LES ANIMAUX ET L'HOMME
ce Les animaux ne sentent pas le poids du temps. L'imagination, qui a été donnée à l'homme pour sentir ses biens, lui procure une foule de maux imaginaires. L'invention des distractions, les arts qui remplissent les moments des artistes qui exécutent, charment en même temps les loisirs de ceux qui jouissent du spectacle de leurs créations. La recherche de la nourriture, les courts moments de la passion animale, de l'allaitement des petits, delà construction des nids et des tanières, sont les seuls travaux que la nature ait imposés aux animaux. L'instinct les y pousse; aucun calcul ne les y dirige. L'homme porte le poids de ses pensées aussi bien que celui des misères naturelles qui font de lui un animal. A mesure qu'il s'éloigne de l'état le plus semblable à la bête, c'est-à-dire de l'état le
plus sauvage à ses différents degrés, il perfectionne les moyens de donner l'aliment à cette faculté idéale refusée à la brute. Mais les appétits de son cerveau semblent croître à mesure qu'il cherche à les satisfaire. Quand il n'imagine ni ne compose pour son propre compte, c'est-àdire quand il n'est pas artiste luiême, il faut qu'il jouisse des imaginations des autres hommes comme lui, ou qu'il étudie les secrets de cette nature qui l'entoure et lui présente ses problèmes. Celui-là même que son esprit moins cultivé ou plus obtus rend impropre à jouir des plaisirs délicats, auxquels l'esprit prend part, se livre, pour remplir ses moments, à des délassements matériels, mais qui sont autre chose que l'instinct qui pousse l'animal, à la chasse, par exemple. Si l'homme chasse, dans un état moyen de civilisation, c'est pour occuper son temps. Il y a beaucoup d'hommes qui dorment, pour éviter l'ennui d'une oisiveté qui leur pèse et qu'ils ne peuvent secouer par des occupations offrant quelque attrait. Le sauvage qui chasse ou qui pêche pour arriver à manger dort pendant les moments qu'il n'emploie pas à fabriquer ses grossiers outils, ses arcs, ses flèches, sa hache de caillou et ses hameçons. »