ARCHITECTURE
i^ XV W siècle.
Lorsqu'en 1595, Henri ÏV résolut d'achever la galerie du Louvre*, « nos grands artistes du xvi" siècle, les plus nobles représentants de la Renaissance française, étaient tous au tombeau. La génération qui les suivait n'avait ni cette sûreté de goût, ni ce grand fonds d'imagination ou d'originalité qui jusque là nous avait garantis de la contagion italienne. Nous devenions plus enclins à chercher nos exemples au delà des monts, à mesure que les progrès du mal y devenaient plus rapides. Les deux seuls architectes qui se fussent montrés fidèles aux traditions de l'antique et du iv« siècle, et qui eussent tenté, au moins en théorie, d'y ramener Tltalie, tout en les reniant trop souvent dans leurs œuvres, Vignole et Palladio, avaient cessé de vivre. Mademe régnait seul, et le terrain se préparait pour les ambitieuses folies de deux hommes alors au berceau : le Bemin et le Borromini^.»
Jusqu'à Mansart l'influence étrangère pesa de plus en plus sur notre architecture. On introduisit dans la décoration de la grande galerie du Louvre , élevée sous Henri IV 3, Tordre colossal, aune des plus grandes licences du seizième siècle italien^,» et notre architecture pervertie fit un pas de plus dans la voie funeste de l'imitation servile d'une architecture en décadence. Le palais du Luxembourg , bâti par Desbrosses' pour Marie de IMédicis est, au moins dans sa décoration, une imitation du palais Pitti à Florence. Le portail de Saint-Gervais (1616), œuvre du même architecte, est emprunté aux portails de Téglise du Jésus et de Saint-André-deUa- Valle,à Rome; on blâme justement la superposition de trois ordres dans la façade d'un édifice dont l'intérieur n'a pas d'étages super-
^ Entre le pavillon Lcsdiguiéres et les Tuileries; Tautre partie est du temps de Henri 11.
< Vitet. Le Louvre, dans la Revue contemporaine^ 1. 111^ p. 390. 1852. 3 Peutrètre par J.-B. Ducerceau.
* Vitet, loc. cit.
^ Salomon Desbrosses et non pas Jacques.
XVIl% XVIII% XIX» SIECLES. cxxvii
posés, et on regrette de voir Desbrosses faire un tel emprunt à Tarchitecture italienne * .
Le dôme de la petite église des Carmes , de la rue de Vaugirard^ suivi bientôt du dôme de l'église de la Sorbonne (1635-53), construit par Lemercier, et de celui du Val-de-Grâce (1654-65), bâti par Lemuet, sont une nouvelle importation italienne.
Enfin quand Louis XIV veut achever le Louvre, c'est au Cavalier Bernin qu'il s'adresse. On lui demande d'abord des projets, qu'il envoie; on y fait des corrections qui le scandalisent^; enfin on se décide à le faire venir à Paris (1665). Pour vaincre les résistances du Cavalier, Louis XÎV lui écrivit de sa main; pendant son voyage en France, il reçut des honneurs extraordinaires. Puis, quand le Bernin eut arrêté ses projets, le tout se trouva laid, incommode, manquant de goût et de bon sens^; on ne pouvait exécuter les plans du Cavalier, qu'à la condition de détruire l'œuvre de Pierre Lescot. On aurait eu beaucoup de peine à se débarrasser du Bernin si la rigueur de l'hiver ne fût venue en aide a Colbert et à Perrault. Bernin partit pour l'Italie avec un brevet de 12,000 livres de pension; il est le dernier grand artiste italien appelé en France avec apparat; mais on tomba de Bernin en Perrault. La colonnade du Louvre, espèce de placage sans fenêtres, reposant sur tm immense soubassement, couronné d'un simple cordon de balustres à jour, avait mille défauts ; d'abord elle consacrait le triomphe de l'ordre colossal ; elle faisait disparaître pour la première fois notre vieux système de toiture *, et ce que les architectes italiens du xvi« siècle avaient respecté était détruit a par un médecin de la faculté de
* Voyez les Études d'architecture en France, par M. Léon Vaudoyer, dans le Magasin pittoresque^ 18i5.
s Rome, 2 décembre 1664 ; le duc de Créquy à Golbert :
« Monsieur, je fus jeudy dernier chez le cavalier Bernin et estant entré avec luy en discours sur le nouveau dessein que vous m'avez mandé que le roy souhaitoit qu'il fist fiour le Louvre, il me parut extrêmement scandalisé de la manière dont on avoit traitté celuy qu'il a déjà envoyé. Il me dit mesme ces paroles que l'on y avoit fait plus d'observations et trouvé pins de défauts qu'il ne falloit de pierres pour le bastir... » (Lettres de Colbertj collection verte, Bibl. impér. )
' Voyez dans Blondel, Ârchit. franc, t. IV, tous les détails de cette affaire, avec les plans et élévations des projets de Perrault, de Bernin, de Lemercier et de Marot. Les projets de Bernin sont d'une étonnante laideur.
* Blondel ( Arch. franc. IV, 67 ), dira plus tard que dans la décoration d'un palais «les combles apparents sont contraires à la bienséance».
cxxviii L'ART FRANÇAIS.
Paris; » elle jetait Tarchitecture française dans une voie d'imitation exagérée de Tarchitecture grecque; elle était en pleine contradiction avec le style de l'édifice ; elle était trop haute, trop large, et amenait forcément la surélévation si fâcheuse des façades de la cour et la destruction de la façade méridionale que venait de construire Levau *.
La colonnade du Louvre fut élevée de 1667 à 1674. A la même époque, Fr. Blondel construisait la porte Saint-Denis en prenant ses modèles dans Tarchitecture romaine, dans la colonne Trajane, dans la colonne rostrale du Capitole et dans les médailles romaines.
Pendant que Desbrosses, Perrault et Blondel faisaient de Tarchitecture italienne et antique , Tarchitecture française se soutenait et luttait. Salomon de Caus, contemporain de Desbrosses, faisait pour rélecteur Palatin, à Heidelberg, les constructions les plus originales et les plus remarquables jardins. Mais ce fut dans la construction des hôtels et des châteaux , élevés en si grand nombre pendant le règne de LouisXlII (voy. p.Lxxiv.) et dans la nécessité de bâtir d'une manière raisonnable des habitations appropriées aux mœurs, aux besoins et au climat du pays, que Tarchitecture française trouva le principe de son salut; si elle n'avait eu à construire que des monuments d'apparat, elle fût demeurée anti-française.
A en croire Tallemant et Sauvai, la marquise de Rambouillet serait le premier auteur de ces changements ; peu satisfaite de tous les dessins qu'on lui présentait, elle fit elle-même le plan de son hôtel. « C'est d'elle qu'on a appris à mettre les escaliers à côté pour avoir une grande suite de chambres, à exhausser les planchers, et à faire des portes et des fenêtres hautes et larges et vis-à-vis les unes des autres; et cela est si vrai, que la reine mère, quand elle fit bâtir Luxembourg, ordonna aux architectes d'aller voir l'hôtel de Rambouillet, et ce soin ne leur fut pas inutile^.» N'est -il pas intéressant de voir cette femme célèbre exercer sur notre architecture une influence semblable à celle qu'elle a eue sut les lettres?
De tous les hôtels de cette époque, les principaux qui subsistent à Paris sont l'hôtel Lambert, construit par Levau, l'hôtel Lauzun et
* Voyez sur l'histoire du Louvre, Texcellcnt travail de M. Vitet dans la Revue con* iemporaine.
< Tallemant des Réaux, éd. in-i2, 1. 111, p. 213.
XVir, XVIII% XIX» SIÈCLES. cxxix
l'hôtel de Nouveau^ à la Place-Royale * . Parmi lesfprincipaux chftteaiix^ on peut citer comme types : le chftteau de Maisons^ par François Mansart; le chftteau de Versailîes de Louis Xfll (i627)^ par Lemercier qui a construit encore le chftteau de Richelieu'; le chftteau de RueP; le chftteau de Lavardin dans le Haine^ par J. Marot; le chftteau de Yaux^ bftti en i653parLevau pour le surintendant Fouquet, qui exerça sur ce mouvement français une si excellente influence.
Au milieu des projets présentés pour Tachèvement du Louvre, celui de Jean Marot^ conçu dans Tesprit de P. Lescot^ se distingue par ses caractères français et par son élégance; c'est une admirable protestation du bon sens et du génie national contre les projets du Bemin et de Perrault.
Mais de tous les architectes du temps^ le représentant le plus éminent de la tradition française est Libéral Bruand a esprit expressif et pur^ dit M. Vitet^ égaré comme Lesueur dans cette bruyante époque»^ auteur du frontispice du bureau des marchands drapiers à Paris ^y et qui fera plus tard «le vrai chef-d'œuvre de son temps, la grande cour des Invalides^ ce cloître militaire , dont la destination est si admirablement écrite sur ces mftles arcades^ sur ces sobres profils'.»
Nous signalerons parmi les décorateurs de Fépoque : Gi. Errard, Jean Marot , Antoine Lepautre et principalement Jean Lepautre. On a vu (p. Lxxiiiy quelle avait été l'importance d'Errard; ses ornements sont en général dans le goût antique et italien de la Renaissance. Nous ne croyons pas qu'il subsiste encore aucune œuvre décorée par Errard^ mais nous pouvons citer comme exemple de aon style les gravures représentant la décoration des appartements de la Reine au Vieux -Louvre; les arabesques sont d'une composition excellente*.
i Aujourd'hui Hôtol de la mairie du huitième arrondiMement.
< Le magnifique château de Richelieu, gravé par J. Marot, 21 feuillet in - folio oblong.
> Vues du châ^u de4hiel et de ses jardins^ dans le 1. 11^ de l'Ârchii. à la mode; c'est déjà tout Versailles, |>ar l'aspect général, les détails et les fontaines.
^ Gravé dans l'Architecture françoise de Blondel.
> Vitet, loc. cit., p. 418. — Bruand a construit tout IHôtel des Invalides, uuf l'église du ddme.
< Volume H. d. .10 du Cabinet des estampes,
cxxx L'ART FRANÇAIS.
Jean Marot a publié a Diverses inventions nouvelles pour des cheminées avec leurs ornements » et des placarts; son style se rapproche tout à fait de celui des Lepautre.
Antoine Lepautre décora les plafonds de Thôtel du marquis de Fontenay-Mareuil d'omem^ts fort élégants * ; mais son frère Jean Lepautre^ dessinateur et graveur d^architecture^ est bien plus important par son talent orijginal et varié. Jean Lepautre^ malgré ses emprunts à Htalie, est un des représentants les plus brillants de Tomementation française. Jusqu'à Bérain et Boffirand^ tout le monde suivit ses errements. La Chambre des Muses ^ à l'hôtel Lambert, la galerie d'Apollon, les premiers salons de Versailles (voir p. Lxxix) sont les échantillons les plus caractérisés de a l'ornementation à la Lepautre ; b mais pour apprécier toute la fécondité, la richesse et le bon goût de l'artiste^ il faut étudier son œuvre gravé qui est très-considérable ^.
Pendant cette période^ nous ne trouvons avec Salomon de Caus, déjà mentionné^ que deux de nos architectes employés à Tétranger: Simon de la Vallée^ appelé en Suède par la reine Christine^ et Jacques Bruand, qi^i construisit à Cologne un hôtel pour le célèbre banquier amateur Jabach '.
^ Desseins de plusieurs palais^ plans et élévations... 1 vol. in-fol., 1652.
* On y trouve : des alcAves à la romaine, à la française, à la royale et à l'italienne (ces dernières sont tout à fait dans le style de Versailles) ; — > des plafonds à la romaine, a nouvellement inventez par L Lepaultre, » des quarts de plafonds, des ornements pour plafonds, du style le plus riche et le plus excellent; — des intérieurs; — des lambris « à la françoise, des lambris à l'italienne pour orner et embellir les chambres, sales, galeries et autres lieux magnifiques, inventez par L Lepaultre, 1659 » ; — des ornements de panneaux; — des chapiteaux, des frises ou montants à la moderne (1657) ; — des trophées d'armes et des montants de trophées d'armes ( 1659); — des lits à la romaine ; — des grotesques, des mauresques et des arabesques, d'une très-élégante composition; — des cheminées l^la romaine avec bas-reliefs; (les chemiiiées de Bérain et de Robert de Cotte, dont on parlera plus loin, sont donc bien une réaction française contre les cheminées italiennes); — des portes et des portes-cochères ; — des jets d'eau, des fontaines sculptées, des termes, des supports, des vases ( toute la décoration des jardins et parcs de Versailles dérive de là); — des clôtures de chapelles en menuiserie et « cerurie»; des chaires; des bancs de chœur; des clôtures de chœur; des autels; des tabernacles; des «eaux-bénitiers;» — des dessins de toute espèce pour l'orfèvrerie re^gieuse (1659); — des bordures de miroirs; — « des écussons ou entrées de cerures et autres ornements servants à embellir la cerurie », des clefs. — Tous ces ornements sont d'un style pur, variés, élégants, agréables et, me reproche qui voudra l'emploi trop fréquent du mot, d'un goiH très-français.
' Gravé dans le Petit Marot.
XVir, XVIII', XIX* SIÈCLES. cxxxi
Sous rinfluence personnelle de Louis XIV qui aimait les grandes choses et se plaisait à bàtir^ Tacbitecture prit un nouvel essor. Jules- Hardouîn Mansart^ premier architecte du roi^ est le principal architecte de l'époque^ avec Lenôtre, dessinateur des jardins du roi; tous les deux ont été les chefs d*une école importante. Mansart a construit les chftteaux de Versailles^ de Marly, du Grand ^Trianon et Véglise royale des Invalides *. ^
L'orangerie et la chapelle du château de Versailles sont les œuvres les plus remarquables de cet habile architecte; Torangerie est d'une simplicité pleine de caractère et de grandeur^ mais la chapelle semble résumer en elle toutes les qualités du style de Mansart. Toutes ses parties sont empruntées à Tarchitecture antique , mais dBsposées d*une manière originale^ et sans que la préoccupation d*employer des détails anciens fasse sortir Tarchitecte du plan et des dispositions générales consacrées dans les édifices religieux. Mansart a conservé en efiét la toiture^ le campanile^ le faîtage omé^ les contre-forts» les gargouilles des églises du moyen âge; il a voulu faire une sainte chapelle.
Ce que Ton observe à la chapelle du château de Versailles, on le retrouve ailleurs; la disposition du monument est bien française; la décoration extérieure est inspirée de l'antique^ mais avec discrétion et intelligence.
Bien que nous ayons déjà parlé de Bruant (voy. p. cxxix), nous ne pouvons nous dispenser de répéter qu'il construisit^ sous Louis XrV^ l'hôtel des Invalides^ moins l'église du dôme*.
Mansart et Bérain commencèrent à modifier le système de décoration intérieure des Lepautre. On supprima les ornements sculptés des plafonds; on abandonna les grandes cheminées à bas- reliefs pour faire < les cheminées à la royale à grand miroir ' x> ou a che-
* Ou église du ààme.
< Une institution importante, l'Acaclémie d'architecture, fut établie en 1671 -par Colbert; elle se composa d'abord de Fr. Blondel et Pierre Mignard, ses fondateurs, de Louis Levau, L. Bruant, Daniel Gittard, Ânt. Lepautre, François Oorbaj, et André Félibien. Dans les conférences des premières années, TAcadémie fixa les régies de l'art d'après l'Antique et la Renaissance ; ses guides étaient Vitruve, Palladio, Serlio, Sca- Bozziy BulUnt et Philibert Delorme; les académiciens discutaient et résoUaient les difficultés, puis ib professaient dans leurs leçons les décisions prises dans les conférences. Les registres de l'Académie d'architectare sont conservés au secrétariat de rittsUtut.
' Cbeminéet ■oofeiles, vol. H. d. 30 du Cabinet des estampes
cxxxii L*ART FRANÇAIS.
minées à la Mansarde ; » on commença à employer les glaces dans la décoration des appartements^ conmie on peut le voir au Grand- Trianon.
En étudiant Toeuvre gravée de Bérain^ on est vraiment émerveillé du style de ses arabesques pour panneaux^ du goût excellent de ses frises, de ses corniches, trumeaux, plafonds, chapiteaux , de Tintarissable variété des dessins -de cheminées, dont quelques-unes sont déjà ornées de glaces entourées d'encadrements élégants. Bérain est le trait-d'union entre Técole de Lepautre et celle de Robert de Cotte.
Un très-précieux recueil de gravures a l'Architecture à la mode b nous donne tout le système de Tomementation en usage à la fin du xvii* siècle. On y trouve des a portes d'appartements, des placards et lambris dessinez par le S' Mansard et nouvellement exécutez dans quelques maisons roîales » ; c'est le Versailles et le Trianon du temps; — des plafonds, déjà sans ])eintures, avec de simples ornements en reUef et dorés; — des plans et dessins nouveaux de jardinage, par Le Bouteux (dédiés à Louvois), qui nous montrent ce qu'étaient <c parterres de broderie, parterres avec bosquets, cabinets et portiques de treillage » dans tous les beaux jardins de l'époque. Toutes ces œuvres de nos pères, détruites aujourd'hui , revivent pour nous dans ces estampes * . — On voit aussi dans l'Architecture à la mode, des escaliers de jardins, avec fontaines, par Le Blond; des escaliers du jardin de Saint-Cloud, par Lenôtre; des fontaines dessinées par le sculpteur du roi d'Angleterre, le florentin Fanelli; et en comparant le style trivial de ce dernier avec celui des œuvres de Lenôtre , on comprend pourquoi les étrangers ^s'adressaient de préférence aux dessinateurs de jardins formés à son école '.
^ Elles représentent les parterres des hôtels de Grandinonl et de Villacerf; les jardins de Louvois, de Presles, de la Norville, de l'hôtel de Gondé ; des berceaux, portiques et salons de treillage à Versailles, Chantilly, Sceaux, Chaville ; la maison de Benserade à Arcueil.
* Je rejette en note ce qu'il y a encore de curieux dans «l'Architecture à la mode». Ce sont : des panneaux, des ouvrages d'orfèvrerie, des chenets, des chandeliers, etc., par A. Loire; — des ornements de fleurs pour la broderie; des fleurs à la persienne pour étoffes; des dessins pour étoffes de brocart à fond d'or ou d'argent; — des ornements d'orfèvrerie, par P. Androuet-Ducerceau; — des miroirs, tables, guéridons, chenets, par J. Lepautre, iont le dessin est bien en rapport avec celui de la décoration des appartements; — des modèles pour « Tart d'arquebuserie » ( batteries, chiens, croises, poignées ciselées ), gravés par Jacquinet et d'un goût excellent; — des cartouches, par Jean d'Olivar; — des modèles de grilles (celles de Versailles y sont), des balcons, des marteaux de portes; divers modèles de serrurerie; des rampes d'escaliers, etc.
XVII% XVIfP, \JX« SIÈCLES. cxxxiil
Toute la décoration du temps de Louis XIV^ telle que « TArchitecture à la mode » nous la fait connaître^ fut importée en Hollande par Daniel Marot^ architecte de Guillaume III. Son œuvre a été gravée et publiée à Amsterdam , en 1712^ en un volume in-folio *. La décoration des appartements^ telle que Tentendait Marot et telle qu'il l'exécuta à Loo^ est dans ce goût de Bérain, qui nous fait sans cesse pressentir celui de Robert de Cotte. L'ornementation de Daniel Marot est d'un style très-agréable^ d'ude variété et d'une élégance extrêmes^ et s'applique à tout. Les planches de l'œuvre de Marot nous montrent des décorations d'intérieur, des plafonds^ des cheminées^ des dessus de portes^ des arabesques; — des dessins d'ornements pour faire en broderie et en petit points pour tapisseries de meubles et dessus de tables; — des modèles de grilles^ portes^ clefs* a ballecons» et rampes; — des berceaux^ treillages et parterres, dont plusieurs ont été exécutés aux jardins de Voorst, en Hollande; — des groupes pour pièces d'eau, exécutés aussi à Voorst (gravés en 1701 ); — des vases pour la maison royale de Looj — un recueil d'ornements pour l'utilité des sculpteurs et orfèvres, donnant des modèles de miroirs, cadres, bordures, corniches, et des dessins d'orfèvrerie de toute espèce; — le carrosse de Guillaume III, qui est très-beau (planche 115); — des modèles de chaises à porteur; — des tableaux de portes et de cheminées; — - des portes cochères d'églises, des arcs de triomphe; — des modèles de^ housses en broderie et galons; — des lambris, panneaux, cheminées; — des bottes de pendules et de montres ; — le tombeau de l'illustre Cohom, élevé sur le dessin de Marot, dans l'église de Wickel, en Frise (gravé en 1705); — le projet du tombeau du comte de Portland, « qui se doit ériger à Roon, proche Rotterdam ». On le voit, l'importation de l'ornementation française en Hollande était complète.
Cette noble et magnifique architecture de Versailles, de Marly, de Trianon , de Saint-Cloud , de Sceaux et de Meudon , eut un immense retentissement à l'étranger. Partout ^ on imita nos châteaux, nos jardins, et de toutes parts on fit venir nos architectes.
Lenôtre a travaillé pour la Prusse, pour l'Angleterre et à Rome même, a 11 estoit estimé de tous les souverains de l'Europe, et il y en a peu qui ne lui ayent demandé de ses desseins pour leurs jardins.
* Tout ce que Dmniel Marot a fait en Hollande t'y trouve gravé. ^ Ëo Suède principalement.
cxxxiv L*ART FRANÇAIS.
On ne doit pas s'étonner si Ton a vu sous le règne du roi de grands hommes de tous les arts. Conmie ce monarque a soin de leur fortune^ ils ont plus de temps pour étudier et pour se rendre parfaits dans tout ce qui peut contribuer à la satisfaction et à la gloire de la France*. »
Son neveu Desgots dessina plusieurs jardins en Angleterre. Les jardins de Nymphenbourg, en Bavière ^ sont absolument imités de Versailles et de Marly; on y retrouve les hautes charmilles^ les arbres taillés^ les portiques en treillages; seulement c'est une imitation faite avec une extrême maladresse. Les jardins et les châteaux de Weissenstein et de Geibach^ dessinés et élevés pour les comtes de Schœnbom par Salomon Kleiner/ ingénieur de l'électeur de Mayence', sont aussi une pure imitation; les façades^ Tomementation intérieure, les jardins^ les charmilles, les pièces d'eau, tout est français avec un peu de Borromini , pour donner à l'ensemble le mauvais goût nécessaire à une œuvre allemande de ce temps.
Le prince Louis de Bade^ le fameux chef des armées impériales^ s'était &it construire^ à Rastadt^ un château a qu'il avoit bâti en petit sur le modèle de Versailles *. »
Delamonce était architecte de l'électeur de Bavière ; Du Ry et Jean de Bodt , chassés par la révocation de l'édit de Nantes, s'en allaient le premier à Cassel, le second en Prusse et en Saxe^ et tous les deux élevaient dans leur nouvelle patrie d'admirables édifices. Libéral Bruan4 construisait, en Angleterre, le château de Richemont; Pouget, ou Puget peut-être, donnait à lord Montaigu les dessins pour reconstruire son hôtel. Daniel Marot travailla beaucoup* en Hollande; Jean de la Vallée, en Suède, et Venues, à Genève. Mansart lui-même travailla, avec la permission du roi, pour un souverain étranger, le duc de Lorraine. On lit dans le journal du marquis de Dangeau, à la date du 28 janvier 1700 :
a M. Mansart partit lundy pour Nancy ; le roi l'envoie à M. de Lorraine qui l'en avoit instanunent prié pour prendre ses avis sur
1 Mercure gilant, 1700, sept. p. 279.
' Voir lei gravures de Cari Remshart, d'après les dessins de Disel : au Cabinet des estampes {Tapogrofhiê'Baviére; Munidi).
* Les gravures ont été publiées en 1728; voir au Cabinet des estampes, Topogrthphie- Bavière.
^ Mém. du duc de Saint-Simon, éd. in -12, t. Vlil, p. 1.
XVII', XVUf, XIX* SIÈCLES. Cxxxv
tous les embellissements qu'il veut faire à son palais de Nancy et à ses jardins, et pour accommoder deux maisons de campagne qu'il veut &ire accommoder aussi. M. de Lorraine compte d'employer 200^000 écus à cette dépense-là. »
a 5 février. Pendant que le roi se promenoit Taprès-dlnée [à Marly] , M. Mansart arriva revenant de Nancy; il a donné des desseins très-magnifiques à M. de Lorraine pour ses bâtiments et ses jardins, qui ne lui coûteront que 500,000 francs. M. de Lorraine i voulu feite un fort beau présent à Mansart qui n'a pas voulu le recevoir; mais on croit que le roi lui commandera de le prendre. »
a 6 février. Le roi a permis et ordonné même à M. Mansart de recevoir le présent que lui veut &ire M. de Lorraine; ce présent est un diamant de mille pistoles et une belle calèche avec huit chevaux que M. de Lorraine lui eilvoyera incessament. Ceux qui avoient donné à M. de Lorraine des desseins pour ses bâtiments et ses jardins demandoient deux millions pour exécuter ses desseins; M. Mansart a fût les desseins beaucoup plus beaux çt il en coûtera les trcHS quarts moins. »
â» La Régence et Louis XV.
Après Mansart, il s'opéra dans l'architecture une révolution très^ considérable et trop peu remarquée. On avait fait de grands efforts, pendant la période précédente, pour s'affranchir de Timitation étrangère. L'époque à laquelle nous sommes arrivés eut l'insigne bonheur de créer de toutes pièces une nouvelle distribution des intérieurs et un nouveau système de décoration. Les principaux créateurs de cette architecture toute française^ toute nouvelle, furent Robert de Cotte, neveu et élève de Mansart^ qui remplaça son oncle comme premier architecte du roi ; Bofifrand, élève de Mansart ; Oppenord^ aussi élève de Mansart , premier architecte du Régent^ et a l'un des plus grands dessinateurs que nous ayons eus* »; Leroux^ élève de Dorbay ^; Lassurance^ père; Courtonne; Le Carpentier; Contant et Cartaud.
^ IV. BUmdely Architecture françoise.
* /d0fit.— J.-B. Leroux mort en 1745^ à 09 toi, excelloit dam la décoration des appartemento. — Il a publié l'ouvrage suivant : « Nouveaux lambris de galeries, chambres et ctbinets», dans lecpiel on remarque la note suivante : « Les lambris se font maintenant à grands panneaux de bois de chesne ornez de cadres ou de simples moulures. On peint les lambru en blanc à huile et phn ordinairemeiit à détrempe pour épergner la dé>
cxxxvi L'ART FRANÇAIS.
C'est dans les recueils de dessins de Robert de Cotte, conservés au Cabinet des estampes *; c'est dans la décoration de Thôtel Soubise, par Boffrand^; dans les ornements des petits appartements de Louis XV ^ et dans ceux de la chambre à coucher de la reine » à Versailles; c'est encore dans la décoration de l'hôtel de Matignon % qu'il faut étudier et admirer le style de ce temps, le nouveau système de décoration intérieure avec ses sculptures élégantes, variées, capricieuses et toujours de bon goût. Toute cette ornementation est en parfaite harmonie avec le caractère français de la peinture et de la sculptu^^e, et atteste que la création d'im art original s'accompUssait dan» toute l'école à la fois ^.
a Ce qui caractérise principalement l'accroissement que l'architecture a reçu sous ce règne, c'est l'art de la distribution des bâtiments. Rien ne nous a fait plus d'honneur que cette invention. Avant ce temps, on pou voit dire avec raison de Varchitecture, que ce n'étoit que te masque embelli d'un de nos plus importans besoins :
peme ti-fmnéék&r h ntuvaiie odei|r. Le blanc rend les lieux plus clairs, plos propres et plus frais. On dore les ornements et moulures pour une plus grande richesse... On orne les lambris, au-dessus de Tappuy, de glaces d'une ou de plusieurs pièces. » Le style des lambris de Leroux tient de Bérain et de Robert de Cotte.
* Architecture de De Cotle^ H. a. 18. b. — U y a plusieurs dessins de Mansart dans ce recueil ; on y voit les premières origines du système de Robert de Cotte. — Palais de Bonn, H. a. 18. c.
* Gravée dans son Livre d'architecture, s Sculptés par Jules Dugoulon.
* Aujourd'hui au duc de Galiera; restauré par M. Duban.
> Ce nouveau style, auquel on a donné le surnom injurieux de Rûcoco, n*a aucune ressemblance avec le rococo du Borromini et des autres décorateurs italiens de son école. Leur style d'ornements est de pure décadence; il est bizarre, extravagant, ridicule, lourd et de mauvais goût. L'école classique, celle qui copie l'antique avec l'intelligence que l'on sait, a déversé un long et injuste blâme sur cette création française et sur toutes ses charmantes œuvres. Dès 1749, M. de Caylus attaquait vertement le système de Boffrand, mais il l'attaquait en regrettant l'art de Lepautre et de Mansart; personne ne pensait alors aux folies de la réaction grecque de la fin du siècle. Après avoir décrit les décorations sculpturales de Michel Anguier au Louvre, dans la biographie de ce sculpteur, lue à l'Académie de peinture en 1749, il ajoutait : « L'envie de rendre justice au grand artiste dont je tous entretiens, n'a pas été la seule raison qui m'ait engagé à m'élendre sur le genre et le goût de ces magnifiques décorations ; j'ai voulu gémir avec vous sur la différence des temps dont je vous ai déjà témoigné quelque ressentiment » Puis après avoir critiqué « les petits ornements aussi déraisonnables que mal
placés, l'or appliqué sans raison , les dessus de portes chantournés en dépit du bon sens, les plafonds bUncs que l'on ne voyait autrefois que dans les garde-robes»* et regretté amèrement le passé, il ajoute : a H y a longtemps que cette mode est en régne; la France ne ser»-i-elle donc eoqitanie que dam le mauvais goût? »
XVI1% XVlir, XIX* SIÈCLES. cxxxvn
ou donnoit tout à l'extérieur et à la magniticence. A Texemple des bâtiments antiques et de ceux de l'Italie que Ton prenoit pour modèles, les intérieurs étoient vastes et sans aucune commodité *. C'étoient des salions à double étage, de spacieuses salles de compagnie, des salles de festin immenses, des galleries à perte de vue, des escaliers d'une grandeur extraordinaire ; toutes ces pièces étoient placées sans dégagement au bout les unes des autres : on étoit logé uniquement pour représenter, et l'on ignoroit l'art de se loger commodément et pour soi. Toutes ces distributions agréables que Ton admire aujourd'hui dans nos hôtels modernes, qui dégagent les appartements avec tant d'art; ces escaliers dérobés, toutes ces commodités recherchées qui rendent le service des domestiques si aisé , et qui font de nos demeures des séjours délicieux et enchantés, n'ont été inventés que de nos jours : ce fut au palais de Bourbon', en 1 722 , qu'on en fit le premier essai , qui a été imité depuis en tant de manières.
a Ce changement dans nos intérieurs fit aussi substituer, à la gravité des ornements dont on les surchargeoit, toutes sortes de décorations de menuiserie, légères, pleines de goût, variées de mille façons diverses... On supprima les solives apparentes des planchers, et on les revêtit de ces plafonds qui donnent tant de grâce aux appartements, et que l'on décore de frises et de toutes sortes d'ornements agréables; au lieu de ces tableaux ou de ces énormes bas-reliefs que l'on plaçoit sur les cheminées, on les a décorées de glaces qui, par leur répétition avec celles qu'on leur oppose, forment des tableaux mouvants qui grandissent et animent les appartements, et leur donnent un air de gaieté et de magnificence qu'ils n'avoient pas. On a obligation à M. de Cotte de cette nouveauté '. »
Les principales constructions de Tépoque sont des hôtels, que l'aristocratie se fit b&tir en nombre considérable à Paris, et quelques châteaux. Nous renvoyons aux notes la liste si nombreuse des hôtels*.
^ Par exemple : les portes en bronze doré et travaillées à jour, les bains de marbre et les pièces pavées de marbre du château de Versailles. La lecture des lettres de madame deMaintenon nous apprend tout c« qu'on souffrait au milieu des magnificences de Verlilles.
* Bâti par Lassurance, père.
' Patte, Monuments érigés en France à la gloire de Louis XV, 1765, p. 5.
* Bohert de Cotte (f 1735), a bâti l'hôtel du duc du Maine, 1716 (détruit actuelle- Bwnt); la galerie de l'hôtel de Toulouae en 1719 (aujourd'hui Banque de France ); il
CXXXViii L'ART FRANÇAIS.
Cartaud construisit le château d'Enghien y et Oppenord les écuries. Aubert éleva^ de 1719 à 1735^ les célèbres écuries du château de Chantilly. Louis XV fit agrandir par J.-A. Gabriel le château de Choisy^ bâti par Mansart et J. Gabriel; mais en même temps^ le roi qui aimait les petites maisons et les appartements commodes , fit construire le petit château de Choisy. Les peintres et les sculpteurs les plus célèbres de l'époque*^ y furent employés et ornèrent le nouveau palais de tableaux, de dessus de portes et de statues.
Les étrangers accueillirent avec empressement notre nouveau système d'architecture.
Les Électeurs de Cologne et de Bavière y le roi d'Espagne y Philippe V, Tévéque de Wurtzbourg, le roi de Sardaigne, le comte de Zinzendorf à Vienne^ le prince de La Tour et Taxis à Francfort^ demandèrent à Robert de Cotte des plans , des études^ des projets pour les bâtiments qu'ils voulaient construire, a II a été regardé^ dit
a constniU «tusi le portail de Stint-Boch; U colonnade du Grand -Trianon et le grand, autel de N. D. de Paris.
Boffrand (i-1754 ) : l'Hôtel Amelot; l'H. de Torcy, 1714; lU de Seignelai , 1716; la nouvelle distribution et la décoration de Tbôtel Soubiae; TH. d'Afgenson.
Oppenord (fl742) a décoré au Palais-Royal : la grande galerie^ le grand salon j la cheminée de la galerie d*Ênée. On lui doit aussi la décoration de l'hôtel Massiac; et dans un autre ordre : la chapelle de la Vierge et le maltre-antel de Saint- Sulpioe; le maltre-autel de Saint-Germain-des-Prés, 1704.
Lauurance père (f 1724) : H. Rotelin^ 1700 (ministère de l'intérieur ) ; H. de Des* marets, de Montbazon^ de Béthune^ d'Auvergne; l'admirable palais Bourbon ( aujourd'hui détruit). En 1724, Aubert éleva, sur les dessins de Lassurance, TH. de Lassay ( aujourd'hui H. de la Présidence du Corps Législatif; mais il a été surélevé).
Courlamne (f 1739), professeur à l'Académie : H. de Matignon, 1721 (aujourd'hui H. du duc de Galiera); H. de Noirmoutiers, 1724.
MoUet (t 1720) : H. d'Humières, 1700; H. d'Évreux.
Alexandre Le Blond (f 1719) : H. de Chaulnes, 1707 ; H. de Clermont, 1708.
Contant ( f 1777) : les nouveaux appartements du Palais -Royal; la maison de Saucour pour le Prince de Soubise; Contant était élève de Watteau.
Cartaud (fl758) : H. de Choiseul ; maison de M. De Janvry^ 1732.
Jacques Bruand fils (f 1732] : H. de Belle-kle, 1721.
Avbry: H. de Villeroy, 1720; H. de Conty.
Gabriel yère, Jacques- Jules, (f 1742 ) : H. de madame de Varengeville; H. de Féuquières; H. de la duchesse du Maine, 1728 (aujourd'hui le Sacré-Cœur).
Le Carpentier: Pavillon du roi à Croix-Fontaine; H. de la Guiche; H. de Beuvron.
Presque tous ces hôtels sont gravés dans l'Ârchit. franc, de Blondel, 4 vol. in-fol. — Voyez pour les châteaux et palais le Recueil de Rigaud.
^ Carie Vanloo, Âved, Bachelier, Chardin, J.Vemet, Pierre, Lagrenée l'atné^ Martin^ Oudry, Nattier, Charmeton, Coustou , Bouchardon«
XVII% XVIII», XIX* SIÈCLES. cxxxix
Fr. Blondel , comme un des plus habUes hommes que nous ayons eus dans son art. Son intégrité et sa capacité lui ont attiré la confiance de tous les grands seigneurs et le suffrage de ses contemporains*. » Robert de Cotte dirigea de Paris les grands travaux que faisait £EÛie à Bonn l'Électeur de Cologne^ et ceux que Philippe V avait ordonnés en Espagne. Des architectes^ envoyés par lui-même, exécutaient ses des»ns. Les deux lettres inédites adressées par la princesse des Ursins à R. de Cotte, et celle que lui écrivit l'Éiecteur de Cologne, montrent combien était grande Tinfluence de l'école française et dans quelle estime les souverains étrangers tenaient nos artistes.
• A Madrid, le 17 juin 1712.
« Comme Je ne doute pas. Monsieur, que M. le duc d'Antin ne vous communique les desseins que J'ay fait faire à M. Cartier* pour orner les chambres de rappal*tement de la Reyne, où Sa Majesté veut aussy de belles cheminées, Tbyver estant aussy froid à Madrid que les chaleurs y sont violentes Tété, Je suis persuadée que vous y donnerez tous vos soins et que le Roy et la Reyne auront lieu de se louer de vostre bon goût et quMl sera bien exécuté par le sieur Cartier, dont on a lieu d*estre très content Je le trouve bien à plaindre d'avoir perdu une femme quMl aimoit fort ef qui Ta lai^ chargé de six enfants. Tay supplié madame de Maintenon et M. le duc d'Antin de le vouloir bien protéger auprès du Roy, et je vous prie, Monsieur, de soulager son malheur en ce qui vous sera possible. Il est si reconnoissant des obligations qu'il vous a et vous regarde avec tant de vénération, quMl mérite que vous lui accordiez vos bons offices. Cette cour devant passer dans vingt jours au Retire, on pourra commencer à travailler dans ce palais cy d'abord que je recevray les réponses de M. le duc d'Antin et les vostres; car il n'y a point de temps à perdre pour rendre les appartements de Leurs Majestés Catholiques en état qu'elles puissent les habiter quand elles y reviendront Soyez bien persuadé s'il vous plaist, Monsieur, de la véritable estime que j'ay pour vous et du plaisir que j'aurois si je pouvois vous la faire connoltre.