ARTS DIVERS
Le Hainaut eut toutes sortes d'industries artistiques : celles des tapisseries de Tournai et d'Enghien, des dentelles de Valenciennes et de Binche, des faïences et porcelaines de Saint-Amand et de Tournai, des grès artistiques de Bouffioulx et de Châtelet (i), etc. Liège, de son côté, est restée célèbre pour son mobilier civil de l'époque Louis XV ainsi que pour les armes et la coutellerie. De nos jours l'ancienne verrerie liégeoise se renouvelle dans la puissante usine duVal-St-Lambert. La céramique moderne se développe dans le Centre, la faïence fleurit à Nimy.
L'industrie du marbre, si florissante dans l'Entre-Sambre-et-Meuse, surtout au temps passé,
(i) Voir Van Bastelaer : Les e;rès de Bouffioulx. Bouffioulx a jadis fabriqué des poteries artistiques généralement confondues avec les srrès flamands.
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s'est parfois élevée à la hauteur d'un métier artistique. On voit au palais cle Versailles quantité de luxueux ouvrages en marbres de toutes espèces ; les deux tiers viennent du paj^s de Beaumont, dont les gisements sont épuisés. Le marbre noir de Dinant est unique au monde de son espèce, et notre rouge royal est des plus recherchés. Le pavement de la salle ronde du palais du prince Charles de Lorraine à l'ancienne Cour de Bruxelles offre une remarquable rose à 28 lobes, de marbres divers, et une inscription indique les carrières (belges pour la plupart) qui les ont produits : bleu de Sainte-Anne de Levai, rouge royal de Franchimont, Brèche de Dourlaix, etc.
La poterie tournaisienne est bien ancienne, puisqu'on peut la faire remonter aux Romains. On sait que le musée du Louvre possède un vase galloromainportant ces mots significatifs : genio-turnacensi. Un atelier de poterie existait en cette ville en i23o. Le potier Jehan Franiel fabriquait des statues en terre cuite au xv^ siècle. Les potiers d'alors fabriquaient des carrelages à la manière d'Arras et de Gand, carrelages polychromes émaillés, dont on a trouvé de nombreux et remarquables vestiges.
La faïencerie, ce genre connu des anciens, réinventé après le xv^ siècle, ce qui ouvrit une ère nouvelle en Europe, apparut à Tournai en 1670, prati-
quée par les Feburier et les Fauquzt qui la portèrent à Lille et à Saint-Amand, ensuite par Peterinck (i).
Il paraît que la porcelaine tournaisienne remonte aussi à 1670, mais cette industrie fleurit surtout à partir du milieu du xviii^ siècle. Il n'y eut que deux grandes fabriques, celle que le Lillois François J . Peternick établit en 1570 et celle de Henri de Bettignies ; mais elles produisirent des pièces célèbres dans le monde entier et qui s'achetèrent au poids de l'or. Tournai eut jusqu'à 400 types différents ; sa fabrication s'inspira d'abord de la porcelaine de Saxe et de Delft, mais elle sut en adapter le genre à la pâte tendre et finit par rivaliser de perfection avec Sèvres. Elle a laissé de délicieuses statuettes en pâte tendre. Elle a été servie par des sculpteurs de talent, notamment Gillis, Nie. Lecreux et le Rouennais Claude Borne.
La céramique tournaisienne est illustrée par une anecdote que rapporte M. E. Soil : c'est un fameux pari entre le roi Louis XVI et Philippe- Egalité, duc d'Orléans. Le duc avait soutenu contre le roi que Tournai fabriquait mieux que Sèvres. Les deux usines exécutèrent chacune un service de table, et Tournai remporta la palme. Le duc ne prit pas livraison du service commandé, qui comprenait i,6o3 pièces et coûta 66,000 livres.
(i) Voir E. Soil : Potiers et faïenciers tournaisiens, Lille. Quarré,
La Fabrique de Tournai imitait à s'y méprendre les produits de Delft, de Rouen et de Strasbourg.
La hautelisse tournaisienne a des origines plus nobles et plus anciennes. M. E. Soil en a écrit l'histoire ; il rappelle qu'en 1449 les Tournaisiens Robert Dary et Jean de l'Ortie vendaient à Philippe le Bon les tapisseries de « l'histoire de Gédéon » destinées à décorer la salle du Chapitre de la Toison d'or. Mais dès le xiii® siècle on rencontre mention des tapisseries dans les archives de Tournai. C'est à partir du milieu du xv^ siècle que celles-ci éclipsèrent les célèbres Arazzi d'Artois. Alors florissaient les hautelissiers de la famille Grenier.
L'un d'eux, Jean, est l'auteur des célèbres « Histoires du Banquet » qu'on croit reconnaître dans une hautelisse du Musée de Nancy, et c'est aux ateliers de Tournai qu'on attribue « l'Histoire de Judith et d'Holopherne », du musée du Cinquantenaire à Bruxelles. Roger Van der Weyden dessina des cartons pour les hautelissiers de Bruxelles ; notamment il créa les tapisseries représentant la « Légende d'Herkenbald » et la « Justice de Trajan » conservées au musée de Berne, et qui ont orné jadis l'hôtel de ville de Bruxelles.
Tournai produisit en abondance les tapisseries de verdure.
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L'industrie dentellière fut importée des Flandres à Valenciennes au début du xvii*^ siècle et acquit une telle réputation qu'elle eut en Flandre même un grand débouché, dont la ville d'Ypres fut le siège principal. Elle fleurit jusqu'à la Révolution française. La Valenciennes est une dentelle de lingerie. Binche fut la ville dentellière du Hainaut actuel. Elle imita les points de Valenciennes et de Bruxelles, avec un style particulier marqué surtout par ce qu'on nomme le « fond de neige » et par les fleurs d'application. Cette industrie, qui vécut jusqu'à l'époque de la Révolution belge, occupa jusqu'à six cents ouvriers.
Mons, Enghien, Ath, Beaumont, Chimay, Couvin, Cerfontaine eurent leurs ateliers de dentellerie (i).
(i) Voir E. Van Overloop : Catalogue de V Exposition Charieioi içii.