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INTRODUCTION

jour par jour leurs sentiments, leurs opinions et leurs procédés. Les idées prises au vol dans la causerie des maîtres et fixées dans un livre seraient pour nous et pour nos neveux autant de leçons que les hypothèses et les théories de la critique ne remplaceront jamais.

Les incertitudes, les contradictions, les invraisemblances ne manquent pas dans les livres d'art vieux et nouveaux. Si Ton excepte certains Mémoires, de rares Traités et quelques fragments d'archives, cet amas de compilations ne vaut ni un aphorisme de Michel-Ange, ni une note de Durer, ni une lettre de Ruhens. Que l'historien s'attache désormais à tout voir, à tout entendre lui-même !

« On apprend à parler des vents avec les nautoniers. » C'est avec les artistes que l'auteur de ce livre a essayé d'apprendre à parler des arts. Des peintres, des sculpteurs, aujourd'hui célèbres, et qui peut-être n'iront pas tous à la postérité, ont voulu poser devant lui : au talent et à la flatterie près, il a fait leur portrait comme ils feraient eux-mêmes le sien.

S'il n'a rien caché à quelques-uns de ses modèles ; si même il s'est fait un plaisir de dire leur fait à certains autres, n'a-t-il pas en même temps montré la plus vive admiration pour les caractères droits et les intelligences libres ?

INTRODUCTION. vu

Son ambition n'est pas d'imposer ses idées ; il se contente de les exprimer dans ces Études d'après nature.

Il n'est pas aussi difficile qu'on le prétend de parler des vivants : il suffit d'élever son âme audessus de l'ambition, de l'envie et de la servilité; il suffit de haïr la sottise, d'honorer le génie et d'aimer la justice.

Delacroix se cloître avec une précaution jalouse et déteste les visiteurs. Que de journées il passerait sans pouvoir donner un coup de pinceau, si sa porte restait ouverte à l'artiste, à l'écrivain, à l'amateur promenés par l'oisiveté d'atelier en atelier! Les ouvrages du peintre qui travaille sans gêne devant le premier venu ressemblent par leurs faiblesses et leurs banalités aux articles du journaliste, improvisés dans le tumulte d'une imprimerie. Delacroix se fortifie par la solitude et le recueillement; il est à son chevalet, mystérieux et incessant, comme l'alchimiste à ses fourneaux. Bien des gens n'ont trouvé que hauteur et misanthropie dans la retraite un peu farouche qu'il s'est imposée; mais un tel artiste, dévoré du besoin de produire, sent l'existence courte et n'est guère porté à sacrifier aux plus intéressantes relations. Selon l'expression du poëte, il cache sa vie et répand son esprit. L'homme studieux qui connaît le monde ne s'ennuie jamais; l'isolement

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