ARCHITECTURE NORMANDE DANS LE ROYAUME DES DEUX-SICILES
La domination des Normands dans le royaume des Deux-Siciles, aux 21e et xiie siècles, a produit le même résultat que leur domination en Angleterre. Ils apportèrent avec eux le système architectural de leur pays, et, suivant la remarque du duc Serra di Falco, ils ont laissé la trace d'une influence considérable sur les monuments de la Sicile1 •
L'architecture normande se combina en Sicile avec le goût arabe et avec le style byzantin, et produisit les œuvres les plus remarquables. Elle emprunta aux Byzantins les grandes peintures murales en mosaïque, la forme des plafonds, les coupoles, et aux Arabes leur brillante ornementation. Ces emprunts donnèrent à l'architecture normande des Deux-Siciles des caractères particuliers, assez différents, comme on le conçoit, de ceux des monuments de la France à pareille époque.
Les principaux édifices normands sont :
L'église de Santa-Maria deLT ammiraglio, appelée aujourd'hui la Martorana, à Palerme, construite en 1113 en style roman et aussi en gothique primitif. ■— L'église de San Cataldo, à Palerme, bâtie de 1112 à 1120. — La cathédrale de Messine, commencée en 1130 par
1 Bulletin archéologique du comité des arts, t. I, p. 74. — Voy. aussi Dusommerard, Les arts au moyen âge, t. III, p. 368.
Roger; c'est l'un des plus importants édifices normands. L'admirable portail de cette église est du xiv° siècle ; il est en style .gothique trèspur, et la date de cette construction prouva que notre architecture s'employait encore au xive siècle en Sicile, longtemps après la chute de la domination française. — La cathédrale de Gefalu est de style ogival, mêlé cependant de plein cintre.
L'ancien palais des rois arabes de Païenne, restauré, modifié et agrandi par Roger et les deux Guillaume, devint le palais des rois normands, mais conserva toujours, même dans ses parties nouvelles, les traces de l'architecture arabe. C'est à ce monument qu'appartient l'église de Saint-Pierre, ou chapelle royale du palais, élevée par Roger, de 113* à 11 48, et enrichie de mosaïques par Guillaume Ier. La chapelle royale a une façade de style gothique-arabe, et sa décoration intérieure, de l'époque de Roger, est toute dans le goût arabe.
La cathédrale de Palerme, construite de 1170 à 1185, par un architecte nommé Gautier, est célèbre par ses belles mosaïques en carreaux vernissés. — La cathédrale de Monreale, ou Santa Maria Nuova, fut élevée de 1170 à 1180 par Guillaume II. Ce célèbre monument, de style gothique, doit sa réputation à sa décoration gréco-arabe et à ses splendides mosaïques grecques, qui sont d'un beau dessin et d'une couleur éclatante.
La cathédrale de Bitonto est, avec celle de Ruvo, le plus ancien monument de style gothique primitif que les Normands aient élevé dans la Pouille. Sa date est la fin du xii* et le commencement du xm° siècle. Elle présente l'ogive, des galeries en colonnettes, des rosaces, des toits pointus, en un mot tous les traits du style gothique primitif. — Le campanile de la cathédrale de Melfi a été construit en 1155, par Roger. — Le tombeau de Bohémond, à Ganosa, est un monument de style roman et de décoration byzantine. La belle porte en bronze du tombeau de Bohémond est l'œuvre d'un artiste normand d'Amalfi nommé Roger ; à l'exception des deux bas-reliefs, toute la décoration de cette porte est en style arabe. — Les portes en bronze de la cathédrale de Troja, sculptées en 1119 par un artiste normand de Bénévent, nommé Oderisius, sont aussi très-remarquables ; sur la plus petite des deux on a sculpté la série des évoques de Troja. — La chaire à prêcher de l'église de Saint-Bazile, construite en 1168, présente de très-beaux détails1.
1 Voy. Huillard-Bréholles et V. Baltard, Recherches sur les monuments et Vhistoire dej Normands et de la maison de Souabe, dans l'Italie méridionale, 1 vol in-fol. avec planches, Paris, 1844.
Serra di Falco, Del duomo di Monreale e di altre ckiese Sicuh-Normanne, 1 vol, infol. avec planches, Palerme, 1838.
Hittorfl et Zanth, Architecture moderne de la Sicile, 1 vol. in-fol. avec planches, Paris, 1835.
ARCHITECTURE GOTHIQUE
Après les rois normapds, la maison d'Anjou régna à Naples environ deux siècles. U était naturel de penser que ce qui avait été fait par les Normands pour le roman et le gothique primitif, la maison d'Anjou l'avait fait pour le gothique, c'est-à-dire que ce style avait été introduit dans leurs nouveaux domaines par les rois angevins. En effet, M. Renouvier ' a parfaitement mis en lumière l'influence évidente de la maison d'Anjou et du style ogival français à Naples. Ge style a une tournure particulière dans cette ville; il s'y distingue par de grandes qualités et aussi par quelques défauts de celui qui règne dans les autres parties de l'Italie.
Ge n'est pas seulement à Naples et en Sicile, mais dans tout le reste de la Péninsule, que nous retrouvons de nombreux édifices gothiques. M. Didron, qui a bien voulu nous permettre de puiser dans ses notes d'un voyage en Italie, a constaté que les grandes basiliques de Rome, celles de Saint-Jean de Latran, de Sainte-Marie Majeure, l'ancien Saint-Pierre, la basilique de Saint-Paul1 et un grand nombre d'églises, entre autres Ara-Gœli, construites du xip au xiv* siècle, étaient de style ogival, mais italianisé, si Ton peut ainsi parler.
La ville de Sienne tout entière, églises, maisons et palais, est en style gothique. A Florence, à Yiterbe, à Tivoli, le nombre des édifices gothiques est aussi très-considérable.
En 1300, Haudouinj architecte français, construisit l'église de Sainte-Pétrone de Boulogne, achevée plus tard par Palladio '.
En 13SS, Philippb Bon aventura fut appelé de Paris pour diriger les travaux de la cathédrale de Milan; la permission de Bortir de France pour cet objet lui fut accordée le S juin 1389, et pendant huit ans Bonaventure fut le maître de l'œuvre du dôme de Milan. Bn 1399, Jbaji Gaxpanosen et Jbih Miqnot, son élève, tous deux Normands, succédèrent à Bonaventure et travaillèrent au dôme jusqu'en 140* *. Le plus magnifique édifice ogival de l'Italie est donc dû à des Français.
1 Note sur les monuments gothiques de quelques tilles de l'Italie, dans le Bulletin du Comité', t. II, p. 11 et 12.
* Aujourd'hui brûlée.
» Bulletin du Comité, U II» p. 186.
4 Grattai, Memorie spettauti alla storia... di Milano, t. XI, p* 458 et suiv. — Bulletin du Comité, t. II, p. 186. — Bévue Britannique, 4* série, t. XVIII, p. 135.