VUES DU CHATEAU DE GAILLON
La construction de ce château, dont il ne reste aujourd’hui que le beau fragment conservé dans la cour de l’école des Beaux- Arts, et qui était une de ses quatre façades, a été attribuée à une foule d’artistes, parmi lesquels figure l’architecte Joconde, appelé en France en i499- Cependant il est loin d’être prouvé que cet habile étranger ait mis la main à ce grand œuvre, dont la date précise de 1 4 97 nous assigne le commencement. Ce ne fut qu’en iooo seulement que la plus grande activité régna dans les travaux de cette J construction, activité qui se manifesta sans interruption jusqu a la mort de Georges d Amboise 1er, en i5io *.
Quant à la date de l’achèvement des constructions, un des pilas-
1 M. Deville , dans ses Recherches sur la construction de Gaillon , n'a pas trouvé le nom de l’architecte Joconde figurer parmi ceux des artistes français, et particulièrement rouennais, qui ont participé à ce grand œuvre. Les artistes dont il a retrouvé les noms sont la plupart inconnus, sauf les Anthoinc Juste, les Pierre Delorme, Toussaint Delorme, etc., qui ont pris part aussi à ces travaux.
ARCHITECTURE
très de Gaillon tel qu’il nous reste, la porte au milieu d’arabesques enlaçant une mitre, des clefs et un siège épiscopal -, c’est celle de i5o5, ce qui porterait à déduire naturellement que Georges d’Amboise n’aurait jamais habité ce château, où la tradition historique a conservé des souvenirs de son séjour. Il est du moins positif que ce fut lui qui en entreprit la construction, sur l’emplacement de l’ancien château de Gaillon, qui avait été légué par Louis IX aux archevêques de la ville de Rouen, et qui depuis le règne de ce monarque servait de résidence d’été à tous ses prélats, jusqu’en i423, époque à laquelle les troupes du duc de Bedfort en avaient fait un amas de décombres.
La richesse et le bon goût des ornemens, l’harmonie des proportions et la finesse de détails que nous offre la partie encore existante de ce chef-d’œuvre du style de transition de l époque de Louis XII, suffisent pour nous faire regretter amèrement la perte irréparable de ce vaste ensemble de constructions, dont il ne reste pas une pierre en ruine sur place.
lre SÉRIE , PL. VI.
MAISONS DE CLONY.
Voyez chap. n.
l,e SÉRIE, PL. VIII, IX, X.
Voyez, chap. n.
i 1 e SÉRIE , PL. VII.
ÉGLISE n’oRVIETO.
La petite ville d’Orvieto est une des positions les plus originales de l’Italie. La cathédrale est, à vraiment parler, le seul monument gothique que possède cette riche contrée -, aussi avait-elle, à juste titre, le droit de figurer dans nos planches.
Son premier aspect est, quant à la façade, d’une surabondance de sculptures, d’ornemens, de colonnettes, de finesses d’architecture de tous genres, de mosaïques à fonds d’or-, enfin, c’est tout un luxe de détails enchevêtrés les uns dans les autres, d’un accord plus ou moins authentique ; aussi n’y faut-il chercher que le détail et non plus
VRCHITJiCTURE.
l’ensemb\ e. Là, l’énorme différence de ce gothique italien, gothique entassé, surabondant, avec le noble accord de nos cathédrales, si graves, si fermes, et pourtant si riches de sculptures, si étonnantes de détails.
Ici, pourtant, à Orvieto, au bas de la façade, ce sont les admirables bas-reliefs de l’Ancien et du Nouveau-Testament -, ce sont les sculptures de Nicolas de Pise , de Jean , son fils, d’Arnolfo de Florence, du frère Dominicain Guillaume de Pise, et de certains autres encore.
A gauche, ce sont la création de la femme, celle des animaux, le paradis terrestre, Dieu défendant le fruit de l’arbre du mal -, plus loin, la tentation du serpent, puis la fuite du paradis devant Lange à l’épée flamboyante, puis le sacrifice de Caïn et d’Abel-, — après, c’est Abraham, puis David, Salomon, Moïse $ toute l’histoire enfin de l’Ancien-Testament ; c’est aussi la Sainte- Vierge Marie-, à sa droite l’archange Gabriel, à sa gauche le Rédempteur sur la croix, puis des anges en adoration, puis enfin les évangélistes. Dans un autre bas-relief, c’est la nativité, le baptême dans le Jourdain, la flagellation, le crucifiement, les saintes femmes, le saint sépulcre.
Autre part , c’est le jugement dernier et la résurrection des morts, etc.
Plus haut, sont les mosaïques de Lapo di Nuzzo, artiste florentin, de Bonini de Pérouse, du moine Francesco d’Orvieto, de Pierre de Pavie, de Jean de Bologne, etc., représentant l’annonciation, l’apothéose de la Vierge, le baptême du Christ, la nativité, la présentation au temple.
Cette riche façade est terminée par des pointes, des clochetons surmontés de statues de saints, et au milieu par l’agneau pascal.
L intérieur du temple a la forme d’une croix latine. C est ainsi qu’à 1 extérieur une suite de richesses sans nombre , les sculptures et les peintures v sont jetées à profusion.
La chapelle peinte par Luc Signorelli, celle du Saint-Corporal, sont d’une richesse de décorations des plus remarquables, décorations qu’elles doivent aux célèbres sculpteurs que nous avons déjà cités, ainsi qu’à quelques autres moins connus, et aux peintres Ugolino di Prcle Ilano, Giovanni Lconardcllo, Gentde da F abriano, Bcato Angelico di Ficsole, Bcnozzo, peintre florentin, Pietro Peru-
ARCH1TE CT l RF. .
gino, Luc Signorelli, Genga, Ragazzini de Ravenne, Girolamo Muziano, etc.
Cette belle église, élevée au commencement du XIVe siècle, est le seul spécimen de l’art gothique en Italie. Les architectes qui l’ont élevée ou qui ont participé à son érection et à sa décoration, tant intérieure qu’extérieure, furent, dit-on, Lorenzo Maitani de Sienne , Jacopo di Pietro Guidi de Florence, Michèle Veronese detto, San Micheli, Mosca, Sebasliano Toti, Ipolito Scalza, Francesco Scalza et Gabriele Mercanti.
L’état de conservation de tous ces travaux d’art paraîtrait vraiment prodigieux si l’on ne songeait à la richesse de ce climat conservateur, et à l’isolement absolu de cette petite ville d’Orvieto, placée en dehors de toute communication et éloignée des grandes villes de l’Ilalie.
lrG SÉRIE , PL. LX.