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CHAPITRE XIII

L'influence française en Russie est contemporaine des premiers efforts faits par Pierre le Grand pour civiliser son empire. La seule raison de l'adoption par l'aristocratie russe de nos mœurs, de nos goûts, de notre langue, de notre littérature et de nos artistes, est dans la grandeur même de la littérature et des arts de la France de Louis XIV, dans leur célébrité et dans l'influence générale qu'ils exerçaient sur toute l'Europe, influence que la Russie devait ressentir plus que tout autre pays. On sait que Lefort, français, devenu ministre de Pierre le Grand, a contribué puissamment à l'introduction des idées françaises en Russie.

JOUVENET (Jean), peintre d'histoire, né à Rouen en 1644; mort le 5 avril 1717 a Paris. Elève de son père Laurent Jouvenet. — « Mardi 15 juin 1717. Le

roi a donné au Gzar de magnifiques tentures des Gobelins », dit le marquis de Dangeau dans son journal; elles avaient été faites d'après les tableaux de Jouvenet, et représentaient la Pêche miraculeuse, la Madeleine aux pieds du Sauveur, la Résurrection de Lazare et Jésus-Christ chassant les marchands du temple. Ce fut le duc d'Antin qui remit à Pierre le Grand ces belles tapisseries1.

CARA VAQUE * (Louis) , peintre de portraits, né en Gascogne ; mort en 1752 en

Russie. — Caravaque, peintre de la cour impériale de Russie, fit d'abord des portraits en miniature; puis il peignit à l'huile. Son premier ouvrage est un portrait de Pierre le Grand, fait en 1716 à Astrakan

1 Mémoires sur les membres de V Académie royale de peinture et de sculpture* t. II, p. 27.

* Caravac, Caravacca.

(gravé à Paris, par Alex. Massard, et deux fois par Langlois, in-8* et in-4°). Il a fait un autre portrait de Pierre le Grand en 1723, en costume impérial (gravé par P. Soubeyran) ; — le portrait de l'impératrice Anne, gravé en 1731, par G.-A. Wortman; — un autre portrait d'Anne, gravé en 1736 par le môme ; — un troisième portrait de cette impératrice, gravé par le même, in-fol., se trouve en réduction dans la collection d'Odieuvre; — le portrait de l'impératrice Elisabeth, gravé par Koko en 1746 et parjPinsio pour Odieuvre; — un autre portrait d'Elisabeth, gravé par S. Stenglin f .

LE BLOND ( Alexandre- Jkan-Baptiste), architecte, né à Paris en 1679 ; mort à Saint-Pétersbourg en 1719. Elève de Girard. — Le Blond s'était distingué par

plusieurs beaux travaux d'architecture et de jardinage, lorsque François Lefort, neveu du fameux général de ce nom, vint en France pour engager des artistes dans toutes sortes de professions à s'établir en Moscovie.

Lefort s'adressa d'abord à Le Blond, lui proposa 20,000 livres d'appointements, et le marché fut bientôt conclu. Cette nouvelle alarma les amateurs des beaux-arts ; quelques-uns représentèrent au Régent la perte qu'allait faire le royaume en perdant un aussi beau génie. Ces représentations ne furent point écoutées, et, en 1716, Le Blond partit de Paris avec sa famille.

Le Czar lui fit, en arrivant, beaucoup d'accueil, et le combla de grâces quand il eut été témoin de la facilité avec laquelle il mettait au jour ses pensées, et avec quelle netteté il saisissait les idées qu'on lui proposait. Le Blond s'occupa ainsi de quantité de projets pour le palais de Pétersbourg et la maison de plaisance du Czar* qu'il devait orner de jardins et do fontaines alimentées par une rivière qui coule au-dessus du parc.

La petite vérole l'enleva à quarante ans ; le Czar fut très-touché de sa perte, et lui fit célébrer de magnifiques obsèques auxquelles il voulut lui-même assister. Le Blond avait été nommé premier architecte de Pierre le Grand \

Le Blond a buti le château et dessiné les jardins de Peterhof, lesquels sont une magnifique imitation de Versailles, avec une abondance d'eau extraordinaire, mais avec moins de goût dans les effets. Le parc est immense et très-beau, moitié français et moitié anglais aujourd'hui; les statues qui le décorent sont en plomb doré.

1 Heinecken. Nagler. Cabinet des estampes.

1 Peterhof, que les souverains habitent en été. On trouve dans le jardin deux maisons de plaisance appelées Marly et Mon-Plaisir, qui ont chacune une cascade.

3 D'Argenville, Vie des fameux architectes. — Mariette, III, 89. — Fr. Blondel, Architecture françoise, 1, 55. — Breton, La Russie, 5 vol. in-12, — D'Argenvillle, Voyage pittoresque aux environs de Paris, 4* édition, p. xj.

NATTIER (Jean Marc\ peintre de portraits, né à Paris le 17 mars J685; mort

lo 7 septembre 1766. — « M. Lefort1, ministre du czar Pierre, ayant engagé M. Le Blond, célèbre architecte, à passer en Russie, proposa en 1715, à M. Nattier d'aller joindre avec lui le czar à Amsterdam. Il lui fit des conditions avantageuses et le détermina à le suivre. Le Czar lui fit d'abord peindre une partie de sa cour, et lui ordonna un tableau représentant la bataille de Pultava. Content de ces ouvrages, il renvoya à la Haye pour y peindre l'impératrice Catherine". Dans cet intervalle, le Czar vint à Paris (1717). L'Impératrice, charmée de son portrait, en écrivit à ce prince avec tant de marques de satisfaction, qu'il fut curieux de le voir. M. Nattier eut ordre de l'apporter à Paris, et quoiqu'il n'y eût encore que la tète d'achevée, le Czar en fut si content, qu'il l'envoya aussitôt chez le sieur Boit , peintre en émail*. Ce portrait faisant beaucoup de bruit, le jour que M. le duc d'Antin donna à souper au Czar, il fut exposé sous un dais dans la salle du festin. Le lendemain, ce prince envoya son grand maréchal Alooffioff dire à M. Nattier de venir commencer son portrait. Il en témoigna la môme satisfaction. On a vu ce tableau exposé au salon, et il appartient maintenant à M. le duc de Grammont*. Sur le point de partir pour la Russie, Pierre le Grand lui fit demander par M. Le Fort, quand il comptait le rejoindre: mais sans lui proposer d'ailleurs aucune condition. Comme il fallait se décider sur-le-champ, un ami lui représenta le tort qu'il se ferait d'aller ainsi se sacrifier dans un pays encore barbare, lui citant de fâcheux exemples qui le décidèrent à ne point partir. Il refusa donc. Le Czar piqué, partit le regardant de mauvais œil, et pour se venger de son refus, ce prince fit enlever le portrait de la Czarine, qui avait été porté par ses ordres, chez un peintre en émail. Ce portrait ne fut jamais ni entièrement achevé, ni payé8. »

PINAULT, le père, sculpteur en ornements. — « Il fut Un des artistes que

le czar Pierre Ier emmena à Moscou où il resta environ vingt-cinq ans. De retour à Paris, avec sa famille, il crut pouvoir y exercer l'architecture, comme il avait fait en Russie, après la mort de Le Blond ; mais, surpris de trouver tant d'architectes dans cette capitale, il re-

1 Neveu du célèbre Lefort.

* Gravé par P. Du pin pour Odieuvre.

3 Charles Boit, peintre en émail, né à Stockholm de parents français. Il y a de lui une longue et curieuse biographie dans W al pôle : voir la traduction mss. par Mariette, t. III, p 167.

4 C.Roy Ta gravé pour la collection d'Odieuvre.E. Tchemesow la gravé aussi. in-8°. La figure est de Schmidt, mais le reste du portrait est de Tchemesow, élève de Schmidt.

5 Voyez le Nécrologe de 1768 et la Vie de Nattier, par Madame Tocqué, sa fille, dans les Mémoires inédits sur la vie et les ouvrages des membres de V Académie royale de peinture et de sculpture, t. II, p. 350.

prit la sculpture ; et comme il dessinoit bien et qu'il composoit facilement, il eut une vogue extraordinaire. Ce fut lui qui imagina ' le contraste dans les ornements. Ce goût fut malheureusement imité par la multitude des artistes ; et ceux-ci n'ayant ni son génie, ni ses talents, ont produit un nombre infini de chimères et d'extravagances. Il a laissé un fils aîné, sculpteur dans son genre, mais qui, moins hardi dans ses compositions, jouit aujourd'hui d'une certaine célébrité, pour les ornements relatifs à la décoration intérieure1, a

OUDRY (voir page 190). — Oudry fit à Paris le portrait en pied de Pierre Ier. Le Gzar fut tellement satisfait de ce tableau, qu'il proposa à Oudry de venir s'établir en Russie ; il était sur le point de céder, mais le duc d'Antinle décida à rester en France. Le portrait de Pierre le Grand par Oudry est en Russie *.

LEGLERG (Sébastien), graveur. — Il est l'auteur d'un Traité dy architecture publié en 1714, en deux volumes in-4°, avec 184 planches. Cet ouvrage a été traduit en russe par ordre de Pierre le Grand, mais il est resté manuscrit*.

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