‹ Les artistes français à l'étrangerChapitre 132 sur 202 · AREZZO · texte numérisé non relu

AREZZO

MAITRE CLAUDE, verrier. — MARCILLAT (GmuLtrits) appelé par erreur Guillaume de Marseille, terrier, né à Verdun en 1475, mort à Armo en 1637. — • MAITRE JEAIf , miniaturiste et peintre à la fresque. — Avant tout rétablissons le nom de Marcillat. t Vasari ayant écrit tantôt Marcilla, tantôt Marzilla, on a pris le nom de famille de l'artiste pour le nom de sa ville natale, et Ton a conclu de là que Guillaume était Marseillais. Une pièce portant la signature du maître lui-même, et transcrite par le P. Marchese dans ses Mémoire* sur les artistes dominicains, rétablit l'orthographe authentique de ce nom , et nous fait savoir par surcroit que le prétendu Provençal était né dans le diocèse de Verdun '. »

Le nom rétabli, passons à la vie de Guillaume Marcillat. Vasari, son élève, nous en fournit tous les éléments f. t 11 était, dit»îl, Français de naissance, mais son séjour constant à Arezfco nous donne le droit de dire que cette ville Ait la patrie de son choix ; ce fut un de* grands peintres du grand siècle. Il avait cultivé le dessin eu France dans sa jeunesse et s'était occupé, en même temps, de l'art de peindra sur verre. Sa couleur était aussi agréable et aussi harmonieuse que celle des plus habiles peintres à l'huile. » Un meurtre commis par quelques-uns de ses camarades, et auquel il assista, l'obligea, pour se soustraire à la justice, de se faire moine dominicain ; « mais il n'abandonna point les études de son art ; au contraire, il s'y appliqua davantage et atteignit une grande perfection. » Ainsi notre grand verrier s'est bien formé en France.

Bramante, chargé par Jules II d'orner de verrières les fenêtres du Vatican, cherchait un artiste pour les faire, c lorsqu'on lui apprit qu'il y en avait en France plusieurs qui faisaient des choses vraiment merveilleuses. » Bramante ayant vu une de leurs œuvres dans le cabinet de l'ambassadeur de France à Rome, fit offrir à ces artistes des appointements considérables pour les attirer à Rome. On s'adressa à a Claude, le plus grand maître de cet art en France *, et à Guillaume Marcillat. Guillaume, mécontent des procédés des moines, ne demandait qu'à quitter son couvent; il partit donc avec maître Claude, arriva à Rome et changea le froc de saint Dominique pour celui de saint Pierre.

1 H. Delaborde, La peinture française et son histoire, dans la Bévue de» Deuœ- Mondesy 15 septembre 1854, note de la p. 1124.

1 Nous nous servons de la traduction du Vasari par MM. L. Leclanché et Jeanron.

Les deux artistcp firent beaucoup de verrières au Vatican ; toutes ont été détruites, f tout admirables qu'elles étaient », pendant le sac de Rome ', afin d'en tirer les plombs pour en faire des balles. Il en reste une cependant, dit Vasari, dans la chambre à feu de Raphaël, à la tour Borgia. Cette peinture représente des anges qui soutiennent les armes de Léon X *.

Nos deux Français firent, pour la chapelle de Sainte-Marie du Peuple, deux fenêtres placées derrière la Madone et représentant divers sujets tirés de la vie de la sainte Vierge. « Ces ouvrages furent très-admirés par les connaisseurs et acquirent à leurs auteurs autant de profit que de gloire. » Mais maître Claude, « désordonné et gros mangeur, comme les gens de sa nation, chose funeste dans le climat de Rome, tomba malade d'une fièvre si grave, qu'il en mourut le sixième jour ». Après la mort de son compagnon, Guillaume Marcillat fit un vitrail dans l'église des Allemands, Santa-Maria de Anima, à Rome : puis le cardinal Silvis l'emmena à Cortone, où il fit un vitrail pour la maison de ce cardinal et un pour la grande chapelle de la paroisse de Cortone. Le premier était une grisaille représentant les fondateurs de Cortone ; il avait peint sur le second la Nativité du Christ et l'Adoration des Mages.

c Guillaume Marcillat possédait à fond l'entente, le génie et la pratique de son art. Il était tellement maître de sa couleur et comprenait si bien reflet, que nul autre ne sut mieux que lui mettre chaque chose à son plan. Il y a une telle harmonie et une telle science dans ses vitraux, que les figures s'y détachent du fond des fabriques ou des paysages avec autant de force que dans les meilleures peintures à l'huile. Ses compositions sont riches et bien ordonnées. Son intelligence était surtout remarquable dans la manière dont il savait éviter les inconvénients qui résultent naturellement de la division de tant de morceaax de verre sur lesquels il peignait, genre de difficulté bien fait pour étonner et arrêter ceux qui n'auraient point eu une habilité semblable à la sienne. Cependant il s'en jouait en quelque sorte, disposant si bien son travail que les armatures de plomb et de fer venaient toujours se dissimuler dans les ombres ou les plis de ses draperies, de façon que ces lignes, nécessairement obscures, au lieu de traverser disgracieusement ses figures et de les couper en tous sens, venaient donner plus de précision à ses contours et plus de nerf à ses ombres. La brosse n'eût pas été plus heureuse sur la toile. C'était certes ce qui peut s'appeler faire de nécessité vertu.

» Lorsque Guillaume arriva à Rome, quoique très-habile dans toutes les parties de son art, il n'était pas cependant très-bon dessina-

1 En 1527.

1 Nous ne savons si cette verrière existe encore.

teur ; mais en ayant bientôt reconnu l'inconvénient, il se mit à étudier sérieusement, et quoique déjà âgé, il fit de véritables progrès ; ses derniers ouvrages comparés à ses premiers constatent ces progrès. »

De Cortone, Marcillat alla se fixer à Arezzo, où il fit un grand nombre d'oeuvres fort belles. Vasari cite : une sainte Lucie et un saint Sylvestre ; — le baptême de Jésus-Christ ; — la résurrection du Lazare ; — saint Mathieu abandonnant ses richesses et son comptoir pour suivre le Christ ; ce vitrail est regardé par Vasari, comme le chef-d'œuvre de Marcillat. — Il fit encore pour le baptistère de l'évêché, saint Antoine, saint Nicolas, le Christ chassant les vendeurs du temple et la femme adultère. « Ces vitraux sont réellement magnifiques, dit Vasari. *

« Les Arétins remplis d'admiration pour le mérite et les travaux de Marcillat le récompensèrent dignement; » il se fit alors naturaliser citoyen d'Arezzo.

Regardant la peinture sur verre comme trop peu durable et peu propre à conserver longtemps la mémoire du peintre qui l'exerce, Marcillat voulut peindre à fresque. On le chargea de décorer trois grandes voûtes. Il fut d'abord effrayé de la grandeur de ces voûtes et de la dimension des figures qu'il se mit à peindre, dans le goût de la chapelle de Michel-Ange ; mais il eut une volonté si forte, qu'il se surpassa lui-même dans ce coup d'essai. Il paraît avoir été aidé dans ce grand ouvrage par un de ses compatriotes, maître Jean, sur lequel il n'y a d'autre renseignement que celui-ci. « Effrayé de la grandeur des voûtes qu'il avait à peindre, dit le Vasari, et n'étant nullement habitué à la fresque, Marcillat envoya chercher à Rome Mattre Jean, miniaturiste français, qui, arrivé à Arezzo, peignit à fresque un Christ et une bannière que l'on porte dans les processions. Ces ouvrages lui avaient été procurés par Guillaume ; il les termina avec beaucoup de soin. »

Guillaume exécuta encore le vitrail circulaire de la façade de l'église de SaintrFrançois, où il représenta le pape dans le Consistoire, les cardinaux et saint François. « Il montra dans cette œuvre qu'il était vraiment né pour peindre sur verre, et que jamais on ne pourrait l'égaler en ce genre. Enfin notre ville d'Arezzo est pleine de chefs-d'œuvre de sa main. » Il a fait pour l'église de la Madona délie Lagrime une Assomption et une Annonciation (aux deux roses) et un saint Jérôme ; — pour San Girolamo, une Nativité. Toutes les villes voulaient avoir des œuvres de Marcillat ; aussi travailla-t-il pour Castigiione del Lago, pour Florence, pour Pérouse et pour diverses autres villes des environs d'Arezzo.

Il voulut peindre à l'huile et fit un beau tableau pour la chapelle de la Conception, à San-Francesco d'Arezzo. Il s'occupa aussi d'archi-

teclure et fit beaucoup de dessins d'ornements et plusieurs constructions pour les Arétins, entre autres les deux portes en pierre de San Rocco, et l'ornement dont on entoura le tableau de Maestro Luca, à . San Girolamo. Marcillat composa encore deux autres ornements, le premier pour l'abbaye d'Anghiari, et le second pour la confrérie délia Trinité, à la chapelle du Crucifix ; puis il dessina un lavabo trèsriche pour la sacristie, qui fut parfaitement exécuté par le sculpteur Santi.

Il ne pouvait se pardonner sa fuite de chez les Dominicains; aussi flt-il pour le couvent de Saint-Dominique d'Arezzo, une belle verrière représentant l'arbre allégorique de l'Ordre produisant une grande quantité de saints frères, sous l'allégorie d'une vigne s'élevant du corps de saint Dominique. Il refusa le prix de cette admirable peinture, afin de s'acquitter de ce qu'il devait à son ancien Ordre1.

Marcillat avait obtenu le bénéfice d'un prieuré. C'était un homme très-honorable, de bonnes mœurs et très-pieux. Il se plaisait à cultiver le jardin d'une maison de campagne qu'il avait achetée. Vais l'excès d'un travail sans relâche, dans des lieux humides et malsains, le tua. Il mourut en 1537, à 6* ans. Il forma plusieurs élèves verriers, Pastorino ■, Benedetto Spadari, Battista Borro d'Arezzo, qui firent de belles verrières. Vasari reçut les premiers principes a de ce grand maitre », comme il l'appelle.

« C'est lui, dit encore Vasari, qui porta dans la Toscane l'art de co- ' lorier les verres, avec cette habileté et cette finesse qui le distinguent et qui lui méritèrent de si grands éloges. *

JEAN DE BOLOGNE (voir page suivante.)*

BOUJINIER, peintre. — On voyait au palais Zambeccari les pèlerins d'Emmaùs de Bournier, très-beau tableau, de bonne et agréable couleur, dit Cochin •.

1 Fantozzi, Nouveau guide de Florence, p. 589, dit que les armoiries de la famille Capponi, à la chapelle Capponi de l'église ae Sainte-Félicité, sont de Guillaume Marcillat.

3 Pastorino di Giovanni Micheli, de Sienne, habile verrier, qui a fait la rose au-dessus du portail de la cathédrale de Sienne, en 1549; — t. III, p. 277 du Vouagé e* Italie par de Lalande.

* Voyagé d'Italie, t. II, p. 157.

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