Le Nain Jaune, 5 septembre 1867 (l'article est signé X
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plexité de son œuvre, accenluéc parfois à un tel point, que les propositions les plus contradictoires se heurtent souvent à quelques pages d'intervalle.
11 n'arriva jamais, comme Lamartine, comme M. Leconle de Lisle, comme M. Théodore de Banville, à vivre dans l'immuable contemplation d'une idée qui se déroule éternellement la même, avec des habitudes de style à peu près identiques. 11 ne fut pas, comme Victor Hugo, comme Alfred de xMusset, connue Théophile Gautier une âme évoluant à travers une série de manières différentes, et modifiant à chaque période ses pensées et leur forme. C'est plutôt un composé de cinq ou six individualités diverses qui tiennent la parole les unes après les autres, sans ordre logique, au hasard de l'inspiration momentanée, sans que chacune d'elle prenne soin de ce qui a été dit précédemment. Avec sa grande prétention de bannir la spontanéité irraisonnée du domaine de l'art, et de composer ses poésies comme un géomètre déduit ses théorèmes, par l'effet d'une volonté bien consciente, cet écrivain fut en réalité le plus soumis de tous aux caprices fantasques de ses multiples imaginations. Il oubliait dans la chaleur de l'enthousiasme, ou sous la pression d'une amitié particulière, ou pour tout autre motif, ses théories les plus énergiquement soutenues; et si on l'a accusé d'être vagUL', obscur, de ne pas savoir ce qu'il voulait
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lui-même, il est certain que ses propres divergences donnaient une appannice de raison à ces allégations défîivnraljlcs.
Nous trouverons bien sans doute en lui de grands traits de caractère qui demeurent permanents ; mais, dès qu'on descend aux détails, on est forcé, en résumant l'homme et la doctrine, de tenir pour non avenues une foule d'opinions émises, et qui détonnent dans l'ensemble de ses ouvrages au point qu'on hésite presque h le reconnaître comme leur auteur.
Son esthétique n'est pas fixe. — Est-il à ranger parmi les adeptes de l'art pour Fart? Fut-il avant tout un poète, un adorateur du Beau, en dehors de toutes considérations étrangères? Oui, assurément. Ses écrits ses professions de foi littéraires, le témoignage de ses amis semblent l'affirmer à l'unanimité. « Le principe de la poésie, dit-il, est strictement et simplement l'aspiration humaine vers une beauté supérieure... Si le poète a poursuivi un but moral, il a diminué sa force poétique. » Et, parlant de Victor Hugo, — pour lequel d'ailleurs son enthousiasme resta toujours médiocre, — il va jusqu'à déclarer que « parmi notre race antipoétique, il serait moins admiré s'il était parfait, et qu'il n'a pu se faire pardonner tout son génie lyrique qu'en introduisant de force et brutalement dans ses vers ce qu'Edgar Poë considérait comme l'hérésie moderne
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capitale, — renseignement ^ » — Cependant nous arrivons à l'étude sur Pierre Dupont, et là, — par un effet peut-être inconscient de camaraderie, — l'auteur émet devant nous, d'un ton tranchant, des opinions dans le genre de celles-ci : « La puérile utopie de l'école de l'art pour l'art, en excluant la morale et souvent même la passion, était nécessairement stérile. Elle se mettait en flagrante contravention avec le génie de l'humanité. Au nom des principes supérieurs qui constituent la vie universelle, nous avons le droit de la déclarer coupable d'hétérodoxie. » Et il ajoute, cinquante lignes plus loin : « La question un jour fut vidée, et ra?^ fui désormais inséparable de la morale el de l'utilité '^ » Il n'y a pas plus d'ambiguïté dans un sens que dans l'autre. User de l'art comme d'un moyen d'enseignement : hérésie. Le mettre en dehors de toute idée de moralisation : hétérodoxie. Quelle était donc la pensée vraie et définitive de Baudelaire? Nous la connaissons bien. Mais où la chercher si l'on prend au pied de la lettre chacune de ses déclarations?
Considéré en tant qu'artiste pur, il modifie sans cesse son genre et sa manière. — Est-ce un adepte de l'antiquité grecque ? un amoureux du moyen âge ?
1. Notes nouvelles sur Edgard Poe, en l('te de la traduction des Nouvelles Hisloires extraordinaires,