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La Régence et Louis XV

De la Fosse et Jouvenet sont les intermédiaires par lesquels on passe de l'école de Le Brun à l'école du xvme siècle. Mais pendant ce temps, il s'était fait dans toute l'école française un mouvement dont nous constatons les premiers symptômes, aussitôt après la mort de Le Brun. Architectes, peintres, sculpteurs et ornemanistes, tous s'affranchirent de toute influence étrangère ou antique, et visèrent à

1 La révocation de l'édit de Nantes jeta en Europe un grand nombre d'artistes français en Prusse, en Angleterre, en Danemark, en Hollande. Les plus illustres sont les architectes Daniel Marot, Jean de Bodt et Dury.

* Rigaud a peint : le duc et la duchesse de Mantoue, le prince électoral de Saxe, le prince royal de Danemark, le comte de Zinzendorf, ambassadeur de l'Empereur, le comte de Meyercroon, ambassadeur du roi de Danemark, le comte de Guldenlew, Prior, secrétaire de l'ambassade anglaise, Conrad Detlcv a Dehn, ambassadeur du duc de Brunswick et de Lunebourg.

3 Detroy a peint les portraits de Frédéric- Auguste, roi de Pologne (gravé par P. Drevet, in-fol.) et d'Ernest- Auguste, duc de Brunswick (gravé par P. Brevet, 1704, in-fol.).

4 Nagler.

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créer un art nouveau et de la plus incontestable originalité. Lemoine et Watteau, les sculpteurs Coyzevox et Coustou, les architectes Bobert de Cotte et Boffrand sont les plus illustres représentants de cette phase nouvelle de Fart français.

Watteau *, cet artiste si éminent et le plus grand coloriste de Técole française, est bien original, quoiqu'il doive beaucoup à son maître Gillot. Les « Fôtes galantes » et les « Conversations » de Watteau sont de charmantes et spirituelles fantaisies, d'un dessin tout français et de la plus merveilleuse couleur. Cette peinture rompt avec les traditions solennelles des grandes écoles du xvne siècle, autant qu'elle s'écarte du genre flamand par la distinction et l'élégance.

Il en est de même de Lemoine dans un ordre plus élevé. Plein de sève et fin coloriste*, Lemoine, l'auteur du plafond du salon d'Hercule, à Versailles* est le chef d'une école qui tient, malgré les excès et les défauts dans lesquels elle çst tombée, une place très-importante dans l'histoire de la peinture française.

Le plafond d'Hercule est le dernier grand plafond fait en France. Les changements survenus dans la décoration des appartements vont réagir sur la peinture d'une manière fâcheuse, en ne permettant plus que d'y mettre des tableaux de moyenne dimension \ Aussi, Boucher, l'élève de Lemoine et le principal peintre de l'époque de Louis XV, ne fib-il, à proprement parler, que de la peinture de genre et de décors. A sa suite, l'école tomba presque tout entière dans une manière fade et voluptueuse*, qui n'est que le reflet des mœurs de cette époque. Les artistes les plus sérieux qui essayaient de réagir contre cette décadence, s'en ressentaient malgré eux et perdaient peu à peu les traditions du style élevé et raisonnable qui caractérise notre école.

Mais que de franches qualités dans ces maîtres français! que

1 L' Angleterre possède presque toutes les œuvres de Watteau ; le Louvre n'a eu longtemps qu'un tableau du maître. Pour étudier Watteau à Paris, il fallait voir dans la belle collection de M. Lacaze (aujourd'hui au Louvre}, l'Indifférent et la Finette, une Conversation dans un parc, le Gilles de grandeur naturelle, etc. Pater et Lancret étaient beaucoup mieux représentés dans cette collection qu'au Louvre, où notre école du xviii* siècle n'offre trop souvent que de faibles échantillons, donnant une idée très-incomplète des maîtres. L'école du xviii« siècle est médiocrement représentée au Louvre, parce que les musées étrangers renferment ses principales œuvres.

1 Voyez dans la collection Lacaze, son tableau d'Hercule aux pieds d'Omphale , peint à Rome et gravé par L. Cars.

3 Cette grande composition représente l'Apothéose d'Hercule (1736); l'esquisse originale est au Louvre.

4 « Je crois, écrivait Diderot en 1767, que l'école a beaucoup déchu et qu'elle déchoira davantage. Il n'y a presque plus aucune occasion de faire de grands tableaux. Le luxe et les mauvaises mœurs qui distribuent les palais en petits réduits anéantiront les Beaux- Arts. »

5 Dont les plus tristes représentants sont Baudoin et Lavreince. (Ce dernier est Suédois). — Les œuvres de ces deux artistes se payent aujourd'hui des prix fabuleux.

d'élégance, de verve et d'esprit dans les bons ouvrages de Boucher et dans ses esquisses M La fécondité de Boucher a été prodigieuse ; il a fait plus de dix mille dessins, un nombre considérable de tableaux de toute espèce : tableaux d'histoire et de genre, pastorales, dessus de portes, paysages, décors d'opéra, pantins, panneaux de voitures, etc. Malheureusement cette fécondité ne servit qu'à multiplier des exemples dangereux, et à donner à Boucher une autorité que Ton comprendra en lisant les appréciations de son talent par ses contemporains, François Blondel et Mariette.

« Ses talents supérieurs, dit Blondel», le font regarder comme un de nos meilleurs peintres d'histoire pour le genre gracieux. Il est d'ailleurs excellent dessinateur, bon décorateur pour les théâtres, paysagiste de premier ordre ; enfin on reconnoit dans toutes ses productions, ce goût, ce feu et ce génie qui caractérisent le véritable artiste. » — Ecoutons Mariette': « Boucher, premier peintre du Roi et qui fait tant d'honneur à notre école françoise..., Boucher est né peintre; il en est peu qui le surpassent en facilité; on peut dire qu'il est né le pinceau à la main..... .» On verra plus loin la contrepartie de ces éloges, quand nous aurons à parler des attaques de la Réaction contre Boucher.

A côté de Boucher, nous trouvons au milieu du xviii0 siècle, Pater, Lancret, Quiilard et D. Olivier, qui continuent l'école de Watteau ; dans une autre voie, Chardin, « très-grand peintre dans un petit genre*; * le peintre d'animaux Oudry, qui succède à Desportes ; Restout, Bertin et Gazes, continuateurs de Jouvenet ; Natôire, Pierre et Pragonard, qui marchent à la suite de Boucher; Jean-François Detroy, l'habile coloriste ; Subleyras et Carie Vanloo, qui nous sont donnés par la Provence ; enfla les portraitistes J.-B. Vanloo, Nattier, Tocqué, Aved, Pesne et Drouais, qui viennent compléter la liste de nos principaux peintres du règne de Louis XV.

Parmi eux, Carie Vanloo fut un des plus importants. Grimm5 déclare « qu'on peut le regarder comme le premier peintre de l'Europe, surtout par la beauté de son coloris. » Sa réputation à l'étranger fut très-considérable.

Ce qui nous donne le mieux l'idée de l'art de ce temps est le salon de Louis XV, à Fontainebleau, décoré par Boucher, Pierre et Carie Vanloo, et la chambre à coucher de la Reine, au palais de Versailles.

1 Voyez au Louvre le tableau de Diane avec une nymphe ; — dans la collection Lacaze, plusieurs esquisses très-Lien peintes et le ravissant portrait d'une jeune fille, en robe verte.

* Architecture françoise, t. IV, p. 36.

1 Abecedario, t. I. p. 165.

4 Watelet. — Le Louvre avait quelques beaux tableaux de Chardin, surtout le Singe amateur; mais c'est encore dans la collection Lacaze qu'il faut aller admirer le maître, dans ses portraits et ses tableaux de nature, morte.

s Correspondance, t. I, p. 55.

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Toute la décoration de cette chambre, peinture et sculpture est de Tépoque de Louis XV; J.-Fr. Detroy y a peint d'une belle couleur un des dessus de portes, Natoire l'autre, et Boucher les camaïeux du plafond1. Le salon de Fontainebleau et la chambre à coucher de Versailles sont les plus beaux échantillons du style Louis XV, que Ton est habitué à ne Juger que d'après les petits appartements du palais de Versailles.

L'ornementation du xvin* siècle mérite aussi une mention, à cause de son originalité et quelquefois de sa bizarrerie. Quelque jugement que Ton porte sur elle, il faut d'abord reconnaître qu'elle est absolument française et n'a aucune racine hors de France. Au goût excellent des ornements de Bérain, de Robert de Cotte et de Boffrand, de Watteau * et de Claude III Audrai} *, qui avait dominé pendant les vingt-cinq premières années du siècle, succéda la manière de Meissonnier, d'Oppenord et de Sébastien Slodtz. On peut reprocher à leur ornementation si variée, si nouvelle, si charmante souvent, d'avoir recherché des formes contournées et bizarres, au lieu de s'en tenir aux données primitives qui n'excluaient ni la pureté ni la sévérité du goût.

Meissonnier4 fut orfèvre du Roi et dessinateur de son cabinet; il était à la fois dessinateur, peintre, sculpteur, orfèvre et architecte; il' a publié le Livre d'ornements (1 vol. in-folio), dans lequel on trouve des modèles de bijouterie, de meubles, d'orfèvrerie et de mille objets de luxe. Meissonnier est plein de fantaisie et d'élégance, mais quelquefois son dessin est contourné, bizarre et peu gracieux1.

c Sébastien Slodtz n'étoit guère cpHin sculpteur décorateur; il avoit succédé à Meissonnier dans la place de dessinateur du cabinet

1 II est bien regrettable que cette belle pièce ait été remaniée sous Louis-Philippe ; on a détruit alors la cheminée.

* Voyez les estampes représentant : un paravent en six feuilles avec l'histoire d'Arlequin et Pierrot ; — des écrans ; — les Saisons ; — les Cinq sens.

* t Qui excellait à peindre dos ornements et des grotesques. > — Voyez les arabesques de la suite gravée des Douze mois.

* Msi8SON9ïier (Juste-Aurèle) naquit en 1695 à Turin, et mourut en 1750, — Yoycz sur cet artiste : Lacombe, Dict. des Seaux-Arts ; — Lempereur, Dict. des artistes, 3 vol. in-fol., mas. au Cabinet des estampes.

* Meissonnier fut très-employé par les étrangers. Nous trouvons dans son Livre d'ornements, la gravure d'un grana surtout de table et de deux terrines exécutés pour le duc de Kingston (1735) ; — divers traîneaux de jardins pour la première reine douairière d'Espagne (1735) ; — trois vues d'un salon pour la princesse Sartorinski en Pologne ; — quatre vues du cabinet du comte Bielenski, grand-maréchal de la couronne de Pologne, exécuté en 1734 ; — un canapé exécuté en 1735, pour le même seigneur ; — - le projet d'un trumeau de glace pour un graud cahinet, fait pour le Portugal. Le Livre d'ornements de Meissonnier contient encore des modèles d'intérieurs, de bordures de cadres, d'écritoires de norcclaine, de ciseaux, pommes de canne, tabatières, tables, sardes d'épée pour le Roi (1723), boites de montre, sur toute do table, cuvettes pour le Hoi, sceau à rafraîchir pour Monsieur le Duc (1723), salières % pqrtc-hHiUar^ terrines, nef pour le Hoi, chandeliers, bougeoirs, mouchettes et portc-mpuçheUcs, euan* doles, miroirs de toilette, une pendule pour le Roi et de nombreux modèles 2r orfé* vrerie d'église : soleils, croix, chandeliers, lampes, ciboires, encensoirs, etc.

du Roi... Il a toujours vécu et travaillé de concert avec son frère Paul-Ambroise Slodtz, qui eut beaucoup de vogue pour la décoration1.»

Le Cabinet des estampes possède un recueil de dessins de Slodtz *. Les ornements de cet artiste sont aussi quelquefois tortillés et mal ajustés; mais la légèreté, la grâce, la fantaisie de ces compositions leur donnent beaucoup de prix; nous indiquerons particulièrement le dessin d'un trône. Slodtz, comme Meissonnier, a dessiné des modèles de meubles, d'orfèvrerie, de candélabres, de bras de cheminées, de girandoles, etc. Ses dessins et les gravures de Meissonnier permettent d'apprécier très-exactement ce qu'était au milieu du xviii0 siècle l'ornementation française, qui fut universellement acceptée en Europe.

L'art français du xviii8 siècle eut à l'étranger une très-grande influence ; l'Europe l'adopta tout entier, comme au moyen âge elle avait accepté l'art gothique dans toutes ses parties. Tous les souverains étrangers eurent pour premiers peintres, pour premiers sculpteurs, pour premiers architectes, des Français. L'Europe était ravie par cette peinture aux allures vives, élégantes, spirituelles, d'un coloris agréable, reproduisant les caractères de la beauté française, qui a tant d'attraits pour les étrangers*.

Voici comment un Français contemporain, le marquis d'Argens, attaché au roi de Prusse, apprécie le mouvement :

« Il paroît que bien des nations étrangères reviennent du préjugé où elles étoient que les Italiens ayent produit les seuls grands peintres : elles commencent à rendre justice aux François; et si elles conservent encore une trop grande prévention en faveur des anciens artistes italiens, il est certain qu'on ne sauroit leur faire ce reproche, quant à ce qui regarde les modernes ; car elles sont très-persuadées que les Italiens n'ont plus que des peintres médiocres ; et la preuve qu'ils sont convaincus de cette vérité, c'est que tous les peintres attachés aux différents souverains de ces pays, sont tous François. Sylvestre a été premier peintre du roi de Pologne ; Vanloo du roi d'Espagne ; Pesne du roi de Prusse. Ce prince a montré son inclination pour nos peintres françois : les superbes bâtiments qu'il a fait construire, dignes de la grandeur des Romans, sont remplis des ou-

1 Lempereur, Dict. des Artistes.

* H. d. 70. On trouve aussi dans ce volume des dessins de Lajoue.

3 Drouais n'était occupé qu'à faire des portraits de madame Dubarry pour l'étranger; en 1769, il l'a peinte en habit de chasse, puis en Flore, et ces portraits furent envoyés en Angleterre ; en 1771, il la représente en habit de cour ; cette fois, le portrait est pour le roi de Suède, que la belle comtesse avait captivé ; en 1774, Drouais la peint encore en Flore, mais pour le duc de Deux-Ponts; la même année, le landgrave de Hesse-Cassel reçoit son portrait dans lequel on Ta réprésentée en Muse. {Mémoires de Pajou et de Drouais, pour madame Dubarry, publiés par M. Jérôme Pichon, pour la Société des Bibliophiles.)

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vrages de nos Boulogne, de nos Gaze, de nos Goypel, de nos de Troie, de nos Chardin, de nos Rigaud, de nos Largillière, de nos Watteau et de nos Vanloo. L'impératrice de Russie a fait venir de Paris M. Toqué pour faire son portrait, et a pris à son service plusieurs peintres françois *. »

Bien d'autres encore travaillèrent hors de France. A ne parler que des peintres, nous avons à citer en Allemagne : Jacques Van Schuppen, directeur de l'Académie de Vienne ; Fratrel, dans le Palatinat ; Antoine Pesne, Nicolas-Biaise Le Sueur, directeurs de l'Académie de Berlin ; Amédée Vanloo, encore à Berlin; Louis de Silvestre et Charles Hutin, directeurs de l'Académie de Dresde. Oudry fit à Paris 37 tableaux pour le duc deJMecklembourg; J.-Fr. Detroy, Cazes, Pierre, Carie Vanloo peignirent aussi à Paris des tableaux pour le roi de Prusse. En Angleterre, c'est Watteau, J.-B. Vanloo, Dominique Serres et Loutherbourg ; en Espagne, c'est Michel-Ange Houasse, Ranc, Louis-Michel Vanloo et Olivier ; en Hollande, Aved. En Italie, nous trouvons travaillant à Livourne, Rivière; Favray à Malte; Adrien Manglard, Trémollière, Subleyras, à Rome ' ; Carie Vanloo, Laurent Pescheux, à Turin; en Portugal, Quilliard; en Russie, Robert le Lorrain, Lagrenée l'ainé; en Suède, Thomas-Raphaël Taraval; en Danemark, Tocqué. La Chine elle-même compte deux peintres français, les Pères jésuites Belleville et Attiret.

Partout on se disputait les œuvres de Watteau, de Chardin*, d'Oudry, les gouaches de Baudouin représentant des sujets galants.

Challe * eut aussi une grande réputation hors de France : « Tout en restant à Paris, il a beaucoup travaillé pour les pays étrangers ; tous les souverains vouloient avoir des œuvres de cet homme habile qui vouloit absolument rester à Paris et refusoit leurs offres. Les Anglois étoient surtout curieux d'avoir des tableaux de Challe; ils le laissèrent maître du choix des sujets, des grandeurs et du prix des peintures qu'il voudroit faire pour eux, et leurs banquiers eurent ordre de lui compter tout l'argent qu'il exigeroit. Challe n'abusa pas de cet

1 Examm critiqué des dif&entet écoles de peinture, par le marquis d'Argens. Berlin, 1768, 1 vol. petit in-8° ; p. 11. (Cette édition est fort rare.)

* t Les François se distinguoient à Rome (1765) autant et plus que les Romains eux-mêmes ; M. Volaire, élève de M. Vernet, y faisoit des marines de la plus grande beauté ; il est allé à Naples. M. Blanchet, qui a passé sa vie à Rome et qui y est mort, dessinoit supérieurement, M. Pescheux, de Lyon, savant peintre d'histoire, travaUloit à Rome depuis dix-sept ans et y faisoit un commerce de peinture ; il est directeur de l'Académie de Turin. M. Guiard, sculpteur, élève de Bouchardon, étoit à Rome depuis quatorze ans... il est allé s'établir à Parme. Les Romains mêmes emploient nos

artistes François M. Le Brun a fait pour San-Carlo al Corso, une grande figure de

Judith, et M. Uoudon une statue de saint Bruno pour les Chartreux.! (Lalande, t. VI, p. 246).

3 Surtout le roi de Suède et Catherine II.

4 Challe (Charles-Michel- Ange), peintre et architecte, né à Paris le 18 mars 1718, mort le 8 janvier 1778; élève de Lemoine.

enthousiasme1. » Il peignit pour l'Angleterre : Agrippine frappée par Annicetus ; Gléopâtre expirant au milieu de ses femmes ; la mort de Sénèque;.Diogène visité par Alexandre; Didon sur le bûcher; — pour le roi de Prusse, une Vénus et une Diane endormies; — pour divers princes allemands, des pastorales et des paysages ; — pour le palatin de Lithuanie, trois grands plafonds représentant ; Jupiter au milieu de l'Olympe, Vulcain dans les forges de Lemnos, les Grâces enchaînant l'Amour; — pour la cour de Russie, Hector entrant dans le palais de Paris * et la mort de Lucrèce. — il a fait aussi les catafalques de Don Philippe, du roi de Pologne et de la reine d'Espagne.

« Le roi de Prusse, écrivait Grimm le 15 février 1756, vient d'ordonner trois tableaux à trois différents peintres de notre école. M. Carie Vanloo est chargé du Sacrifice d'Iphigénie; M. Pierre, du Jugement de Paris, et M. Restout, du Triomphe de Bacchus...* Et le 1er octobre 1757 : « Le roi de Prusse, que ses vertus militaires n'empêchent point d'aimer les arts et de s'en occuper, a commandé avant le commencement de la guerre présente * trois grands tableaux aux trois premiers peintres de l'école française. »

« Notre Académie royale de peinture jouit actuellement de la première réputation », disait Patte en 1765. Aussi partout on fondait des institutions semblables et on faisait venir des Français pour les créer, les organiser et les diriger. C'est ainsi qu'ont été fondées : l'Académie de Vienne, par Yan Schuppen, peintre de Paris ; — celle de Berlin, dont Pesne et N.-BL Le Sueur ont été les deux premiers directeurs;

— celle de Dresde, avec Louis de Silvestre et Ch. Hutin ; — celle de Copenhague, avec le sculpteur Saly; — celle de Madrid, avec Louis- Michel Yanloo et les sculpteurs Antoine Dumandré et Robert Michel ;

— celle de Saint-Pétersbourg, avec Robert le Lorrain et Lagrenée l'aîné. — L'Académie d'Edimbourg et l'Académie royale de Londres ont été fondées aussi sur le modèle de l'Académie de Paris.

« Vous devriez bien, écrivait Diderot à Grimm en 1767, conseiller à ces souverains avec lesquels vous avez l'honneur de correspondre, et qui ont à cœur la naissance et le progrès des beaux-arts dans leur empire, de fonder une école à Paris, d'où les élèves passeroient ensuite à une seconde école fondée à Rome. Ce moyen seroit bien plus sûr que d'appeler des artistes étrangers, qui périssent transplantés comme des plantes exotiques dans des serres chaudes. »

Les souverains étrangers ne fondèrent pas d'école à Paris ; ils se servirent de celle qui s'y trouvait déjà, de l'Académie royale de peinture, dont l'enseignement était si renommé. Il nous est impossible de publier les noms de tous les élèves étrangers qui vinrent étudier à

1 Nécrologe de 1779.

* Exposé en 1765..

La guerre de Sept ans.

XVIIa4 XVIIIe, XIXe SIÈCLES 79

l'Académie de Paris, tant leur nombre est considérable; nous ne pouvons que donner des chiffres généraux. En dépouillant les registres des admissions d'élèves à l'Académie *, nous constatons que de 1758 à la fin de Tannée 4787 * deux cent soixante-quinze élèves étrangers ont été admis à suivre les leçons de l'Académie royale de peinture, savoir :

Élèves des divers États d'Allemagne , . 16

Elèves d'Angleterre et d'Irlande 7

Blèves de Danemark. « . • t < • . » • . . i» i » • * • . i . •» « . 0

Elèves d'Espagne 4. 4.... *. é

Elèves de Flandre ei des Pays-Bas 62 s

Elève de Grèce 1

Elèves de Hollande ,.» 6

Elèves des diverses villes d'Italie • . * » » . . è * i . . . j 518

Elèves de Pologne i .» .«..«...«. .« 11

Elèv es de Russie . . ♦ » 28 *

Elèves de Suède 8

Elèves de Suisse » 33

L'établissement des expositions publiques *, qui ne devinrent régulières que sous Louis XV, exerça une action considérable ; en effet, « c'est aux expositions publiques, dit un contemporain, que les ambassadeurs apprécient nos artistes, et de là portent leur réputation à l'étranger. »

« Seroit-il possible, je ne dis pas seulement en Italie, mais dans le monde entier, de se procurer, ailleurs qu'à Paris, un spectacle dont nous jouissons depuis 1735; je veux parler de ce salon où Ton expose, tous les deux ans, les chefs-d'œuvre réunis de nos Phidias

* Ces registres mss» sont conservés a l'école des Beaux-Àrts. Les registres d'admission ne commencent ou'au 1er octobre 1758.

* Date de l'ouverture ae lfécole de David. 3 Dont un J.-B. Rubens, d'Anvers.

* Dont Antoine Losinkof, peintre, élève de Hestout et de Vien, en 1761» • Il est cosaque de nation» dit Wille dans son journal, et assurément le premier qui se soit fait artiste de son pava. »

fCe total est Loin de donner le chiffre exaot des étrangers qui sont venus étudier en France ; les architectes n'y sont pas compris. Le journal de Wille contient de nombreux détails sur ce point; il ne commence qu en 1759, presque en même temps que les registres d'admission de l'Académie j mais il les complète. îl nous apprend par exemple, que le graveur Allemand Teucher. se rendit à Saint-Pétersbourg, en 1759, après un séjour de douze ans à Paris ; que le peintre saxon Sohenau retourna à Dresde, en 1770, après treize ans {L 'études à Pans, etc.

6 La première exposition eut lieu en 1673 ; il y eut encore deux expositions sous Louis XIV. en 1699 et 1704. Puis on en retrouve une en 1727. En 1737, Orry, directeur-général des bâtiments, ordonna qu'il y aurait exposition eette année ; ce qui eut lieu et les années suivantes Jusqu'en 17olt à l'exception de l'année 1744. Après le salon

el751, l'Académie, considérant que les ouvrages faits dans le cours d'une seule année étaient trop peu nombreux, prit la résolution de laisser l'intervalle d'une année entre chaque exposition, et ce règlement a été observé depuis 1753.

et.de nos Àpelles? est-il rien de comparable à ce triomphe de

nos^rts et qui doive donner aux étrangers une plus grande idée de leurs progrès1?»

Le goût des arts était général ; souverains, princes, ministres, seigneurs, tout le monde, à la suite des littérateurs qui donnaient le ton, s'en occupe, les protège, les honore, chacun de son mieux. Quelques-uns les pratiquent ; le Régent avait tenu le pinceau et le burin; le comte de Glermont, prince du sang, était graveur ; madame de Pompadour, de sa main délicate, gravait de jolies estampes à l'eau-forte sur les dessins de Guay. La margrave de Bade-Dourlach dessinait et envoyait ses œuvres à Wille*.

Si nous n'étions contenus par les limites de notre travail, nous trouverions d'abondants détails à prendre dans le journal de Wille1, graveur allemand établi à Paris.

Son cabinet était fort riche et avait beaucoup de célébrité; la maison du graveur allemand était devenue un centre important dans le Paris artiste. Nul étranger n'aurait manqué de visiter Wille ; les grands seigneurs, les personnages illustres, des princes même, les artistes étrangers, qui viennent à Paris pour visiter ses monuments, ses tableaux, ou pour étudier, tous vont chez lui à leur arrivée, et à leur départ pour prendre congé4. Le plus grand nombre de ces

' Patte, 1763, p. 14.

1 « 18 novembre 1761, j'ai reçu un dessin au crayon rouge sur papier blanc que madame la margrave de Bade-Durlach m'a envoyé en présent. Il est de la propre main de cette princesse, fort joliment fait. U représente une tille assise par terre tenant sur les genoux un nid d'oiseaux avec les petits ; devant elle est un jeune homme qui montre avec la main vers le trou dans le mur d'où le nid a été tiré. Je suis pénétré de reconnoissance envers cette princesse. Il y en a assurément fort peu en état de dessiner de la sorte. » Cette princesse et le margrave étant à Paris, visitèrent Wille le 25 juin

* Ce journal mss. est conservé au Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale. Il se compose de 5 volumes in-4, commence en 1759 et finit en 1793 ; le troisième volume, entre 1777 et 1782, est perdu. — MM. de Goncourt et Duplessis l'ont publié en 2 vol. in-8.

4 • 15 février 1760. M. Hin, peintre du duc régnant de Deux-Ponts et mon ancien ami, étant arrivé avec S. A. S., me vient voir tout de suite. J'en étois ravi. Nous nous sommes embrassés de bon cœur, comme de raison. » — Le 16. ■ Monseigneur le duc de Deux-Ponts me fit l'honneur de me visiter, et S. A. S. resta plus d'une heure et demie avec moi. Nous raisonnâmes continuellement et presque toujours sur les arts dont il est grand amateur et connoisseur... Ce prince est très-gracieux et rempli de toutes sortes de qualités. » — Le 24. « J'étois (allé) rendre visite au duc régnant de Deux- Ponts. Il me reçut le mieux du monde et me montra diverses choses. Je restai plus d'une heure avec S. A. S. •

1" mars 1760. « Monseigneur le duc de Deux-Ponts vient chez moi et peu après, nous montâmes en carrosse et je le menai chez M. Rémi pour voir un tableau du Poussin qu'il acheta pour cent louis. C'était une Adoration des bergers. Ce tableau sera transporté à Manheim pour être mis dans le fameux cabinet de rélecteur palatin. • Ce tableau est aujourd'hui à Munich. — Le 16 mars. « M. Meyer, jeune peintre, a pris congé de nous pour aller avec les équipages du duc de Deux-Fonts a Deux- Ponts, monseigneur le duc l'ayant engagé pour cela en lui donnant une petite pension. C'est M. Hin, son ancien maître lorsqu'ils étoient encore à Strasbourg, qui lui a procuré cette petite fortune. •

XVII®, XVII1P, XIX* SIÈCLES 8i

artistes venait à Paris pour y puiser l'inspiration, se faire connaître et se faire recevoir de l'Académie, honneur fort enviA. On n'avait sa réputation établie en Europe qu'après l'avoir faite d'abord à Paris.

Wille a une immense correspondance; il est en relation avec les princes, avec leurs premiers ministres, avec le comte de Eaunitz, avec Winkelmann, Raphaël Mengs, avec une foule d'artistes étrangers. On le consulte sur mille questions ; on le charge d'acheter des tableaux, des objets d'art de toute sorte, de faire ou de faire faire ' des gravures ; on lui recommande les jeunes gens que l'on envoie étudier à Paris; on le charge de former des élèves; on lui demande des imprimeurs en taille-douce pour Vienne, des sculpteurs pour la manufacture de porcelaine de Meissen. Ces visites, ces relations, scrupuleusement consignées par Wille dans son journal, donnent une idée complète de l'influence de Paris ; car on peut juger d'après ce qui se passait chez Wille de ce qui se faisait chez les autres grands artistes du temps, et apprécier ainsi, grâce à cet étranger fixé parmi nous, le rôle que la France jouait dans tout ce mouvement artistique du xviii0 siècle1.

Les porcelaines de Sèvres, modelées sur les dessins des sculpteurs les plus à la mode et peintes d'après Boucher, avaient une réputation qu'elles ont conservée jusqu'à nous. Le Roi et le ministre des affaires étrangères donnaient en cadeau, aux souverains étrangers et à leurs ambassadeurs, des services, des vases et d'autres objets en

23 février 1760. < Monseigneur le prince régnant de Nassau-Saarbruck m'a fait l'honneur de me visiter. Il est resté une demi-heure avec moi. Ce prince est très-affable. Il

■ M, le prince de Nassau-Saarbrûck me proposa de graver ses armes ; cela me fit rire ; mais je me suis excusé, en lui donnant M. Choffard, qui fait bien les ornements. »

Les femmes n'étaient pas étrangères à ce grand mouvement d'esprit ; bien au contraire, elles y entraient fort avant comme dans le mouvement littéraire et philosophique. Voici, comme exemples, des princesses russes et polonaises qui s'occupent des questions d'art. < 1761, 25 mai. Madame la princesse de Gallitzin me fit l'honneur de me venir voir. Elle parolt curieuse de tout et veut être instruite de tout. Bile resta une demi-heure chez moi. > En juin 1768, ce fut le tour de la princesse Lubomirska.

Le journal de Wille est plein des noms de ses illustres visiteurs, parmi lesquels on trouve Gluck, Kosciuzko, qui dessine et auquel Wille prête des dessins pour les co-

{>ier ; toujours des princes, le duc de Saxe-Weimar, le comte Henri XLIIl de Reuss, e prince d'Isembourg; des amateurs passionnés, tels que le comte Strogonof, le général de Ketler, au service de Marie-Thérèse (1760), beaucoup de Russes ; et au milieu de tous ces personnages, le suivant se fait remarquer; « 1/83, 24 septembre, M. de Tenspolde, jeune gentilhomme voyageur, de Munster en Westphalie, m'est venu simplement voir, enfin, comme il disoit, pour pouvoir se vanter dans son pays, d'avoir fait connaissance avec moi. »

1 Madame Geoffrin fait aussi travailler ■ ses artistes » pour les étrangers, rois et seigneurs, qu'elle veut bien honorer de son amitié. (Voir Correspondance inédite du roi Stanielat-Àuguite Poniatomki et de Madame Qeofrin (1764-7 7 J publiée par M. Ch. du Mouy. Paris, 1875, in-8.)

porcelaine richement décorée. En 1778, la czarine Catherine II se fit faire, à la manufacture de Sèvres, un service composé de sept cent quarante-quatre pièces, d'une grande richesse, qui lui coûta 388,188 livres.

Les tapisseries des Gobelins, de Beauvais, de la Savonnerie et d'Aubusson, et les verdures de Pelletin, exécutées sur les cartons des peintres les plus renommés, étaient recherchées dans toute l'Europe. La manufacture des Gobelins, pendant l'habile ministère d'Orry, avait pris un grand essor. Detroy, Restout, Charles Coypel, Carie Vanloo, Natoire, Collin de Vermont, furent chargés de faire de nombreux modèles. Les tapisseries de Detroy furent particulièremens célèbres, sans cesse exécutées et données à plusieurs souverains étrangers * : elles se composent de deux suites : l'histoire d'Esther, en sept pièces *, et l'histoire de Jason et Médée, en sept pièces aussi*.

Au château du roi de Suède, à Stockholm, l'un des plus précieux ornements est l'histoire de don Quichotte, exécutée aux Gobelins sur les cartons de Charles Coypel. On trouve aussi, au château de Skokloster, l'histoire d'Alexandre, d'après Le Brun. En 1717, le Régent avait donné à Pierre le Grand quatre belles tapisseries d'après les tableaux de Jouvenet. Vers 1765, on exécuta aux Gobelinsj d'après Coypel, plusieurs tentures d'opéra pour le duc de Deux- Ponts.

Au xvi° siècle, c'étaient les Italiens qui faisaient les modèles de dentelles. Vinciolo, établi à Paris, publiait en 1587 plusieurs recueils de. modèles de dentelleB et d'ouvrages de point coupé, d'un fort beau dessin. Au xvm6 siècle, c]est en France que se font tous les dessins de dentelles et d'étoffes qui se fabriquent en Europe. Un des dessinateurs les plus fameux est Louis Lacoste, dit Alexandre \ « C'est lui qui, vers 1740, les dessins pour le point n'étant pas assez réguliers, les fit graver sur des planches de cuivre et imprimer. Il réussit à mettre tant d'exactitude dans le travail, que ses fleurs, supérieures à celles des manufactures étrangères, sont devenues un objet de commerce avec celles de Bruxelles même, qui les achète pour embellir ses réseaux5. »

Les riches étoffes de Lyon, exécutées d'après les dessins de Revel

1 Le château de Windsor possède l'histoire d'Esther et l'histoire de Jason.

* Toilette d'Esther, Repas d'Esther à Assuérus et Aman. Evanouissement d'Esther. Repas d'Esther. Dédain de Mardochée envers Aman. Couronnement d'Esther. Triomphe de Mardochée.

1 Jason engage sa foi à Médée. Jason arrête la fureur des taureaux. Jason enlève la toison d'or. Les soldats nés des dents du dragon. Jason épouse Creuse. Creuse consumée par la robe empoisonnée. Fuite do Médée.

* frétait de Bayeux, où Ton fabriquait beaucoup de • point ».

5 Mémoire présenté au Roi en 1757 par Lacoste : dans les Arck. de l'art Franc*!*. U II, p. 176.

XVII», XVIII*, XIXe SIÈCLES 83

et de Philippe de Lasalle1, ont fait l'ornement des palais de tous les souverains de l'Europe.

Notre supériorité dans l'art du dessinateur pour étoffes s'est conservée. En pariant, à propos de l'Exposition universelle de Paris (1855), du goût français et du goût étranger dans les tissus de coton, M. Audiganne s'exprimait ainsi :

« Un manufacturier d'une des contrées méridionales de l'Europe, à qui Ton demandait naguère pourquoi sa maison ne figurait pas dans le palais de l'Industrie, répondit qu'il n'aurait pu exposer que des dessins français de Tannée dernière. Aveu sincère et significatif, qui pourrait exprimer la situation de beaucoup d'autres fabricants étrangers. L'usage de copier nos dessins n'est pas un fait excep*tionnel et isolé. Tantôt on les reproduit purement et simplement, tantôt on se contente de les imiter de loin, c'est-à-dire en variant les traits accessoires.

» Bans les pays où la fabrication est lente et routinière, on noua suit de loin, et on laisse communément une année d'intervalle entre l'original et la copie j ailleurs, la reproduction s'accomplit avec une extrême rapidité. Ces emprunts continuels et avoués suffiraient à eux seuls pour attester la supériorité du goût français. »

Nous retrouverons plus loin la même influence exercée au dehors par nos Sculpteurs et nos architectes. Le tableau serait incomplet si Ton n'y joignait pas ce qui regarde la musique.

Hameau a fait faire à l'art musical de très-grands progrès et a exercé une influence qu'on est trop disposé à oublier aujourd'hui. C'est en 17*1 que ce grand compositeur publia son Traité d'harmonie, ouvrage qui créa la science de l'harmonie ". « Grimm, dont la mauvaise foi égale l'ignorance des faits, assure que les écoles d'Italie et d'Allemagne n'ont jamais entendu parler des livres de Hameau concernant l'harmonie ». Or, il est précisément démontré, dit M. Fétis 4, que ces ouvrages ont fait naître les premières idées de théorie d'harmonie en Allemagne et en Italie, comme ils donnèrent naissance à des multitudes de Systèmes chez les Français. La seule pensée de la possibilité d'une théorie scientifique de l'harmonie fut un trait de génie qui remua le monde musical, et qui même encore aujourd'hui exerce son influence. Le Traité dé V harmonie a été l'origine du Tentâmes d'Euler et du système de Tartini. Ce fut le système de la basse fondamentale que Marpurg introduisit en Allemagne dans son Manuel de la lasse continue, et dans la traduction des Eléments de musique de d'Alembert.

» Ne en 1723. mort en 1804.

1 Gazette musicale dé ?ûH$, 1840, n°* 35 et 42.

* Cofrtfjaond. littfr., octobre 1764, t. IV, p. 81.

* Art. Hameau, dans la Biogr. des Musiciens,

« Sorge, bien qu'il eût fait choix d'un autre principe, se rallia à Tidée suivie par Rameau de la nécessité d'une base scientifique pour la théorie des accords. Tartini, dès 1757, discutait, dans le premier volume de son Histoire générale de la Musique, les opinions de Rameau... Enfin, la formation des accords dissonants par des additions de tierces, et l'extension du principe du renversement des accords, ont été les sources du système de Yalotti et de Sabbatini. »

Kirnberger, élève de Sébastien Bach, compositeur théoricien allemand, a, dit la Biographie universelle, simplifié et réduit le système des accords de Rameau. La simplicité de sa méthode Ta fait adopter généralement en Allemagne. Le livre de Kirnberger a exercé depuis 1754 une grande influence en Allemagne, et je tiens à bien établir que Rameau est pour beaucoup dans ce grand mouvement harmonique que Haydn, Mozart et Beethoven devaient mener si loin.

Non-seulement Rameau exerça une grande influence sur la composition musicale par ses Traités d'harmonie, mais encore par ses œuvres, dont le style fut un modèle pour plus d'un compositeur étranger. Les symphonies, les airs de danse, les opéras de Rameau se jouaient sur tous les théâtres de l'Europe.

Plusieurs musiciens allemands imitèrent Rameau. Jean-Bernard Bach, mort en 1749, a composé, dit M. Fétis, de bonnes ouvertures dans le style français de son temps. On pourrait multiplier de pareilles indications.

Nos opéras-comiques du xvin0 siècle étaient partout représentés ; partout on entendait avec plaisir cette musique spirituelle et mélodieuse, où l'esprit français se révèle tout entier. Car il faut bien le dire, la musique française n'a d'adversaires qu'en France, où la manie de l'admiration pour la musique allemande ou italienne se combine volontiers avec un parti pris de dénigrement de nos compositeurs. C'est encore aujourd'hui affaire de mode et de bon ton '.

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