‹ Les artistes littérairesChapitre 44 sur 160 · Les rieurs du Mal, pièce xviii · texte numérisé non relu

Les rieurs du Mal, pièce xviii

cheville, ô Vautrin, ô Rastignac, ô Birotteau !... Celui-là sera le peintre, le vrai peintre, qui saura arracher à la vie actuelle son côté épique, et nous faire voir et comprendre combien nous sommes grands et poétiques dans nos cravates et nos bottes vernies ^ » Se douterait-on que l'homme à qui l'on doit ces professions de foi moderniste est le même qui, parlant de son idéal avait dit :

Cc3 ne seront jamais ces beautés de vignettes, Produits avariés, nés d'un siècle vaurien, Ces pieds à brodequins, ces doigts à castagnettes, Qui sauront satisfaire un cœur comme le mien -.

Ici, comme toujours, il se sentait tourmenté d'aspirations immenses, qui se reflètent dans ses vers avec une énergie parfois terrible. Seulement il ne savait pas, et il est parfois difficile pour le lecteur de savoir ce à quoi il aspirait.

Ses théories sur l'amour, sur les femmes, se transforment selon les variations perpétuelles de sa passion ou de sa pensée. — Promenant sa fantaisie de la plus basse prostituée jusqu'au type de la maîtresse le plus pur qui se puisse concevoir; poussant l'exotisme jusqu'à la Malabaraise, jusqu'à la négresse; tantôt amoureux de l'étrange ou du monstrueux, comme nous l'avons vu ; tantôt en

1. Curiosités esthétiques: Salon de IS45, eh. vu, et Salon de iSâd, rh. xviii.

Page 1