Emile Faguef, Études littéraires sur le XIX* siècle
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tlièmc, et no pouvaient se résumer en une ligne : style indiscutable, pensée insignifiante, ou pour mieux dire, nulle. Elles suffisent à établir pour comiiien de ses contemporains, et des plus savants, des plus délicats, l'auteur des Émaux et Camées est resté lettre close. En le voyant, à l'heure actuelle, si fréquemment et si complètement incompris, on se prendrait presque à douter de sa valeur, n'était la violence même des attaques dont il a été l'objet, et qui ne s'expliqueraient pas avec une pareille persistance, contre un écrivain d'ordre infime et négligeable. Plus de quinze ans après sa mort, en un siècle où la réputation d'un artiste meurt souvent avant lui, il est encore la victime d'insurmontables antipathies, h moins qu'on ne le comble des plus enthousiastes témoignages d'admiration. Les uns le repoussent, les autres l'exaltent : on n'a pas encore complètement désarmé autour de son nom et de son œuvre.
A notre avis, elle en vaut la peine. — Bien que vraisemblablement elle ne soit jamais destinée à devenir populaire, on peut supposer qu'en fin de compte les préventions injustes, qui l'ont assaillie dès le début, tomberont devant la postérité. L'homme a tenu sa place dans son siècle : poésie, romans, voyages, journalisme, tout ce qu'il a touché, il l'a marqué d'un extraordinaire éclat. Durant quarante années, il a dispersé à travers toutes les ibrairies,. à travers toutes les publications pério-
diques ce que Sainte-Beuve a appelé « la poussière d'or de son style embarquée sur des coquilles de noix^ ». De ces feuilles volantes qu'il laissait perdre avec l'insouciance d'un puissant producteur, on a déjà rassemblé quelques-unes ; et quand on examine avec soin et impartialité ce labeur infini, cette masse de créations, de documents et de critiques, tous ces tableaux, toutes ces idées, tous ces sentiments, jetés de côté et d'autre au hasard du travail quotidien , on se demanderait comment subsistent à présent les légendes qui étouffent sa gloire, si la qualité essentielle d'une légende n'était pas de ne reposer absolument sur rien.
Nous avons vu l'esprit des citations précédentes. C'est peu de chose encore. Pour combien de personnes Théophile Gautier est-il demeuré le romantique échevelé, incohérent, un peu puéril et ridicule de 1830? l'éternel paresseux dont les journées s'écoulent à dormir, à fumer ou à jouer avec ses chats favoris ? l'écrivain dénué de sens moral qui, dans sa jeunesse composait un volume où l'on a remarqué surtout les situations scabreuses ? l'égoïste incapal)le de la moindre émotion, l'ignorant rebelle aux plus simples idées, qui, sans souci de l'humanité, de la patrie et des problèmes sociaux n'a occupé son existence qu'à chercher des rimes