SEVRES ET LES GOBELINS
On lit dans les Mémoires du duc de Luynes : « Hier (2 janvier 1749), M. de Fuivy, qui est toujours chargé de la manufacture de porcelaines de Yincennes \ apporta à Madame la Dauphine un trèsbeau bouquet, dans un vase, fait à cette manufacture. C'est un présent que Madame la Dauphine veut faire au roi son père 4. » — La môme année, le duc de Luynes dit encore : « M. de Tournehem a fait voir aujourd'hui (24 janvier) au Roi, dans la pièce des deux tribunes (à Versailles), deux tableaux de Coypel (Charles-Antoine), dont l'un représente Amurat et Roxane, dans le moment où l'on cherche à connoître ses sentiments pour Bajazet. L'autre représente l'Amour et Psyché au moment que l'Amour l'abandonne. Ces deux tableaux sont assez petits ; on doit les exécuter en grand pour faire une tapisserie que Madame la Dauphine doit envoyer au roi son père 5. » — Le palais japonais, à Dresde, renferme un service de Sèvres offert par Louis XV à la Dauphine de Saxe lors de son mariage.
ttUTIJt (Ghajilbs-Fiunçoib), dessinateur, peintre et sculpteur, né à Parie le 4 juillet 171&, mort à Dresde le 29 juillet 1776. — Hutin étudia d'abord la peinture sous François Lemoine, obtint un second grand prix en 1735 e, et partit pour Rome où il se mit à étudier la sculpture avec Slodtz, et surtout d'après l'antique ; toutefois il n'abandonna pas la peinture. Revenu à Paris, il fut reçu académicien en 1747; son morceau de réception est un Caron, en marbre blanc, qui eut un assez grand succès pour que l'électeur de Saxe, eh 1748, l'invitât à venir à Dresde; il s'y rendit avec son frère Pierre Hutin. A Dresde, Charles Hutin fit la plupart dos dessins des tableaux de la galerie, pour composer le
1 De Lehninger, p. 57, 61, 130. 131, et France protestante »
1 De Lehninger, p. 134, etNagler.
3 La manufacture de Yincennes, établie en 174!, fut transportée quelques années après à Sèvres. Le duc de Luynes donne de très-curieux détails sur cette manufacture (t. IX, p. 329).
* Luynes, \. IX, p. 277,
5 Lujnes, t. IX, p. 295.
6 Liste des grands prix, rédigée d'après les registres et autres manuscrits de l'Académie par feu Duvivier, le très-obligeant et très-aimable secrétaire de l'Ecole des beaux-arts, et publiée dans les Archives de Part français.
magnifique ouvrage en deux volumes in-folio, appelé la Galerie de Dresde (1753-87). Hutin exécuta ces dessins avec précision et intelligence, et son frère Pierre Hutln en fit aussi quelques-uns. Les planches de la Galerie de Dresde ont été presque toutes gravées à Paris, de 1750 à 1756, et les graveurs (tançais qui furent employés à ce grand et splendide travail sont :
F. àliamet (z pi.); M. AUBBRT (1 pi.); P. Avblinb (4 pi.); F. Basa* (5 pi.); N.-D. de Beatjvais (2 pi.); J. Biauvablet (5 pi.) ; P. Chenu (1 pi.); J. Daullé (7 pi.); Cl. Duflos (1 pi.); N. Dupuis (1 pi.); Et. Fessàrd (3 pi.); J.-J. Fliparî (1 pi.); L. Jacob (1 pi.); Cl.-D. Jardinier (i pi.); La Mire (1 pi.); L. Lempereur (1 pi.); P.-E. Moittb [t pi.); Ant. Radiques (1 pi.); Dom. Sornique (1 pi.); L. Surugue (1 pi.); P. Suruoue (î pi.); J. Tardieu (S pi.).
Charles Hutin devint professeur à l'Académie de Dresde, et en 1704 il en fut nommé directeur *. Hutin a peint à Dresde, dans l'église catholique, le tableau d'autel qui représente le Crucifiement, et à Tune des chapelles, derrière le maitre-autel, un beau plafond peint à la fresque *. La galerie de Dresde possède de cet artiste le portrait d'une « jeune fille de bourgeois en vêtements gris, garnis de fourrures, qui semble parler sur le contenu d'une lettre. » La collection Hendel * renfermait aussi un portrait peint par Hutin, représentant un vieillard, la tète penché et les yeux fermés; sa barbe est grise et ses cheveux sont blancs. Hutin a eu pour élève : Jean-Christian Klangel, né en 1761 à Kesseldorf.
Plusieurs ouvrages de Hutin ont été gravés *, dont quelques-uns par lui-même. On a de lui, une collection intitulée : Recueil de difirente sujets composés et gravés par C. Hutin, 1763; saint Jérôme, dans un paysage, écrivant son livre, d'après l'Espagnolet ; deux pastorales, in-4° ; une fontaine avec deux nymphes; une fontaine avec des tritons • ; les œuvres de miséricorde, gravées de concert avec Pierre Hutin, 7 feuilles in-4°; la sainte Famille; une bacchanale, ïn-8#; des paysages. Une allégorie sur la peinture a été gravée par son frère. *
UUrm (Pierre), frère du précédent, graveur et sculpteur, mort en 1769 k
Muskau en Lusace. Elève de G. Coustou. — Pierre Hutin accompagna son frère Charles à Dresde,où malheureusement il trouva peu à s'occuper,
1 Je ne trouve que dans Fiorillo la date de cette nomination ; mais il est positif que Hutin occupait cette haute position dès 1765. Voy. le Journal de WiHe, au 13 avril de cette année.
* Nagler ; Janneck, p. 45 ; Lehninger, p. 18 et 137, en fait les plus grands éloges et dit que la nature était son unique modèle et le seul magasin d'où il prit de trèsbeaux tableaux qu'il a transmis à fa postérité,
3 Voy. la note 3 de la p. 204.
4 Entre autres la Marchande de moutarde, gr. par EI.-Q. Tournay.
5 Sa collection de fontaines et de tableaux se monte à 14 feuilles.
les conjonctures n'étant guère favorables aux arts '. Il fit quelques dessins pour la galerie de Dresde, quelques eaux-fortes, d'après la galerie du comte de Briihl, puis il se rendit chez le comte de Calenberg, à Muskau, dans la Lusace supérieure, où il mourut. Parmi ses eaux-fortes, nous citerons : la guérison <Vun aveugle, d'après Poussin; Paul et Barnabas à Lystra, d'après le même ; saint Jérôme, d'après Ribeira (galerie Brûhl), gr. in-fol°. ; une paysanne saxonne, in-8° ; quatre amateurs dans l'atelijjr d'un peintre, 1754, in-8° ; un satyre parlant du haut de la scène au parterre, 1755; l'enfant sur le lion ; le cabaret flamand, d'après Teniers; recueil de différents caractères de tètes, tirés de la colonne Trajane, dessiné par F. Baucher, douze feuilles f.
ACIER (Michel- Victor), sculpteur, né à Versailles en 1736, mort en 1799. — Willenous apprend que ce fut en 1764 qu'Acier fut attaché en qualité de sculpteur à la manufacture royale de porcelaine de Meissen en Saxe. « 1764, le 24 août, MM. Elsaser, saxton *, et Acier, sculpteur, m'étant venu prendre pour me mener à l'hôtel de Monville pour voir des ouvrages qu'y a fait en terre cuite ce dernier, les directeurs de la fabrique de porcelaine de Meissen m'ayant prié pour cela au nom de la cour de Saxe, je les ai examinés, et le crois en état de remplir la place qu'il doit avoir comme sculpteur-modeleur "pour la fabrique. Je dois en donner mon certificat que j'enverrai à M. Ditrich, directeur de l'Académie de Meissen. » Acier exécuta plusieurs groupes pour la manufacture de Meissen ; le plus remarquable représente la mort du général Schwerin4. En 1782, nous le trouvons encore à Meissen, devenu membre de l'Académie de Dresde 5.
DELATOUR (Maurice-Quentin), peintre de portraits au pastel, né à Saint- Quentin le 5 septembre 1704, mort en 1788, le 17 février.— En 1763, Delatour exposa les portraits du prince Clément et de la princesse Christine de Saie.
VAïfLOO (Carlb), peintre d'histoire (voir page 216). — En 1763, Carie Vanloo exposa les Grâces enchaînées pbr l'Amour, tableau destiné à l'électeur de Saxe.
HALLE (Noël), peintre d'histoire, né à Paris en 1711, mort en 1781, le 5 juin. Elève de son père Claude-Guy Halle. — En 1767, Halle exposa un grand tableau fait pour l'électeur de Saxe, et représentant les derniers moments de Scilurus, roi des Scythes.
1 La Saxe fut le principal théâtre de la guerre de Sept ans (1756-63). ' Traduit de Nagler.
3 Artiste de cette manufacture (voir le Journal de Wille, au 17 juillet 1764).
4 Fusli, Allgemeints KUmtlerhxicon.
5 De Lehninger, p. 127.
TIEN (Joseph-Marie), peintre d'histoire, né à Montpellier le 18 juin 1716, mort en 1809, le 27 mars, à Paris. Elève de Natoire. — Eli 1767, Vieil exposa aussi
un tableau fait pour le môme souverain ; le sujet de cette peinture était César débarquant à Cadix et trouvant dans le temple d'Hercule la statue d'Alexandre, et gémissant d'être inconnu à l'âge où ce héros était déjà couvert de gloire.
LAGRENEE (Louis-Jban-François), l'aîné, peintre d 'histoire, né à Paris le 30 décembre 1724, mo/t à Paris le 19 juin 1805. Elève de Carie Vanloo. — La môme
année, Lagrenée exposa un tableau composé pour l'électeur de Saxe et représentant la tôte de Pompée présentée à César.
GREUZE (Jean-Baptiste), peintre, né à Tournus le 21 août 1725, mort à Paris
le 21 mars 1805. Elève de Gromdon. — En 1769, Greuze exposa le portrait du prince héréditaire de Saxe.
LEBRUN (André), sculpteur (voir page 77). — « 1768. Lebrun, célèbre
sculpteur français à Rome, termine le buste du Pape et de là il partira à Varsovie où le roi de Pologne le demande. Ce monarque lui destine une place distinguée dans son Académie des beauxarts1. *
VERNET (Joseph) (voir page 152). — En 1772, l'électeur de Saxe commanda à Vernet, au prix de 200 louis chacun, deux tableaux de 5 pieds de large sur 3 pieds 6 pouces de haut « à sa fantaisie ordinaire » *.
GÉRARD (voir page 155). — En 1808, Gérard a fait le portrait du roi de Saxe Frédéric-Auguste (gravé par P. Adam) ; ce tableau est aujourd'hui au château de Valençai. En 1810, il a fait encore le por- Irait du roi de Saxe, gravé par Dickinson.
LEFÈVRE (Achillb-Désiré), graveur, né à Paris en 1798, mort à Paris le 1er
novembre 1864. — De notre temps, M. Achille Lefèvre a gravé la Nuit, du Corrège, et une Vierge de ce maître pour la maison Arnold, de Dresde.
DAVID (d'Angers) (voir page 217). — En 1829, David a fait les bustes en marbre de Goethe et de Tieck,tous les deux placés à la bibliothèç[ue de Dresde. Il a aussi sculpté le buste du docteur Garus, de Dresde.
SÉCHAN, peintre décorateur (voir page 164). — Séchan fit, en 1840, en
collaboration avec MM. L. Feuchèrb, Despléchin et Diéterle, la décoration de la salle de spectacle de Dresde, et une série de décorations pour la scène*.
1 Bachaumont, Mémoires secrets y t. III. P. 326.
1 Papiers de Joseph Vernet, dans le t. III des Archives de Vari français, p. 353.
1 Renseignements communiqués par M. Séchan.