‹ Les arts au Moyen Age (volume 2)Chapitre 141 sur 271 · MINIATURES DU MANUSCRIT DE RENAUD DE MONTAUBAN, PRINCE DES ARDENNES · texte numérisé non relu

MINIATURES DU MANUSCRIT DE RENAUD DE MONTAUBAN, PRINCE DES ARDENNES

Le premier auteur de ce roman se nommait Arion de Villeneuve ; il le composa en vers sous le règne de saint Louis-, plus tard, au XIVe siècle , le livre fut remis en prose sous le règne de Philippede-Yalois. Il existe une édition imprimée de ce roman-, cette histoire est celle connue sous le nom des Quatre Fils Aymon , et la même que le poème italien de Renaud V Amoureux.

Renaud de Montauban était un des quatre fils d’ Aymon , prince des Ardennes , qui vivait sous Charlemagne , et dont les hauts faits ont été célébrés par tous les auteurs, et entre autres par l’Arioste. Après ses exploits et ses aventures, on a fini , dit un auteur, par en faire un saint -, et si l’on en croit une histoire du duché de Luxembourg, par Jean Bertels , abbé d’Epsernack, il a été martyrisé pour la foi catholique , puis canonisé 5 l’Eglise célèbre sa fête, et on lui a consacré des temples, entre autres la chapelle de Saint-Renaud , dans le pays de Cologne , à laquelle est annexé un couvent de filles. Ferrarius , dans ses Catalogues des Saints, dit aussi que Renaud de Montauban se fit moine à Cologne -, qu’il opéra des miracles après sa mort, et que l’Eglise le fête le 7 janvier. Le manuscrit a appartenu, à en juger par les armoiries qui le décorent et la dédicace qui forme, dans la première des deux planches, la première vignette à gauche, à un duc de Bourgogne qui, selon toute apparence, était Philippe-le-Bon , mort en 1 4^7 ? et dont portrait serait alors la figure assise que l’on y voit reproduite. La date de ce manuscrit est au moins antérieure à l’année i/jJo, époque de l’institution de la Toison-d’Or que porte dans celte vignette le duc Philippe-le-Bon.

De toutes les miniatures de ce roman attribuées à Jean A an Evck, dit de Bruges, une des plus curieuses est celle (tom. 1, pag. 107) représentant l’adultère ; « Comment Maulgis ( sénéchal du roi d Es-

PEINTURE DES MANUSCRITS

» pagne ) fut accusé au roi Manille, pour la royne, sa femme , qu'il » maintenait p amôr. »

Le roi Maralle sachant sa femme enfermée avec son sénéchal Maulgis , enfonça la porte de la chambre où elle s’était retirée, et ayant fait venir Maulgis « qui ne pensoit à l’adventure qui lui advint, » car bien cuidoit estre en sûreté ne plus ne moins qu’il avoit esté » autre fois, et quand il fut là-dedans entré voire si secrètement que » home nul ne feme ne l'avoit apperceu, car encore n’en estoit-il men- » cion nulle -, il se prist à deviser avecques elle qui rien tant ne » désiroit que sa compaignie , et elle l’accola et baisa doulcement , » et lui elle pareillement.... Pour un baiser qu’elle lui présentoit » estoit-il apreste d’en rendre deux et dusourplus. Racompte l’his- )) toire qu’ils se désabilèrent et concilièrent en ung lit qui riche- » ment et freschement estoit couvert et pour avoir l’air du jardin » laissèrent la fenestre ouverte par laquelle leurs amours qui lon- )> paiement avoient été célées furent descouvertes et accusées à la » bouche du roi Maralle qui tant en fut dolent que onques plus )) n’aima le chevalier Maulgis ne la royne si parfaitement qu’il avoit » fait par avant... Un fauconnier courant après son oiseau avait » pénétré dans le jardin et estoit monté sur un arbre d’où descen- » daut par une branche qui aboutissoit la chambre en laquelle la » royne d’Espagne et Maulgis le chevalier estoient en ung beau lit, » couchiés bras à bras , bouche contre bouche , vermaulx et cou- « louréz comme rose au mois de may. 11 jura qu’il le feroit savoir » au roy Maralle. 11 dit au roy qu’il les avoit vus couchés tout aussi » charnellement comme son père et sa mère quant il fut engendré.

« Tandis que Maralle sala ung petit reposer pour la chaleur de a la journée laisser passer et que les officiers, paiges et varies fai- » soient chascun diligence de ce qu’ils devroient faire exécuter et » mettre à effect adfin qu’en eulx n’eult auculne faulte, etc..., la » dameen soursaultse réveilla quant elle oy frapper à son huisassez » rudement. Elle trasailli au coup de freeur qu’elle eut à son cœur » si que Maulgis qu’elle avait accollé sesveilla et oy le tamboure- » ment qu’on faisoit et le cry du roy Maralle qui disoit tout hauU » icmenl : Ouvrez, pute, fait-il, ouvrer, si sera votre mauvaisté » aprouvée et le chevalier ribault trouvé avec vous... Dessoubs la *> cheminée se mit Maulgis , vis-à-vis du lit où lui et sa dame

PEINTURE LES MANUSCRITS

» avaient couchié et mené leur déduit et la royne se leva et ala à » Puis que ja avoit Maralle rompu et abattu , emy la chambre par )) force de horions et tandis fist Maulgis ung charme en ung mow ment tel qu’il fut advis au rov à la royne et à tous ceulx qui » céans entrèrent que ce feust ung sauvaige cerf. A son col pendait » une pierre fine en forme d’escarboucle qui rendoit toute la » chambre reluisante. Chascun regardoit le cerf excepté Maralle r qui.... trouva la royne en ung léger samit toute deschevelée « comme se elle venist de dormir après disner et si faisoit-elle. 11 la » prit par les cheveux lors en mettant main à l'espée et lui dist devant » ceulx qui là estoient : « Enseignes-moi Maulgis, fait-il, pute mau- » vaise que vous êtes, si prendray vengement de la mespresure qu’il » a faicte envers mov traîtreusement, et de vous mesmes qui leaulté » ne m’avez pas tenue auray présentement pugnicion. » Lors » haulce l’espée et fait signe de la décoler.La royne pousse un cri et » demande merci : les chevaliers prennent parti pour elle qui se » rappelle que Maulgis lui avait bien promis de sauver son corps par r art magique et qu’elle ne pensa qu’à sauver le sien par hardies » réponses et subtiles évocacions. .. Le roy sortit tout pensif, et le )> cerf se prit à bondir comme en campagne.

Une autre de ces vignettes nous apprend : <c comment Charle ~ » meinc receupt les 4 fils Aymon a sa court et les fist chevaliers » de sa main.

» L'histoire dit que quant les quatre fils Aymon furent en Paris » arrivés, comme moult le désiroient , ils chevaulchèrent jusques » au logis que l’on avait pris pour eulx , et le mesmes par adven- » ture où le duc Aymon avait accoustumé à logier, et quant ils » furent chez leur hoste , adonques firent-ils premièrement comme » faire le dévoient, ils burent et mangèrent si bon leur sembla mais » mie ne voulurent longuement séjourner sans veoir l’empereur )> et a 1er à court comme le duc leur père leur avoit enchargé eulx » présenter. Si se dévestirent des robes qu’ils avoient vestr.es , se » mirent en habits richement ouvrés et faicts selon la guise du pays » dont ils venoient, puis se mirent à cheminer, leurs escuiers devant )> et varlets derrière et en passant de rue en aultre , vindrent au r palais là où estoit Charlemeine qui ja avoit ouv nouvelle de leur

» venue.... »

PEINTURE DES MANUSCRITS

ISO

» Quand les quatre barons furent descendus ils eurent gens prests » et ordonnez pour leurs chevaulx pourmener et tenir et ils mon- » tèrent en sale et vindrent passant devant les chevaliers qui là » estoient eulx présenter et agenouiller devant l’empereur lequel » ils saluèrent disant par la bouche de Régnault qui estoit devant » les trois aultres frères : Celui Dieu qui de Vierge mère voulut nas- » quir pour la rédemption des humains , vœuille par son plaisir » saulver et garder de tout mal le noble duc qui cy nous envoya la » noble dame qui en ses flancs nous conceupt et porta et à vous ,

» Sire , hault noble et puissant empire veuille tout honneur vic- » toire force paix santé avecques seigneurie envoier et à tous » ceulx de votre linaige et bons amis qui céans vous compaignent , » telle grâce envoier que ja ne puissent faire chose par laquelle ils ;> puissent vostre amour eslongier. Sy fut le riche empereur tant » joieux et eontempt de celui salut. — Sy se mist le riche empereur » à table... — et fut place faicte aux quatre damoiseaulx. »

Parmi les autres vignettes qui ont pour sujets divers épisodes de la vie du paladin , il en est une qui représente le baptême de Durandart , « lequel ne désiroit rien tant que de recepvoir le saint bap- » tesme et tout le commun grant , petit et moien pareillement et » adonques furent belles cuves et autres beaux vesseaulx et nefs » apointiés , et fu Durandart le premier baptisé à sa requeste » mesmes avecques les 4 rois qui là estaient Gloriant, Manda- » guin , Drogues et Àquilant. Sy estoit Englentine sa noble demoi- » selle toute seule à part en un vaissel moult bien apointié et » quant le noble archevesque acompagnié de prelas et seigneurs « d’église voulut faire le saint mystère , il demanda à chascun com- » ment ils vouloicnt cstre nomméz. Sy ny veut son nom avoir » changé , sinon Durandart. »

L’exécution de ces miniatures est, ainsi que nous l avons dit , attribuée à Jean V an Eyck au XVe siècle , quoique peut être à tort.

ALBUM, &e SÉRIE, PL. XIII, XIV ET XV.

MINIATURES DES XIVe ET XVe SIECLES.

Ces trois feuilles de manuscrits du XIV0 et du XVe siècle représentent des scènes de combats , des triomphes et des mêlées;

PEINTURE DES MANUSCRITS

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les costumes des chevaliers, leurs armes et équipements sont reproduits avec une précision remarquable. La première a pour sujet le triomphe de Cainillus, vainqueur des Volsques. ( Collect. Du S .)

La seconde , extraite du manuscrit de Gérard de Roussillon, fait « pour avoir l’entendement et la cognoissance de la vie des fais et » des aventures de noble et puissant prinche monseigneur Gérard » de Rousséillon, qui fu en son temps de Bourgogne duc et conte » segneur d’Auvergne et de Gascoigne , d’Avignon et de Limo- « sin , etc., )> représente un choc d’infanterie et de cavalerie au plus fort de la mêlée.

La troisième, tirée d’un roman de chevalerie de la fin du XVe siècle et représentant une scène de nuit, nous apprend « comment le » chevalier vainquit les hostes es grand péril , et sa dame lui baille » un baume d’or. » Cette dernière miniature, exécutée en grisaille foncée, est entourée d’une bordure en couleur, dont les deux sujets principaux sont la Force et la Justice. [Appartient à M. Carrand.)

4e SÉRIE, PE. XVI, XVII, XVIII ET XIX.

Les vignettes de ces quatre planches sont tirées d’un manuscrit sur l’histoire romaine , conservé à la bibliothèque de l’Arsenal. Ce manuscrit en i volumes date de 1 4 5 4 *? du été exécuté à Hesdin, en Artois, pour le deuxième duc de Bourgogne, .ainsi qu’en témoignent les armoiries des encadrements , écartelées de Bourgogne,

de Flandres , de Hainaut et de Brabant. Le premier volume est une traduction de Tite-Live, première et troisième décade, et une partie de la quatrième. Le second volume est tiré de Lucain et de Suétone. Il y a tout lieu de croire que l’auteur s est également inspiré des anciens auteurs et des manuscrits français du temps de Charles Y. Dans le catalogue de la bibliothèque de ce roi, dressé par Gilles Mallet, son bibliothécaire, on trouve énoncées quatre traductions de Tite-Live , dont deux anonymes, une de Raoul de Praisles et une du prieur de Saint- Victor de Pans , nomme Le Bercheur.

Le manuscrit, dont ces planches ofïrent quelques pages seule-

PEINTURE DES MANUSCRITS

ment, est couvert de fort belles miniatures et de têtes de lettres d’une grande richesse j les textes sont ornés d’encadremens trèsvariés.

La première de ces quatre miniatures représente le dévouement de Cursius : « Cornent Titus Manlius délivra son pere de mort et w cornent Marc Cursius se mist à mort de son grc po délivrer le )> peuple romain. »

La seconde est la proclamation de guerre entre les Romains et les Tarentins : « Cornent la guerre comeca entre les Romains et les » Tharentins, et cornent le roy Pirrus de Grece vint secourir ceulz » de Tharente. »

La troisième a pour sujet la prise de Compse : « Cornent Hanibal » prind la cité de Compse, cornent les Campenois lui rendirent » Capue, et parle d’aucunes notables choses qui lors furent faites » à Capue. »

La quatrième nous montre la défaite des Romains , réduits à passer sous le joug : « Cornent les descofirent et cornent a gàt hôte et » vitupeir ils firent les Romains passer dessoubs le joug. »

(. Bibliothèque de l'Arsenal.)

4e SÉRIE, TL. XXXVII, XXXVIII, XXXIX ET XL.

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