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Les arts au Moyen Age

mesureqne s’écoule le fleuve du moyen-âge, sombre torrent gonflé d ’ a fil u e n s plus ténébreux encore , son onde devient plus

limpide. Son cours , précipité d’abord par de terribles avalanches , obstrué par les débris du naufrage de la civilisation, se creuse un lit profond et tend à vivifier et non plus à détruire. Le limon même de la t. iv. l

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barbarie viendra concourir à ce but, par ses sucs fécondans dont l’active fermentation s’est déjà manifestée pour nous , à F issue de chaque conflagration, dans l’exemple de ces conquérans dévastateurs, FraJiks , Goths , Bargondes , Danois et autres, habiles à reconstituer à leur profit l’édifice social abattu sous leurs coups , et d’autant plus ardcns à poursuivre cette œuvre, qu’étrangers jusque-là au culte des beaux-arts, comme aux lumières de la civilisation chrétienne, ils trouvaient à la fois, dans ce brillant prestige, un aliment pour leur ferveur nouvelle et l’anoblissement de leur mission d’abord funeste.

Souvent encore sans doute, quelques cataclysmes subits, quelques ruptures de digues trop récentes pour résister à de nouveaux lorrens, sembleront menacer d’un retour au chaos -, mais de vives clartés reflétées d’Orient ’ vont dissiper bien des ténèbres, tandis qu’un bril-

> De très bons esprits diffèrent sur ce point ; Gibbon les départage. Doublement irrité, comme historien penseur et dans sa frénésie antipapale , des calamités de tous genres que fit peser sur les peuples la guerre sainte provoquée et alimentée par le saint-siège, qui seul put, il est vrai, faire trophée, même de nos défaites, il fulmine sous ce rapport « contre » le fanatisme et la superstition avides de mystères et de miracles; » proteste que » la froide philosophie de son siècle ne concevra pas l’impulsion violente que reçut un » monde corrompu; que rien ne compensera les déplorables fruits de la folie populaire » de ce temps ; que ces guerres ont plutôt retardé qu'avancé la maturité de l’Eu- » rope, etc. » Autant en dit, et presque dans les mêmes termes, un autre Anglais, Berington , dans son Histoire Littéraire des Xle et XJIe siècles. Mais si ces écrivains, animés sans s’en douter assurément d’un autre fanatisme que celui qu’ils combattent, se rencontrent si bien dans leur concert de malédictions contre les expéditions , leur harmonie se rompt à propos de l’influence immédiate qu’elles eurent sur nos populations; car lorsque Berington déclare formellement qu’elles furent nuisibles aux lettres et au savoir, et stériles sous le rapport des arts , Gibbon convient du moins (chap. lxi) que les Latins de l’Europe, qui, comparés aux Grecs et aux Arabes, n’occupaient alors que le troisième rang parmi les nations civilisées sous le rapport des arts et de l’industrie , durent leurs progrès successifs et leur supériorité actuelle à l’énergie de leur caractère et à un esprit imitation et d’ activité inconnu à leurs rivaux, chez lesquels tout commence dès lors à dégénérer. Il parle des progrès qui se manifestèrent chez nous dans le commerce, dans les manufactures, dans les arts, comme étant les fruits de cette communication avec les peuples les plus cultivés d' Orient, et va même jusqu’à citer l'usage des moulins à vent, importé dès l’année 1105, d’Asie mineure en Normandie (importation plus difficile encore que celle de l’ogive sicilienne, que nous implanterons vers cette époque dans la même province), comme un des emprunts dus à l'esprit observateur des pèlerins armés, qui dotèrent leur patrie au retour de beaucoup d’autres inventions et produits asiatiques, notamment dans les jouissances du luxe. Rien ne porte au plus haut

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lant phare, renseignement laïc et universitaire, qu’allumeront bientôt

degré l’empreinte de la conviction qu’une semblable concession, du point de vue où le savant historien protestant s’était placé d’abord ; et cependant nous allons voir l’étrange inspiration qu’un écrivain très orthodoxe, le comte de Cicognara, a puisée dans les argumens mêmes de Gibbon qu’il cite, et dont il s’appuie à ce sujet même. « Tutto questo, » dit-il, en parlant des croisades (Storia della scdltura, Iib. 2, cap. 1, t. II, p. 23, Çrocute) « non poteva cerlamente far promeltere alcun vantaggio aile arti , » argument absolu qu’il exagère encore en disant (p. 26) que si les arts se réveillèrent en Italie, pendant la durée des croisades, l’influence de ces expéditions n’y fut pour rien « Durante » questa epoca se le arti poterono risvegliarsi in Italia, non è che ricevessero alcun )> benefico influsso dalle crociate, etc. »

Ici se prouve bien la justesse du reproche que nous verrons plus loin M. le duc Serra di Falco adresser à ce compatriote, « d’avoir tout sacrifié , l’observation et la vérité » même, à l’idée de faire honneur à V Italie seule (en en séparant la Sicile), de la ré- » surrection des arts, comme produit de son sol, sans influence étrangère. » Cette préoccupation, comme la nomme courtoismente le nobles icilien, est si forte en effet qu’elle va jusqu’à rendre l'historien de l’art en Italie entièrement aveugle sur la gloire qu’eut Charlemagne d’y raviver ce beau foyer, tant par son puissant patronage, sans lequel Adrien Ier et Léon IIT n’eussent pas entrepris leurs remarquables travaux, que par son intervention directe , encore aujourd’hui constatée à Florence par les églises de style antique de San-Âpostolo et de San-Stephano, et à Rome même par celle de San-Vincensio aile tre fontane, et par celle de San-Michele in Sassia, que ce grand prince fit construire à l’usage des Saxons devenus, par ses soins, dignes de ce séjour. « Poco ebbero conforto » le arti, dit-il (p. 23), benchè forse ne sperassero al tempo di Carlo Magno, e di ben me- » diocri per esse furono le produzioni di quei due secoli che precedettero il turbulente e » famoso secolo delle Crociate » ( ibid .). On conçoit que cet admirateur exclusif des œuvres participant à quelques égards du style d ’Àpelles, de Phidias ou de Canova, et qui ne voit dans tout le moyen-âge qu’une ère de chaos , qu’un long enfantement d’apparitions barbares jusqu’au réveil des maîtres de l’Italie , y ait vainement cherché quelques traces de cette grande culture dans le cercle qu’il s’est tracé, et surtout pendant les deux siècles qui suivirent la première rénovation due à Charlemagne, puisque cette presqu’île resta pendant cette longue période bien au-dessous des autres états européens. La métropole delà chrétienté elle-même vit s’écouler près de deux siècles depuis la construction, par Othon III, de l’église de Saint-Adalbert (San-Bartolomeo ail’ Isola), avant de s’enrichir de six autres temples bien inférieurs à tous égards à ceux que multipliaient alors dans nos villes, même de troisième ordre, la magnificence de nos rois, la noble rivalité des princes, ducs et comtes souverains , le faste pieux de nos évêques et le concours personnel de nos grands abbés, de leurs moines et des populations tout entières qui leur venaient joyeusement en aide, tandis que le peuple de Home, tout entier à ses luttes de papes cl d’antipapes , faisait la guerre aux Allemands , et voyait d’un œil sec l’incendie dévorer ses plus belles basiliques. Mais de ce que Cicognara, qui compte cependant comme œuvres italiennes les notables constructions évidemment grecques de Venise et de Pise, est resté aussi étranger à ce grand mouvement des arts partout ailleurs que dans sa patrie, est-ce à dire qu’on doive s’incliner devant la sentence qu’il porte sur l’extrême médiocrité des

quelques esprits transcendans et oseurs 1 , secondés par les vues

travaux de ces temps, et sur l'action au moins négative des croisades, sous ce rapport, lors que tout nous démontrera, et sur des points aussi opposés que l’est du grand foyer des travaux de Suger le théâtre de ceux , contemporains , du premier roi de Sicile, Roger, que ce ne fut au contraire qu’à partir des premiers retours de ces expéditions , et grâce surtout à l’émancipation artistique qu’elles favorisèrent et aux inspirations qu’on y puisa, au milieu même des malheurs accablans (la captivité de Louis VII, par exemple), que, malgré les phases funestes qui pesèrent sur l’Occident, la culture des arts s’y produisit sous un aspect sublime î Ce fut cette culture imparfaite sans doute, qui prépara du moins, par une marche graduée dont l’historien de la sculpture ne tient aucun compte, le développement successif de nos grandes merveilles du XIIIe siècle, et comme émulation due à ce véhicule, la réapparition, mais sous d’autres espèces , du règne de l’art dans l’Italie, habile à profiter de nos leçons tout en dénigrant nos pratiques.

> Quoiqu’il existe traces d’écoles publiques tenues à Paris vers la fin du Xe siècle, et indépendantes de l’école épiscopale ( Histoire lilt. de la France, t. VI, p. 33 et 100), l’instruction populaire, et surtout l’argumentation scolastique, n’y datent réellement que de l’époque (1108) où Guillaume de Champeaux quitta les fondions d’archidiacre de notre cathédrale, pour fonder, comme chanoine régulier, à Saint-Victor, une école dont les leçons suivies par Abailard, condisciple de Guillaume, sous Anselme de Laon , suggérèrent à cet ardent controversiste la pensée d’établir un enseignement rival. Dès lors , l’attrait puissant attaché à ces luttes d’éloquence et souvent même de personnalités , créa pour la jeunesse un besoin intellectuel, un désir général de participer à des leçons où affluèrent bientôt les étudions laïcs et les clercs déserteurs des écoles cathédrales ; concours qui valut à Paris le surnom de Cariathsopher (la ville des lettres par excellence). Cet entraînement devint tel, qu’avant la lin du XIIe siècle, le théâtre était trop é roit pour le mouvement des acteurs : « In diebus illis studium lilterarum florebat Parisius, nec » legimus , tanlam aliquando fuisse scholarium frequentiam Athenis vel Ægypti , vel » in quolibet parle mundi, quanta locum pvœdictum studendi gralia incolebat. » (Rigord., de Geslis Philipp. Aug., apud Duchesne, t. V, p. 50). Aussi attribue-t-on à l’encombrement produit par cette affluence d’émules de la science , la résolution que prit et qu’exécuta Philippe-Auguste, en traçant la nouvelle enceinte de Paris qui aggrandit la lice de ces tournois littéraires (Philippi, Abbatis bona spes , Opéra, ep. 3, p. 17, 18; D. Bernardi Pez, Anecd. Thés., t. V, p. 427). Déjà le premier camp retranché affecté aux exercices des jeunes champions sédentaires, avait été fondé dans cette ville par Robert, comte de Dreux, frère de Louis VH, sous l’invocation de saint Thomas de Cantorbéry , martyr de fraîche date; et ce collège de Saint-Thomas (dit, depuis, du Louvre) prospéra d’autant plus, qu’au récit de Rigord , le prince alors régnant, par un zèle dont son fils se montra le digne héritier, combla celte fondation de largesses et de privilèges : « Propter » libertatem et specialem prærogativam defensionis , quam Philippus rex et pater » ejus ante ipsum ipsis scholaribusimpendcbant. » De la même époque date aussi l’élablisscmeut de l’école de Paris en corps d’ Université , par les soins du savant maître des Sentences, Pierre Lombard (ou le Lombard), évêque de Paris , qui avait suivi les leçons d’ Abailard.

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politiques et civilisatrices de Louis-le-Gros et de ses fds % viendra, en signalant les écueils où tend à se briser une génération en

' H n’est pas douteux que l'affranchissement des communes , en brisant les liens de dépendance des serfs et vassaux inférieurs, libres des lors de céder à l'instinct d’une vocation quelconque, n'ait puissamment concouru à propager ailleurs que dans les cloîtres l’étude et la culture des semences intellectuelles de tous genres. Quelle que soit la part de gloire qui doive restera Louis-le-Gros de cette émancipation communale, bienfait si désiré par nos villes du Nord et dont celles principales de notre Midi jouissaient de temps immémorial, ce qui fait qu’on conteste à ce roi l’honneur in extenso que l’histoire lui décerne (voir ]’ Histoire Parlementaire de la Révolution, par M. Bûchez, et ['Histoire de France, par M. Laurentie, t. II, p. 345 et suiv.), on ne saurait lui refuser, du moins, d’avoir secondé par ses chartes le mouvement intellectuel, cause de diffusion de lumières quis'opéra dès lors dans le rayon, assez restreint, il est vrai, de sa circonscription souveraine. L’octroi des franchises et coutumes qui constituaient la cité, à part les désordres produits par quelques résistances, comme à Laon, à Vezelay, etc., eut alors pour la France cet immense avantage , dans l’intérêt de la puissance royale elle-même, qu’il offrit un appui au prince pour s’affranchir et délivrer en même temps ses peuples de l’insolente intervention de ces châtelains oppresseurs, que Louis VI combattit d’ailleurs à toute outrance , imitant en ce point, pour les Robert de Marie, les Hugues du Puiset, etc., son illustre vassal, le roi anglais Henri Rr, qui, maître du duché Normand et mettant à profit sa victoire de Tinchebrai, nivela les forts escarpés d'où les barons rebelles insultaient son pouvoir et tenaient en respect les populations victimes de leurs brigandages.

Les concessions aux villes qui les réclamèrent tirèrent de ces circonstances sans doute une empreinte de bonne foi rare en fait d'abandon de hautes prérogatives, et que vinrent prouver les menaces d'excommunication formulées dans la charte de Noyon, contre ceux qui ne s’y conformeraient pas, et l’accord remarquable qui présida à l’établissement des communes d 'Amiens et d 'Auxerre, au milieu des nombreux exemples des résistances opposées par des seigneurs, des évêques et même des abbés, à cette spoliation de leurs droits acquis. Ce qu’il faut reconnaître aussi, c'est que ces affranchissemens furent l’un des effets obligés pour ainsi dire de ces croisades si décriées par les préventions philosophiques, comme en convient Gibbon lui -même, en attribuant le renversement de l’édifice gothique du système féodal aux concessions arrachées à l’orgueil des barons, par Va~ liénation de leurs biens engagés ou vçndus pour ces dispendieux voyages . Pouvait-on espérer d’ailleurs de voir, à leur retour en France, les frères d’armes de Godefroi, les valeureux libérateurs du tombeau du Christ, venir humblement se ranger sous le joug de leur ancien servage, lorsqu'ils avaient joui sur le sol despotique de l'Orient et dans les liens mêmes de la sévère discipline , substituée par leur général à la licence désastreuse tolérée par ses devanciers, des garanties d’équité que leur offraient la cour de bourgeoisie et même la juridiction domestique, instituées à Jérusalem par son conquérant, dont le règne précéda de neuf ans celui de Louis-le-Gros? (Voir les Assises de Jérusalem , c. 2, p. 324; et Gibbon, c. lviii, t. XVI, p. 89 à 91.) Ce retour à la servitude succédant à la liberté, eût été d’un effet funeste, même sur les populations dont les hauts-faits de ces héros et les pompeux récits qui devaient en découler, les constituaient naturellement les oracles.

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marche progressive, mais inhabile encore à diriger ses pas, projeter sur cette marche un tracé lumineux qui nous a manqué jusqu’ici ; puisque selon l’expression d’Otton de F risingue ( préf . in lib. 5 ckron .), ce ne fut que vers ces époques que* les sciences passèrent dans les Gaules (voir aussi les recherches cle Pasquier , 1. m , c. xxix , p. 268). Ce sera donc désormais d’une allure plus affermie que nous explorerons le champ de nos recherches , que nous signalerons les vestiges moins rares désormais de notre culture de prédilection , échappés à la réaction de l’autre barbarie , dite scientifique -, heureux quand des guides moins concentrés que les chroniqueurs monastiques 1 , nous

4 Pour bien se rendre compte de la marche progressive des éludes historiques du XI« au XI le siècle, surtout de celles propres à alimenter nos recherches , et dont l’éclat littéraire pâlit devant la polémique sacrée des Abailard, des saint Bernard, des Pierre-le- Véne'rable et autres écrivains qui valurent à leur siècle le surnom de Controversiste , il suffira de comparer l’aridité des sources contemporaines où nous avons pu puiser jusqu’ici, surtout depuis l’extinction de l’école historique née des hauts-faits de Charlemagne , avec l'abondance de celles qui débordent de toutes parts, à dater de 1100. Le seul soin de coordonner les récits des quatorze premiers historiens des croisades, la plupart à la fois acteurs et narrateurs de ces grandes scènes, et dont les plus hâtifs, tels que ceux tout français de Raimond d’ Agiles , de Pierre Tudebode, parurent avant 1118, serait une très rude tâche. Au surcroît numérique se joint celui de la substance. Les chroniques consciencieuses , mais toujours très sommaires, de Glaber-Radulfe, d’Helgaud, d ’Abbon de Fleuri, d ’Odoramme, de Guillaume de Jumiège et autres moines substitués à la mission bien plus large des Grégoire de Tours, des Sidoine- Apollinaire, etc., n’offrent pour ainsi dire que le squelette de l’histoire, dans leurs courts aperçus réduits à la plus simple expression, règle générale que confirme, à titre d’exception, la chronique d’Hugues de Flavigny (autrement dite de Verdun), qui se termine en 1102. Ce n’est qu'à partir de ce temps que l'histoire prend quelqu’animation de récits plus circonstanciés, plus raisonnés surtout, tels que ceux de Guibert de Nogcnt et autres écrivains, même des premières années du XIIe siècle, procédant à leurs oeuvres sous l’influence plus littéraire due aux nouvelles pratiques d’enseignement que l’abbé deNogent(sous Couci) put suivre sous Anselme, à l’école de Laon.

Où trouver pour les temps qui précèdent, non-seulement les profondes leçons d’histoire professées par le grand Suger, fondateur des chroniques de Saint-Denis, dans ses récits sur le règne des deux rois dont il fut le ministre, mais tous ces précieux détails qui, dans scs œuvres accessoires, tels que le compte rendu de son administration , etc., expriment si bien la ferveur que cet abbé, si simple pour lui-même, avait vouée au culte de l’art, comme moyen de glorifier Dieu , et jusqu’à ses anxiétés pour pourvoir aux besoins qu’il s’était créés dans ce but? Où rencontrer sur la vie de nos rois des siècles antérieurs, de ces curieux détails mêlés aux visions fantastiques de l’époque , dont un autre moine de Saint-Denis, Rigord, mort en 1207, et son continuateur, Guillaume-le-Brelon, ont enrichi les fastes de Philippe-Auguste; des documens précis et détaillés sur l'histoire anglaise

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permettront d étendre le rayon de nos aperçus au-delà de l’horizon des cloîtres !

Ces nouveaux écrivains, auxquels nous nous en remettons du soin de nous guider à travers la nouvelle période séculaire où nous entrons, ayant déjà, pour la plupart, frayé la route chronologique parcourue avec tant de succès par les grands annalistes Mabillon et Muratori , que nous nous sommes efforcé jusqu’ici de suivre pas à pas, en tant que leurs récits nous offraient des tableaux appropriés à notre cadre, nous persisterons encore dans cette voie, en continuant à nous rallier à ces grands jalons historiques dont le défaut d’accord ne se fera que trop tôt sentir , car le vaste répertoire des faits religieux et autres ressortissant à l’un des plus grands ordres chrétiens, s’arrête au milieu de ce siècle même (i 157). Nous regretterons d’autant plus alors d’être contraint de renoncer à ce guide toujours fidèle, dont les 110-

et normande, comme ceux confondus, il est vrai, dans les riches Annales ecclésiastiques d’Orderic-Vital (en en élaguant toutefois ce qui nous reporte au déluge) ; des traditions plus importantes , à raison des liens qui rattachaient alors la France (Normande) à la Sicile, que l’histoire de cette dernière province, par Hugues V, dit Foucault, abbé de Saint-Denis (de 1186 à 1197), surnommé le Tacite du siècle; de plus attachans récits de la croisade de Louis VII, que ceux donnés par son compagnon de voyage, historien de cette campagne, Odon de Deuil, aussi moine de Saint-Denis, plus tard successeur de Suger dans le gouvernement de cette abbaye, où il mourut en 1162, sans compter les innombrables chroniques d’un intérêt réel de Robert de Saint-Mar ien et autres? Quelle époque antérieure aussi aurait été plus favorable au contrôle historique des faits ressortissant à notre gloire, par les versions étrangères dues à des écrivains de ce siècle , telles que les récits de Guillaume de Malmesbury (De Ilistoria Novella, de 1127 à 1143), et autres écrits spéciaux sur l’Angleterre, ceux delà chronique en sept livres, allant jusqu’en 1146, de cet évêque de Freisingen (Othon) , qui, fds d’un marquis d’Autriche, avait pris ses degrés dans notre université parisienne; pour mieux briller en Germanie du double éclat de sa prélature et de sa science historique ; les constatations sur l’histoire de Sicile, écrites par Malaterra, historiographe du comte Roger, et celles concernant notre séjour en Orient, jusqu'en 1 183, revêtues de l’incontestable autorité de Guillaume de Tyr, etc., etc.? magnifique concours historique dont le prix , disputé, est resté à la France , d après le nombre et l'importance des ouvrages, et comme semble d’ailleurs 1 indiquer ce mot d un écrivain du temps : Gallia scriptoribus dives.

C'était bien le moins, en effet, que ce renom demeurât au pays dont les savans fondèrent les universités à'Oxfort et de Cambridge , dont les abbés allaient, comme fit saint Bernard, dicter les décisions des synodes allemands, malgré la science puisée à nos sources par les prélats de celte contrée , et grâce auquel le flambeau des lettres et des arts, éteint en Italie, se ralluma en Fouille, éclaira la Sicile et brilla jusqu’en Orient.

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menclatures monastiques, animées parles traditions quis’y rapportent, nous servaient à la fois de texte et de contrôle pour la date des monumens, que c’est précisément à partir de l’époque où elles s’arrêtent que surgit en France surtout, comme développement d’un type neuf, jusque-là peu sensible, une autre rénovation de l’art architectural déjà si transformé au siècle précédent et dont la nouvelle métamorphose s’opéra au milieu du rayonnement de sa gloire.

Dans la prévision du vide résultant pour nous de l’interruption de documens qui nous auraient fourni sans doute mainte occasion de signaler ces nouvelles manifestations d’art 1 , nous allons aviser au

> Ce n'est pas seulement par la solution de continuité dans les dates et clauses des fondations de toute nature, que l’interruption des Annales Bénédictines nous fera défaut. A en juger par les riches matières qu’ elles embrassent , par le parti que nous en avons tiré et que nous en tirerons encore jusqu’à consommation de l’œuvre , la poursuite de ces recherches , fruits du dépouillement de chroniques conventuelles , eût pu jeter quelque lumière , restée ainsi sous le boisseau, sur la culture d’un art moins pratiqué, il est vrai, par le clergé, dès cette époque (fin du XIIe siècle) ; car à l’influence purement hiératique se substitua bientôt la direction , par des laïcs , des grands travaux dont la complication nécessitait des études spéciales et continues , celle de la stéréotomie, par exemple, qu’excluaient sans doute les habitudes claustrales. Mais le savant auteur du Musœum Italicum, voyageur en Allemagne et en Italie, et qui avait préludé à ses immenses publications par l’humble mission de cicerone du trésor de Saint-Denis , n’aurait pas négligé, sans doute, de prendre texte, par exemple, des nouveaux documens à classer à leur ordre, pour signaler, dans ce monastère même, resté foyer de l’art en dépit des attaques de la rigidité cistercienne , les travaux peu connus des successeurs du grand abbé. Dépourvu de ces documens qui auraient été pour nous d’une grande importance, nous nous attacherons d’autant plus à placer en haut-relief la grande figure historique qui domine ce siècle, de cet abbé, ministre de deux rois : nous rendrons un complet hommage à celui qui, nonobstant l'influence fatale au luxe monastique, en concentra toutes les splendeurs dans ce sanctuaire ainsi devenu la souche conservatrice d’où partirent et rayonnèrent tous les beaux rejetons qui portèrent chez nous tant de fruits au XIIIe siècle, dans Y architecture et la sculpture décorative, dans la fresque murale et surtout les vitraux, dans l’ émail , Yorfèvrerie , la joaillerie et même dans la fonte, toutes pratiques dont l’exercice en grand , avant le milieu du XIIe siècle, se trouve constaté, comme on le verra plus loin , dans le compte rendu par le ministre de Louis VI et de Louis VII, de son administration comme abbé de Saint-Denis. Ce qu’on doit remarquer surtout dans le nouveau point de départ de cette marche progressive, c’est le caractère de nationalité que revêtent dès lors ces divers monument , empreints jusque-là d’un cachet qui n’accusait que trop la provenance romaine ou grecque , disparue même dans notre sculpture du XIIIe siècle, à plus forte raison dans l’architecture contemporaine, dans l’art français des vitraux à sujets, etc. Ajoutons que dans cet affranchissement dû au génie créateur, au sentiment naïf et tout d’inspiration de nos artistes pèlerins, la France, dépourvue de traditions qui lui fussent propres , où tout par

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moyen de le combler par avance, en puisant à d’autres sources. Tel est le but des résumés synoptiques par branche d’art dont nous allons faire précéder nos synchronismes chronologiques \ car il nous importe avant tout d’appliquer à nos arts ce que nous avons dit de nos lettres, et de prouver que c’est de ce siècle surtout que date leur prospérité relative indépendante alors de toute influence étrangère, occidentale du moins. Les faits présentés à leur ordre viendront ensuite confirmer ces aperçus d’ensemble et revêtir de leur autorité ce qui, sans cette sanction, pourrait ressembler au système.

Nous commencerons par X ogive, plante évidemment exotique dont beaucoup de nations d’Occident revendiquent l’ honneur de la première culture , alors que depuis tant de siècles elle apparaît , en semence infertile , sur tous les points de notre globe. Aussi nous garderonsnous bien de remonter à sa germination , dont nous respectons les mystères l. Ce que nous allons rechercher, en ne séparant pas, pour

conséquent était à inventer, devança de beaucoup l’Italie dont le sol était resté jonché de grands débris de l’art antique, rappellant les traditions quelle fit revivre plus tard.

t Nous ne nous évertuerons pas ici à rechercher la filiation de cette forme, comme s’il s’agissait pour nous de concourir, ce dont Dieu nous préserve, pour la question posée, fort mal, à notre avis , par un de nos premiers congrès historiques parisiens , sur la naissance de l’ogive. Qui ne sait aujourd’hui que l’Afrique et l’Asie, notamment la Perse et l’Égypte, et même la Sicile dans un tombeau antique de Catania , en contiennent d’innombrables rudimens des mieux accentués et remontant à des temps très reculés , et que nos voyageurs, depuis l’éveil donné sur l’intérêt qu’aurait la constatation de cet emploi, le rencontrent dans tous les lieux où séjournèrent les Arabes et jusque dans les archivoltes d’un ancien cimetière de la Cyrénaïque, à Safuch? A quoi bon s’enquérir où naquit une forme elliptique qui, se produisant d’elle-même par l’intersection du cercle et l’enchevêtrement des claveaux cintrés, était du domaine public, toujours prête à surgir au gré des fantaisies du premier constructeur à qui son emploi pouvait plaire? Ce qu il importe plus de bien déterminer pour jeter quelque jour sur la question si souvent agitée de l’adoption en Occident de cette formule architectonique, c’est la constante prédilection qu eurent pour elle les Arabes en la mariant, comme chez nous d abord, aux emprunts par eux faits à l'architecture justinienne ; en l’employant même dans leurs premiers travaux exécutés , comme étiage du Nil, dans leur mosquée d’ Ebn-Touloun , de 876, dans celle d El- Azhar , de 981 , et encore dans celle de Backau (Discours prononcé par M. le baron Taylor, à l’Institut historique, le 11 octobre 1840), laquelle ne fut fondée qu en 1149, aune époque où cette lutte d'art ne constituait déjà plus une pratique parallèle entre ce peupie et le nôtre, par l’effet du surcroit de goût et de recherches dont notre art avait su embellir ce modeste type. Sous ce rapport aussi, l’Orient nous aida; et 1 architecture mauresque, florissante à Cordoue du temps de Charlemagne , et mélange des goûts arabe et persan ,

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éviter le vague , la lettre isolée de son alphabet organique 1 , mais en distinguant bien l'embryon de l’adulte, c’est l’ensemble des circonstances qui concoururent à la fécondation de ce germe; c’est la constatation des faits qui nous ont conduit à penser : que son implantation et sa belle culture , comme élément de l’art nouveau , puis comme principe d’estéthique , sont dus d’abord à nos abbés normands , dont les essais furent plus tard perfectionnés par nos artistes ; que c’est à la France^en un mot, qu’appartiendrait l’honneur d’avoir, en épurant cette formule d’emprunt , en en faisant la base d’un système , approprié tout à la fois cet art aux exigences d’un climat brumeux, aux vrais besoins d’un peuple émancipé avide du prestige et des riches légendes que comportait surtout son ornementation % comme à la propension religieuse, toujours ascendante de ces époques de foi.

avec ses arcs chantournés et ses riches fioritures , put concourir à relever, par une ornementation capricieuse, ce que l’art sarrasin en usage, comme nous allons le voir dans toute la Sicile, avait de trop simple pour opérer lui seul, en présence de somptuosités Romano- Byzantines, la grande révolution qui les détrôna à jamais.

1 C’est le peu de soin qu’on a pris, même dans le concours quasi-académique que nous citons , d’expliquer qu’il s’agissait moins de la naissance de l’ogive que de celle du sUjle ogival, qui a fait toute la confusion.

2 Le concours actif et personnel des populations dans la construction des églises élevées sous la direction des abbés, tel que nous le verrons se manifester, sous 1109, dans la construction de l’église de Croyland , sous 1145 dans celles de Saint-Pjerre-sur-Dive , de Chartres , etc., changea de nature , lorsque le soin de bâtir ces édifices fut remis à des architectes laïcs ou à des confréries de maçons salariés. Orgueilleux de l’éclat que reflétait sur sa localité l’érection d’une de ces nouvelles merveilles toujours si saisissantes à l’œil vulgaire même, chaque habitant, pour ainsi dire, se montrait désireux de rattacher, par un tribut, son nom et souvent même son image à la constitution de son église , quand les progrès de l’art graphique et le système d’ornementation admirent l’expression de ce concours.

Le populaire, affranchi du servage et classé sous la bannière des métiers, rivalisa sous ce rapport avec ses hauts barons , et le titre de donateur fut consacré pour le pauvre lui-même, dans ces riches verrières votives des XIIU et XlVe siècles, qu’on trouve encore entières à Chartres et par fragmens dans d’autres cathédrales, précieux dons faits à Marie par des aggrégalions d’ouvriers qui s’y sont fait représenter dans l’exercice souvent des plus humbles professions. Plus tard encore , les longs chancels circulaires sculptés et peints et dorés, les retables d’autel si richement composés, les stalles à sujets bibliques, et surtout les tableaux à ballades et portraits, comme ceux de la confrérie de Notre- Damc-du-Puy d’Amiens, dont nous donnons dix planches, continuèrent à offrira ces zélés donateurs d’une classe souvent infime, l’occasion d’exercer leurs talens ou du moins leur9 largesses en faveur de l’église, et de se payer largement de ces pieux sacrifices par la consécration de leurs traits dans ces hommages religieux.

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