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thologiques et allégoriques, et que Ton demandait autre chose. Il s'opérait alors dans les esprits un de c.es grands changements si fréquents et si violents en ce pays, où la mode a tant d'autorité. Le public commençait à se prendre de passion pour l'Antiquité, depuis la découverte d'Herculanum ; il voulait de nouveaux sujets de peinture; il lui fallait des tableaux d'histoire grecque et romaine, en aUendant qu'il s'amusât à se transformer en citoyen romain.
La réaction que l'on a l'habitude de dater des ouvrages de Winkelmann et de Lessing, remonte exactement au comte de Gaylus, à Watelet, à Dandré-Bardon, à l'Encyclopédie et à Diderot1. y
La réaction fut fortement menée par les littérateurs, qui dès lors s'étaient mis à faire de la critique d'art ; leur éducation toute grecque et romaine les conduisait naturellement à prôner l'Ântiquité,et à soutenir qu'en dehors de l'histoire et du style des anciens il n'y avait point de salut.
Le comte de Caylus, dans ses voyages en Grèce et en Asie-Mineure, avait étudié les arts des anciens et puisé le goût de l'antique; à son retour, il publia plusieurs grands ouvrages et appela l'attention sur une multitude de questions relatives aux arts. En 175*, il fit paraître son Recueil d'Antiquités (7 vol. in-4°); en 1757, il publia avec Mariette le Recueil de peintures antiques; en 1755 et 1757, il donnait au public et aux peintres les Nouveaux sujets de peinture et de sculpture et les Tableaux tirés de l'Iliade, de V Odyssée et de V Enéide ; ces deux ouvrages répondaient à une des plus vives préoccupations du public.
Dans l'introduction du Recueil d'antiquités (p. xj), Gaylus donne luimême la mesure de la réforme qu'il tente.
« Les arts, dit-il, sont en quelque façon l'objet principal de cet ouvrage...; quoique jusqu'ici on ait peu suivi cette manière d'écrire sur les antiquités, je la crois cependant très-utile ; elle est du moins très-propre à donner aux artistes quelques idées des belles formes, et à leur faire sentir la nécessité d'une précision, dont le prétendu goût d'aujourd'hui et le faux brillant de la touche ne les écartent que trop souvent... J'aurai du moins ouvert une carrière féconde en découvertes et dans laquelle l'homme de lettres comme l'artiste doivent également entrer... L'artiste perfectionnera son talent en approchant un peu plus de la manière noble et simple du bel antique... »
En 1772, Dandré-Bardon publia en deux volumes in-4° le Costume des anciens peuples. Le texte est d'une érudition suffisante, mais les planches sont réellement très-amusantes ; c'est un déguisement perpétuel, en mauvais style xvm° siècle, de toute l'antiquité; costumes,
1 Diderot n'agit sur ses contemporains que par Y Encyclopédie et ses conversations. Ses Salons, composés pour « sa bienfaitrice •, Fimpératrice do Russie, n'ont paru qu'a-
£rès sa mort, l'an IV delà République. — - Voyez, Lettre de Diderot à Mademoiselle Voind, 10 novembre 1765.
vases, lits, meubles, statues, rien n'est exact, rien n'est compris, tout est travesti d'une façon étrange. Cependant les élèves de l'Ecole des Beaux-Arts étudient toujours Dandré-Bardon, surtout à la veille des prix : l'exemplaire du Cabinet du estampes est usé a force de service, et de nombreuses générations l'ont sali et couvert d'une crasse épaisse. C'est le seul livre du Cabinet qui soit ainsi consulté et maltraité; il est vrai que c'est le seul où les aspirants au grand prix trouvent une aussi complète collection de poncifs; et il n'est pas douteux que tant de compositions extraordinaires, exposées à l'Ecole des Beaux- Arts, et qu'on ne voit que là, ne viennent de cette source.
Watelet ', par Bas relations avec les artistes et par sa position,
exerça aussi sur le mouvement une grande influence. Voltaire,
Marmonlel, Falconet, Sulzer, auteur des articles de l'Encyclopédie
des Beaux-Arts, Diderot, tous poussèrent à l'imita-
e. On essayait de retrouver la peinture à la cire; on
que de Grecs et de Romains, de leur histoire, de leur
■. l'antique sans le comprendre. A la beauté des filles mener reproduisait sans cesse, on opposait « la masimple du bel antique • ; mais on le dépouillait de e son vrai caractère, en l'interprétant d'après le goût a l'assaisonnait à la sauce moderne », disait David ; « quand j'avais copié ainsi cette tête avec grand soin et à grand 'peine, je faisais celle que vous voyez dessinée auprès. Je l'assaisonnais à la sauce moderne, comme je disais dans ce temps-là (1775), je fronçais tant soit peu le sourcil, je relevais les pommettes, j'ouvrais légèrement la bouche, enfin je lui donnais ce que les modernes appellent de l'expression *, ■
Déjà nous avons parlé, à propos de Dandré-Bardon, du travestissement de l'antiquité; les planches des ouvrages de Caylas, plus sérieusement fui tes, sont encore bien modernes, surtout dans les figures de femmes. Hais nulle part le travestissement n'est plus bouflon que dans l'Antinous et la Vénus de Médicis, dessinés par Pierre, pour Y Art de peindra de Watelet.
Commencée en France, la réaction se continua par les Allemands Winkelmonn*, Leasing*. Gessner et Raphaël Mengs. Winiolmunu donna beaucoup de force à la réaction; il acheva de jeter les esprits
1 Watelet publia, en 1700. Y Art dtptimdrtel le9 Rs feston* nr lu pfinlmt. Lo Dir- . (ton notre de peinture, de trulplureel de gi-acare parut eu 1792, Mais ce* outragea, bugtemps avant de paraître, avuieut été lus â l'Académie. ' David tt ton (rôle, par M. Dclecluic. p. 112.
• Winkelmann a publié en 1756 : Rffexions mr l'imilalinn du ouvrage* grec* dans la sculpture, tl la peinture ; — eu 1761, -Remarque* ntr i'arckiletturc ir* iin'ini [traduit eu français vu 1783) : — Ltttra mr Merctlanum ; — en 1764, Hittoin i* l'art (traduit au français dis 1766): — en 1767, MomtmMi antkU.
* LeZuocoos de Leseimr est de 1763.
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dans cotte imitation pure ot servilo do l'antiquité, aussi bien dans les lettres que dans les arts.
Pendant qu'on mettait en avant les nouvelles théories qui devaient] disait-on, régénérer l'école, on attaquait violemment ses chefs e{ l'enseignement de l'Académie.
L'Académie avait un enseignement très-complet et très-sûr; on j( apprenait à peindre ou à sculpter, comme ailleurs on apprenait un métier. L'Académie avait des idées arrêtées et systématiques sur tou(j sur la composition, le costume, la lumière, l'expression des passions, les effets d'un tableau ; elle donnait à tous ses élèves la mèma pratique, réglée d'après un système uniforme. La décadence résultait de l'adoption de types convenus et immuables.
On a dit que l'école du xvirT siècle avait péri pour avoir négligé l'étude de la nature. Tout au contraire, l'Acadéu beaucoup de la nature et forfait ses élèves à étudi dant sept ans'. Mais on se contentait d'une natur< piait le modèle d'après des procédés tout faits; c cesse exprimer les mêmes attitudes; on exagérait, nature, et, comme l'antique, chacun la voyait et l'ii le goût régnant.
Boucher, en sa qualité de chef d'école, était princ Watelet, après avoir dit que ses esquisses seules avaient fait sa réputation, ajoutait : « Jamais artiste n'a plus ouvertement témoigné son mépris pour la vraie beauté telle quelle nou9 est offerte par la nature choisie, telle qu'elle a été sentie et exprimée par les statuaires de l'ancienne Grèce et par Raphaël. »
Nous y voilà I la statuaire grecque est posée comme le modèle de la peinture.
Écoutons maintenant Diderot : « Dans la multitude de figures qu'il a peintes, je défie qu'on en trouve quatre de caractère propre au basrelief, encore moins à la statue. > Encore et toujours la statuaire grecque! David n'est pas l'inventeur, comme on le voit, de la peinture plastique; il a suivi, en la modérant môme, la réaction que faisaient les gens de lettres.
Mengs écrivait : • Les Français se sont formé un style national, dont le goût ingénieux et ce qu'ils appellent ■ esprit * sont les quar lilés distinctives... Ils se bornent à peindre des figures françaises pour représenter l'histoire de quelque peuple que ce soit. » Watelet, qui déplore amèrement l'existence de ce style national et qui voit
1 • Toutes Ces positions académiques, contraintes, apprêtées, arrangées ; toutes ces actions froidement imitées par un pauvre diaalo, et toujours par le même pauvre diable, ngé pour venir poser trois fois la semaine, qu'on t-elles de commun avec la nature 1... C'est là qu'on prend la manière... J'ai connu un jeune homme plein dégoût qui, avant de jeter la moindre trait sur la toile, se mettait à genoux et disoit ; MonDieu, délivrezmoi du modèle. • (Diderot, Suai twr lajMMlim.}
avec bonheur les progrès de ta réaction, s'écrie alors d'un air de triomphe : « Mais notre école change maintenant de principes, et si elle continue de suivre la route qu'elle commence à se tracer, elle deviendra, de toutes les écoles, la plus sévère observatrice des convenances et des lois que s'étaient imposées les artistes de l'ancienne Grèce. » fit Levesque d'ajouter * : « On riait autrefois , qiiand un amateur qui voyait juste, le comte de Caylus, indiquait aux artistes le chemin qu'ils devaient suivre; plusieurs de nos peintres étonnent? maintenant qu'ils y sont entrés. »
Nul ne pensait cependant que la réaction dût aller jusqu'où elle est parvenue à la fin du siècle. Bouchardon et Vien paraissent avoir obtenu les résultats que l'on avait raison de désirer, le retour à une forme plus sévère et à des idées pUis morales et plus sérieuses. On ne songeait pas encore à transformer l'art français et à le rendre absolument grec ou romain, ainsi que l'architecture et l'ornementation ; le goût français se conservait, en se modifiant aussi heureusement que te comportait le talent des principaux artistes. Mais à ce moment même, et c'est là qu'il faut chercher les causes principales de la réaction dans les arts, une profonde révolution religieuse, politique et sociale se préparait. Les écrits de Montesquieu (Esprit des Lois, 1748), de Voltaire, de Diderot (Encyclopédie, 1751), de Mably et de J.-J. Rousseau, attaquaient et préparaient la ruine prochaine de l'organisation de l'ancienne France.
La révolution de 1789, qui devait produire des résultats trèsnouveaux et absolument modernes, se prépara et s'accomplit sous des formes empruntées à l'antiquité. Athènes et Sparte étaient sans cesse invoquées comme un idéal auquel il fallait revenir, en politique et en législation, aussi bien que dans les arts. C'est dans ce grand mouvement d'idées qu'il faut chercher les seules et vraies causes de la réaction de Winkelmann et de David, bien autrement radicale que la réaction de Caylus et de Vien.
Les peintres qui marchèrent sur la même ligne que Vien, furent Lagrenée, Brenet, Vincent, Regnault, Peyron et Doyen. Absolument séparés de la manière de Boucher, tous ces artistes rappellent par mille détails le sentiment français et les maîtres du xvne siècle, et conservent les traditions de l'Académie *. C'est ce style toujours bien
1 Dans une note du Dictionnaire de Watelet.
* L'ange que Ton voit dans le tableau de Vien, représentant saint Germain et saint Vincent, rappelle Le Sueur ou La Hire ; rien dans cette peinture n'annonce David. (Tableau du musée du Louvre). — Les tableaux de Regnault, le Pygmalion et l'Oritrinc de la peinture (au Louvre), rappellent aussi l'école du xvii* siècle et principalement Le Sueur. Les huit tableaux peints pour l'École Militaire par Vien, Êeaufort, « * n—-... t 1. /__ *m-> '-*—- 'histoire de saint Louis, et qui dé-
, tout en étant faits par les printradition de notre école. Cette voie était bonne ; et il n'a manqué à ces tentatives de réforme que des artistes d'un
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fonçais et un peu antique, ce mélange de goût Louis XV corrigé par quelques emprunts faits à l'antiquité, que Ton a appelé le style Louis XVI.
Nous indiquons, comme un exemple de ce style, la décoration du cabinet placé sur le côté gauche de la chambre à coucher des rois Louis XV et Louis XVI, au château de Versailles. Les boiseries sculptées et dorées de ce cabinet représentent les attributs de f agriculture, du commerce, de la guerre, de la marine, des arts et des sciences; elles sont remarquables par la finesse et la délicatesse de leur exécution. On remarque les mômes qualités d'élégance et de bon goût dans les bronzes de Goutière.
On peut surtout juger le style Louis XVI dans le recueil d'ornements à l'usage des jeunes artistes qui se destinent à la décoration des bâtiments, publié en 1777 par Gauvet1, sculpteur de Monsieur. Ce recueil contient des arabesques, des frises et des vases. On ne peut rien voir de plus élégant, qui ait plus de légèreté, de bon goût et de variété, rien qui soit plus spirituellement français que ces délicieux dessins de Gauvet. C'est tout autre chose que l'ornementation d'Oppenord et de Meissonnier, et l'on sent au contraire une influence éloignée de Bérain, de Bailin, de François Briot, et çà et là d'Herculanum. C'est un des meilleurs exemples que je connaisse de la verve française contenue par l'antique.
Mais le style Louis XVI allait disparaître, comme la société française tout entière, dans le cataclysme qui se préparait. La révolution commença d'abord dans les arts. Ce fut en 1787 que David, élève de Vien et déjà célèbre par les Horaces et la Mort de Socrate, ouvrit son atelier et se sépara radicalement de toute la tradition française, rompant ouvertement avec le passé. C'est aussi ce qu'on allait faire en politique : une révolution au lieu d'une réforme.
En même temps que l'école française déclinait à l'intérieur, elle avait, à l'extérieur, une influence moindre qu'à l'époque précédente. Nous avons cependant à mentionner madame Le Brun, qui fit des portraits à Vienne, à Berlin, à Londres et à Saint-Pétersbourg, et dont l'agréable talent fut partout très-apprécié; Joseph Vernet, qui pendant son séjour à Rome, peignit des marines pour les amateurs de toute l'Europe ; Nicolas Guibal, fixé à Stuttgart ; Danloux, en Angleterre : Desmare ts, en Toscane. Nous trouvons à Rome, Delacroix et Volaire, peintres de marines ; Thiers, peintre de paysages ; Norblin, en Pologne ; Maurice et Delapierre, peintres de portraits,
talent plus élevé. Greuze, Joseph Ycrnet et madame Le Brun, sont également dans cette ligne de réaction modérée, qui conduisait à une sage transformation de l'école française, tandis que David s'efforça d'arriver à la destruction du goût français et de toute tradition.
1 Cauvbt (Gilles-Paul), architecte, sculpteur et graveur, né à Aix en 1731 ; mort à Paris en 1788. — Voyez Heineken et Nagler.
Lagrenée l'aîné et Doyen, en Russie ; Masrelier, peintre d'ornements, et Desprez, peintre et architecte, en Suède. Gagnereaux travailla aussi pour le roi de Suède. Joseph Collart, graveur établi à Genève, y faisait des dessins de bijouterie.
e. David et Yécole moderne (1787-1855).
Il faut suivre les transformations du talent de David pour se rendre exactement compte de la marche de la réaction; les diverses manières du peintre constatent chacune un nouveau pas. David avait commencé par peindre absolument à la façon de Boucher; le portrait de la Guimard pourrait passer pour une belle peinture de ce maître. Il est à peine dans la manière de Vien avec son tableau de Pûris et Hélène ; les Horaccs, le Brutus et la mort de Socrate, nous montrent le réformateur poursuivant son but ; avec les Sabines et les Thermopyles, la réforme est complète, la réaction arrive à son maximum. David est alors en dehors de toutes les traditions et de toutes les influences qu'il avait voulu briser.
La révolution qui s'accomplissait dans la peinture avait trouvé dans David la volonté puissante et systématique dont elle avait besoin. « David, dit son biographe *, a obéi à un grand mouvement intellectuel, il ne Ta pas imprimé. » C'est vrai ; mais il Ta formulé. David voulait exprimer des idées graves sous une forme sévèrement châtiée; dans ce but, il prit pour uniques modèles la statuaire gréco-romaine, les médailles et les camées antiques; c'est là qu'il chercha les types de pureté, de noblesse, d'élévation et de sévérité auxquels il s'était proposé de ramener la peinture.
Diderot avait dit qu'il fallait « apprendre de l'antique à discerner la belle nature » ; c'est ce que Poussin avait fait, et il avait su rester original tout en empruntant à l'Antiquité quelques traits de sa simplicité et de sa noblesse. On peut juger la différence qui sépare ce grand peintre et David, en comparant le Testament d'Eudamidas du premier avec la Mort de Socrate, exposée par le second en 1787. Sans imagination, sans génie, David n'a pu faire, malgré l'énergie de sa volonté et son robuste talent, qu'une froide peinture, où Ton sent l'imitation et qui, par son aspect théâtral, s'éloigne entièrement de l'antique. Les Horaces, le Brutus, les Sabines, les Thermopyles onl les mômes défauts que la Mort de Socrate. On y sent le parti pris de faire comme les anciens; on reste froid devant ces peintures sévères, nobles, bien dessinées, mais sèches, et dont les personnages ont toujours des attitudes exagérées et ne sont pas groupés dans une composition bien entendue. En étudiant avec attention ces grandes
1 M. Delécluze.
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pages, on voit bien qu'elles sont l'œuvre d'un véritable artiste ; mais on regrette qu'il ait manqué de mesure. Certes, David méritait d'exercer l'influence qu'il a eue sur ses contemporains, mais on regrette aussi que cette influence ait entraîné aux plus déplorables conséquences la masse des inintelligents qui suivirent la voie du chef de la nouvelle école.
David voyait bien la nature, il la reproduisait avec justesse ; c'est quand il voulait la poétiser et faire du style qu'il la manierait à l'antique. Dans ses portraits, lorsque l'antique ne le préoccupe pas, il est vraiment un grand peintre. Il l'est aussi dans son tableau représentant la mort de Marat, qui est son chef-d'œuvre, et dans l'esquisse de la mort de Yiala.
Une fois son atelier ouvert, en 1787, David ne lutta pas seulement, par son enseignement, contre le genre de Boucher qui avait été renversé par Yien, mais contre l'Académie, En vain pe peignait-elle que des sujets antiques : elle avait le tort impardonnable de conserver les traditions françaises, des procédés et un enseignement que David rejetait absolument, fille ne voulait pas dépasser la réaction modérée dont nous avons parlé, et David voulait aller beaucoup plus loin. En ouvrant son école, David se posa fièrement en adversaire ûp l'Académie, et lutta contre elle jusqu'au moment de sa destruction, à laquelle il ne contribua que trop.
Il serait injuste de rendre David responsable de l'imitation exagérée et inintelligente des Grecs et des Romains ; c'est le vice de son temps ; il a cédé à l'entraînement général. Une fausse et plate imitation de l'antiquité est de mode partout : lettres, éloquence, mœurs, costumes, art, meubles, fêtes politiques et religieuses, institutions, tout est copié maladroitement. Il n'y a pas que David qui imite les anciens ; les orateurs en font un abus intolérable ; les femmes du Directoire s'habillent à l'antique1; les Primitifs* aussi. Il n'est sorte d'extravagances que cette manie n'ait engendrées.
1 « Paris reprit l'empire de la mode et du goût : deux femmes célèbres par leur beauté, madame Tallien et, un peu plus tard, madame Hécamier y donnèrent le ton. C'est à cette époque aue se compléta dans les usages de la vie privée cette révolution qui avait commencé aès 1789. L'antique, introduit déjà dans les arts par l'école de David, remplaça dans les habits de femme, dans la coiffure des deux sexes et jusque dans les ameublements, le gothique, le féodal et ces formes mixtes et bizarres inventées
qu'il y avait dans cet héritage convenant pour nos mœurs et pour notre climat a disparu depuis, et il n'est resté de cette imitation trop servile dans le principe, que ce qui était bon et raisonnable, et P Europe s'en est accommodé comme la France. ■ [Mémoires de Thièaudeau, Convention, t. I, p. 130.)
* Vqyei sur les Primitif^ Maurice Quai et Perrié, élèves de David, qui se promenaient aux Tuileries en Agamemnon et en Paris, qui affirmaient que tout ce qui avait été fait depuis Phidias était maniéré, ignoble, théâtral, etc., l'ouvrage sur David et son école, par M. Delécluze.
« Telle société, tel art », a-t-on dit. Jamais la vérité de cette pensée n'a été plus manifeste qu'au temps de David. La révolution qui s'accomplissait dans les arts offre les plus évidentes analogies avec la révolution politique; Tune et l'autre ont le même idéal, les mêmes phases et les mêmes excès. On avait renoncé à toute tradition; on rompait violemment avec le passé, dont on aurait voulu détruire jusqu'au souvenir; on ne voulait dater que de 1789 en toutes choses et ressembler en tout aux anciens. Aussi, pendant que David réformait la peinture, on réformait l'architecture, la sculpture, l'orfèvrerie, l'ameublement; tout devenait grec ou romain avec Chaudet, Percier et Fontaine.
Dès 1790, David donnait à Jacob et à Alexandre ', fabricants de meubles en renom, des dessins de meubles, de chaises, de lits, qu'il prenait sur les vases étrusques. Quand Percier et Fontaine revinrent d'Italie, en 1793, Jacob, qui avait obtenu la fourniture du mobilier de la Convention, s'adressa aux deux jeunes architectes. «Les voilà qui se mettent à dessiner tout un mobilier nouveau pour une assemblée républicaine, et qui à la place de ces formes surannées du dernier siècle, se hasardent à produire quelque chose du goût antique. Cet essai leur réussit... et leur attira d'autres commandes du même genre. Dès ce moment, la plume et le crayon de M. Percier et de son ami ne furent plus employés qu'à dessiner des étoffes, qu'à esquisser des meubles ; ils travaillent pour les manufactures de tapis et de papiers peints ; ils produisent des compositions pour les décorations de théâtres ; ils font des modèles pour les bronzes, les cristaux, l'orfèvrerie; et tandis qu'ils s'exercent ainsi de toute manière à introduire dans l'ameublement moderne les formes du mobilier antique, avec le sentiment et le goût qui leur sont propres, c'est à peine s'ils s'aperçoivent qu'avec leur fortune qui commence, c'est une révolution qui s'accomplit par eux dans les habitudes d'une société qui ne les connaît pas encore... Qui peut dire maintenant qu'elle a été, dans cette seule période de leur destinée, l'influence de ces deux architectes, alors pauvres et ignorés, qui... renouvelaient toute l'industrie française et rendaient l'étranger même tributaire de nos modes rajeunies et de nos goûts épurés * ! » C'est dans le Recueil des décorations intérieures que se trouvent, avec les meubles qu'ils firent exécuter à Paris, ceux qui leur furent demandés pour l'Espagne, pour la Russie, pour la Pologne, pour la Prusse, pour l'Angleterre* : « Ainsi, ajoute emphatiquement le
1 Souvenirs d'un S*xagfnaire, t. I. p. 277.
* Raoul- Rochette. notice sur Percier.
3 L'ébéniste Jacob Desmalter, exécuta, sur les dessins de Percier, une bibliothèque et un cabinet pour le roi d'Espagne Charles IV ; ils sont gravés dans : les Artuan* illustres, par Éd. Foucaud,l vol. in-8°, 1841, p. 491. Jacob a exécuté à Paris l'ameublement et la décoration des appartements de l'empereur du Brésil don Pedro, pour son palais de Rio-Janoiro ; il a exécuté sur place la restauration intérieure du château de Windsor.
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biographe de Percier, des nations ennemies de la France, recevaient dans le domaine du goût la loi de deux artistes français. »
c Devenus à la mode, ils se virent bientôt appelés à restaurer de nobles habitations, à renouveler d'anciennes splendeurs.... Ils ne bornaient pas leur tâche aux travaux d'architecture ou de décoration ; ils étendaient leur sollicitude aux meubles, aux bronzes, aux cristaux, jusqu'à ces accessoires qui paraissent futiles, mais qui font la vie d'une habitation, et auxquels ils assignaient des contours tout nouveaux... N'ayant pas le choix du style, ils durent se conformer au goût et aux exigences du temps; le meuble le plus tulgaire devint grec ou romain. Dans un pays que des consuls gouvernaient, tout le monde voulut avoir sa chaise curule. C'était une époque d'ensemble, et nul ne résistait à ce débordement classique '. à
Jusqu'à l'Empire, la peinture ne s'exerça que sur l'histoire ancienne. Cinquante ans de sujets grecs et romains avaient fatigué les esprits; on revit avec plaisir des sujets modernes, et David fit le grand et beau tableau du Sacre, le portrait du Pape, admirables peintures, dans lesquelles toutes les qualités du maître, et les plus françaises y la distinction, la pureté du dessin, la vérité sans affectation, la couleur vraie et douce, la grâce même, se font admirer à l'envi.
Malgré le système du réformateur, des artistes d'un talent bien différent de celui de David, sortirent de son école ; Gros, Gérard, Girodet devinrent bientôt ses rivaux après avoir été ses élèves*. Gros,
1 Halévy, Notice tur Fontaine.
1 D faut noter que le Déluge de Girodet obtint le jrrand prix décennal, tandis aue les Sabines de David n'eurent que la première mention honorable. Voici la liste aes prix décernés, en 1810, par le jury composé de membres de l'Institut :
PRIX DB PBEMIBBB CLASSK. MENTIONS HONORABLES.
Musique de grand opéra.
La Vestale (Spontini) Sémiramis (Catel).
Tableaux <f histoire.
Une scène du Déluge (GirodeO Enlèvement des Sabines (David'.
Phèdre (Guérin).
La Justice poursuivant le Crime (Prud'hon .
Télémaque (Meynier).
Tableaux d'Histoire national?.
Le Sacre de Napoléon (David) La Peste de Jaflfc (Gros).
Le Passage du Saint-Bernard (Thévenin).
Sculpture. Sujet national.
La statue de l'Empereur (Chaude t Le Poussin (Julien).
La Pudeur (Carteilier).
Sculpture. Sujet héroïque.
Les Muses; bas-relief au fronton de la colon- L'Histoire (Moitte). nade du Louvre (Lemot). La Victoire et la Paix; Bas-reliefs dans l'inté-
rieur de la cour du Louvre (Roland).
Architecture.
Arc de triomphe du Carrousel (Fontaine et Restauration du palais du Luxembourg (Chai- Percier). grin).
Salle du Tribunat (Beaumont).
Théâtre des Variétés (Célerier).
l'auteur des Pestiférés de Jaffa et de la bataille d'Eylau, protestait contre la peinture plastique et commençait contre David une nouvelle réaction, celle de la couleur contre le dessin. Granet, Forbin, rejetaient aussi la peinture pseudo-grecque, pour faire du genre, où. la Grèce n'avait rien à voir.
Pendant ce temps et en dehors de l'art officiel, de l'art à la mode, se trouvait comme toujours un protestant; à ce moment, c'est Prud'hon, l'ancien élève de Pierre1, qui s'obstinë à conserver la grâce quand tout autour de lui on la proscrit, et qui trouvait souvent, sans parti pris de le rechercher, une interprétation exquise de l'antique.
Avec les maîtres que nous venons d'indiquer, s'étaient formés à l'atelier de David un grand nombre de peintres médiocres qui n'avaient pris de l'école que ses défauts en les exagérant, et qui, dans la représentation des grands événements de l'époque, surtout des batailles, n'avaient produit qu'un éternel poncif de costumes militaires, d'armes brisées, de figures théâtrales, etc. Jamais école n'était tombée, du vivant de son fonda teur,plus bas et plus rapidement. Après la chute de l'Empire, cette légion de barbouilleurs, sans môme nettoyer sa palette de la veille, se mit à peindre des Preux, des sujets de la Gaule poétique, des tableaux royalistes et religieux. Dessin, couleur, inspiration, foi, conviction, talent, tout est scrupuleusement banni de cette peinture théâtrale, maniérée, sotte et ennuyeuse, qui croyait toujours felre de l'antique. Les meilleurs élèves de David, de la seconde génération, n'étaient pas assez forts pour arrêter la décadence de l'école, et pour compenser par la beauté de leurs œuvres la nullité des imitateurs du maître.
Une réaction était inévitable au milieu de cette faiblesse. Géricault en donna le signal. L'admirable musée réuni au Louvre par les conquêtes, et qui était si inutile pour la foule des élèves de David, forma Géricault, qui dès 1S12 exposait son Chasseur. Le Radeau de la Méduse fit une grande sensation au salon de 1819. L'invention, la vie, la vraie poésie, la couleur cherchaient à remplacer le poncif plastique et