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Traité du verbe : l'instrumentation poétique

342 LES AUTISTES LITTÉRAIRES.

Voilà la base élémentaire du langage instrumenté; ce premier point acquis, le reste devient beaucoup plus facile, et nous n'aurions plus, si nous voulions, qu'à étudier le détail des nuances. Grâce à une série de combinaisons qu'il serait fastidieux d'analyser, on apprend, par exemple, que les mots où entrent les consonnes L, R, S, Z, et les diphtongues EU, lEU, EUI, sont d'un rose orangé, représentent les cors, les bassons et le hautbois, — et expriment gloire, amour (avec doute et appréhension, diésé) ^. Ils exjn'iment ! nous devrions dire plutôt qu'ils suggèrent. Car « pour l'initié digne d'envie, un poème ainsi devient un vrai morceau de musique, suggestive infiniment et s'instrumentant seule : musique de mots évocateurs d'images colorées, sans qu'en soulfrent en rien, que l'on s'en souvienne! les idées ^ ». La méthode, en somme, ne ditfère pas sensiblement de celle proclamée par M. Jean Moréas : le seul trait distinctif, c'est que dans un cas la suggestion procède des analogies et des métaphores, tandis que dans l'autre, tandis qu'ici elle est produite par les diverses harmonies des vocables. Rien n'empêche de croire que des moyens nouveaux seront encore employés un jour, et M. René Ghil, pour son compte, en a déjà inventé

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