L'Art ruiiuiiitiqiie : Théophile Gautier
sa propre contemplation, et planant au-dessus des passions, des joies et dos douleurs de l'homme:
Je suis belle, ù mortels, comme un rêve de jiiei-re, Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour, Est fait pour inspirer au poète un amour Éternel et muet ainsi que la matière.
Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris; J'unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes ; Je hais le mouvement qui déplace les lignes; Et jamais je ne pleure, et jamnis je ne ris '■ .
Cependant, qu'on tourne la page, et, à la place de cette calme statue où se résume toute beauté, nous allons rencontrer le rêve de types étranges comme lady Macbeth, comme la Nuit de Michel Ange, de types monstrueux même comme la Géante. Le poète se laissera aller peu à peu à chercher ses sujets en dehors du monde véritable; tout au moins, il se plaira à exagérer jusqu'à l'outrance, à concevoir les fantaisies les plus touriueiitées, et ce sera même une de ses tendances habituelles. Ce qui ne l'empêche pas de poser des principes que n'eussent pas désavoués plus tard M. Emile Zola et son école : « L'héroïsme de la vie moderne nous entoure et nous presse... L'habit noir et la redingole ont leur beauté poétique, qui est l'expression de l'âme publique... Les héros de V Iliade ne vont qu'à votre