VIGNETTES TIREES DU MANUSCRIT DE LA BIBLIOTHEQUE DU ROI , N
Ces vignettes sont extraites du « très-colatif œuvre composé par )> maître François Pétrarche, très cher et excellent poëte et ora- » leur : Des Remèdes de l'une et l'autre fortune , par lui envoyé à son » ami Azon. » XVe siècle.
Dialogue entre Douleur et Rayson « du Roy sans jïlz. »
Douleur { le roi Louis XII) : « J’ay un royaulme et n'ay point de » fils qui me puisse succéder.
Raison : » Ne t’as pas donné ton royaulme assez de cure et soing : » si tu n’es encore chargé du faix et de la sollicitude de quelque fils » duquel tu pourroys avoir grant ennuy et malaise. Mais toy et tes » semblables vous delectez en vos labeurs et charges et vous semble » chose doulce tomber sous le fais. Il te fault entendre qu’il n’est
PEINTURE DES MANUSCRITS
» point de fais publique plus pesant que ung royaulme : ne fais » privé pins dur à porter qu’un filz combien que tel fais soit plaiw sant et cher plus que nulle autre chose.
Douleur: » A qui laisseray-je mon royaulme ? je n’ay point de fdz ?
Raison : » Laisse aux citoyens et subjects liberté , il n’est chose » qui plus leur plaise et ne scauroys faire chose plus digne de « louenge, etc., etc.
Douleur : » Hélas 1 si je avoys ung fdz pour me seconder j’en se- » vois plus fort, plus craint de mes ennemys et en seroit mon w royaulme et mes subjects en plus grande seureté.
Raison : » Si le Dieu éternel duquel la providence par sa bonté » même incessamment veille a donner ordre et pourvoir aux très » petites choses particulières et singulières de ce monde, ne peulx- » lu bien entendre qu’il n’a point oublié à pourvoir aux granls » royaulmes et empires lesquels il a établis pour dominer, régir et » gouverner toutes les choses à eulx subjecles chacun en son re-
» gard . Laisse, laisse donc ordonner de ton royaulme et de
» toutes choses à celuy qui ne fait rien sans causes et estudics à » vertu , et penses de faire si bonnes œuvres qu’après que tu auras » régné temporellement , tu puisses régner éternellement au para- » dis et que par vertueux baulx et magnifiques fais, lu puisses » perpétuer ton nom et ta gloire , comme ont fait plusieurs bons et )> vertueux roys et empereurs , desquels le bon renom et la mé- » moire durera jusques à la fin du monde. «
Des robes précieuses et aultre ornement corporel. Dialogue entre
Prospérité — Sensualité — Joye — f Ame et Raison sur l'abus des
aornemenz et vestementz estranges à la nouvelle jasson , etc.
Joye : « Je suis vestu noblement.
Raison: a Les choses pures et nettes désirent estre vestues nues » et la coustume est de couvrir de couleur les choses viles et ordes.
Joye : » Je suis aorné de habis très exquis.
Raison : » C’est honte et erant follic couvrir chose vile de nobles
)) couvertures, comme de couvrir fiens de pourpre .
Joye : » Je suis aorné d’un vestement estrange à la nouvelle fassom
PEINTURE DES MANUSCRITS
Raison : » Je ne sçauroys assez détester ne repousser ces habises- » tranges que la présente furieuse aage nous a apportés des extré- « mités et fins du inonde. Certes Dieu et les hommes ont en haine « et horreur et non sans cause telles gens qu’on peut nommer » bestes sauvages portant face humaine... qoise vestentetaornentà » la manière des femmes en portant perruques et cheveux peignez » et descouvranz aucune partie de leurs corps et changeans de jour » en jour leurs liabis plus soudain que Poyseau ne voile. Certaine- » ment je suis en grant doubte lesquels sont plus à hayr les maistres » qui font tels habits ou les disciples qui les portent. N’est*ce pas » une chose bien désordonnée que maintenant ny a nulle différence » ou petite entre les princes duez et grans seigneurs et entre les » ménestrels et joueurs d’instrumens ; entre les femmes de bien et » les folles femmes et ny a encores esperance que ceste follie cesse )> mais de jour en jour change et croist et se multiplie et varie Per- » reur des hommes et des femmes. »
Dialogue concernant les paintures de tables et aultres mauvais
exemples.
Raison : « C’est une délectation qui n’est pas plus à tolérer quelle » estoit anciennement auquel temps plusieurs furent détenus en d telle vanité auxquelz ne doiz prendre exemple ne les en suivir j » car tout mauvais exemple devient très mauvais quant aucune
» chose y est adjoustée . Or, je vouldroys que vous ensuivissiez
» aussi bien vos prédécesseurs en leurs bonnes vertus comme vous » les ensuyvez en painiures de tables et autres mauvais exemples.
Joye : )> Je m’esmerveille fort de si belles tables paintes.
Raison : » L’œuvre et fasson de telles paintures a toujours été » augmentée par les industries des ouvriers par les follies des » princes. Les grans excessifs prix qu’on les a vendus et portez
» vendre outre la mer . pour laquelle curiosité plusieurs ont
» délaissés l estude de philozophie et ont mis tout leur soing et » estude en de telles paintures et de ce est advenu que, à cause de « la convenance que cet art a avecques nature il a esté entre les » arts mécaniques le plus préféré et honoré.
» Pourquoi se telles choses vaines et faulses te plaisent, lève tes
PEINTURE DES MANUSCRITS
iss
« yeulx en hault, et ccluy qui a paint la bouche humaine de senz » naturelz, l’âme de l’entendement, le ciel de estoilles, la terre de » fleurs, et tu despriseras et n’estimeras rien telles choses painctes )) ne les ouvriers qui les font. »
De Statues et Ymages.
Joye : « Je me délecte à voir ymages et statues.
Raison : » Ce sont diverses sciences que celles de painture et de » tailler ymaiges , mais c’est une même erreur. Toutes fois les yma- » ges approchent un pou plus près de nature que ne le font les pain- » tures, lesquelles sont seulement vues , mais les statues et ymages » sont vues et touchées estant corps plus entier, plus ferme et de » plus longue durée et ce advient que nous ne avons plus guères )) de paintures anciennes : mais de siatues assez. Et dont vient >; donequez ce que ceste aage erronée en plusieurs choses veut dire w avoir trouvé, l’art de paintrerie, ou au moins avoir parfait et eon- « sumé ce qui estoit commencé : et que l’art de paintrerie est plus » parfait que l’art de sculpture et de faire ymages, etc. »
Le dialogue, après avoir traité des peintures, des images et sculptures, arrive aux riches vaisselles d’or, puis aux livres, etc. -, c’est là que la raison établit la différence qui doit exister entre ceux « qui » quièrent et appetent livres pour sçavoir, » et ceux « qui appetent ); livres par volupté et jactance, » et finit par se récrier sur la quantité des livres, « plusieurs s’enhardissent d’escrire pource que » à présent les ignorans gaignent autant et souvent plus que les sça- « vans. »
La quatrième miniature de cette suite, tirée du deuxième livre, traite de la fortune adverse, représentée, comme dans les planches précédentes, sous la figure d’une négresse. Toutes les mauvaises passions sortent de sa roue, tournée par l’adversité^ tous les vices lui servent de cortège et la suivent. La mort soudaine, la mort violente, la mort honteuse, opposées par leurs convulsions au calme de la mort naturelle, viennent couronner la carrière des malheureux soumis à cette influence.
PEINTURE DES MANUSCRITS
ISO
ALBUM , Ge série , PL. XXI.