‹ Les arts au Moyen Age (volume 2)Chapitre 1 sur 271 · AYANT-PROPOS DU TOME Y · texte numérisé non relu

AYANT-PROPOS DU TOME Y

L’ouvrage des Arts au Moyen-Age était presque entièrement terminé, lorsqu’une maladie aussi cruelle qu'imprévue vint frapper M. Du Sommerard au milieu de ses travaux, et l’arracher à une existence vouée à l’étude et à l’amour de l’art.

Le savant antiquaire avait rempli jusqu’au bout, pour ainsi dire, la carrière qu'il s’était ouverte en commençant cette grande publication. La partie graphique de son œuvre était complètement achevée; toutes les planches, au nombre de cinq cent dix , avaient paru , gravées ou lithographiées en couleurs d’après les monumens les plus remarquables du moyen-âge ou de la renaissance et d’après les principaux objets d’art des memes époques , conservés aujourd’hui dans nos musées nationaux et dans les collections particulières. — Les quatre volumes du texte étaient égale-

AVANT-PROPOS

ment publiés. Dans cette partie de son ouvrage, fruit de longues et consciencieuses études, l’auteur avait résumé toute I histoire de l’art pendant les diverses périodes du moyen-âge et surtout pendant les premiers siècles sur lesquels plane encore tant d’incertitude. Ce travail embrassait non seulement l’histoire des Gaules aux temps antiques et sous la domination romaine , puis l’histoire de l’art chrétien , mais celle de l’architecture sous l’ère gothique et la renaissance; et c’est à ce dernier chapitre que venaient se rattacher les nombreuses dissertations sur tous les autres arts cultivés aux mêmes temps.

Mais cet ouvrage eût été incomplet sous un certain rapport, si la publication de ces quatre premiers volumes n’eût été suivie d’une description détaillée de toutes les planches qui en composent les grands albums. — C’était là le complément que M. Du Sommerard se proposait de donner plus tard à son œuvre, et ce projet, la mort ne lui a pas permis de le réaliser.

C’était un devoir pour nous, associé depuis longtemps à ses travaux et à ses études, de remplir les intentions de l’auteur des Arts au Moyen-Age , un devoir envers sa mémoire qui devait nous être si chère , un devoir surtout à l'égard des nombreux souscripteurs de cet ouvrage.

Notre but, en publiant ce cinquième volume, n’a pas été de continuer l’œuvre de M. Du Sommerard , mais bien uniquement de la terminer suivant les idées exprimées par lui dans le cours des premiers chapitres. Aussi, après avoir achevé en quelques mots le précis de l’histoire de l’archi-

AVANT-PROPOS

tecture, avons-nous immédiatement abordé la description de chacune des planches, soit de l’Atlas, soit de l’Album, tout en nous rattachant aux premiers volumes par quelques notes sur les artistes et les travaux du moyen-âge et des siècles suivans, et en renvoyant aux dissertations qui y ont trouvé place pour quelques-uns des monumens de ces époques.

Une table analytique des matières avait été annoncée; elle a été rédigée avec le plus grand soin , de manière à ce qu on pût rapprocher facilement chacune des planches de sa description dans le texte et des détails historiques auxquels elle pouvait donner lieu. Enfin , la dernière partie de ce travail a été consacrée à la classification et à la division des albums. Legrand nombre des planches nous imposait l’obligation d’indiquer un classement simple et précis. Une seconde méthode plus favorable pour l’étude que la première classification a été présentée. Elle pourra être adoptée préférablement à celle-ci.

Ce volume n’est donc, comme on le voit , qu’un simple complément, qu’une table, pour ainsi dire, qui se rattache à chacune des parties de l'ouvrage et qui en forme le résumé.

Nous ne saurions mieux terminer cet avant-propos qu en consacrant quelques lignes à la mémoire de 1 homme annuel revenait le droit de l’écrire. Nous serons bref, et tout

le monde, nous n’en doutons pas, approuvera notre réserve, car nousiui tenons de trop près , nous le regrettons

AVANT-PROPOS

trop vivement pour être désintéressé, comme tout biographe doit, ou du moins devrait l’être.

Alexandre Du Sommerard est né à Bar-sur-Aube , en novembre 1779. Son père occupait alors un emploi dans les finances. Sa jeunesse se passa toute entière au milieu des camps , et il n’avait que quatorze ans , lorsqu’il s’engagea volontairementà l’époque des premières campagnes de Vendée. Quelques années plus tard , lors de la pacification des provinces de l’ouest, il entra à la comptabilité nationale qu’il quitta peu de temps après, pour partir en l’an VIII, lors de l’appel fait par le Premier Consul , pour les guerres d'Italie. C’est dans cette seconde campagne qu’il puisa tout d’abord le goût des arts et l’amour des temps anciens qui devait se développer dans son âme avec une telle ardeur et devenir pour lui l’objet d’un culte si constant.

Le reste de sa carrière se passa dans les travaux de la magistrature. Rentré à la Cour des Comptes en 1807, il fut élevé en 1831 à la dignité de conseiller-maître, dignité dans les devoirs de laquelle il a laissé d’honorables souvenirs qui l’ont suivi bien au-delà du tombeau.

La formation de la Collection de M. Du Sommerard remonte aux premières années de sa jeunesse. Son cabinet d’objets d’art du moyen-âge et du siècle de François Ier , qu’il augmentait chaque jour et auquel il consacraittous ses loisirs, était devenu, en 1832, l’une des richesses archéologiques de Paris, lorsqu’il entreprit de le transporter à l’Hôtel de Cluny. Nous ne pouvons mieux faire ici que d’emprunter ces quelques lignes à une note publiée par M. Jules Janin le jour même de la mort du laborieux antiquaire :

AVANT-PROPOS. y

« Quand il eut bien agrandi sa collection , M. Du Somme- » rard pensa qu’il était temps de la mettre en ordre , et , » comme complément à sa passion dominante, il imagina » de la transporter tout simplement dans le plus vieux palais » que possède la France , ruine imposante encore, qui porte » d’une façon solennelle le nom de Julien l’empereur. Dans » cet étroit espace où vous pouvez retrouver encore d’admi- « râbles vestiges de l’architecture romaine, quatorze siècles » ont passé sans emporter, comme font les siècles qui pas- » sent, ces murailles habitées par les premiers conquérans » des Gaules , par les premiers rois de France, Constance- » Chlore, Julien, Valentinien, Gratien, Clovis, Childebert, » Dagobert, Charlemagne, sans compter les grands vassaux » des douzième et treizième siècles, et les saints abbés, et les » vaillans soldats , et Louis XII , et François Ier, et les pro- » vocateurs de la ligue , et les saintes exilées de Port-Royal- » des-Champs; singulière enceinte toute remplie des der- » niers efforts de F antiquité païenne, des premiers com- » mencemens de la foi chrétienne , aujourd’hui palais des » Césars, et le lendemain palais des abbés de Cluny; au- » jourd’hui le temple de Calvin , et plus tard la chapelle » sainte où vint se réfugier, durant la persécution , la mère » Angélique Arnauld, cette sainte de tant d’esprit et de » courage , un des plus nobles martyrs de Port-Royal.

» L’idée d’abriter ainsi , dans une si grande ruine, tous » ces fragmens ramassés çà et là au milieu de tant d’autres » ruines, était à coup sûr grande et belle. Farci lie idée eût » fait honneur à un homme d’État ; il est donc juste d’en » tenir compte à M. Du Sommerard. A lui tout seul il l’a

AVANT-PROPOS

» exécutée, à lui tout seul il a tenté de remettre en hon- » neur tant de grandes choses. Comme il n’était pas assez d riche pour acheter le palais des Thermes tout entier, ou » seulement pour occuper l’hôtel de Cluny, il avait ima- » giné d’en louer, sa vie durant, la partie la plus pitto- » resque et la mieux conservée. — On fait ce qu’on peut , » disait-il ; que Dieu me prête vie , et ce sera autant de » gagné sur les barbares... »

Dès l’âge de vingt ans, M. Du Sommerard s’occupait d’histoire et de littérature. En 1822, il avait publié, sous le titre de Vues de Provins, un volume qui résume toutes les annales de cette ville si célèbre au moyen-âge et dont les monumens en ruines attestent bien l’antique splendeur. En 1834, il écrivait les Notices sur l'Hôtel de Cluny et sur le Palais des Thermes, avec des notes étendues sur la culture des arts, principalement dans le XVe et le XVIe siècles.

L’un des fondateurs de la Société des Amis des Arts en 1816, et plus tard membre du comité des arts et monumens à l'instruction publique, il faisait partie de toutes les réunions qui avaient pour but l’étude de l’histoire et de l’archéologie.

Ce fut en 1838 que, voulant mettre à profit pour l’art une collection qui, après lui, pouvait être menacée d’une dispersion immédiate, M. Du Sommerard entreprit la publication des Arts au Moyen-Age. Dès ce moment, toutes ses pensées, toutes ses forces furent tournées vers l’accomplissement de cette oeuvre. Les recherches de l’archéologue ne pouvaient marcher de front avec les devoirs du magistrat que par un excès de travail qui devait abréger le cours d’une

AVANT-PROPOS

existence aussi noblement remplie; et ce fut en 1842, au retour d’un long voyage entrepris en Italie, à l’âge de soixantetrois ans, pour recueillir les renseignemens les plus précis sur la culture des arts en ce pays pendant les siècles du moyen-âge, qu’il fut enlevé subitement à ses travaux et à sa famille. Il emportait du moins la consolation d’avoir rempli dignement la tâche qu'il s’était imposée; il avait eu le temps d écrire son quatrième volume en entier et d'y consigner les résultats de ces dernières explorations.

La Collection Du Sommerard, reproduite en grande partie dans cette publication dont il fait la base principale, est devenue aujourd’hui la propriété de l’État. A la mort de son fondateur , et sur le vœu exprimé par la commission des monumens historiques, le Ministre de l’Intérieur, comte Duchâtel, proposa aux Chambres, au nom du Roi, un projet de loi pour l’acquisition de cette Collection, destinée à devenir la première base d’un Musée d’antiquités nationales.

L’Hôtel de Cluny, le seul de tous les manoirs du moyenâge qui restât encore debout sur le sol de l’ancien Paris, fut choisi pour servir d’abri au nouveau musée. La Collection Du Sommerard et l’Hôtel de Cluny furent acquis par l’État en vertu de la loi rendue le 24 juillet 1843; la ville de Paris céda les ruines du Palais des Césars contiguës à l’hôtel des abbés de Cluny, et les voûtes du Palais Romain furent ouvertes ainsi que les galeries du manoir du XVIe siècle à tous les chefs-d’œuvre des arts du moyen-âge et des temps antiques.

Ainsi Tardent désir de M. Du Sommerard, le vœu qu’il a

AVANT-PROPOS

si souvent exprimé dans le cours de ce laborieux ouvrage pour la création d’un Musée national destiné à renfermer tous les débris de nos arts du moyen-âge, a été comblé en quelque sorte le jour même où la mort enlevait ce savant antiquaire à ses études incessantes. Sa Collection, fruit de quarante années d’intelligentes recherches, à la formation de laquelle il avait tout sacrifié, fortune, santé, existence, a échappé pour jamais à une dispersion imminente.

N’est-ce pas là la plus belle récompense d’une vie entièrement consacrée à sauver de l’oubli et de la destruction les monumens des siècles passés de notre histoire!

Mai 1846.

Edmond DU SOMMERARD.

01)CIÎ^

lïm ©fmjnitJC 4

ancipsccsune

XIIIe, XIVe, XVe ET XVIe SIÈCLES.

Page 1