Les Fleurs du Mal, pièce cli
on a conclu d'ordinaire à un immense souci d'attirer l'attention, de pose7\ Il est possible, en effet, qu'en de rares circonstances cet homme si parfaitement correct ait éprouve le besoin d'étonner le profane vulgaire par ses excentricités; c'avait été jugé de bon ton |iar les romantiques de 1830 ; quoiqu'il s'en défendit parfois, il avait été un de leurs continuateurs, et en dehors de sa causticité naturelle, il avait pu hériter d'eux quelques habitudes puériles. Mais n'est-ce pas en somme un jugement bien osé, porté sur l'écrivain qui fut peut-être de tous ceux de notre siècle le moins occupé de la réclame et le plus dédaigneux du succès? Il est infiniment plus vraisemblable, et plus conforme à son caractère, d'admettre qu'il essayait en sa personne la réalisation de ce type qu'il eût voulu rencontrer chez les autres, et que, s'il se faisait original, c'était bien plutôt pour sa satisfaction intime que pour provoquer l'horreur admirative de ses contemporains: il jouait, pour son plus grand plaisir, une pièce, où il était à la fois acteur et spectateur; il aimait à se contempler lui-même dès qu'il cessait d'être homme selon la nature, d'être par conséquent habitant de ce monde qui l'ennuyait, et d'où, en dernière ressource, il demandait à la mort de l'arracher.
Avant d'invoquer ce sinistre auxiliaire, il avait erré dans toutes les directions ; il s'était épris de
tous les chercheurs du rare, de l'inconnu, de l'idéal ; et ce n'est qu'après avoir vérifié la vanité de ses efforts qu'il avait mis son dernier espoir d'assouvissement dans l'au-delà du tombeau.
Il s'était passionné pour l'artificiel, cette suprême étape de l'esprit blasé qui, las de voir ce qui a été déjà vu et ce qui se verra éternellement, travaille, selon la définition très juste de Théophile Gautier, à « une création due tout entière à l'art et d'où la nature est complètement absente^ ». Conception critiquable, et cependant de l'idéalisme le plus quintessencié, dès qu'on l'entend comme l'entendait Baudelaire. Son artificiel — cela va sans dire — n'a rien à voir avec les procédés de l'industrie, grâce auxquels le papier de couleur ou le carton pâte comprimé peuvent donner l'illusion plus ou moins parfaite d'une touffe de fleurs ou d'une colonne de marbre ; mais on peut lui trouver un équivalent dans le génie fantaisiste de la Chine ou du Japon — civilisations très vieilles — qui ont enfanté en peinture et en sculpture ces monstres aux formes absolument chimériques, ces arbres, ces fleuves, ces ciels dont les teintes n'ont plus aucun rapport avec les combinaisons pourtant si variées du monde réel. Or, il y a un abîme entre les deux genres : le premier, bas et vul-