LA MUSIQUE
La musique était cultivée dans les nombreux monastères du Hainaut au ix^ siècle. Hucbald, mort en 932, moine de Saint-Amand, fut une des lumières de la science musicale du moyen âge et le premier théoricien de la diaphonie (i).
Les chanoinesses de Mons eurent une école de musique ; au xi^ siècle elles chargeaient Olhert, abbé de Gembloux, de mettre en plain-chant l'Office de Sainte Waudru. Les poèmes des premiers trouvères des Comtes de Hainaut se chantèrent sur la viole et la rote.
La musique harmonique était cultivée à Tournai au XIII® siècle, témoin le motet à deux chants d'un trouvère tournaisien conservé à Montpellier et la messe à trois parties contenue dans le manuscrit de la Confrérie des Notaires, que conserve la cathédrale de Tournai. A cette époque le Hainaut eut des trouvères dont le nom a échappé à l'oubli : Jehan de la Fontame et Gauthier de Soignies (2).
Au XIV® siècle, Gérard d'Obies, l'ami de Froissait, faisait gracieux accueil en son château de Binche
(i) Voir Fétis : Les musiciens belges, et Samuel ; Hist, de la musique en Belgique.
(2) De Coussemaker : Le manuscrit de Montpellier. — Hist. de l'harmonie au moyen âge.
aux ménestrels étrangers. En 1406 les ménestrels du Hainaut tenaient un Congrès (leurs escolles) en la ville de Mons, et en i588 s'y fondait une société de musique sous le titre de Sainte Cécile.
Ce furent les musiciens wallons qui formèrent le noyau de la chapelle pontificale à Avignon et à Pome ; ce n'est qu'à partir du xvi* siècle que ses membres commencèrent à se recruter parmi les Italiens. Auparavant ils venaient de notre contrée : c'étaient, au XIV siècle, le vénérable Henri de Latannû, chanoine de la Sainte-Croix de Liège, Gilles de Lens, chanoine de Saint-Jean, et le ténor Henri de Vulpin; au xv^ siècle, Nicolas de Liège, Jean Hassoas (alias Lebonera), prêtre de Tournai, Mathieu Thouronte (alias Bruyant), curé de Binche, le ténor Jean Redois de Condé, diacre de Tournai ; Gilles Laurry, Jean de la Croix et Georges Martin, tous trois de Tournai (i).
La Wallonie fut au xv' siècle un foyer d'intense culture musicale où progressa la polyphonie. Ses musiciens étaient renommés dans l'Europe, en particulier en Italie. Ici encore la dénomination d'art flamand et même d'art néerlandais usurpe la part des pays liégeois et hennuyers.
(i) Fr. X. Haberl : Bausteine fur musik-geschichie, Leipzig, i885.
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L'historien A. Catulle, en parlant de la Maîtrise de Tournai au xvi' siècle, dit qu'on ne rencontre presque nulle part de musiciens plus distingués que dans cette ville. Parmi eux brilla le chanoine George de la Hèle (t i582), auteur de messes remarquables éditées par Plantin, qui fut appelé en Espagne par Philippe II pour diriger la chapelle royale, accompagné de plusieurs de ses élèves, dont l'un, Gery de Ghersem, lui succéda ; il quitta ce pays pour devenir le maître de chapelle de la Cour à Bruxelles. Michel de Bock, savant compositeur, fut également maître de chapelle de Philippe II. ^ean Tinctoris, né en 1435, de Nivelles, fonda à Naples la première école de musique, avec plusieurs compatriotes. Cyprien de Roie brilla comme maître de chapelle à Tournai.
A cette époque, dans l'Ecole polyphonique dite néerlandaise, nos compatriotes jouent un rôle considérable. Le fondateur de cette école fut Guillaume Dujays, né à Chimai, chantre de la chapelle pontificale, en i38o, ainsi que son dernier représentant. Il fut l'émule de l'Anglais Duastaple, le premier contrepointiste.
Le célèbre Montois Rolandus Lassus fut le prince des musiciens du temps. Le Wallon Busnois eut pour élève le Flamand Ockeghem, le maître du Wallon Josquin des Prés, lequel fut maître à son tour du Flamand Willaert : quatre noms illustres,
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dit M. E. Closson, qui résument toute l'Ecole (i); quatre célébrités en lesquelles se concentre l'harmonie de la race. Josquin surtout fut un artiste de génie : il naquit à Condé et fut maître de la chapelle pontificale vers 1455. Parmi ses contemporains se distinguent encore Gilles Renigot de Mons et Jean Lupi, organiste de Sainte-Gertrude à Nivelles.
Revenons au maître auquel la ville de Mons a depuis longtemps élevé une statue.
Né en i520 dans l'opprobre et d'abord enfant de chœur de l'église Saint-Nicolas en Havre, Roland de Lattre alla de bonne heure en Italie. A 21 ans il était maître de chapelle de Saint-Jean de Latran. Albert IV de Bavière l'attira à sa cour ; il y conquit le titre de « premier des musiciens ». Le nombre de ses compositions dépasse i,5oo ; il recula les limites de son art. Il mourut à Munich en i5q2.
Parmi ses disciples il faut noter Nicolas Payen de Soignies, Petit-Jean Ddatre, maître de chapelle de la Cour de Liège ; Rodolphe de Lassus, fils de Roland, fut maître de chapelle du duc de Bavière, et son petit-fils, Ferdinand, maître de chapelle de l'Electeur Maximilien.
(i) Ern. Closson: Les maitres wallons dans l'école des contrepointistes néerlandais.
T. Jean de Macque, élève de Philippe de Mons, fut maître de chapelle du vice-roi de Naples.
Son élève Philippe de Mons, né en i522, visita l'Italie et devint maître de chapelle de Maximilien II. Il se distingua par l'élégance de son style et la grâce naïve de sa mélodie ; ses compositions sont chantées dans l'Europe entière. Le dernier des grands compositeurs belges, Guillaume Bosquin (i58o), fut une autre illustration musicale montoise.
Gossec, né à Vergnies en 1733, mort en 1829, créa le Conservatoire de musique de Paris, ou du moins V Ecole royale de chant qui en fut l'origine. Il fut, avec Grétry, membre de l'Institut.
A Mons la confrérie de Notre-Dame du Chœur fut fondée en 1672 à l'église de Saint-Germain- \J Académie musicale de Mons, formée en 1678, organisa en 175g la Société des concerts et redoutes et des concerts bourgeois ^ si prospère au xviii^ siècle. Alors florissaient Sautois F. J. (1797), de Hollander, Charles Félix, Antoine Fétis, François Fétis (1784- 1871), de Mons, une des figures brillantes de l'art musical belge, lequel, à g ans, écrivait un concerto qui eut quelque succès. Il fut un éminent directeur du Conservatoire de Bruxelles.
Mons a compté depuis maints bons compositeurs : Antoine Willame, Philippe Mary, Jules Denefve, Hippolyte Hero, Désiré Rys, Antoine Clesse.
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Le Déchant fut cultivé à Liège, témoin deux traités anonymes de déchant de l'abbaye de Saint- Laurent. Si le Hainaut fut le conservatoire musical de nos contrées aux XV' et xvi* siècles, le pays de Liège le fut durant le xvii' et le xviii* siècle. On chante encore à l'église de Sainte-Croix la Chasse de Saint Hubert composée par Pierre Thorette. Le chanoine Dieudonné Raick écrivait au xviii' siècle ses célèbres « Suites » pour clavecin. Jean Noël Hamal (1709-1778), dans ses charmants opéras comiques, fait pressentir Grétry (né à Liège en 1741, mort en i8i3), et bientôt le grand maître lui-même « restitue à l'art musical belge la signification internationale qu'il avait perdue depuis Lassus », et porte à sa perfection l'opéra comique français (i). Liège, vers cette époque, fournissait toute une pléiade de musiciens distingués, et Givet envoyait à Paris l'illustre Etienne Nicolas Me'hul (1763-18 17).
Enfin apparaissent le grand violoniste Henri Vieuxtemps (1820-1884), originaire de Verviers, César Franck, Ad. Samuel, J.-Th. Radoux, de Liège. Parmi les compositeurs actuels il faut mettre hors pair Albert Dupuis, de Verviers, et Joseph Jongen, de Liège. L'Ecole de violon de Liège est célèbre, et les virtuoses Eug. Isaye, César, Thompson et Ovide Musin — on pourrait en citer beaucoup d'autres —
(i) E. Closson : Les musicietts n'allons depuis le XVII' siècle jusquà nos jours.
Une ouvrière wallonne par Marchai
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ont fait des tournées triomphales dans le monde entier.
Ajoutons qu'à présent l'Ecole de musique de Tournai collabore aussi brillamment au mouvement musical wallon, sous la direction de H. Deloosc.
Tournai est fière de son virtuose Noté.