XVII*, XVIII*, XIX* SIÈCLES. CXLIII
pastiches déplorables ; toutes nos traditions disparaissent. Soufflot , en 1764^ commence Téglise de Sainte-Geneviève^ qui deviendra le Panthéon, a Jamais^ a-t-on dit, l'imitation de l'architecture antique ne s'était produite aussi complètement » que dans cette œuvre sans inspiration^ copiée dans toutes ses parties, et dans laquelle on n'a su présenter que des pierres nues y froides , sans autre ornement que la perfection des joints ^ Bouchardon décorait sa fontame de Grenelle d'un ordre ionique^ Gondouin construisait l'École de médecine^ et de Wailly l'Odéon, en style antique; Brongniart appliquait l'ordre de Pœstum au couvent des Capucins^ devenu aujourd'hui le lycée Bonaparte. Louis, dans ses galeries du Palais-Royal et dans son beau théâtre de Bordeaux, ne connaît aussi que les ordres antiques, mais il les emplcfie en homme de génie. Pendant ce temps (1771) Antoine élevait l'hôtel des Monnaies de Paris, et Chalgrin construisait Saint- Philippe-du-Roule et l'hôtel Saint-Florentin. Mique, l'architecte de la reine Marie-Antoinette, dessinait à la mode anglaise les jardins du Petit-Trianon. Ainsi, on renonçait à tout ce qui était français; on copiait la Grèce, et, à son défaut, l'Angleterre. On allait à l'aventure ; on s'amusait à ces restaurations du passé, à ces mascarades d'emprunt , sans songer à la Révolution qui allait éclater et qui allait elle-même s'égarer dans ces absurdes imitations des répubUques grecques.
En même temps que notre architecture perd son originalité, elle perd son influence extérieure. Nous ne trouvons plus employés par les étrangers que Michel d'Ixnard , qui a beaucoup bâti en Allemagne; Antoine, qui a construit des châteaux en Angleterre et en Espagne, ainsi que l'hôtel des Monnaies de Berne. Peyre éleva pour l'Électeur de Trêves le palais de Coblentz ; de Wailly fit le célèbre salon Spinola à Gênes; Louis travailla en Pologne ; Thomas de Thomon éleva de nombreux édifices à Saint-Pétersbourg, et Glérisseau fut chargé, en 1773, par Timpératrice Catherine II, de faire les plans d'un palais exactement semblable à celui des empereurs romains. c Les meubles répondront à l'édifice, et tout doit être dans le costume des anciens. » Après avoir conçu cette idée extravagante, c'est à l'Académie de peinture de Paris que la Gzarine s'adressa pour
* Les contemporains critiquèrent vertement la nouvelle église ; Patte principalement; ce qui lui valut les plus grossières injures de la part de Grimm. — Voyez Grimm, t. IV, p. 92.