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ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS DE SAINT-PÉTERSBOURG

L'Académie des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg a été établie par Elisabeth, trois ans avant la mort de cette impératrice, et constituée par Catherine II.

« Le commencement de l'Académie n'étoit qu'une école consistant en quarante étudiants de l'université de Moscou, les plus capables pour l'étude des arts, que l'impératrice Elisabeth ordonna de faire venir à Saint-Pétersbourg en 1758. C'est dans cette nouvelle fondation que de bons maîtres appelés de l'étranger enseignèrent à leurs élèves le dessin, la peinture, la sculpture et l'architecture." Lorrain, peintre de perspective, et Cuvilier, peintre d'histoire, furent engagés pour la peinture, Gilette pour la sculpture, et La Motte pour l'architecture4. »

TOCQUÉ (Louis), peintre de portraits (voir page 153). — Tocqué fut de-

1 Les Amours rivaux, ou l'homme du monde éclairé par Us arts, par un homme de lettres et par feu M. Blondel. architecte du roi, professeur royal au Louvre, membre de l'Académie d'architecture, t. II, p. 292. — 2 vol. in-8°, Amsterdam et Paris, 1774.

* Mémoires sur les membres de l'Académie rot/aie de peinture et de sculpture, t. II, p. 372, 373 et 3X5.

3 Levesque, Histoire de Russie \ t. V, p, 183.

4 Henri de Heimers. l'Académie impériale des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg \ de* fuis son origine jusqu'au riane d' Alexandre 1" en 4 SOI. Saint-Pétersbourg, 1807, 1 vol. in-8°. avec un supplément des artistes étrangers qui se trouvent actuellement à Saint- Pétersbourg, p. h.

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mandé par l'impératrice de Russie pour faire sou portrait; il séjourna en Russie en 1757 et 1758 '. Il peignit en 1758 le portrait d'Elisabeth, gravé par Tchemesow et par Schmidt. « L'impératrice avoit le nez fort court et Tocqué l'avoit peint tel qu'il l'avoit vu. S. M. vouloit avoir le nez long, et Schmidt, à qui cela étoit très-indifférent, le lui fit aussi long qu'elle le désiroit. Quand Tocqué vit cette estampe à Paris, il fut très^fâché de ne pas reconnoitre son tableau1. » Il existe au musée de Versailles une ébauche du portrait d'Elisabeth par Tocqué. Notre artiste peignit en 1757 le portrait du comte Michel Woronzof, gravé par Schmidt. En 1758, il fit le portrait du comte Cyrille de Rasumofski, gravé aussi par Schmidt. * Tocqué fut traité fort honorablement et bien récompensé par Elisabeth. À son retour, il patcourut toutes les cours du Nord, et partout Oh rendit à son mérité les honneurs et la justice qui lui étoient dus, en le recevant des Académies établies dans presque toutes les grandes villes de l'Europe *. »

LE LOilRÂlN (Louis-Joseph), peintre d'histoire et d'architecture, né a taris ; mort à Saint-Pétersbourg le 24 mars 1759 k. Elève de Dumont le Romain. — Le

Lorrain fut appelé en 1758 par la clarine Elisabeth, qui venait de fonder l'Académie de Peinture, de Sculpture et d'Architecture de Saint- Pétersbourg. Le Lorrain fut d'abord professeur, puis directeur de cette Académie, peu de temps à la vérité, car il mouf ut quelques mois après son arrivée en Russie.

a A Saint-Pétersbourg, il parait s'être occupé principalement des couleurs encaustiques, et les peintures de cette espèce étaient alors, malgré le peu de perfection qu'elles avaient acquise, accueillies avec bienveillance 8. » Le Lorrain peignit avec beaucoup d'intelligence l'architecture et la perspective pour les décorations théâtrales 6.

MOREÀU (Jean-Michel), dessinateur et graveur", né 4 Paris en 174t. — Il

n'avait pas dix-sept ans lorsqu'il partit pour la Russie, eu qualité d'adjoint de Louis le Lorrain, peintre, dont il était l'élève, et qui Venait d'être nommé directeur de l'Académie des Beaux-Arts de Saint- Pétersbourg. Là, son talent pTécocc le fit nommer professeur de dessin à l'Académie impériale de peinture et de sculpture. Deux ans après (1759), la mort lui ayant enlevé son maître et son ami, il quitta une place qui, à des avantages déjà certains, joignait la perspective

1 Dates fournies par les livrets des adresses des académiciens. L'abbé Fontenai se trompe en disant 1760.

1 Catalogue de Scbmidt.

3 L'abbé Fontenai. Sa notice est rédigée d'après Un manuscrit de la femme de Tocqué.

4 Registres mss. de l'Académie de peinture et de sculpture. * Nagler,

« Mariette, t. III, p. 123.— Huber et Rost, t. VIII, p. 133.

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d'un sort brillant, pour revenir à Paris où il renonça à la peinture et se livra à la gravure '.

MAURICE (Louis-Joseph), peintre, né a Nancy en 1730, mort en 1820. —

Maurice partit pour Saint-Pétersbourg en 4738, et devint premier peintre d'Elisabeth. Appelé plus tard à Moscou, il assista au couronnement de Catherine II» et fut par ses ordres, en qualité de premier peintre de Sa Majesté, l'ordonnateur des fêtes qui se donnèrent à cette occasion. En 1779, il se rendit en Italie '.

Le musée de Versailles possède un portrait de Catherine II, en miniature peint par Maurice. Cette miniature, sur fond vert, représente Catherine vue de face, un peu à gauche ; la tête est couverte d'une coiffure noire, ornée de perles et d'un voile blanc qui retombe sur les épaules ; les cheveux sont poudrés ; le pendant d'oreilles eât formé de diamants, de rubis et d'une grosse perle. L'Impératrice porte un collier de perles à plusieurs rangs qui couvre toute la gorge ; son corsage est d'étoffe jaune damassée, et elle est recouverte d'une pelisse de soie rouge, à manches blanches et bordée sur le devant et à l'épaule, d'une fourrure noire. Cette miniature porte l'inscription suivante : « Portrait de l'impératrice Catherine II de Russie, peint d'après nature par Louis-Joseph Maurice, son premier peintre, à l'époque de l'avénement au trône de cette princesse ; c'est d'après cet original que les copies destinées aux souverains de l'Europe ont été exécutées par ...urice (Maurice). »

LAGRENÉE (Louis- Jean-François), l'aîné, peintre d'histoire (voir page 233). —

François Lagrenée remplaça Le Lorrain comme directeur de l'Académie de Saint-Pétersbourg. Sur le refus de Vien d'aller en Russie, Lagrenée partit en 1760 *, et revint à Paris en 1763 *. Lagrenée eut le titre de premier peintre d'Elisabeth. Il a fait en Russie un assez grand nombre de portraits en général très-beaux ; on vante surtout celui d'Elisabeth ».

On voit de lui à la chapelle du palais impérial , un tableau représentant six apôtres en méditation et la sainte Vierge dans les airs 6.

DELAPIERKE (Nicolas-Benjamin), peintre de portraits ; Français, llorissait

1 Notice deMorcau par sa fille, madame Carie Verne t, dans le U 1 des Archive* de fart français, p. 183.

» (iabet.

3 Mss. de l'École des beaux-arts et registres de l'ancienne Académie de peinture.

4 Cette date résulte du Livret des adresses des académiciens de 1763. Ces livrets, sont des brochures in- 12 intitulées : Académie de peinture et de sculpture. L'Académie en publiait un chaaue année.

5 Notice de Fr. Lagrenée, Mss. de l'École des Beaux-Arts.

6 Voyage de dtua Français en Allemagne, Danemarkt Suède, Russie et Pologne, en 1790-02, par Fortia de Piles, 5 vol. in-8» ; Paris, 1796.

de i7«o à 1780. — « Il vint à Saint-Pétersbourg sous Catherine II, et y acquit beaucoup de gloire par ses travaux. Il y fut aussi membre de l'Académie; mais il retourna en France1.»

En 1769, Delapierre fit à Saint-Pétersbourg le portrait de Sophie Wilheimine De la Font, gravé par J. Tardieu, in-folio.

GILLET (Nicolas-François), sculpteur, né en 1709, à Paris, mort le 7 février

1791. — « Le sieur Gillet, sculpteur de l'Académie royale de peinture et de sculpture, a obtenu la permission de se rendre en Russie pour y rester trois ans. L'objet de ce séjour est de concourir à l'établissement d'une Académie de peinture et de sculpture, que l'impératrice a dessein de former à Pétersbourg ■. »

Gillet résida en Russie de 1758 à 1778, d'abord à Moscou (1758-1759), puis à Saint-Pétersbourg (1760-1778). En 1779, de retour à Paris, il prenait le titre d'ancien directeur de l'Académie de Saint-Pétersbourg*.

« De son temps Gillet jouit d'une grande réputation. Il était déjà membre de l'Académie de Paris, lorsqu'en 1761 il fut appelé à. Saint- Pétersbourg en qualité de professeur de sculpture. Il exécuta à Saint- Pétersbourg, mais sans succès, une statue de Pierre le Grand, ainsi que celle du grand-duc Paul. Dans la suite il retourna à Paris avec ses filles, artistes toutes deux, Félicité et Sophie; cette dernière fut même agréée à l'Académie. On voyait de Gillet, différentes statues et groupes à Paris, mais qui durent céder la place à un goût plus épuré. Th. Schubin fut son élève 4. »

VALLIN DE LA MOTHE, architecte. — Vallin de la Mothe, premier architecte de l'impératrice Catherine et de Paul Itr5, était un architecte de grand mérite qui a construit dans le style de Gabriel* de remarquables édifices à Saint-Pétersbourg. Nous pouvons mentionner : l'Académie impériale des Beaux-Arts, très-beau monument, dont le vestibule surtout est magnifique 7 ; les deux petits palais de l'Ermitage, touchant le palais d'Hiver, charmants édifices en style Louis XV 8 ; l'hôtel appartenant actuellement au duc d'Oldenbourg, situé sur la place du Champ-de-Mars, à Saint-Pétersbourg.

1 Nagler.

* Gazette de France du 7 janvier 1 758.

3 Voir les registres mss. de l'Académie royale de peinture et de sculpture de Paris et les Livrets des adresses.

4 Traduit de Nagler, qui donne 1803 pour date de la mort de Gillet, ce qui est une erreur, ainsi que la date de 1 761 .

5 Patte le mentionne en cette qualité en 1765.

6 Les monuments de Vallin sont dans le goût du (rarde-meuble, mais en style moins riche; il y a partout des colonnades. C'est ce que Nagler, dans la biographie tronquée qu'il donne de cet artiste, appelle < la manière française et baroque >.

7 Lithographie par A. Durand.

8 II ne reste plus que les façades de ces deux petits palais; ces façades sont devenues la façade au Musée sur le quai de la Cour.

« Vallin de la Mothe fut professeur dès 1767 à l'Académie, dont il était membre depuis longtemps '. »

TSARCOCÉLO.

L'impératrice Elisabeth commença les travaux de cette résidence. Une partie du parc, qui est immense et le plus grand peut-être qui existe en Europe, est dessinée d'après les parcs de Le Nôtre. Ces travaux ont été exécutés par des jardiniers français sous le règne de Catherine II, qui termina l'œuvre d'Elisabeth *.

MARTIN (M.-T. ou P.-D.), le jeune, peintre. — Martin (P.-D) prend sur

un tableau du musée de Versailles, daté de 1722, le titre de peintre ordinaire du roi et de Sa Majesté czarienne; nous ne savons si c'est le môme artiste désigné dans le catalogue Paignon-Dijonval sous le nom de M.-T. Martin le jeune. Quoi qu'il en soit, M.-T. Martin le jeune, fit les dessins des quatre estampes appelées les Batailles de Pierre le Grand, suite commandée par Sa Majesté czarienne et gravée par Nie. de Larmessin (bataille de Pultava), par Ch. Simonneau (bataille de Perewolotschna), par M. Baquot (bataille navale de Hangouss). La quatrième estampe (bataille de Lesno) ne porte pas le nom du graveur.

VAIfLOO (Louis-Michel) (voir page 282). — Louis-Michel Vanloo fit à Paris, en 1761 , le portrait de la princesse Catherine Gallitzin •, gravé par R. Gaillard, in-folio.

LE PRINCE (Jean -Baptiste), peintre de paysage et de genre, né à Metz en 1733, mort le 30 septembre 1781. ÉlôTe de Boucher. — A la suite d'un mariage

malheureux, contracté avec une femme plus âgée que lui, riche et avare, qui regardait comme du temps perdu par son mari, toutes les heures qu'il consacrait à l'étude, Le Prince rendit à cette méchante et ignorante créature tout ce qu'il en avait reçu ; il reprit sa liberté et ses pinceaux, et alla se fixer à Saint>Pétersbourg, où deux de ses frères, qui y étaient établis, et dont l'un était musicien (Marie-François) 4, avaient fait connaître ses talents.

Arrivé à Saint-Pétersbourg, M. le marquis de l'Hôpital, à qui le maréchal de Belle-Isle, son protecteur, l'avait recommandé, le présenta au czar' [Pierre III], qui l'accueillit avec bonté. Le Prince décora le

1 Nagler.

* Marmier, Revue des Deua Mondes, 1" décembre 1842, p. 749-50.

3 La princesse Gallitzin était à Paris en 1761. — Voir le Journal de WîUe, le 25 mai 1761.

4 Portraits inédits d'artistes français par MM. Ph. de Chennevières et Legrip, article Le Prince.

5 Ce ne peut être que le czar Pierre III, qui a régné quelques mois en 1762. 1762

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palais impérial de beaux plafonds que les Russes conservent avec soin. Il ne discontinua point d'être occupé pendant les cinq années qu'il passa en Russie, et il y acquit une grande réputation. Le climat rigoureux de ces tristes régions altéra sa santé, et l'obligea de revenir à Paris, où il entra à l'Académie en 1765 l.

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