ils eurent à traiter des sujets modernes ou des personnages contemporains, ils les transformèrent à l'antique. On peut citer parmi les plus ridicules exemples, la statue du général Dugommier * par Chaudet et celle du général Leclerc par Dupaty^. Dugommier est revêtu d'un manteau drapé à l'antique qui ne laisse voir de son uniforme que les bottes à éperons et le
1 No 1563 du Musée de Vemilles.
s No 1578 du Musée de Versailles.
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collet de Thabit; sa tête est couverte d'un casque grec; il porte la barbe tout entière; c'est une tête absolument calquée sur celle d'un guerrier grec; on croit être devant un soldat Spartiate, mais les bottes à éperons et une bombe qui est aux pieds de la statue rappellent qu'il est question d'un général moderne. Il est impossible d'imaginer un pareil contre-sens. Quant au général Leclerc, Dupaty Ta représenté absolument nu.
Chaudet fut cependant le plus babile sculpteur de l'époque; malheureusement pour lui, la plupart de ses œuvres capitales sont détruites. Quant à Moitte, Gois, Bridan, Bosio, Roland^ Cartellier, Lfemot, Dupaty, etc., ils forment la plus déplorable école de sculpture que nous ayons jamais eue *.
Aussi nous n'avons pas à citer pour toute cette période, un seul nom de sculpteur à l'étranger. C'est en raison directe du caractère français de notre école que ses artistes sont employés et ont de l'influence en Europe. L'Europe ne les appelle et ne les occupe qu'à la condition qu'ils lui apportent des idées et des formes françaises.
Une réaction énergique a été faite, sous la Restauration, contre cette sculpture pseudo-antique, par Cortot d'abord, puis par David d'Angers, le grand sculpteur moderne, l'auteur du Philopémen, par Pradier, charmant sculpteur de genre, par Rude et M. Barye. Les dignes élèves de ces grands maîtres, MM. Bonassieux, Cavelier, Diebolt, Guillaume, Oliva, ont soutenu victorieusement l'honneur de Técole dans le concours de l'exposition universelle; ils lui ont maintenu le premier rang que leurs maîtres lui avaient reconquis non seulement dans la statuaire mais encore dans tous les arts qui en dépendent.
De notre temps, M. Friederich a travaillé pour la Prusse et le duché de Bade; M. le comte de Nieuwerkerque, pour la Hollande, où il a fait une des meilleures statues équestres de notre époque, celle de Guillaume le Taciturne ; M"« de Fauveau s'est fixée à Florence; M. Lemaire a fait de beaux frontons à l'église Saint-lsaac de Saint-Pétersbourg ; M. Rochet a travaillé pour la Savoie et le Brésil; David d'Angers et Pradier pour toute TEurope.
1 Tbomire (Pierre-Philippe), habile ciseleur et fabrictnt de bronzes (né à Paris en 1751, mort en 1843)^ élève de Pajou, a exécuté pour le roi d'Angleterre, Georges IV, de grands candélabres, et pour le comte A. Dcmidofy un vase en malachite, une table et on temple (de G^.IO de H.), en bronze doré, enrichi de malachite et de lapis-lazuli.
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