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PALATINAT

SALOMON DE CAUS, architecte et ingénieur *, né probablement à Dieppe,

mort à Paris à la fin de février 1626 \ — Salomon de Caus avant d'être au service de l'électeur Palatin, avait été ingénieur du prince de Galles1, Henri, fils de Jacques Ier. Il publia en 1612, à Londres, un volume infolio, intitulé : la Perspective avec la raison des ombres et miroirs. Dans la dédicace, adressée au prince de Galles, il prend le titre d'ingénieur du prince, et c'est dans sa maison de Richemont, le 1er octobre 1611, qu'il écrit cette dédicace.Il yavaitdéjà quelque temps qu'il était attaché au prince Henri 4.Nous savons par la dédicace du second livre des liaisons des forces mouvantes, ouvrage dont nous reparlerons tout à l'heure (dédicace adressée à l'électrice Palatine, Elisabeth, sœur du prince Henri,et écrite à Heidelberg le icr janvier 1 61 5), quels furent les travaux exécutés en Angleterre par Salomon de Caus , qui s'exprime ainsi : « Il n'est pas en moy, Vertueuse Princesse, de vous présenter choses dignes de vos mérites. Mais sçachant l'amour qu'auez porté et continuez de porter à l'heureuse mémoire de Noble et Gentil prince de Galles, i'ay représenté icy quelques desseings que i'ay autrefois faits, estant à son service, aucuns pour servir d'ornement en sa maison de Richemont, et les autres pour satisfaire à sa gentille curiosité , qui

désiroit tousiours voir et cognoistre quelque chose de nouveau »

Salomon donne en effet les dessins dont il vient de parler , parfaitement gravés, et représentant des grottes, des fontaines avec statues et jets d'eau, une terrasse avec jardin, etc. Nous trouvons encore dans la dédicace à la reine d'Angleterre (1 5 septembre 1614) de V Institution harmonique*, que Salomon avait commencé « la fabrique des machines hydrauliques » sous son bon maître le prince de Galles. Nous savons par les notes de la nouvelle édition du Walpole, que la façade de "Wilton par Inigo Jones, avait été conduite par Salomon, et qu'il a aussi travaillé à Greenwich et aux jardins de Somerset.

L'électeur palatin, Frédéric, s'étant rendu en Angleterre pour épouser la princesse royale Elisabeth, sœur du prince Henri , célébra son mariage le 14 février 1613, et à son retour dans ses Etats, «il luy prit

1 Salomon de Caus est probablement né dans le pays de Caux, en Normandie ; Walpole, t. I. p. 233, dit qu'il est Gascon.

1 L 'Intermédiaire du 10 novembre 1855 cite l'extrait mortuaire de Salomon de Caus trouvé par M. Ch. Read, d'après lequel il fut enterré le 28 février.

1 Mort le 6 novembre 1612, à 18 ans.

4 II dit en effet : t Ayant recogneu depuis le temps que j'ai l'honneur d'estre au service de vos tre altesse... •

5 Un vol. in-folio, Francfort, 1615.

volonté de faire accommoder tant aucuns quartiers de son chasteau de Heidelberg (y prétendant faire son ordinaire demeure) comme aussi un jardin orné de toutes les rarités que Ton y pourroit faire...» Salomon de Gaus, devenu, en 1613, architecte et ingénieur de l'Electeur palatin, fut immédiatement chargé par l'Électeur de faire ce jardin. Il est bien probable que l'ingénieur du prince de Galles avait suivi la princesse Elisabeth dans le Palatinat , et cette supposition semble prouvée par les dates des faits. Il y avait de grandes difficultés à vaincre pour établir ce jardin , à cause de la topographie , des montagnes à aplanir, etc. En novembre 1619, Salomon de Gaus avait presque achevé son œuvre, et l'aurait terminée en six mois, sans la guerre de Trente Ans, à laquelle l'Electeur avait pris une part active et qui l'avait fait monter sur le trône de Bohême, le 4 novembre 1619. Toutefois, « ce retardement aux ouvrages dudit jardin » n'empêcha pas l'ingénieur français de « mettre les desseings dudit jardin en lumière, tant de ce qui estoit acheué comme de ce qui restoit encore à faire », et en 1620, il publia en un volume in-folio, à Francfort, le recueil des dessins principaux du jardin de Heidelberg, sous le titre de: Hortus Palaiinus. Les trente belles estampes qui composent ce livre, représentent des plans généraux, des parterres, l'orangerie , des fontaines, des jardins particuliers, des grottes, des escaliers, des galeries, des statues, le tout avec les jets d'eau et les effets d'eau les plus variés. C'est déjà Versailles.

Pendant qu'il était à Heidelberg, Salomon de Gaus publia son célèbre traité : les Raisons des forces mouvantes, tant utilles que plaisantes, ausquelles sont adjoints plusieurs desseings de croies et fontaines , en un volume in-folio, imprimé à Francfort en 1615. Il y prend le titre d'ingénieur et architecte de S. A. Palatine Électorale. Le premier livre est dédié au roi de France1, dont il se déclare le sujet, et dans le privilège du Roi, on reconnaît sa qualité de Français et on le qualifie de a maistre ingénieur estant de présent ad service de nostre cher et bien aimé cousin le prince Électeur Palatin *. »

La guerre de Trente ans; dont le début avait été favorable à Frédéric, tourna bientôt contre lui ; la bataille de la Montagne Blanche, près de Prague (8 novembre 1619), chassa de Bohême Frédéric ; le Palatinat fut conquis par les troupes de l'Empereur, et l'Électeur obligé de se réfugier en Hollande. Ces revers, cet exila La Haye, expliquent la dédicace de YHortus Palatinus : « Sire, disait Salomon en adressant son livre à son malheureux maître, voici les desseings principaux desouvrages de vostre jardin de Heidelberg, auquel V. M. a prins autre—

1 La dédicace est datée de Heidelberg, le 15 février 1615.

1 Sur la question de la vapeur, dans l'histoire de laquelle Salomon tient une place' si importante, voyez Arâgo, t. II des Notice* scientifiques^ p. 14, dans l'édition de ses» œuvres publiée par Gide et Baudry .

fois du contentement, pensant jouyr annuellement du fruit et plaisir d'iceluy... »

Au milieu de ces désastres, de ces guerres sanglantes, Salomon quitta le Palatinat, revint en France en 1621 ft, et en 1624, il publiait à Paris une nouvelle édition des Raisons de$ forces mouvantes. Son neveu ou son frère puîné, Isaac de Caus, né à Dieppe *, suivit la carrière de Salomon, et publia à Londres, en 1644, un ouvrage intitulé : Nouvelle invention de lever Veau plus haut que sa source, 1 vol. in-folio.

MGAUD (voir page 147}. — En 1695, Rigaud peignit le portrait du prince Palatin.

BAOUX (Jean), peintre d'histoire et de portrait», né a Montpellier en 1677 ; mort à Paris en 1734. Elève de Ranc père et de Bon Boulogne. — A Son retour

d'Angleterre en 1711, Raoux fit pour l'Electeur palatin, deux tableaux d'histoire assez considérables ; l'un représentant la continence de Scipion ; l'autre, Alexandre malade avec son médecin *.

GOTREAU, peintre, mort en 1735, à Manheim, fort jeune. — GrOtreau travailla à Manheim pour l'électeur Charles-Philippe ; on voyait de lui, à l'autel de la chapelle du château, un tableau. « On voit aussi de sa main, dans la même ville, chez le sieur Egel, fameux sculpteur, une espèce de Regard, un Berger et une Bergère, peints avec goût4. »

PIGAGE (Nicolas de), architecte, né* en Lorraine, mort à Manheim en 1796, à 75 ans. fiieve de l'Académie de Paris. — Après avoir voyagé en France, en Italie et en Angleterre, Pigage fut nommé, en 1748, architecte de l'Electeur palatin. Il construisit l'aile gauche de la résidence, à Manheim, et le manège ; le maître-autel de la chapelle du château a été élevé d'après ses dessins. En outre, il fit le tracé des jardins de Schwetzingen, et construisit les bâtiments de la fontaine, les temples, les pavillons, dans ces mêmes jardins, ainsi que le théâtre à rOrangerie.

A Dusseldorf, il bâtit, en 1780, les nouvelles écuries du château, que Ton regarde comme un ornement de la ville. Le château de plaisance de Benrath, à trois lieues de la ville, est également son œuvre. Nous avons aussi de Pigage un ouvrage intitulé : La galerie électorale de Dusseldorf, ou catalogue raisonné et figuré de ses tableaux, contenant 30 planches, qui renferment 365 petites estampes gravées par Ch. de Mechel, Bâle, 1778, in-4° oblong. Une partie des dessins

1 Est-ce à cette époque ou antérieurement que notre artiste alla à Florence ? Il parle de son voyage d'Italie dans l'un de ses problèmes. * En 15u0 ; mort en 1648, à 58 ans.

"3 Abbé Fontenai, Dictionnaire des artistes. 4 Janneck, Lettre à un amateur de la peinture, p. 253. — Nagier et Hagedorn.

a été faite par Fredou, peintre français ; les frontispices sont de Nicolas GuibaL

La belle galerie de Dusseldorf, aujourd'hui dispersée, et dont les tableaux se trouvent surtout à Munich, avait été fondée par l'Électeur Charles-Théodore, protecteur et ami des arts, qui avait aussi créé la galerie de Manheim, et fondé, en 1767, l'Académie de dessin et de peinture à Dusseldorf. La galerie de Dusseldorf contenait en œuvres françaises :

Le jeu de la M orra, par Valent in. — Sainte Catherine martyre, par VoueL — -La défaite de Maxence, et Josué attaquant les Amaléci tes, par Le Bourguignon, et quatre tableaux du Poussin : l'Annonciation, la Nativité, saint Norbert recevant l'habit de son ordre des mains de la sainte Vierge, et la continence de Scipion.

Pigage avait le titre de premier architecte, directeur général des bâtiments et jardins de S. A. l'Electeur palatin ;il était conseiller de la cour et membre de l'Académie de Saint-Luc de Rome et de l'Académie de Paris.

G. Kuntz a gravé, d'après lui, six vues des jardins de Schwetzingen1.

MANUFACTURE DE SÈVRES

En avril 4760, le roi de France donna à l'Electeur palatin un grand service de table, mosaïque et oiseaux, composé de 281 pièces et valant 15,736 livres".

VERNET (Joseph), (voir page 152). — En 1769, Joseph Vernet fit pour l'Electeur un tableau * ; en 1771, il exposa deux marines faites encore pour l'Electeur : une tempête avec le naufrage d'un vaisseau ; une marine au coucher du soleil 4.

FRATREL (Jobeph), peintre et graveur, né à Epinal en 1730, mort à Manheim

en 1780. Elève de Baudouin. — Fratrel était avocat au parlement de Metz ; mais son goût pour les arts et son peu de facilité pour la parole le décidèrent à se livrer à la peinture. Il fit de remarquables miniatures, alla à Paris étudier sous Baudouin, et revint, en 1734, à Nancy, où nous le trouvons à la fois peintre en miniature du duc Stanislas et avocat ; il menait de front les deux professions, lorsqu'il passa au service de l'Electeur palatin Charles-Théodore, qui avait vu des portraits peints par Fratrel et qui voulut l'avoir à son service '. Vers

1 Nagler.

2 Communiqué par M. Hbfcreux.

• Bévue universelle des beaux-arts, t. VI et VII.

* Voyez Archives de l'art français, t. III, p. 339.

3 Tiré de la préface du liwe de Fratrel : « La ciré alliée aeêâ l'huile, »

1770, Fratrel quitta donc le barreau et devint peintre de la cour palatine. « Fixé à Manheim, il se mit à joindre l'histoire en étudiant les antiques et les gravures des œuvres de Raphaël et du Poussin. Il n'a peint qu'un petit nombre de tableaux d'histoire, mais ils sont (fe grande valeur, d'un beau dessin, d'un coloris vigoureux, quoique très-finis ; les tètes sont remarquables par l'expression. Un de ses plus beaux tableaux, Gornélie, orne la galerie électorale de Manheim *. » On connaît de Fratrel une allégorie qui est à la galerie de Darmstadt (voir la page 1 84); le portrait de l'électeur Charles-Théodore, gravé par Hess ; son portrait peint par lui-même, en 1765, sur cuivre, et qui se trouve dans la galerie des antiquités de Heidelberg (n° 2130).

« Il a gravé 17 planches, dont 14 représentent ses compositions, entre autres le portrait du prince Frédéric de Deux-Ponts ". »

En 1770, Fratrel publia à Manheim un ouvrage intitulé : « La cire alliée avec l'huile, ou la peinture à huile-cire, etc. » Il a peint divers tableaux d'après ce système.

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