‹ Les artistes littérairesChapitre 107 sur 160 · Poèmes antiques : Dies irœ · texte numérisé non relu

Poèmes antiques : Dies irœ

Qu'aui'ions-nous à souhaiter ici-bas, auquel ne suit en elTct préférable le calme du tombeau?

L;i poussière humaine, en proie au temps rapide-. Ses voluptés, ses pleurs, ses combats, ses remords. Les Dieux ([u'elle a conçus et l'univers stupide Ne valent pas la paix impassible des morts '.

Ceux-là seuls auraient atteint It; suprême degré du bonheur, si, plus haut encore, ne se pouvait entrevoir un état de sommeil éternel, que n'interromprait pas même « l'accident douloureux » dont parle l'auteur d'Éloa, et si la joie de nêlir plus ne devait pas venir après la possibilité de n'avoir été jamais. Déjà ï Ecclésiaste avait déclaré « les morts, qui sont morts depuis longtemps, plus heureux que les vivants demeurés vivants jusques ici. Mais plus heureux que les uns et les autres celui qui n'est pas arrivé dans cette vie ^ » Ce cri d'une âme amèrement désenchantée, nous en entendrons l'écho moderne dans les strophes des Poèmes barbares^ combiné avec un souffle panthéistique que le vieux roi d'Israël n'a pas connu et qu'il ne pouvait pas connaître :

Nature! Immensité si tranquille et si Jjelle, Majestueux abîme où dort l'oubli sacré.

Que ne me plongeais-tu dans ta paix immortelle Quand je n'avais eneor ni souffert ni pleuré!

1. Poèmes tragiques: Il lius ion suprême. •2, L' Ecclésiaste^ ch. iv.

Je n'aurais pas senti le poids des ans funèbres ; Ni sombre, ni joyeux, ni vainqueur, ni vaincu, J'aurais passé par la lumière et les ténèbres, Aveu^'lc cumnic un Dieu; je n'aurais pas vécu '.

Triste philosophie, qui ne naîl pas chez le poète simplement de circonstances privées et spéciales, mais plutôt d'une conviction longuement mûrie et d'un sentiment profond ! Si l'existence soulève dans son cœur l'angoisse et le dégoût, il ne songe pas qu'à lui-même : il la hait et la maudit en soi, quand il la contemple répandue sur l'univers entier, connue un mal rongeur, hideux, et fatalement inguérissable.

L'irrévocable mort est un mensonge aussi. Heureux qui d'un seul bond s'engloutirait en elle !

Moi, toujours, à jamais, j écoute, épouvante, Dans l'ivresse et l'horreur de l irnmortalilé, Le long rugissement de la l'te éternelle '-.

Aussi, en dehors des motifs que nous avons déjà fournis, s'il a volontiers dédaigné dans son œuvre l'élément humain, c'est qu'il trouvait sans doute chez l'homme une vitalité trop énergique, une intelligence trop individuelle pour qu'il n'éprouvât pas à son égard une irrésistible et insurmontable

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