‹ Les artistes français à l'étrangerChapitre 187 sur 202 · ARTISTES FRANÇAIS BN SUÈDE SOUS CHRISTINE · texte numérisé non relu

ARTISTES FRANÇAIS BN SUÈDE SOUS CHRISTINE

Depuis Etienne de Bonneuil jusqu'au règne de Christine, nous n'avons rien à mentionner ; les arts étaient inconnus en Suède, et les Suédois ne commencèrent à s'en occuper qu'au moment de la guerre de Trente Ans et pendant leur contact avec l'Allemagne. L'alliance qui se forma entre la France et la Suède, à cette époque, établit entre les deux pays des relations intimes. Pierre Chanut, ambassadeur de France en Suède, de 1645 à 1649, initia Christine aux idées françaises; il était ami de Descartes, et engagea la reine à appeler auprès d'elle l'illustre philosophe. Christine apprit notre langue et l'écrivit d'une manière remarquable : « fille écrivit à la reine de France, à Monsieur, au duc d'Enghien, dit Mme de Motteville, des lettres que j'ai vues et qui furent admirées par la galanterie des pensées, par la beauté du style et par la facilité qu'elle témoignoit avoir à s'exprimer en notre langue. » Son goût pour les arts se développa.

« Elle avoit d'abord si peu de connoissance de ce qui étoit de prix et de valeur, qu'elle voulut faire présent de cinq chefe-d'oeuvre d'Antoine Corrége à un peintre françois nommé Bourdon, qui les

1 Dans les lettres-patentes de la prévôté de Paris, publiées par MM. Artaud et Séroux d'Agincourt, jEt. Bonneuil est qualifié de tailleur de pierres, maktre de faire l'église de Upsal en Suède. — Voir aussi Bm. David, Htit. de la «cWpftif*, p. 109.

avoit vus par hasard servant dettiâscfg et de volets dans ses écuries. Le peintre lui en fit sentir le prix et n'osa les accepter. Aujourd'hui quelques-uns de ces tableaux font l'admiration desconnoisseurs dans la galerie d'Orléans '. »

En 1652, Christine possédait une des plus belles collections de l'Europe ; statues de bronze et de marbre, médailles, pièces d'ivoire, de corail et de cristal, miroirs et objets de toutes sortes, esquisses, basreliefs et tableaux, tout y était nombreux et de choix, et formait, selon l'expression de Naudé, son bibliothécaire, une merveilleuse collection1. Christine appela des artistes en Suède ; les Français Simon de la Vallée, Jean Parise, Sébastien Bourdon, le peintre en émail Signac et le Flamand David Beck, élève de Van Dyck, répondirent à son appel •.

LA VALLÉE (Simon de), architecte français *. — Il eut comme architecte beaucoup de réputation et fut appelé en Suède par Christine*. Il a fait les dessins du Riddarhuset ou palais de la noblesse, dont il commença la construction en 1648, et qui ne fut achevé qu'en 1680, sous la direction de son fils6. Simon de la Vallée a bâti encore à Stockholm, d'après ses dessins, les églises de Hedvige-Éléonore et de Sainte-Catherine 7. Nagler nous dit encore qu'il traça le plan de l'église Sainte-Marie à Stockholm.

Fûssli mentionne un architecte, Martin de la. Vallée, que la reine Christine nomma inspecteur des édifices royaux. J. Marot, H. David, et d'autres ont gravé d'après lui.

SIGNAC, peintre en émail. — La Lyre de Dorante (s. 1. n. d.), volume in-12 imprimé en Hollande vers 1675, renferme une épigramme adressée * à M. Signac, fameux peintre qui, par ordre de S. M. Suédoise étoit en Allemagne pour peindre les portraits des princes, pour le cabinet de la Sérénissime Reine 8. » Le château royal de Stockholm

1 P. 95 des Lettrée à un jeune prince par «n ministre d'Etat; Amsterdam, 1735, 1 vol. in-12, traduit du suédois. (Ces lettres sont du comte G. de Tessin). — Christian Molbech nie le fait rapporté par le comte de Tessin.

* Voir le Catalogue de cette collection, publié par M. Gefïroy dans le t. IV des Archives des missions scientifiques.

3 Bruun Neergaard, Mémoires sur l'ancien état des beaux arts en Suède, lu à l'Institut en 1812. — Marianne d'Ehrenstrom, Notice sur la littérature et les beaux-arts en Suède, Stockholm, 1826, 1 vol. in-8° (en français1.

4 Ekmarck, Guide de l'étranger dans Stockholm,

5 Nagler dit : par Gustave- Adolphe. Molbech et Ekmarck, c'est-à-dire les sources suédoises, sont d'un avis contraire. Weinwich le fait mourir en 1643, mais il se trompe évidemment.

6 Ekmarck, p. 280.

7 Weinwich, Dansk, Norsk og Svensk kunstner Lexicon ; Copenhague, 1829, 1 vol. petit in-8°. M. Geffroy a bien voulu nous traduire, dans ce livre, tout ce qui pouvait être utile à notre travail.

8 Revue universelle des Arts, t. XX, p. 141.

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possède le portrait en émail-. 4e Christine peint par cet artiste.

PARISE (Jean), graveur de médailles, Français, mort en 1655. — Ce

très-remarquable artiste fut appelé de Roipe à Stockholm par Chris^ tine *. «

BOURDON (Sébastien) (voir page 179). — Bourdon vint en Suède en 1652 et eut le titre de premier peintre de la reine. Il commença par faire les dessins de la pompe funèbre de Gustave-Adolphe, puis il fit les portraits de Christine *, du prince Charles-Adolphe (Charles X) et de tous les généraux illustres de l'armée suédoise. Ces divers portraits ont été amenés depuis à Rome avec les autres tableaux de Christine et y ont été remarqués parmi les plus beaux de cette célèbre collection ; il ne reste plus rien de Bourdon en Suède. Il avait fait un grand portrait équestre de Christine à cheval, lequel était destiné au roi d'Espagne. Ce tableau fut perdu, dit-on, dans le naufrage du bâtiment |qui le portait en Espagne *. L'imagination vive de Bourdon ne trouvant pas en Suède de quoi s'exercer, et les guerres civiles de la France qui l'avaient décidé à s'expatrier étant terminées, il revint en France après l'abdication de Christine en 16544.

BOURDELOT. — Si l'on en croit Marianne d'Ehrenstrom, Christian Moibech et quelques autres écrivains qui se sont tous répétés, Bourdalot ou Bourdelot serait un peintre de portraits , favori de Christine ; il est évident pour nous qu'ils se sont trompés. Bourdelot, car c'est son vrai nom, était un médecin français, en faveur auprès de Christine, dont il était le premier médecin, mais Bourdelot était un grand amateur des arts 5.

LA VALLEE (Jean de), architecte, né en 1620, mort en 1696, fils de Simon de

la Vallée. — Il fut au service des rois Charles X et Charles XI, et remplacé comme architecte royal par Nicodème Tessin. La Vallée a donné les plans du vieux château royal de Stockholm, brûlé en 1697, et a fait le dessin du tombeau des Charles dans l'église deRiddarholm, en 1665 •; il a construit l'hôtel des francs-maçons de Stockholm 7.

CHAUVE AU8 (René), sculpteur, né à Paris le 2 avril 1663, mort à Paris le 5

1 Weinwich.

1 Gravé par Nanteuil, 1654, et aussi par P. Tanjé, Michel Lasne, Alex. Tardieu.

* Voir page 381.

4 Mémoires sur les membres de V Académie royale de peinture et de sculpture. 1. 1, p. 92.

5 Voir : Rafaël Trichet Dufresne, Trattato délia pittura di Lionardo da Vinri, Paris, 1651, in-fol. (Dédicace). — Voiv dans le Journal de Dan g eau, l'addition de Saint-Simon à la ate du 6 juillet 1685.

6 Christian Moibech, Lettres de Suède en 484%. Copenhague, 1874-17,'vol. in-12, en danois.

7 Weinwich. — Ekmarck, p. 44. 314.

8 C'est le Chavau ou Chaveau de Moibech et de Wein wich.

juillet 1723. Élève d« Girtrdtfn et de Ph. Gaffieri. — Le ^ août 1693, kené Chauveau partit pour la Suède4. « René Chauveau, arrivé dans ce pays-là avec plusieurs sculpteurs, fut d'abord saluer le baron de Tessin, surintendant des bâtiments du roy de Suède. Ce seigneur, étant jeune, s'était attaché à la maison du comte d'Oxenstiern ; ce comte qui estimoit plus la vertu et le mérite que tous le6 biens de ce monde, lui donna sa fille et fit sa fortune. M. de Tessin étoit bon gentilhomme allemand, pauvre, mais plein d'honneur, de mérite et de science; il fut un des plus grands architectes qu'il y ait eu en Europe, et devint par ce moyen surintendant des bâtiments. Il reçut parfaitement bien notre sculpteur avec ses compagnons ; il le coonoissoit par tous les dessins qu'il avoit de lui, que M. Gronstrom lui avoit fait tenir. Charmé de son arrivée, il lui communiqua tous ses projets pour la décoration du château royal de Stockholm, et lui ordonna de lui dire franchement ce qu'il y avoit à rectifier. Ensuite il lui donna le choix des ouvrages qu'il vouloit faire exécuter, afin de distribuer le reste aux autres sous sa direction. Reçu si agréablement, et, quelques mois après aimé et chéri du Roy Charles XI, René Chauveau fit venir sa femme, ses enfants, son frère Evrard, peintre, et toute sa famille, avec un de ses beaux-frères nommé Cousiket *, l'un des plus habiles orfèvres de son siècle. H avoit parlé de l'un et de l'autre au surintendant, lequel étoit bien aise de posséder toute cette famille, croyant par là le fixer dans le pays.

» La jalousie s'empara bientôt de l'esprit des autres sculpteurs. Us ne voyoient que le sieur Chauveau de caressé; ils étoient au désespoir de ce que M. de Tessin lui communiquoit toutes ses idées, et de ce qu'il suivoit ordinairement ses avis. On fit alors de grands préparatifs d'un bal que le Roy vouloit donner ; il devoit être magnifique. M. Chauveau fut chargé de toute l'entreprise ; il composa des pagodes, charges, grotesques et mascarades, destinées particulièrement pour le Roy, dans lesquelles ce prince pouvoit se mettre commodément ; comme elles n'étoient composées que de carton richement habillé, il dansoit avec sans être gêné aucunement. Ce fut à l'occasion de ce bal que M. Chauveau fit connoître au surintendant l'envie que lui portoient les autres sculpteurs ; c'est pourquoi il le pria instamment que chacun d'eux eût à faire et à se charger d'une partie de l'entreprise, se doutant bien de ce qui arriveroit, et voulant les mettre dans leur tort; que pour lui, il prendront ce qu'ils ne voudroient pas

1 Vie de François Chauveau et de ses deux fils Evrard et Renf, par Papillon, réimprimée par les soins do MM. Th. Arnauldet P. Chéron et A. de Montaiglon, broch. in-8°. Paris, Jean net, 1854.

* Ce Cousinet est sans doute le (ils de René Cousinet, ami de Chauveau et qui, en 1664, 1665 et 1666, travailla avec d'autres orfèvres aux grands ouvrages d'argenterie de Versailles.

exécuter. Chacun choisit donc sa partie, et M. de Tessin fit marché avec eux de chaque morceau. Quatre jours avant le bal, ce seigneur envoya chercher M. Chauveau, pour savoir dans quel état étoit toute l'entreprise. Ce sculpteur lui dit que sojx affaire étoit faite, qu'à l'égard de celle des autres, il n'en pouvoit rien dire, n'ayant pas été possible de pénétrer ce qu'ils avoient fait, parce qu'ils avoient toujours tenu leurs ateliers clos et fermés. M. de Tessin y fut sur-lechamp, et très~surprig de voir qu'ils n'avoient pas encore commencé, et qu'ils ne savoient même par où s'y prendre, il entra contre eux dans une grande colère ; se tournant du côté de M. Chauveau : « Je vois » bien », lui diWi, « que par là le bal va manquer ; il n'y a que » vous », ajouta-Mi, « qui puissiez me tirer de cet embarras. » — « Je le ferai de tout mon cœur », répondit M. Chauveau ; « faites-moi » seulement donner une trentaine de filles avec les clefs du maga- » sin aux étoffes, je vous réponds de la célérité de l'exécution ; vous » pouvez vous fier à ma parole, » Le surintendant encore plus en colère, lui repartit brusquement s'il vouloit se moquer de lui, qu'estr ce qu'il prétendoit faire de ces filles, de ces clefs et de ces étoffes ; que Ton n'avoit plus que trois jours pour travailler ; qu'enfin il le prioit de lui dire comment il prétendoit agir. — « Monsieur », lui dit René Chauveau, « j'ai plus besoin à présent de filles, pour l'exécu- » tion de notre entreprise, que de sculpteurs ; le temps nous presse ; » sans s'amuser à vous compter mon dessein, laissez-moi faire, vous » serez content. » — * Faites donc comme vous l'entendrez », répliqua d'un ton radouci le surintendant; « je vais vous envoyer les filles et » les clefs. » Alors notre ingénieux sculpteur, qui a voit des creux tout préparés de figures d'hommes et de femmes, grandes comme le naturel, les fit mouler par parties, et, avec du gros fil de fer, il faisoit ses assemblages ; au lieu de draperie de carton, il les habilloit avec les étoffes du magasin, qu'il gommoit, et le fil de fer lui servoit aussi à former les plis de ces draperies, lesquels étoient aussi cousus par endroits avec ce fil de fer, en sorte que tout subsistoit et pouvoit avoir du mouvement. Quand tout fut prêt, précisément la veille du jour marqué, il fut chez M, de Tessin, et l'abordant en riant : « Monsieur», lui dit-il, « il faut que votre curositéait été bien paisible, puisqu'elle « ne vous a pas porté à venir voir nos mascarades ; tout est en état; « déplus, je suis certain que vous aurez lieu d'être satisfait; vous les « trouverez môme sans doute plus belles que mes premières. » M. de Tessin fut les voir. Charmé de leur effet, il s'écria : « On a bien raison « de dire que la nécessité est la mère et l'inventrice de toutes choses. « Je vous jure, Monsieur, que je ne vous concevoispas avec les filles « et les clefs du magasin que vous me demandiez ; mtis je vois à <r présent que vous aviez raison ; qu'il falloit plutôt des couturières « que des sculpteurs. » Le bal et la fête se firent. Le Roy, très-con-

tent de l'effet de toutes ses mascarades, cherchoit des yeux son sculpteur; impatient de ne le pas trouver, il le demanda à M. de Tessin, qui renvoya chercher. Pour lui, ayant passé trois jours et trois nuits à travailler sans relâche, il se reposoit. On le réveilla, et on lui dit que le Roy le demandoit. « Gomment », dit-il tout étonné, « quelque chose a-t-il manqué? » — « Non », lui réponditon, c au « contraire, c'est que le Roy veut que vous soyez témoin de l'effet de « vos grotesques et mascarades. » — « Dites à Sa Majesté », répliqua-tr-il en se remettant de son trouble et se renfonçant dans le lit, « que je suis si fatigué qu'il m'est impossible d'ouvrir les yeux; que « je ressens, autant que je le dois, la grâce qu'elle me fait d'avoir tant « de bontés pour moi, mais que j'ai plus besoin de repos que de di- « vertissements. » Quelque temps après, lorsqu'il s'agit du paiement pour toutes ces mascarades, le surintendant demanda à M. Chauveau ce qu'il lui falloit pour ses extraordinaires, au sujet des mascarades qu'il avoit faites, que les autres sculpteurs n'avoient pu exécuter : « Monsieur », lui répondit-il, vos prix et marchés étoient faits avec « eux; je ne demande pas autre chose ». — « Gomment », s'écria le surintendant, t deux cents pistoles en trois jours !» — « Et l'inven- « tion» ? reprit le sieur Ghauveau. — « Vous avez raison », interrompit M. de Tessin en l'embrassant; a je ne saurois trop vous satisfaire « et vous être redevable de m'avoir tiré d'un tel embarras. »

» Vers ce temps, la femme de M. Chauveau accoucha d'une fille. Le père fut aussitôt chez M. le comte Davaux, ambassadeur extraordinaire pour la France dans cette cour, le prier de lui faire la grâce de demander au Roy la permission de faire baptiser cet enfant dans la chapelle de son hôtel, « Que vous importe », lui dit M. l'ambassadeur, a qu'il soit baptisé dans le temple ou dans ma chapelle ? » nous reconnoissons pour bon le baptême des Luthériens. » — « Ce » n'est pas par scrupule que je le souhaite », lui répondit M. Chauveau, « c'est que, m'en retournant en France, mon enfant seroit » réputé étranger, et que je n'aurois pas besoin de le faire natura- » User s'il avoit été baptisé dans votre chapelle. » — * Vous n'y » gagnerez rien », reprit le comte Davaux, « car, dans ce pays-ci, » cela n'a jamais été permis ; je n'ai pas envie de m'exposer à un » refus ; d'ailleurs, vous savez que mon pouvoir est peu de chose » dans la situation des affaires. » — « Eh bien l Monseigneur », repartit M. Chauveau, « je le demanderai donc moi-même au Roy; » s'il me refuse, mon parti sera bientôt pris, je m'en retournerai » en France. » Le lendemain, du grand matin, il fut à son ouvrage, se doutant bien que le Roy ne manqueroit pas, à son ordinaire, de venir seul lé voir travailler; il espéroit d'autant mieux obtenir sa demande, qu'il avoit déjà reçu plusieurs marques d'affection de ce prince, même de grandes médailles d'or et d'argent et de grands

vidercommes1 de vermeil. Il ne fut pas plus tôt à son ouvrage que le Roy arriva : « Sire », lui dit le sieur Ghauveau en le saluant respectueusement, « je suis dans rembarras. Ma femme est accouchée » d'hier ; j'ai été aussitôt chez M. notre ambassadeur le prier d'obte- » nir la permission de faire baptiser mon enfant dans sa chapelle. Il » m'a répondu que cela ne se pouvoit pas, parce que les lois y * étoient contraires, et qu'on les observoit très-rigidement. Je l'ai » prié alors de le demander à Votre Majesté; mais il m'a refusé. » — « Quelle raison avez-vous donc », dit le Roy, « pour rechercher » cette permission avec tant d'ardeur que vous le faites ; les catho- » liques sont d'accord avec nous sur ce point ; tous les jours leurs » enfants sont baptisés dans nos temples. » — « Sire, je le sais », répliqua M. Ghauveau, « c'est pour gagner à mon enfant le droit de » naturalité. » — « Puisqu'il est ainsi », reprit le Roy avec beaucoup de bonté, « je vous le permets. Dans une heure, il y aura con- » seil;je vous envoyerai cette permission par écrit. Je ne vous ai » point fait venir ici pour vous chagriner ; tranquillisez-vous, et tra- » vaillez en attendant; ce sera la première affaire dont on parlera. » Le Roy s'en alla ; trois quarts d'heure après, un gentilhomme vint de sa part dire à M. Ghauveau qu'il pouvoit faire baptiser son enfant dans la chapelle de M. l'ambassadeur, sur sa parole royale ; qu'il étoit fâché de ne pouvoir lui envoyer cette permission par écrit, comme il le lui avoit promis, mais que sur les remontrances de l'archevêque d'Upsal, le conseil en général s'y étoit opposé; qu'il eût cependant à faire faire ce baptême de nuit, sans éclat. Il en arriva néanmoins tout le contraire : car M. le comte Davaux, qui fut le parrain, le fit faire aux flambeaux, après avoir envoyé son équipage pour amener l'enfant, celle qui représentait la marraine, et le père. Tous les François y furent invités, et furent régalés d'un festin magnifique. Depuis ce temps, tous les catholiques qui se sont trouvés en Suède ont fait baptiser leurs enfants aux hôtels des ambassadeurs1; cette coutume s'est introduite en d'autres cours.

| Ce sont de grands gobelets que l'on emplit de vin dans les repas, et que l'on fait boire à chacun aes conviés à la ronde. (Papillon.)

* Le Registre de la chapelle de Suède, de 1695 à 1701, se trouvait en 1855 aux archives de l'Hôtel de Ville de Paris. Il contenait un certain nombre d'actes < d'état civil », presque tous relatifs à des artistes français résidant à Stockholm. On y trouvait mentionnés les artistes suivants :

8 décembre 1690. Jagquin (Joseph), de Paris, sculpteur et pensionnaire du roi de Suéde.

18 décembre 1696. Ghauveau (René), qui est qualifié de premier sculpteur du roi de Suède.

29 juin 1697. Jean La Scie, sculpteur, meurt âgé d'environ 36 ans.

14 août 1698. Hbnrion (Claudel, sculpteur du roi de Suède.

25 avril 1700. De la Porte (Louis), sculpteur du roi de Suède. (Il en est fait mention plus loin.)

» Les seigneurs suédois falsoient mille caresses à notre halrile sculpteur. Ils venoient à tous moments le consulter sur les petits ouvrages de leurs mains: car toute la noblesse de ce pays sait un art ou un métier. Un jour le comte Stenbock, ce fameux général qui depuis a si bien servi sa patrie, lui vint montrer un portrait qu'il avoit peint, de la comtesse d'Hona, qu'il rechercboit, et lui demanda s'il la reconnoissoit: * Oui, Monsieur », répondit le sieur Gbauveau, « elle est fort bien; mais, si vous vouliez me permettre » de vous dire franchement ma pensée, je pourrais peut-être vous

* rendre un grand service. » — « Je le veux *, dit le comte, < vous » ne sauriez me faire plus de plaisir. » — « Je connois la comtesse *, reprit M. Ghauveau, « elle a beaucoup de goût, et encore plus d'es- » prit; quand cela ne seroitpas, il se pourroit rencontrer quelqu'un » qui lui feroit remarquer le défaut de votre tableau. Elle est fière » et sage; elle pourroit regarder votre galanterie tout d'une autre » manière que vous. Vous la représentez sous la ligure de Vénus, » une pomme d'or à la main, avec l'inscription : « C'est pour la » plus belle. » Croyez-moi, Monsieur, cette représentation ne con-

* vient qu'à une coquette ; la figure d'une Minerve ou d'une Diane, » c'est là ce qui convient à son caractère. Si vous faites tant soit peu » d'attention à ce que j'ai l'honneur de vous faire remarquer, vous » avouerez sans doute que j'ai raison» » Jamais le comte ne s'étoit trouvé plus surpris qu'il ne .fut entendant ce discours. « Ma fbt », dit-il, en sautant au col de M» Chauveau, « vous avez grandement

* raison; par D.,je vous ai une obligation infinie; je ne l'oublierai » jamais. » Véritablement, ce seigneur a toujours estimé, chéri et gratifié notre sculpteur.

» Vers la fin de l'année 1697 ou au commencement de 16*8% le feu prit si violemment au château royal de Stockholm, qu'il fut brûlé en moins de quatre heures de temps. Il n'y eut que la chambre où étoiten dépôt le corps du Roy Charles XI (il étoit mort le 15 avril 1697, figé de quarante-deux ans), avec les chambres attenant celle-là, qui restèrent de l'incendie ; du reste il ne fut pas possible de rien sauver. Toutes les raretés que le grand Gustave y avoit fait apporter durant le cours de ses conquêtes dans l'Allemagne, avec les beaux

16 juin 1800. Fouqpbt (Jacques), peintre. (Voy. p. 592.)

14 août 1700. Coubinet (Jean-François), maître orfèvre de Paris, orfèvre du roi de Suède. (Voir page 5860

20 septembre 1700. Chanterbau, probablement peintre.

Chauvbau (Evrard) (voir nias loin), qui est qualifié de peintre de k reine de Suède. (Lettre de M. A. de Montaiglon, dans la Bévue universelle des Arts, i, IV, p. 306). — Ce registre « été brûlé en mai 1871.

1 Cet événement n'arriva ni en 1698, ni même à la fin de 1697, comme le dit Papillon, mais le 18 mai 1697, comme on le voit dans le Mercure historique et politique; La Haye, chez Henry van Bulderen, in-18, t. XXII, volume de juin, p. 663.

chevaux qui avoient servi au magnifique carrousel, du Roy défunt, qu'on avoit achetés et amenés à grands frais, tout fut consumé. M. Chauveau avoit fait quantité d'ouvrages dans ce château, qui n'étoient ni reçus ni arrêtés. Quelques jours après cet accident, il fut saluer le surintendant des bâtiments, lui parlant de ces ouvrages et de ceux qu'il falloit refaire. M. de Tessin, l'interrompant, lui dit : « Monsieur, j'entends ce que vous voulez dire ; l'intention du Roy » et la mienne est que le malheur qui vient d'arriver ne retombe » point sur vous. Vous ne perdrez rien ; j'ai tout vu ; qu'il vous suf- » Use ; faites votre mémoire, afin que je l'arrête et que vous soyez * payé. » M. Chauveau fut d'autant plus surpris de l'entendre parler de cette façon, que depuis longtemps ce seigneur étoit à sa maison de campagne ; il n'étoit même revenu qu'à l'occasion du feu, de sorte qu'il y avoit beaucoup d'ouvrages qu'il n'avoit pu voir. Ce que lui ayant représenté : « Monsieur », reprit le baron de Tessin, « je le » répète, il suffit de vous avoir dit que j'ai tout vu, pour vous faire » connoitre combien je vous estime homme d'honneur. Le Roy veut » que vous soyez payé de tout. * Effectivement il le fut peu de temps après, et reçut plus de quatre à cinq mille livres qu'il avoit cru perdues...

» M. Chauveau, ayant été sept années en Suède, songea à quitter ce pays, à cause de la guerre, qu'il voyoit très-échauffée ; il demanda son congé pour faire un voyage en Italie. Après avoir été saluer et prendre congé des seigneurs de la cour, il- partit le 10 août 1700, vieux style. Il rencontra dans le pays de Schone ' M. Rlinkonstrom, favori de Charles XII, qui alloit exécuter quelques ordres de son maître; il l'accompagna dans le passage du Sund, ou détroit de la mer Baltique. À cet endroit, ils approchèrent d'un vaisseau, et dans ce moment M. Rlinkonstrom lui dit à l'oreille : « Soyez discret et me suivez.» Ils montèrent à bord de ce vaisseau. Le favori, l'ayant laissé quelque temps sur le tillac, revint le prendre et le conduisit à la chambre de poupe, où il le présenta au Roy de Suède, lequel y étoit incognito : ayant voulu voir notre sculpteur, il avoit commandé à M. Klinkonstrom de le joindre et de le lui amener à ce vaisseau comme par cas fortuit. Ce prince reçut M. Chauveau très-gracieusement; il lui dit que sans la guerre qui Toccupoit, il ne le laisseroit pas partir; l'embrassa ensuite, lorsqu'il voulut mettre un genou en terre pour le remercier de toutes ses bontés, en lui souhaitant un heureux voyage, et lui recommandant de celer cette entrevue jusqu'à son arrivée en Italie ; ensuite il lui fit présent de deux médailles d'or, lui fit donner une bourse de cent pistoles, et le congédia.

* LaSccn».

» M. Ghauveau ne put s'empêcher d'avoir du chagrin d'être contraint de quitter ce généreux monarque. . .

» Au commencement de son règne, incité à la débauche par de jeunes seigneurs de son âge, entre autres par le duc d'Holstein, qui avoit épousé sa sœur ainée, il [Charles XII] eut quelques aventures singulières. Un jour de fête, avec ce duc et un de ses pages (c'étoit son favori dont on a parlé ci-devant), ils furent sur le bord du lac attendre tous ceux qui passoient l'eau en revenant d'une île où le peuple s'étoit allé divertir, et les jetoient dans l'eau à mesure qu'ils arrivoient. Le Roy cependant, qui étoit d'une générosité sans pareille, ayant vu un homme en danger de se noyer, se jeta aussitôt dans le lac, et en nageant le poussa à bord ; il fut ensuite , tout mouillé qu'il étoit, recommencer son jeu avec les autres. Par hasard, trois sculpteurs et peintres françois étoient à l'autre bord du lac ; s'étant aperçu de ce qui se passoit à celui-ci, ils rebrousserez plus haut pour passer le lac dans un autre endroit ; le duc de Holstein les fit remarquer au Roy, et l'engagea à remonter aussi. Nos François, voyant leurs démarches sans les connoitre, s'en furent encore plus loin pour les éviter ; enfin, lassés d'être toujours suivis, un des trois nommé Fouquet, dit aux deux autres : « Parbleu, passons ; ils ne sont peut-être pas plus braves que nous. » En arrivant, ses deux camarades furent jetés dans l'eau; Fouquet, qui étoit resté le dernier dans le petit yacht qui les passoit, voyant cela, sauta lui-même dans l'eau l'épée à la main. Les deux autres se relevèrent, et, ayant pareillement mis l'épée à la main, ils se battirent contre leurs agrès* seurs pendant plus d'une demi-heure, les firent reculer du bord du lac,et sortirent de l'eau.Le Roy,qui avoit affaire à Fouquet,échaufifé et fatigué de l'assaut et de tous les mouvements qu'il s'étoit donnés, releva son chapeau, qu'il avoit sur le nez pour n'être point connu ; alors Fouquet, l'ayant envisagé, s'écria tout étonné à ses camarades: « C'est le Roy. » Ils se mirent tous à fuir. Ceci se passoit dans le parc où ils étoient venus en se battant. Le duc de Holstein vouloit les poursuivre, le Roy l'en empêcha, disant : « En voilà assez, retironsnous. » Ce combat fut bientôt su; tous les François s'attendoient à être égorgés. Le lendemain on tint conseil chez le Roy; comme on y parloit beaucoup de ce combat, et que l'on disoit qu'il falloit faire des perquisitions de cette affaire, ce prince entra et défendit d'en faire aucune information : « Messieurs, » dit-il, « nous avons plus de tort « qu'eux. C'est nous qui les avons attaqués ; ce sont tels et tels que « j'estime infiniment, d'autant plus qu'ils m'ont fait connoitre, après « avoir évité le combat autant qu'il a été en eux, qu'ils ne nous con- « noissoient pas et qu'ils sont braves. Ainsi je veux qu'on les aver- « tisse de ma part de ne rien craindre ; qu'on leur dise que je les « estime beaucoup, et que je leur enjoins de ne parler à personne de

« cette aventure. » Cet ordre, exécuté ponctuellement, les rassura. * Ce Fouquet, contre lequel le Roy s'étoit battu, demanda par la suite à ce prince l'honneur d'entrer dans ses drabants '. Le Roy lui répondit avec bonté qu'il auroit voulu pouvoir lui accorder sa demande, mais que, depuis la mort du grand Gustave, onavoitfait une loi qui défendoit d'y recevoir des étrangers ; qu'à la place il lui offroit une compagnie dans tel régiment qu'il voudroit, et seroit charmé de l'avoir dans ses troupes. Le sieur Fouquet, en remerciant ce prince, lui répondit : « Sire, je ne demandois à entrer dans les drabants que « pour défendre Votre Majesté au péril de ma vie », et il se retira. Ayant depuis eu du service en Danemark, il eut le malheur d'avoir une affaire avec un officier qu'il tua, ce qui l'obligea de repasser en France, où il a servi Louis XIV, dans les dernières guerres, en qualité de capitaine-ingénieur. Ayant été blessé au bras droit en posant une sentinelle dans une guérite où personne ne vouloit aller, il fut contraint de postuler une place aux Invalides, quand on le fit capitaine des portes à Lille....

» Revenons au sieur Ghauveau. Après avoir remercié le roy de Suède de toutes ses bontés et pris congé de lui, il fut débarquer à Stralsund, et arriva à Berlin avec sa femme et son fils aîné ; le surplus de sa famille étoit parti devant lui pour l'attendre en France. » Après un court séjour à Berlin (voy. p. 198), il revint en France à la fin de décembre 1700.

Weinwich nous apprend que Ghauveau a modelé les deux lions de bronze qui sont aujourd'hui en dehors du château, au côté nord.

« M. Leclerc a gravé quelques morceaux de la composition de René Ghauveau, que ce sculpteur a fait exécuter ; entre autres le catafalque ou mausolée de la reine de Suède, mère de Gharles XII, lequel a paru comme étant de la composition de M. de Tessin *, plus les plafonds de la salle et de la chambre du lit d'un hôtel que ce même seigneur a fait bâtir à Stockholm '. Tous les ornements de ces plafonds ont été peints par Evrard Ghauveau, et les figures par un italien. Il est facile de reconnoltre dans ces estampes le goût et la belle composition de notre sculpteur. M. Leclerc les a gravées sur les dessins mis au net par l'inventeur ; ils lui furent envoyés de Suède ; mon beau-frère en a plusieurs esquisses. »

GHAUVEAU (Evrard), peintre, quatrième fils de Fr. Ghauveau, né à Paris le 19 janvier 1660, mort à Paris le 23 mars 1739. Élève de son père. — « En

1695, son frère cadet (René), qui étoit en Suède depuis environ deux

1 Ce sont ceux qui composent la garde du roy de Suède.

* Voyez le Catalogne de Leclerc, par Jombert, n° 261, t. II, p. 127-8 : gravé en

' Ibidem, n« 268, t. II, p. 136-137 ; gravés en 1700. ,

ans, occupé à des ouvrages de sculpture, sdllicita de M. de îessin, surintendant des bâtiments dil roi de Suède, de mander Evrard Chauteau. Sitôt qu'il futttîtivé, ilpeigtiit pour la reine de Suède, mère de Charles Xt, les plafbnds d'tuie des grandes galeries ek du grand salon de Dfotningholm, château de plaisance, proche de Stockhblrii. Il a représenté la Naissance de Pandofe ali plafond du salon. C'est ail ouvrage tonsidérabléj car ce salon est Misai long et presque aussi large que la nef dfeft Gf&ttds-AUgdStiiiS, à PdHs. Dans belle |>eiiitui-e, ii a fait régner tout autotir une balustrade qui fltttoit ornée de riches tapis, tt qui semblé être soutenue #ar des cdlbtthes: Autour ttfe cette balustrade, il pat oit ded baisses d'ortthgfers et des fcaésolëttés dé parfums entremêlées dé rares oiseaux.

* En place de ces figurée il âvôit fltojelé de ftire pardi tre des hommëô de toutes sortes denatibhâj lesquels autôient paru contempler le plafond ; on he goûta point 3oti idée, ÇUi étoit cependant £luâ noble et plus grande que celle qu'où l'ibligeé d'exécuter. Comme on l'avoit gêné dans son projet, on ne lui a pas permis de rapporter eh France les cartohs qu'il aVoit faits pdUr cet outrage; héanmoinâ bn pdurra graver et donner aU public, dans qUehjûfe ternes, toute rdtdonnance de ce plafond, excepté seulement la balustrade, rjarcfc Qu'elle d'est poiilt peinte sûr le petit modèle t[tie ce peintre ftvoit fait, tjti'il a thouté mo^en de rapporter de Suède.

» Cette grande entreprise étoit à peine finie, qdfe le prince deHesse- Cassel* maittlenafat roi de Suèdte, ahivade sdh Voyage d'Italie; aussitôt il tint vbir les peihturW à Orolniheholm. SUt{Jrià de la inagnificence et du coup d'œil de cet buVi-age; il dëmahda à M. de tessin si c'étoit du pihceaU d'ûd Italien. Ce sfeighétit lui ftt tfporifcte Çue Céwitde celui d'un François, et là-dessu$ il lhl préséhtA Evrard tîhdtivesm, tjtii S'était avancé pour saltiter ce pHncb et sâvblt- seô feentithehts sur Son ouvrage* lequel lui dit d'une mahlète fort obligeante : ti Mbilsletir, jfe reviens d'ttalié, mais je h'y ai rieii VU Hé Si beau à. » tê pêirltre a ausSi

beaucoup travaillé à Stockholm, tofat au thateàtt rbytd çû'à des fralais

de plusieurs seigneUW*.

LA PORTE (Louis db)> sculpteur. — Cet artiste est mentionné dans

Marianne d'Ehrenstrom comme ayant travmiilé au château* sous

Charles XI, avec Chauveau.

BOUCHARDON (JàCHUïs-Philipps), sculpteur \ frère d'Edme Bouchardon,

1 ■ La composition de ce morceau représentait Pandore, et il étoit de la composition de René Chauveau, son frère. • (Note de Papillon.) .

Vie de Fr. Chauveau, graveur, et de ses deux fîlt. EvrarÙ et René', par Papillon, réimprimée par les soins de MM. Th. Arnauldet, P. Chéron, A. de Montaiglon; Irocb. in-8°. Paris, Jeannet, 1854, p. 15 et 16.

1 Heinecken en fait un peintre ; il se trompe évidemment.

SUèDB 595

né i Chaumont le 1er tuai 17li) mort à Stockholm assez jeune *, après 1750 *. — BOUchafdbh fut Appelé en Suède etl 1 738, pour pfrendre part aux travaux que là cotir faisaitexecuter.il a sculpté une chaire dans la chapelle du château royal à Stockholm et les grandes figures qui ornent les arcades du château ; il a modelé les médaillons * en plomb représentant leg rois de Suède depuis Gustave Wasa jusqu'à Charles XI, qui orhent là fôçade Occidentale du palais royal à Stockholm. Dans l'église de ce château* il A commencé la sculpture du devant d'autel, représentant étt relief lé Ghrist dans le jardin des Olives ; il mourût après avoir presque terminé cet ouvrage, que L'Archevêque contihua et qui fut achevé par Bergéll *. M. Garnandet, dftns sa notice historique sur Édme BoUchardOn* nous dit Çtie Jacques-Philippe Botiéhardon fut premier sculpteur du toi, dirtécteut de l'Académie de Stockholm, et qUé Ton a publié eu Suéde Une notieé sUr les ouvrages qUHl a exécutés dans ce royaume; mais il t'eit Uiifitl gaïdé de nous la foiré connaître st ta ë\?û servir.

COUSES, sculpteur. — La façade méridionale du château de Stock-* holm est ornée de six grandes colonnes corinthiennes engagées, couronnées de trophées qui ont été modelés par Cousin* sculpteur fraU* çais, et moulées en plomb par Meyer. Cousin, dit-on, a modelé les dix cariatides ioniques et les médaillons en plomb des rois de Suède qui sont placés entre les pilastres de la façade occidentale du château royal 5.

tttl&tlY (voit p«#5 iw) . — Dudry fit eh \ 740, pout ïfe cabinet du comté dé Tfessih) un tableau fepuèsfehtant un basset, gfôvé pat Aveline feh 4749.

CHAUDE* et BOUCHER (voir pages $«3 et m\ — « Le comte de Tessin a Stait faire à Chardin plusieurs tableaux* et actuellement il eu fait ub. pour le prince royal de Suède. » A ce trop court renseignement que nous donne Mariette, nous pouvons joindre la curieuse lettre de if. Berch, secrétaire d'ambassade sous le comte de Tessin, auquel il écrivait de Paris, le 317 octobre 1745 :

« Monseigneur, l'affaire des tableaux rencontre un peu de difficulté^ du côté de M. Chardin, qui avoue naturellement qu'il ne pourroit pas

* tfetté todîcatioh ttet *Mfc k Vtè d'Êâfoe ÊoucUràon, par CayluS, p. 8 (1 vol. in-12, 176i) H ton* l'abbé FVmtenai.

* Je trouve dans Marianne d'Ehrenstrom que Bouchardon travailla en Suéde èé 1738 à 1745. Cette dernière date m'avait paru d'abord être celle du décès de notre artiste, mort jeune, comme nous le savons d'autre part : mais elle est évidemment fausse, puisque, en 175CK il cmnmftfedà tien* tableaux à tfovepfc. Veroefc (Voit Jforifc universelle i$4 Arts, t. VI, |K 107 .

3 Voir l'article suivant.

4 Molbech.

* Ekmarck, p. 240, 243.

donner les deux pièces que dans un an d'icy. Sa lenteur et la peine qu'il se donne doivent, dit-il, déjà être connus à V. E. Le prix de 25 louis d'or par tableau est modique pour lui, qui a le malheur de travailler si lentement ; mais en considération des bontés que V. E. a eues pour lui, il passera encore ce marché, et laissera à la volonté de cet ami de V. E., s'il veut y ajouter quelque chose quand l'entreprise sera achevée. De cette façon, V. E. a encore du temps pour se déterminer, si Elle veut qu'il travaille. Un tableau qu'il a chez lui l'occupera probablement encore un couple de mois. Jamais chez lui plus d'un entrepris à la fois '.

» Boucher va plus vite ; les quatre tableaux sont promis pour la fin du mois de mars. Le prix restera un secret entre Y. E. et lui, à cause de la coutume qu'il a établie de se faire donner 600 livres pour ces grandeurs, quand il y a du fini. Il ne veut de l'argent qu'à mesure que chaque pièce sera livrée....

» J'ai communiqué à M. Boucher mes idées sur la disposition des sujets ; il ne les a pas désapprouvées et a paru en être fort content. Le Matin sera une femme qui a fini avec son friseur, gardant encore son peignoir et s'amusant à regarder des brimborions qu'une marchande de modes étale. Le Midy, une conversation au Palais royal entre une dame et un bel esprit qui fait la lecture de quelque mauvaise poésie, capable d'ennuyer la dame, qui fait voir l'heure à sa montre; la méridienne dans l'éloignement. L'Après-Diner ou le Soir nous embarrasse le plus : des billets apportés pour donner un rendezvous, ou des mantelets, des gants, etc., que la femme de chambre donne à sa maltresse qui veut aller en visite. La Nuit peut être représentée par des folles qui vont en habit de bal et se moquent de quelqu'un qui est endormi. On tâchera de caractériser les sujets, de manière qu'avec les Quatre Points du Jour, cela fasse aussi les Quatre Saisons. Voilà, monseigneur, les premiers projets que M. Boucher et moy nous avons formés; avant que le Matin soit entièrement passé, on aura des moments pour réfléchir comment bien remplir le reste de la journée. J'espère par la suite du temps d'avoir quelques croquis pour envoyer à V. E. M. Boucher parolt vouloir s'y prêter. J'ai l'honneur d'être, etc.*. »

YEEIfET (Joseph) (voir page 152). — Pendant son séjour à Rome (4738- 53), Yernet peignit six tableaux pour divers amateurs Suédois, et en 1764 il fit un tableau pour le comte de Ereutz, ambassadeur de Suède .'

1 Le Livret du salon de 1747 parle de ces tableaux de Chardin faits pour la Suède. * Portraits inédits d'artistes fronçait, par MM. Ph. de Ghennevièree et Legrip, in~ fol., p. 56.

3 Revue universelle des Arts, t. VI et VII.

ARTISTES SUÉDOIS AU XVIIIe SIÈCLE, ÉLÈVES DE FRANÇAIS '.

Lundberg, peintre de portraits, élève de Gazes, à Paris; étudia aussi à Paris le pastel sous la Rosalba, et en répandit le goût en Suède.

Savenbom (Jean), élève de Joseph Verne t, revint de Paris en Suède, en 1760.

Ljunberger (Gustave), graveur en médailles, travailla longtemps à Paris.

Lavringe, peintre à la gouache et en miniature, s'est formé en France, où il séjourna en 1771, puis de 1774 à 1791.

Rehn (J.-E.), graveur, envoyé à Paris pour étudier sous Le Bas, par le comte de Tessin '.

BElLTHEVEf. — Adolphe-Frédéric ayant fondé, en 1760, la manufacture royale de porcelaine de Marieherg, un Français nommé Bertheviny mit en œuvre, en 1767, les procédés de fabrication employés à Sèvres*.

L'ARCHEVÊQUE (Puzrrx-Hubbrt), sculpteur, né en 1721, mort à 57 ans, le 26 septembre 1778. Élève de Bouchardon. — L1 Archevêque vint en Suède en 1760. « On a de lui la statue pédestre en bronze, de Gustave Wasa, sur la place des Nobles, à Stockholm. L'exécution de ce monument est lourde; mais on ne peut pas faire le même reproche à sa statue équestre de Gustave-Adolphe, qui est érigée sur la grande place de l'Opéra4. »

« Le placement de cette statue a eu lieu le 15 mai 1791 *. Le transport depuis Tatelier du sculpteur,quoique peu éloigné, et les frais du placement ont monté à 6000 rixdales. Lies proportions du cheval et de la statue sont absolument les mêmes que celles de la statue renversée d'Henri IV à Paris. Elle pèse en tout 150 schippunds. Derrière, au bas de la statue, sera un grand trophée, dans lequel on distinguera les boucliers et les écussons des différents peuples vaincus par Gustave-Adolphe; autour seront les bustes en médaillons des cinq principaux généraux de ce prince : Baner, Torstenson, Jacques de Lagardie, Horn et Saxe-Weymar. Ils sont finis. Le tout est de L'Archevêque, excepté la décoration d'en bas et ce qui reste à y placer. Cette

1 Marianne d'Ehrenstrom. — Archives de Vart français, t. III, p, 118. — Mariette, article Lemke , p. 154 du manuscrit.

* Voir Les portraits inédits d'artistes français, par MM. Ph. de Chennevières et Legrip, article Le Bas.

3 Chronique des Beaux- Arts et de la Curiosité", 1874, 5 décembre.

4 Bruun-Neergaard, p. 20. — Voir aussi Fortia de Piles, t. II, p. 140.

5 Elle n'avait été fondue qu'en 1791 : art. Bronze du Dictionnaire technologique.

dernière partie est de Sergell1, qui a donné les dessins, et s'est chargé de l'exécution. Au bas sera la statue d'Oxen^tiera dictant à l'Histoire la vie du Roi ; ce qui fera un très-bel effet lorsque tout sera en place *. »

Nous ne savons oii Patte a trouvé Ja description «ru'U dQUW de cette, statue de Gustave-Adolphe ; il dit que le Roi est sur un cheval lancé au galop, et suivi par la Victoire, également à cheval, courant pqur l'atteindre et lui placer une couronne de lauriers sur la tête \ {1 nç peut être question que d'un projet oui n'a pas été exécuté 4T

La statue de Gustave Wasa, élevée sur la place du palais de la no* blesse, aux dépens de l'ordre de la noblesse, a été fondue en 1770, avec des canons pris sur l'ennenii en 17ÛÛ, EUe a on^e pied$ de, Jiaut} elle représente le roi drapé d'un Yasfe jnanteau, la t-ête couronnée de lauriers, le sceptre à la main. La statue fut découverte Je 23 juifl 1774, anniversaire de l'entrée de Gustave à Stockholm*.

L'Archevêque continua la bas-relief de Bouchardon (voir paga 685). A la Bourse, on voit da lui le buste du baron J. Aistnamer, conseille* de commerce • \ à la grande galle des Etats, au château royal, à Stockholm, il a fait les figures en plâtre sur la corniche, sauf deux qui sont de Bouchardon ; il a modelé les bustes de Gustave Ier et de Gustave II ; ensuite II quitta la Suède* en 1776. L'Archevêque a formé plusieurs élèves, entre autres le célèbre Sergell.

On attribue à L'Archevêque le monument élevé à Descartes en 1770? par Gustave, prince royal, dans l'église d'Adolphe-Frédéric ; Molbech dit au contraire qu'il est l'œuvre de Sergell.

MASREUER ou MARSELIER (Louis), peintre d'ornements *, né en FfUge,

mon en 1810. — Il était encore enfant lorsqu'il vint en Suède avec son père M^eselieû, habile sculpteur d'ornements, qui était chargé de dér corer les appartements du château dfi Stockholm. Louis Mapsrtiar 4 fait le tableau d'autel de l'église de Marie-Madeleine, et le» peintures ¥ des appartements royaux du château de Haga.

« M. Ma&reliar, français, dessinateur charmant, a donné tous les dessins du pavillon de Haga, et les a exécutés avec une perfection qui lui fait le plus grand honneur. Il a un goût infini f. c'est bien dopunago

1 Jean-Tobie Sergell, élève de L'Archevêque, naquit en 17{Q et mourut en 1840. » Fortia de Piles, t. II, p. 141.

4 Le cabinet Paignon-Dijonvai, (p. 168 du Catalogue), possédait plusieurs dessin?, projets, esquisses et devis de la statue de Gustave- Adolphe.

* Ekmarck, p. 290.

6 Idem, p. 2èl.

7 Ch. Molbech.

* Marianne d'Ehrenstrom le désigne ainsi. C'est Wcinwich <jui nous donne son prénom et toute cette biographie.

9 « La décoration intérieure », dit Fortia de Piles, t, H, p. 499.

SlliUE 599

qu'ua eusçi excellent artiste n'ait point d'élèves qui puissent l'aider : il est obligé, pour tput ce qu'il doit exécuter, de donnée le dessin et les différentes nuances. Alors il a des élèves qui calquent très-bien et appliquent ensuite les couleurs. Comme le plus souvent cet artiste travaille en arabesques ou en tableaux, servant de décqrpticjq inférieure de différents appartements, on peut juger de l'immensité de son travail : il y a dans tel morceau cent et deijx cents pgurest M. Masrelier a été onze ans en Italie, et en a rapporté une immense quantité de dessins qu'il a pris sur \es lieux et qui valent la peinç d'être vus1. »

JfA$REI4£I}, sculpteur en bois. — « Masrelier, frère du dessinateur, scijlpteur en bois. Pour aller plus vite il se sert d'un procédé qui jffûte fort bien les moulures et est beaucoup plus économique ; c'est yjLne pâte qui se durcit, à laquelle on donne la forme que Ton veut et susceptible de recevoir toutes les couleurs. L'or y tient fort bien et s'y ppjit à merveille. Il a appris ce secret à Paris et jusqu'à présent il a parfaitement réussi. Ypung (excellent sculpteur sur bois travaillant à le même éppqije à Stockholm) prétend que le bois doit avoir la préférence sur cette composition. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'elle est moins chère, plus aisée à réparpr, p}us susceptible de prgjifirç toutes les formes, ét qu'employée elle fait le même effet que le bois. Ce procédé a de plus un grand mérite aux yeux du roi toujours pressé de jouir ; c'est que par là il & plus promptement ce qu'il désire ?. »

GUILBERT, graveur r — « M. (jujp)ert, graveur, pst pjjprgé 4e gïPyeF en taille douce toutes les pédantes 4^ r#gne actuel. Cette cplleptiofy déjà fort nombreuse, ne peut être complète qu'èf la pmjrt dp rpi qrçi s'en réserve les planches et les épreuves, de ij^iiièrè qu'il p'est pp§ aisé de se les procurer. Le burin en est un peu sec. Les vignettes, d'eprès les dessins de M. Masrelier, sont en général du meilleur goût. Il y aura à cfreque planpbe une explicatipn sur deux colonnes, français et suédois. Le graveur des médailles est M. Fejirmann s. »

TARAYAÇi (THpifÀS-RAPBABt), peintre, n>prt en iJSfl. JStoe te Jean-^ndré. — Thomas-RaphaëJ Tarayal, père 4e P^ÇWÇ fi& &P LQJÛH^tayp Taraval, fit ses études h Paris et ayait fléjâ de la répufption, comme portraitiste^ lorsqu'il se rendit à Stockholm, pj!f le roi le nQjmpjjt peintre de la cour. Il fit beaucoup de portraits et mourut en 1750 \ Taraval fut premier peintre du roi de Suède 8. Il a peint le plafpnd

* Fortia de Piles, t II, p. 125.

* Fortia de Piles, t. II, p. 126.

* Fortia de Piles, >. II, p. 127.

4 Traifojt (fc Ne$ter. — Voir aussi Fiorillo et Bruun-Neergaard, p. 5. 3 Fiorillo, Geschxchte der zeicknendc KUnste, t. III, p. 405.

de l'église du château de Stockholm1. Tara val a fait aussi plusieurs plafonds du nouveau château de Stockholm. On dit que c'est lui qui, avec Bouchardon, mit sérieusement la première main à l'école de dessin et à l'Académie de dessin en Suède *.

TAKAYAL (Hugues), peintre d'histoire, né a Paris en 1728, mort à Paris en

1785. — « Taraval se rendit en Italie pour achever ses études. De retour à Paris il fit un portrait de Louis XV qui eut un très-grand succès. Ensuite il entreprit un voyage en Danemark, puis en Suède, où son père Thomas-Raphaël était peintre de la cour à Stockholm. Mais notre artiste revint à Paris, où l'Académie le reçut parmi ses membres en 1769. Il y fut quelque temps professeur, puis il trouva une place avantageuse à la manufacture des Gobelins, et y mourut en 1785. Taraval peignit des portraits, des sujets historiques et de genre, dans le goût de son temps. Il fut artiste de talent. Plusieurs de ses œuvres sont gravées ; une Sainte Famille, gravée par J.-J. Clément, in-fol ; — une Bacchante se préparant à un sacrifice, gravée par C.-G. Schnetz ; — une jeune ouvrière accablée de sommeil, gravée par le même ; — une scène de bal à Venise, d'après le Tintoret, belle planche, mais rare, gravée par Taraval lui-même *. »

DE MEAUX, peintre français. — Il exécuta au palais du comte de Tessin de bonnes peintures 4.

GATAILER on CAVALIER, sculpteur en ivoire. — Cet artiste français vivait en Suède; il y est connu par de belles figures bien dessinées, qui ont été prises pour modèles en diverses médailles '. On trouve au château de Skokloster un portrait en ivoire du comte Christophe de Kœnigsmarck, par un sculpteur nommé Cavalier; ces deux noms s'appliquent bien probablement au même artiste 6.

DE8PREZ (Louis-Jean), peintre et architecte, né à Lyon en 1740 ; mort à Stockholm en 1804. Elève de François Blondel. — « Après s'être fait connaître

à Lyon et à Paris par différents tableaux, Desprez alla en Italie pour développer son talent déjà remarquable. A Rome, où il s'occupait d'architecture en môme temps que de peinture, il sut acquérir les bonnes grâces de Gustave III, et ce prince remmena en Suède, comme architecte et peintre de la cour. A Stockholm il se fit connaître par les belles décorations de Topera de Gustave Wasa. Puis le roi lui fit

1 Molbech.

* Weinwich.

> Traduit de Nagler.

4 Weinwich.

5 Weinwich.

6 Geffroy, Notices et extraite des manuscrits concernant l'histoire ou la littérature de la France qui sont conserves dans les bibliothèques ou archives de Suède, Dansmarh et Norvège, i vol. in-8*., 1856.

dresser le plan d'un château projeté à Haga, mais la mort tragique de ce prince en arrêta l'exécution.

» Notre artiste puisa des sujets pour de grandes peintures dans la guerre qui eut lieu en 1788 contre la Russie. Le tableau principal représente la bataille de Swenksund, pour lequel l'artiste fit à Londres, où il avait été par ordre du gouvernement, un grand nombre de dessins '. Il offrit aussi plusieurs de ses productions à l'empereur de Russie et au roi de Danemark, qui tous deux accueillirent avec bienveillance les œuvres de Desprez.

» Desprez était d'une activité sans égale. Son esprit inquiet créait sans cesse du nouveau, aussi manque-tril à plusieurs de ses compositions la dernière main et un dessin correct. Mais sa manière est grande, large, et basée sur les bons principes de l'art.

» En dehors de ses grands tableaux on connaît aussi de lui quelques caricatures, où règne beaucoup d'esprit et de finesse, et quelques costumes du Nord, dont quelques-uns ont été gravés par Elie Martin V

» Desprez a formé en Suède plusieurs élèves1 et s'est acquis de la réputation. On vante surtout la richesse de son imagination4, et le

1 c M. Després, Français, peintre et architecte. Le roi rayant trouvé à Rome en 1784, Fa pris à son service ; il est chargé des décorations, des costumes de l'Opéra, de tout ce que le roi fait bâtir, et actuellement de la construction du nouveau palais de Haga. Cet artiste a l'imagination la plus riche et la plus vive, et on peut même lui reprocher quelquefois d'entasser trop de détails différents dans un petit espace. Il a fait un grand tableau représentant une bataille entre les Crotoniates et les Sybarites que le roi possède aujourd'hui. Il est occupé actuellement à mettre en tableaux les principales actions de la guerre de Finlande ; il y en aura onze que voici : bataille navale de Hogland, 17 juillet 1788; Porusalmi, 6 juin 1789; Uttismalm, 28 juin; Parkumacki, 21 juillet; affaire de Walkiala, 29 avril 1790 ; Pardakoski, 30 avril 1790; les barraques de Kettis, mai 1790 ; Pestimacki, 5 mai ; bataille de Fredericsham, 15

lecture de ce palais; il est de plus maître de dessin du prince royal depuis 1791. > (Fortia de Piles, t. II, p. 124.)

1 On voit aussi de lui au château royal de Stockholm, à l'Opéra, deux tableaux, dont l'un représente une bataille, et l'autre Gustave III assistant à la messe dans la basilique de Saint-Pierre de Rome. (Bkmarck.)

3 Que Weinwich et Marianne d'Éhrenstrom nous font connaître. Ce sont: Altell; Ltmnell, peintre de dérorations et d'aquarelles ; Holmberq, grand artiste, mort jeune ; Hjeljn, peintre de décors ; Akestrom, mort à Rome ; falhcranz% professeur, peintre de paysage justement célèbre.

4 ■ Pendant le séjour de Gustave III, à Rome, il y fît la connaissance de Despret, Français et pensionnaire de l'Académie des beaux-arts à Paris, homme d'un génie fougueux et d'une imagination pour laouelle il n'y avait point de limites. Son esprit était tout audace ; dans ses esquisses, aes feux électriques, pour ainsi dire, guidaient son pinceau. Le roi l'engagea pour le grand théâtre de l'Opéra, comme peintre de décorations. Desprex arriva donc à Stockholm en 1787 et y mourut en 1804, généralement regretté. Outre ses ouvrages pour le théâtre, tous d'un style élevé, d'une perspective admirable et d'un ensemble magique, on a de lui beaucoup de tableaux en aquarelle et à l'huile, où l'abondance de son génie et la richesse de ses idées sont en parfaite harmonie avec la force et la perfection de son {aient comme dessinateur. Qu'on yove son grand tableau de la bataille des Romains et des Samnites (au salon du roi à fa maison de l'Opéra), — celui qui représente la bataille de Hogland, — la visite

roi Gustave plipit même jusqu'à croira qu'il n'y avait que deux personnes qui eussent vraiment de l'imagination, lui et son peintre. |1 e§t inçpnteet^ble qitf Desprez possédait de grands mérites, et ApprJ)i est injuste envers lui, eu l'appelant dans son voyage, misé*rabje peintre de marine et d'histoire. Acerbi nous apprend en même tempç que Qespre?, après la mort de son prptecteur, n'a pas été heureux dpns ses dernières sunées, niais que cela ne Ta pas empêché 4e s'a)>$ndQpn£r À ses rêveries d'artiste ; entre autres, il aurait conçu le plan d'une pyramide, à l'érection de laquelle tous les Etats de i'EUFppç juraient contribué. Jl est fait mention aussi de Despres dans 1» Biographie universelle et dws l'Encyclopédie de Gruber et P^c)i ». »

£4iiTC|lE4l>f ffitvm*)* \w**p dl»ûiiw3 (voir page *w). — Gaguereaux 9vait dessiné, en 4784, m fiwia et h la craie, sur les murs du cloître de 14 Chartreuse de IJoniG, quatre grands sujets de bacchanales, de jeux pt 4# fppQp des divinités pbswpêtres. Ces compositions eurent un frès-grpnd succ^; elles furent visitées par le roi de Suède, Gustave III, qui fît à l'artiste l'honneur d'aller le voir à son atelier et de lui acheter le tableau d'Œdipe aveugle ', auquel il travaillait, et de lui en commander un autre, que Gagnereaux fit en 1785 pt qui rpprér spnfajt l'e^tr^ype du roi de Suède &yec le pape Pie VI au Vatican; ce tableau est aujourd'hui au château royal de Stockholm. Gagnereaux en fij; unp répétition pour }e p^pe. pu 1737, H fi1 B<W lp m une $du- <&tim d'A.chille. En 1793, Gagnereaux peignit à Florence, pour le duo régent de Suède, Psyché pQftée par les Z^phires. l\ reçut prç ^793, comme récompense de ce bel ouvrage, le brevet de peintre d'histoire du roi de Suède.

fiftgnierpaux p travaillé &ussj PQUr plusieurs Suédois; il a peint pour le sculpteur Sergell, une bacchanale et l'éducation d£ Jupiter; — pour le baron Tpube, premier ministre dp roi, Ariane et Pacpjuis, 178^; F Amour qui a dompté la Force, 1787 (gravé par gop frère); Hébé qui verse à boire à l'aigle ; — pour lft pr incesse 4e SuWe, Vénus blessée par Diomède est transportée dans l'Olympe par Iris? et le Génie de la Paix ; ces deux tableaux ont; été gravés par §orç frère ••

de prusteve m au Muté* de Pio-Glementinum, ainsi qu'a l'égiiae de Saint-Pierre, ai on eeporsuadera qu'il pavait réunir l'imposant à la beauté du style.

» Jiespre? était très-grand architecte. Il a bâti la pavillon du roi à Haga.eta fourni la plan pour le château que Gustave UI comptait y faire construire, et dont les fondements étaient achevés lors de la mort de ce prince. > (Marianne d'&hrenstrom). — La château 4e Haga n'a pas été achevé» et mjme les fondements en ont été détruits.

\ Traduit de Nagler.

I Placé aujourd'hui au château de Dfotningholm.

3 H. Baudot, Bioge historique de B . (ïagnereauw, Dijon, 1847.

sujtas 603

houdom (voir pag« sis). ~- En 4985, Houdnn exposa le buste de

Gustave III.

MANUFACTURE DE SÈVRES

1771, octobre. jLpuis %V donna, au roi de Suè4e et au prince Frédéric son frère dix vases, deux bustes et un service de table composé de 58$ pièces ^6,9fp Uv^es). rr 1784, %% juipet 9 septembre. Louis £VI donna, a Gustave III : un service de table, un cabaret, diverç croupi en l)isc^it pouf pyirtout, p}usieprs figures d'illustres Français, les bustes du roi et de la rej^ç de frapcp, des vases et des tableaux de fleurs et de fruits peints par Mjc^yp (47,97g liyresj '.

LE MOPfNIER (Gàbwbl-Jban-Josbph-Hubbrt)? né à Thlonville en 1761. — Ce gentilhomme français, émigré en 1792, résida à Stockholm et à Copenhague pendant plusieurs années, et y fit des portraits en miniature et au pastel *.

OÉAAjiD (voit pige t65). r-? Il a peint en .1810 al en 1813, la mn& 4e S\$$p \ E[p 1 S1 1 , U a fait le pPFtWt de Bernadotte (Charles-Jean XIV), et en 1845, celui d'Eugénie-Bema^i^erDésirép, VQ\m (i& Suèds,

FftyçfjpT (F**nçqi?), wAvmh tf * Fi* en W7t — U » pe^tf lç§

deux Renommées qui ornent la croisée du centre de la façade septon-r trionale du ehâjeau royal de gtopkholn^ elles oui tté plflrtPS £8 1814*.

CORDIÇfl |)B ppi^oyil^^ (Loui§-J,93Eps-AjiaBB)l n£ en France en 1770; mari vers 1836. — ûordier de Bonneyille, maitre de français à l'Académie militaire de Carlberg, peignit des PW£9ge§ k rbuîlft et £ }a gQU&T ahe ; il avait trouvé le moyen de rendre ses gouaches durables ou, comme il le disait, indélébiles. Il a gravé è raqjiatjut&r

REQUILLAIU), ROUSSJS& et CHOCQUEEL, fabricant^ de tapisserie? &

Aubumn et à Tourcoing. ■— Ils ont exposé à Londres, en 1862, de trèsbeaux panneaux de tapisserie représentant }e§ Quatre Saigops, exécuté» pwr te roi de Su&fc.

MANUFACTURE DE SÈVRES

L'Empereur a donné au roi de Suède : en 1856, un grand V83&, fo&d blapc, décoré de fleurs par Sc^ij^t père; — en 1861, un meuble style

1 Renseigneinente communiqués par M.'Woc»tf*- 1 Wein^ich.

3 Le portrait peint en 1813 a été graié par P. Ad*». * Ekmarck, p. 50. — Nagler.

chinois, dont les peintures, représentant des scènes chinoises, ont été faites par Devély ; — en 1868, deux vases-carafe, fond blanc, sur lesquels Barriat avait peint : une jeune fille portant de l'herbe et une autre battant du blé.

artistes suédois modernes, élèves de français.

FoctELBERGt (Benoit) ; élève à Paris de Pierre Guérin et de Bosio, de 1818 à 1820.

Forsell, célèbre graveur, envoyé par le roi de Suède, en 1806, à Paris comme pensionnaire ; il fut élève de Bervic.

Gœthe, sculpteur, qui vint étudier à Paris en 1803.

Jernberg (Auguste), peintre, élève de M. Couture.

Ludgren (Egron), peintre, élève de M. Léon Gogniet.

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