‹ Les artistes français à l'étrangerChapitre 11 sur 202 · m lotis XIV · texte numérisé non relu

m lotis XIV

Malgré les Illustres graveurs du règne de Louis XIR et de la tè* genee d'Anne d'Autriche1, ce fut seulement sous Louis XTV que notre école de gravure devint la première de l'Europe par la réunion extra* ordinaire des plus grands talents*. Quelque gloire qu'eussent acquise les graveurs étrangers et français des figes antérieurs, ils furent encore surpassés par ceux de l'époque de Louis XTV, qui portèrent la gravure à un degré de perfection qu'on n'a pas dépassé depuis. Os que Ton admire dans leurs estampes, c'est la variété, c'est la facilité avec la correction et le style, c'est encore la fidélité rigoureuse à reproduire le style du maître. Quant aux graveurs de portraits, ils ont employé toutes les ressources de l'art pour rendre avee une étonnante vérité la vie et la physionomie du modèle, et jusqu'à la couleur du maître qui l'avait peint.

La France, pendant le règne de Louis XIV, Ait le seul pays de PBu* rope où la gravure fut pratiquée avee un tel sueeta. Beaucoup de souverains et un grand nombre de personnages étrangers firent graver leurs portraits en France. On doit à Nanteuil les portraits de la reine de Pologne et de Suède, Louise-Marie de Oonsague (4êë9)t de Charles II, duc de Mantoue , de Charles-Emmanuel, duo de Savoie (4668), de Marie-Jeanne-Baptiste, duchesse de Savoie et régente (4668), de Jean-Frédéric, due de Brunswiek-Lunehourg (46T4). — L'abbé Lambert, en parlant de Pierre Drevet, dit « qu'il y eut peu de cours de l'Europe où la gloire de cet illustre artiste n'ait été portée. Le roi d'Angleterre, ceux de Suède, de Pologne et d'Espagne voulurent avoir leurs portraits gravés de sa main, » On a de lui les portraits de

1 Callot. Mellan, Michel Lasne, Paret, Morin, Abraham Bosse, * Gérard Audran, Benoît Audran» Jean Audran, Etienne Baudet. Guillaume CM* teau, Nicolas Dorigny, Pierre Brevet le père, Gérard Ëdelinck, Nicolas Wmeasia, Sébastien Leclerc, Antoine Masson, Robert NanteuU, Jean Peau», Nicolas Pi tau, François Poilly, Jean-Louis Roullet, Claudine Stella, Van Scfcuppett, Ja^Ol $y\~ veetre.

XVIIe, XVIII», XIX# SIÈCLES 99>

Philippe V, d'après F. Detroy et d'après Rigaud; de Frédério-Auguste, roi de Pologne, d'après F. Ûetroy 5 4'Ernesfr-Auguste, duc de Brujag^ TOck (4704) ; de Christine-Caroline, margrave de Brandebourgs/duchesse de Wurtemberg. — J,e pape Alexandre VJJ fit feire sori portrait par Fr. Poilly. — Les papes Clément IX et Innocent XI firent graver le leur par Et. Baudet et par Gérard Audran ; le pape Clément xm, par J.-B. Poilly. — On doit citer encore: les portraits de rélecteur de Cologne, Joseph-Clémen^ et de l'électeur de Bavière, ifaximilien-Emmanuel, d'après Vivien ; ceux.de Samuel Frlsching, général des Suisses^ et de Jean-Frédériç do Wiliadinç, consul de la république de Berne (1748), gravés par Benoit Audran; — les portraits de Clément-Auguste, prince de Bavière, d'après Yivieu, par Jean Audran 5 — de Frédéric-Quillaumç, électeur de Brandebourg (1683), du doge de Gènes (1685), par Antoine Masson. — Madeleine Masson, sa fille, grava le portrait du duc de Savoie, VJctor-Amédôe II ; — Larmessin fit les portraits de Charles XI, roi de Suède, et de l'électeur de Cologne, MaxLmilien-Henri ; — enfin Bdçlinck grava le portrait de la mère du roi de Suède Charles XII.

Les étrangers vinrent apprendre la gravure dans les ateliers de nos maîtres. Ainsi le célèbre Gustav ab Amling, peintre et graveur de l'électeur de Çavière (mort en 1702), sq forma à Parts &ws la direction de Fr. Poilly.

A ce moment, Louis Desplaces, G. Duchànge, Al. Loir, Laurent Cars, les deux Simonneau, Nicolas Tardieu, Jean Moyreau, Chereau, Claude Drevet, Pierre Drevet fils, sont à la tète de l'école et conservent, à l'endroit des procédés, la supériorité des maîtres de l'époque précédente ; mais on reprocha à quelques-uns d'entre eux d'interpréter le modèle et do ne plus avoir cette magistral* tMotttafe dePetae et d' Audran,

Pendant ce ta*npt» Nicolas Dorigny était appelé en Angleterre 0711*15), pour grtver les cartons de Hampton-Gourt* Cet habile élève de Gérard Audran, fit le premier de la gravure d'histoire tu Angle* terre ; il devait être bientôt suivi par toute une colonie de graveurs français, qui allaient, par leurs travaux et leur enseignement, fonder l'école de gravure anglaise.

Philippe Le Bas forme la transition entre l'école de la Régence et celle de Louis XV. Les graveurs les plus remarquables de ce règne sont: Aliamet, Balechou, Beauvarlet, Ch,«Nic. Gochin, Daullé, N. Delaunay, Dupuis, Eisen, Fessard, Fiquet, Flipart, .Gaucher, Lempereur, Lépicié, Jean Massard, Moreau le jeune, Saint- Aubin, Surrugue. Si ces graveurs ont perdu le grand style des école» de Louis XTV et

lJOO LES ARTS EN FRANCE

d!s la Régence, ils ont en revanche plus de vie et d'élégance ; leur burin est spirituel, léger, agréable ; leur exécution, d'une délicatesse extrême; ils font de la gravure de genre en maîtres sans rivaux.

DeViôme que dans la peinture, il y eut dans la gravure une réaction contre la manière du xvnie siècle. Wille, avec sa propreté et sa lourdeur allemandes, la commença; il fut le maître de Bervic, dont le burin sec, froid et raide, accomplit la réaction.

Pendant ce temps, notre école continuait d'exercer une grande influence à l'étranger. Bernard Picart s'établit en Hollande. Trente-trois graveurs, dont les plus connus sont : Baron, Aliamet, Lempereur et surtout Vivarès, fondèrent l'école anglaise à Londres. Tous les grands graveurs anglais sont élèves de nos français: Ingram, Ryland, Robert Strange se formèrent à Paris sous la direction de Le Bas, en même temps que Woolett se formait à Londres avec Vivarès. — Les Allemands Wille, Preisler, G.-Fr. Schxnidt, Schmuzer, Wagner, venaient étudier à Paris. Wille y resta; Schmidt devint graveur du roi de Prusse, et Schmuzer, directeur de la classe de gravure à l'Académie de Vienne.— L'Académie de Saint-Pétersbourg envoyait ses pensionnaires à Paris ; la Suède également; Le Bas fut le maître du graveur suédois Rehn. — Le beau recueil d'estampes connu sous le nom de la Galerie de Dresde, a été presque tout entier gravé à Paris. — La Saxe et l'Autriche faisaient venir nos imprimeurs en taille-douce, et Marie-Thérèse envoyait en 1775 l'imprimeur viennois Landerer se perfectionner à Paris. — Enfin, c'est par des graveurs de Paris que l'empereur de la Chine fit graver les seize estampes connues sous le nom de Batailles de la Chine.

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