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Catulle Mendès, Légende du Parnasse contemporain

ÉCOLES ET PERSONNALITÉS DIVERSES. 33o

Nous arrivons mainlenant aux écrivains tout h fait modernes, à ceux dont les débuts et la réputation ne remontent pas au delà de quelques années. — Malgré la puissance visionnaire ou la délicatesse dans le choix des nuances qu'ont déployées certains de ses adeptes, nous ne reviendrons pas sur la secte naturaliste dont nous avons parlé déjà à propos de Gustave Flaubert. Sa seule réforme véritable fut de grossir, — parfois avec une imagination géniale dans la pratique, — les procédés théoriques d'une école antérieure; sa plus curieuse originalité semble de s'être méconnue elle-même, et d'avoir renié avec éclat les ouvrages dont elle procédait directement. Quant à ses prétentions d'imposer au roman la méthode expérimentale de Claude Bernard, ce sont choses sans importance, dès qu'on se refuse à se payer de mots, et qui, inapplicables dans l'espèce, n'ont jamais été appliquées. Du reste, la tentative dans la pensée de ses auteurs étant essentiellement scientifique, c'est au point de vue de la science seule qu'elle se trouvait discutable et nous n'avions aucun compte à en tenir dans des études d'art ,

A côté du groupe dont M. Emile Zola fut le grand prêtre, et où s'enrôla un moment M. Guy de

Maupassant avant qu'il eût conquis sa grande personnalité de conteur, un autre groupe se développait pourtant, et tous deux, tantôt confondus dans une alliance incompréhensible \ tantôt séparés par l'antinomie absolue de leurs idées et de leurs systèmes -, atteignaient à des excentricités à peu près équivalentes, quoique d'un ordre différent. Naturalistes d'une part, symbolistes ou décadents d'autre part, les novateurs contemporains agissaient comme s'ils s'étaient partagés la tâche de parodier le romantisme, soit en accentuant lourdement son goût pour la vérité intégrale et le détail exact, soit en exagérant jusqu'à l'absurde son souci de la coloration et de la sonorité des phrases : ils se perdaient ainsi, ou bien dans des brutalités basses et hideuses, ou bien dans des transpositions tellement abstraites et quintessenciées qu'elles finissent par se dissoudre en un vague insaisissable, et qu'on se demande, non sans quelques motifs, si elles ne sont pas le produit d'une forte perturbation mentale. Nous écartons naturellement l'hypothèse, —

1. Par exemple, dans le cas de M. J.-K. Huvsmans, à la fois naturaliste quand il écrit les Sœurs Valard et En méinif/c, et décadent quand il écrit A rebours.

2. M. Jean Moréas, dans le supplément littéraire du Figaro (18 septembre 1886), traite de puérile la méthode du naturalisme.— Après lui, M. Anatole Baju, dans sa brochure intitulée l'Ecole décadente, parle « de celte littérature vénale, stérile et terre à terre où s'illustre Zola et qui fait les délices du bourgeois sans âme ».

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assez soutenue d'ailleurs, — d'après laquelle l'église décadente se moquerait de son public ; il n'y aurait plus dès lors qu'à mesurer le degré d'atticisme d'une mystification aussi savamment et sérieusement prolongée.

Quoique plusieurs fois on ait cité le nom de Charles Baudelaire, c'est en .M. Paul Verlaine qu'il faut voir le principal fondateur de la doctrine nouvelle, par qui doit se régénérer, paraît-il, la pure langue française. Doué d'une finesse poétique extraordinaire et d'une délicatesse de sensibilité littéralement maladive, naïf et génial, — si l'on entend par le mot génie l'inspiration instinctive et inconsciente à tous les degrés, par opposition à la raison réfléchie et intelligente, — M. Paul Verlaine, au milieu des hasards d'une existence douloureuse et dramatique, a composé une quantité considérable de vers, dont quelques-uns, écrits en dehors de toute formule d'école sont d'une élévation suprême, dont beaucoup, malgré des obscurités, gardent encore une saveur étrange, et dont beaucoup enfin, sublimes selon les croyants, ne renferment pour les sceptiques aucune signification appréciable. Des premiers, nous ne pensons pas trop dire en les rapprochant des plus belles pièces lamartiniennes, dont ils ont l'harmonie chantante et jusqu'à la fluidité un peu lâche, avec moins de fougue et d'envolée lyriques, il est vrai.

Elle dit, la voix reconnue, Que la bonté c'est notre vie, Que de la haine et de l'envie Rien ne reste la mort venue...

Accueillez la voix qui persiste Dans son naïf épithalame.

Allez, rien n'est meilleur à l'àme Que de faire une âme moins triste ' !

Mais ceci n'est ni décadent, ni romantique, ni classique, ni rien qui se catalogue en une série quelconque : c'est simplement élégiaque et sincère, sans affectation de profondeur mystérieuse. Pour bien connaître la prétendue réforme, il faudra lire des œuvres plus compliquées de M. Verlaine; il faudra surtout feuillleter celles de ses amis et de ses disciples.

Il y a dix ou quinze ans déjà, un certain Arthur Rimbaud, cherchant à établir un parallélisme entre les inflexions du langage articulé et les couleurs, avait conçu le bizarre sonnet des Voyelles.

A noir, E blanc, I rouge, U vert, 0 bleu, voyelles, Je dirai quelque jour vos naissances latentes. A, noir corset velu des mouches éclatantes Qui bombillent autour des puanteurs cruelles,

Golfes d'ombre ; E, candeur des vapeurs et des tentes, Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ; I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles Dans la colère ou les ivresses pénitentes;

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