‹ Les arts au Moyen Age (volume 2)Chapitre 33 sur 271 · ÉGLISE SAINT-NICAISE · texte numérisé non relu

ÉGLISE SAINT-NICAISE

Celte église du XIIIe siècle était ajuste titre une des richesses architecturales de la ville de Reims, ville pourtant si féconde en monumens religieux de tous les siècles, aussi bien qu’en ruines antiques et romaines- aujourd’hui il n’est plus trace de Saint-Nieaise • commencée en 122g par H. Libergier et terminée en 1297 par Robert de Coucy, cette curieuse église, après toutes scs splendeurs passées, est devenue sous nos troubles révolutionnaires la proie du citoyen

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Santerrc qui l’a fait jeter bas. Comment ne pas regretter amèrement ces clochers de pierres, si sveltes, si élancés, flanqués de leurs clochetons à frêles colonnettes 3 cette façade tout entière si caractéristique dans son ensemble et formant un si beau spécimen des constructions du XIIIe siècle? Toutes ces somptuosités d’architectures, tout cet épisode de l’ histoire de l’art, rayé par l’avidité d’un Santerre !

Voici une description extraite de Reims pittoresque ancien et moderne, et qui était elle-même tirée d’un Mémoire présenté par M. Povillon-Pierrard à la société d’agriculture de Châlons en 1822. Cette notice était du reste en partie extraite d’un Précis historique sur V église de Saint- Nie aise, par Dom Philibert Leautè :

« Le portail de l’église de Saint-Nicaise de Reims était remarquable par trois vestibules qui servaient d’entrée-, le plus grand était construit à deux battans, comme les deux autres. On remarquait sur les portes de pierre la représentation du jugement dernier, le paradis à droite, et l’enfer à gauche , avec la figure du Sauveur assis sur un trône , tout-à-fait semblable au modèle qui en fut rapporté en ce temps-là de la ville de Constantinople. Le tableau de l’enfer était remarquable par sa composition. D’un côté, et à gauche du spectateur, étaient des groupes de damnés, les uns exprimant la douleur, les autres le désespoir -, ceux-ci se couvrant le visage de leurs mains -, ceux-là semblant grincer les dents et se tordre les poings. De l’autre côté, et à droite, s’avançait vers eux une figure de femme: elle était armée d’une longue fourche, et chassait un énorme chien à longue queue et à courtes oreilles, attelé à un tombereau dans lequel elle se tenait debout.

» Cette figure hideuse ne pouvait représenter que le diable occupé àvoiturer ses victimes dans son affreuse demeure. Le vulgaire, qui s’appliquait à cette sculpture, s’était plu à donner à la figure du diable le nom de Mère Blonde, par dérision, puisque Satan est toujours représenté noir. Quoi qu’il en soit de cette sculpture, elle a longtemps servi d’épouvantail aux enfans, auxquels il suffisait de la montrer et même d’en parler, pour les faire craindre ou pour les faire cesser de pleurer. On voyait aussi sous les ailes du grand vestibule et de côté et d’autre, un bas-relief des douze apôtres, placé sur deux colonnes de marbre -, Saint-Nicaise, portant sa tête entre ses mains,

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occupait le milieu j il était placé sur une colonne qui lui servait de pied douche. Le vestibule du côté droit représentait une image sculptée du martyre de saint Nicaise et de sa sœur sainte Eutrope-, à gauche était le martyre de saint Vital et de saint Agricole, sous l'invocation desquels cette église fut d'abord consacrée. Ces trois vestibules étaient ornés, dedans et dehors, de chapiteaux et de Heurs taillées dans la pierre et de cinquante colonnes de marbre , qui les relevaient infiniment dans leur partie inférieure. Il y avait sept arcades de forme ogive, dont trois qui formaient les vestibules, et les quatre autres non caves étaient ornées d’arabesques taillés à plein et en relief. Il a paru que ces monumens les plus délicats de sculpture ont été peints autrefois , et que les figures en pierre ont été dorées. Ce qui relevait encore ces arcades, un des plus nobles et des plus beaux ornemensde ce portail , c’étaient des clocheteaux à jour et artistement travaillés en pierre , qui étaient achevalés sur leurs combles.

w Sur cette grande masse d’édifice, au grand portail , s’élevaient deux tours d’une égale structure et parfaitement égales en hauteur, dont les angles de chaque quadrature étaient soutenus par un double rang de colonnes appuyées l’une sur l’autre, et finissaient en forme de pyramide octogone. Ces deux tours étaient jointes par une double colonnade ou péristyle en pierre, d’une grande délicatesse, laquelle atteignait le faîte de la couverture du bâtiment, et servait de passage d'une tour à l’autre. Il y avait trois ccnt trente degrésde pierre pour monter aux deux tours. On montait sept degrés pour entrer dans l’église qui avait trois cent-cinq pieds de longueur, cent trente de largeur, et de hauteur, depuis le pavé jusqu’à la voûte, quatre-vingt-quinze-, elle était soutenue par vingt- huit colonnes proportionnées à sa grandeur, et maintenue par des piliers-boütans, dont douze de côté et d’autre pour la grande nef, et six pour le chevet qu’ds soutenaient vers le haut , au moyen d’une double arcade recourbée, toute à jour, et aboutissant par conséquent à chaque pilier-boutant.

» Sur deux grandes verrières très délicatement ouvertes, était placée la rose qui occupait le milieu du portail ; son admirable structure était due aux frères Gentillaslre, architectes de Reims , fort renommés à cause de leurs talens. Celle rose ayant éprouvé différentes

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chutes occasionnées par les orages , fut successivement réparée et reconstruite en i56yet 1717.

» A droite et à gauche , et par conséquent au-dessus des portes d’entrée , était aussi une moyenne verrière , donnant jour aux nefs d’en-bas, aux ailes de l'église.

» Gomme les églises de Saint-Remi et deNotre-Dame de Reims, celle deSaint-Nicaise était soutenue par des piliers-boutans dont j’ai déjà parlé, entre chacun desquels était une verrière haute , éclairant la nef collatérale. Toute l’église paraissait percée de tous côtés, en façon de lanterne et faite en forme de croix -, on y comptait en tout quarante-quatre verrières et deux grandes roses, savoir : quatre verrières et une grande rose au grand portail, deux verrières et une grande rose au portail méridional, dix verrières supérieures etdouze inférieures le long des nefs, six verrières au rond-point qui était construit à pans coupés; enfin, dix autres verrières principales éclairaient les chapelles du rond-point. Les vitres en étaient d’une beauté charmante, et ressemblaient au plus brillant cristal ; elles avaient été presque toutes données par des rois, des reines, des archevêques de Reims , et par des personnes de la plus haute considération.

« Je ne dois point passer ici sous silence le portail méridional qui était le seul achevé, excepté pourtant le pignon qui devait se terminer en pyramide , et n’était bâti qu’en bois couvert d’ardoises ; cependant il était flanqué de pilastres élégans ; au milieu était, comme au grand portail, une belle rose et deux grandes verrières qui la soutenaient. L’entrée de ce portail consistait en un vestibule, et une double partie séparée par un trumeau, sur lequel était une statue de la Sainte-Vierge, placée sur une colonne de marbre ; au-dessus et de côté et d’autre de cette statue, sous le vestibule, étaient des arabesques sculptés en relief, taillés à plein , et lesquels dessins se répétaient sur deux arcades ogives et non caves, accompagnant celle du vestibule ; toutes trois étaient de forme pyramidale et séparées par un clocheteau à jour délicatment construit sur chaque comble de ces mêmes arcades, auxquelles ils servaient d’ornement, au nombre de quatre.

« Quant à la croisée septentrionale , elle n’était pas achevée ; la rose qui devait la composer avait été commencée sur deux hautes verrières demeurées également imparfaites et bouchées; ces travaux

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préparatoires étaient recouverts de charpente et d’ardoises. Cette croisée avait pourtant deux escaliers en pierre , semblables à ceux des tours du portail, ce qui semblerait indiquer l’intention qu’avaient pu avoir les architectes de l’église de construire à l’une et à l’autre croisée des tours semblables à celles de ce meme portail ; car la croisée méridionale avait aussi de pareils escaliers.

» Toute l’église était couverte en ardoises -, mais les basses-nefs ou les ailes et les chapelles du rond-point ne l’étaient qu’en tuiles plates avec quelque peu d’ardoises. Au haut de l’édifice, et par conséquent au milieu de la croisée, dominait un petit clocher d’un assez bon goût et couvert d’ardoises -, il y avait des cloches d’un moyen calibre, servant aux offices du chœur des religieux. L’époque de sa construction ne se trouve pas dans l’état des dépenses qu’occasionnèrent les réparations de l’église vers l’an 1707, époque à laquelle les religieux de Saint-Nicaise avaient résolu de l’achever. Mais celte généreuse résolution ne put avoir lieu, à cause du nouveau partage des biens qu’ils firent alors avec les chanoines de la Sainte- Chapelle de Paris , qui possédaient en régale les biens de l’abbaye depuis l’an i643, par le consentement de Louis XIII. C’est donc ce qui fut cause qu’ils employaient ce qu’ils destinaient à celte belle œuvre, tant à réparer leur monastère, qu’à la restauration de leur église , dont ils firent refaire à neuf la charpente, et la recouvrir en ardoises, depuis un bout jusqu’à l’autre, moyennant une somme de dix-huit mille livres, non compris une autre somme de quinze mille livres pour les réparations autour de l’église, au portail et aux flèches.

» Puis, après un aperçu si rapide et si incomplet du prospect de Saint-Nicaise, à côté de tant de beautés de détail que nous passons sous silence, de tant de chefs-d’œuvre dont nous ne vous disons rien, nous ne vous ferons pas le récit de toutes les richesses artistiques (pie renfermait cette noble basilique • nous ne vous rappelerons ni son jubé d’un gothique précieux, qu’ un prieur de l’abbaÿe , prétendu homme de goût , fit abattre en 1761 -, ni ses vitraux si magnifiques et si admirés, ni ses tombeaux en marbre, ni ses pierres tümulairesen albâtre, ni ses tableaux des meilleurs maîtres, ni ses tapisseries d’un travailsicurieux, ni ses ornemens si variés, si somptueux -, inestimables monumensqui faisaient la richesse et l’orgueil de cette

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église déjà si belle de sa propre beauté, et qui tous, sous la désignation de propriété s nationales , furent enlevés, brisés, fondus, mis à 1 encan et perdus pour la ville de Reims. Nous ne parlerons pas meme de ce célèbre pilier tremblant , que vinrent visiter les curieux et les savans de tous les pays, les princes, les rois et les empereurs de la terre, et dont personne ne sut jamais expliquer le mystère Nous ne pourrions que répéter à son sujet ce qui a été dit bien souvent autre part, et nous aimons mieux vous renvoyer à ce qu’en ont écrit l’abbé Pluclie, dans son Spectacle de la Nature (t. VII, p. et suivantes), et le laborieux M. Povillon-Pierrard dans son Mémoire cité plus haut \ »

4e SÉRIE, PL. III ET IV.

CHATEAU ü’aMBOISE AU XVe SIECLE ET DANS SON ETAT ACTUEL.

Ce château , confisqué sur les anciens seigneurs de la maison d’Amboise, en i43 1 , par le roi Charles VII, fut réuni de la sorte au domaine de la couronne. Le roi Charles VIII, qui naquit dans ses murs en 1470, ht venir d’Italie, à son retour de Naples, des architectes à qui il donna mission d’embellir cette résidence, et notamment de construire la chapelle, lorsque sa mort vint l’y enlever, le 7 avril i4qB, au milieu des travaux commencés.

« Ce château , dit Comines , où il avait entrepris le plus grand édifice que commença Roy , tant au château qu’en ville et se peut voir par les tours par où l’on monte achevai, etc. »

Ce fut à Amboise qu’en 1 5(3 1 l’on découvrit, pendant que ce château était la résidence de la cour de François II, la fameuse conspiration qui porte le nom d’ yJmboise ,• c’était aussi là que Louis XI, un siècle plus tôt, avait fait exécuter plusieurs constructions d’assez mauvais goût, et qu’il avait institué l’ordre de Saint-Michel en 1469. En 1780 ce château appartenait au duc de Ghoiseul , et depuis il est devenu la propriété de la maison d’Orléans.

Du Cerceau en fait la description : «Tout le circuit du bastiment est fierement basti, et sur roc, au pied duquel, joignant la clôture sont deux grosses tours de dix à onze toises de diamètre en dedans,

» Extrait de Reims pittoresque ancien cl moderne. Biographie , Hues Libergier.

architecture.

ou environ esquelles tours les chariots avec chevaux peuvent monter du bas en haut jusques à la court du château. Il y a en ce lieu plusieurs corps de logis. Ceux qui sont assis sur les clôtures sont bien bastis comme le logis de Vertus et autres , mais il y en a par dedans qui ne sont que des cloisonnages. Depuis quelque temps a été faict quelque corps de baslimens neufs respondans sur le jardin avec d’autres respondans sur la court du milieu, etc. »

4e SÉRIE, pe. v.

VUE EXTÉRIEURE DU CHATEAU DE BLOIS, PARTIE CONSTRUITE PAR FRANÇOIS Ier ,

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