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mis Beauclerc pour acquérir le droit d’usurper la couronne , fut la source où puisa l’archevêque Etienne Langton, pour faire d’un tyran un fantôme de roi. La charte d’Henri 1er, que le redressement des us et abus de pouvoir justifiés par l’ascendant de Guillaume et de son premier fils , était demeurée sans application sous le règne du second, par l'effet de l’énergique et haute habileté de ce prince. Elle n’aurait pu être aussi, sous ses premiers successeurs, qu’un vain réseau dont l’épée des Plantagenets aurait bientôt rompu les mailles -, mais ici, sous un roi aussi lâche qu’inhabile, la trame en pouvait être tissue de telle sorte qu’elle devînt, même dans l’avenir, un frein pour les plus indociles. Tel fut le but de cette grande charte (magna carta'), dont la solide contexture a résisté depuis plus de six siècles à tous les chocs monarchiques , féodaux ou populaires ^ admirable contrat, sans doute , comme gage de paix entre les divers élémens dominateurs, comme consacrant à la fois les droits créés par la conquête et le joug des vaincus, sous un semblant de liberté , et comme ayant pour points d’appui l’orgueil national, l’indépendance religieuse, la glorification du commerce et surtout l’indivisibilité des domaines territoriaux, bases qu’on ne saurait ébranler sans une subversion totale. Signée par Jean après un premier refus, le 19 juin i2i5 , puis répudiée par lui et annulée par Innocent III, le 24 août suivant, la grande charte aurait bien pu recevoir presque dès ce temps son application à la France , si l’offre du trône anglais, que les barons, en désespoir de cause , vinrent faire à Louis le Lion , fils de Philippe-Auguste, qui l’eût, un peu plus tard, possédé avec le nôtre, eût reçu son plein et entier effet , au lieu de n’avoir suscité que quinze mois de nouvelles discordes, et l’essai demeuré impraticable par la bataille de Lincoln ( septembre 1 21 y)', de la fusion des deux peuples, même après la mort du roi Jean l.
' Tous les comtés de la Kentie , l’archevêque lui-même de la ville de Londres, dit M. Michelet, s’étaient déclarés pour le prince français, et Jean, abandonné et exilé dans son propre royaume, était réduit à chercher sa vie chaque jour dans le pillage comme un chef de routiers, brûlant le malin la maison où il avait passé la nuit. La perte, au conlluent d’un fleuve, de ses bagages et des trésors qu’il traînait à sa suite, mit le comble à son désespoir. Il prit la fièvre et mourut (19 octobre 1216). Cet historien considère avec
S R CH 1TECÏ LUE.
Quoique de peur de se commettre de nouveau avec le redoutable Innocent III, qui, dans tout ce débat, joua le premier rôle, Philippe-Auguste lien eût pris qu’un des plus secondaires 1 , on ne saurait douter, puisqu’il s’agissait de son fds, que cet espoir trompé n’ait affligé sa vieillesse - mais son œuvre n’en souffrit pas, et l’on put voir six ans encore ce prince compléter ses quarante-trois années de règne, en ne s’occupant que du soin d’affermir de son mieux le sceptre dans les mains de son fds Louis , dont la santé débile excitait sa sollicitude. Que ne lui fut-il donné de pouvoir en même temps garantir ses étals du choc des passions religieuses, toujours mises en jeu par le legs fait à Honoré III par son prédécesseur, de son ardeur frénétique contre les hérétiques provençaux 3 ! Atteint d’une fièvre de langueur, dont un fort paroxysme le força de séjourner à Mantes, alors que de son château de Paci-sur-Eure il regagnait la capitale, il y mourut le \\ juillet 1 223 , regretté de ses peuples , et léguant à son fils de beaux exemples de grandeur , de vaillance , de largesse , de magnanimité et d’entier dévoument aux gloires de la France, titres d’autant moins contestables que ce roi, vrai fils de ses œuvres, et qui dut à lui seul toute sa renommée , avait non seulement réparé les malheurs produits par l’incurie ou la faiblesse de son père, mais avait replacé la France bien au-dessus du rang qu’elle tint sous son
raison cet évènement comme très nuisible alors aux intérêts de la France ; tous les Anglais ayant abandonné le parti du fils de notre roi pour se rallier à celui d'Henri III , innocent des crimes de son père. Cette triste fin du dernier fils d’Henri II justifia complètement son surnom de Jean-sans-Tcrre.
■ D’après la chronique de Reims, Philippe-Auguste, retenu par la trêve existant alors entre lui et Jean, aurait opposé un refus à l’offre des barons, et n’aurait cédé qu’aux instances de son fils, en lui prédisant même une fâcheuse issue; car, lui dit-il : « les Anglais sont trailour et félon ». A quoi. Louis aurait répondu : « En l’aventure de Dieu soit! » [Ch. de Rains , ch. x\). Le témoignage de Mathieu Paris semble confirmer cette circonstance : « Le roi, dit l’historien anglais , ayant déclaré dans la cour des pairs, tenue à r Melun , qu’il ne donnerait aucun appui à son fils ».
2 Quoique la mort l’eût frappé au milieu de ses triomphes contre toutes les hérésies, Innocent III, dont le grand caractère a été parfaitement mis au jour dans le bel ouvrage de M. Hurter ( Vie de ce pontife), n’en était peut-être pas alors à regretter surtout le sang inutilement versé dans les croisades de notre midi ; mais le moyen de réparer tant de désastres ? Henri III, moins profond politique, et que sa guerre acharnée contre Frédéric II nous montre sous ce point de vue , reprit aveuglément pour son compte la série de ces persécutions religieuses.
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aïeul Louis-le-Gros , dont les hautes leçons portèrent fruit sous ce règne.
Ce que nous avons ajouté à notre analyse historique du règne de ce prince, pendant le XIIe siècle , pour y rattacher les circonstances principales appartenant au XIIIe , exige au moins un aperçu rapide de quelques faits ecclésiastiques ressortissant aussi à cette dernière période de vingt-trois ans.
En fait de fondations ou de constructions françaises , on en trouve de mémorables dans les premières années du XIIIe siècle. Par un incendie qui consuma ses principaux édifices, tels que la cathédrale Saint-Ouen, Saint-Amand , etc., la ville de Rouen, alors encore capitale du duché Normand , ouvrit carrière à ces grands travaux ^ aussi trouve-t-on, dès 1201, qu’un architecte du nom d’Enguerrand ou d’Ingelramme , fut chargé de la reconstruction de la cathédrale de cette ville -, ce qu’il exécuta, comme on en peut )u ger par les travaux remontant à cette époque , dans le style alors en honneur pour nos grandes constructions de la France centrale, telles que Notre-Dame de Paris, etc. Ce même architecte reconstruisit, en 1212, l’église du Bec, et fut remplacé, en 1214, dans cette dernière œuvre, par Gautier de Meulan, qui termina, en 121 7, cette église, déjà alors soumise à plusieurs remaniemens. La Normandie , où nous avons vu surgir nos premiers colosses architecturaux de la grande époque romane, sous des ducs étrangers, en apparence du moins, au sentiment des arts, continuait donc alors, sous ses princes anglais et dans les pratiques nouvelles dont nous lui reportons tout l’honneur, de se placer, par son aspect monumental, au premier rang de nos provinces.
Bien que l’art architectural se fut depuis longtemps individualise en France , dans notre Guillaume de Sens , et même avant ce temps, dans l’architecte du même nom qui a signé, par son épitaphe, le chœur ( gothique primitif) de Saint-Etienne de Caen , la présence presque simultanée à Rouen de deux maîtres est un fait remarquable, lorsqu’on ignore à qui se trouvait alors confié le soin de compléter à Paris l’œuvre de Maurice de Sully. Les immenses et remarquables constructions, si rapidement exécutées, notamment sous Richard, dans son château Gaillard dopt nous avons décrit l importance, viennent prouver d’ailleurs que la patrie de Lenfred, de Robert de Bel-
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lesme, etc., n’était pas épuisée en grands artistes ingénieurs, de même que ses abbés fondateurs, tels que Richard, abbé du Bec, restaient inspirés des travaux des Lanlranc , des Robert de Jumièges, des Robert de Grammont et autres, avec peut-être encore le surcroît d’énergie et de goût puisé dans les sciences de ces grands devanciers et dans l’étude de leurs monumens siciliens et autres. Ce qui surtout signalera à jamais cette première période du XIIIe siècle, comme le grand point de départ d’un luxe architectural dont la France fournit non seulement les types élaborés d’après la combinaison sicilienne , mais les premiers et les plus importans modèles, qu’aucune autre œuvre analogue n’est venue détrôner depuis plus de six siècles , c’est la création spontanée de nos sublimes cathédrales de ce temps et la rapide fécondation de ces grands germes d’art jusque-là peu sensibles, et qui, concentrés tout-à-coup sur des points assez rapprochés, y enfantèrent successivement, sous des patronages divers, toujours également habiles , le Parthénon gothique de Reims , l’église de Saint-Nicaise de la même ville, la cathédrale d’Amiens, et même celle de Strasbourg , longtemps avant que le génie moins primesauthier des Allemands n’eût suggéré au maître Gérard, tailleur de pierres de Cologne, le plan de sa Babel inachevée.
Qu’on remarque en effet, avec M. de Caumont {Cours, etc. ive partie, page 280), que, bien que la première pierre de la cathédrale de Reims n’ait été posée qu’en 1211, trente ans après (en 1241 ), on célébra l’office divin dans cette basilique , non sans doute alors entièrement pourvue des cinq mille statues qu’y compta M. de Villiers, mais pourtant fort avancée sous ce rapport même, si l’on en juge par l’accord de style et l’harmonie de conception qui régnent entre les travaux nécessairement de première date et ceux qu’on peut considérer comme complémentaires \ et cependant, alors que Robert de Coucy remplissait cette immense tâche, son modeste rival , peut-être encore plus habile, Hues Libergier , reconstruisait à quelques pas la basilique de Jovin, dans une ville déjà pourvue de riches monumens , tels que les abbayes de Saint-Remi et de Saint-Denis, y révélait tous les secrets nouveaux alors d’un art porté à ce point de perfection que la légèreté , loin d’exclure la résistance à l’effort des siècles futurs, en présentait la garantie assurée par l’usage ; et cela au milieu d’ingénieuses combinaisons
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telles que celles qui , par un calcul d’artiste , transformait l’effroi de l’oscillation bien sensible imprimée à l’une des tours par la sonnerie de l’autre , en une agréable surprise, comme effet prévu à l’avance , et ajoutant par conséquent encore à la démonstration de la solidité. Qui donc avait formé à ces hautes sciences ( la stéréotomie surtout), si peu comprise dans nos plus savantes écoles, ces apprentis, sortis de leurs villages , comme ce Robert de Coucy et l’autre Robert de Luzarches , qu’on voit quelques années plus tard (en 1220) élever d’un seul jet la riche cathédrale d’Amiens*, le Robert de Boménil (près de Paris ) prêté à la Suède ; le Jehan de Chelles , de notre métropolitaine, et autres modestes artisans chez lesquels le tablier du maçon ou du tailleur de pierre ne couvrit que trop longtemps, à la honte de nos pères , le grand renom que méritait l’artiste? 1 A ces grands monumens , témoignages écrasans
' Comment certains lecteurs pourront-ils concevoir maintenant le dénigrement auquel ces mêmes monumens furent si longtemps en butte, chez nous-mêmes, sans douter qu'en fait d’art aussi la question du beau ne reste toujours insoluble ? Avant que l'étendue de nos pertes , en fait de monumens , eût fait ouvrir les yeux sur ce qui nous en reste, tous les historiens de nos arts semblaient appeler de leurs vœux l’ère de destruction , bientôt irréparable, dont on porte aujourd’hui le deuil. Quelques mots d’un des célèbres professeurs, dont les leçons ont éveillé chez nous un sentiment contraire, suffisent pour le démontrer. Dans son prétendu recueil d’ Antiquités nationales (5 vol. in-4° avec planches), ouvrage où Y écrivain, imbu des préventions anti-sacerdotales de son siècle, semblait prendre à tâche de signaler à la vindicte publique les monumens décrits par l’archéologue, Miilin s’exprime ainsi (t. Ier, art. xvm. Collégiale de Mantes, p. 89 et 10) : « Notre archi- » lecture gothique n’est qu’un déraisonnement continuel , qu'un produit du goût dépravé » des Maures, importé en France... les cathédrales d'Europe en seront longtemps les » tristes témoins ». Suit l’analyse de ces monstruosités : « De lourdes façades surchar- )> gées d' une multitude innombrable défigurés indécentes et ridicules, percées con- » stamment de trois portes hautes et étroites (dans les conditions du symbolisme dont l'écrivain ne tient aucun compte) ; ... un nombre prodigieux d’arcs-boutans... une envie » de paraître extraordinaire qui dénature jusqu’aux gouttières (dont la saillie affranchissait les fondations et les cryptes des eaux accumulées sur d’aussi grandes surfaces) ;... <( est-ce là un perfectionnement de la noble architecture grecque et romane P »
Ces attaques contre nos monumens du moyen-âge n’auraient fait, en temps ordinaire, que reporter sur ce point la lutte ouverte par Perrault, déjà depuis plus d’un siècle et demi, sur la question de prééminence des arts anciens ou modernes ; mais, dirigées dans un moment de crise (1790), et revêtues d’une sorte de sanction résultant des titres de l’auteur et de la dédicace acceptée par l 'assemblée nationale, elles devenaient criminelles en ce sens que le vandalisme aux aguets s’en autorisa pour détruire ces tristes témoignages de
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contre les prétentions rivales , se joignirent , pour la France et sa
la dépravation de nos arts. Dieu nous garde pourtant d’assigner un tel but aux phrases de Millin ! Leur effet le moins désastreux fut de venir en aide à tous les contempteurs de nos gloires monumentales , par l’expression nationale si énergique , si raisonnée d’un profond sentiment de mépris pour nos propres oeuvres, concordant d’ailleurs avec la réprobation générale dont elles étaient dès lors l’objet, dans tous les enseignemens nationaux et étrangers sur la matière. Ainsi réduit à la polémique inoffensive , le débat peut se poursuivre, sans qu’on craigne aujourd’hui que de nouveaux Santerre excipent des dissertations de notre corps académique, pour livrer au bras séculier, dans l’intérêt du goût, ce qui nous reste en fait de monumens, comme Saint-Nicaise de Reims : poursuivons-Ie donc, mais dans de justes bornes , ne fût-ce que pour expliquer la dissidence que nous signalons, puisque l’occasion s’en offre, en le ramenant, pour nous autoriser de plus grands exemples, à la question générale habilement traitée par un jeune champion de notre affranchissement intellectuel (M. Alfred Michiels), dans un ouvrage récent ( Histoire des idées littéraires en France, etc.) ; l’appui de ce bras vigoureux affermira d’autant notre allure surannée. « On ne peut guère espérer, dit ce judicieux écrivain (chap. m, t. Ier, p. 41) » de convertir les érudits ; ils perdraient trop à changer d’opinion ; il serait incivil de » leur en faire une loi. Autant vaudrait proposer un décri général des monnaies à » des hommes qui auraient tout leur bien en espèces.... Quelle confusion si ce genre » de mérite (celui de l’érudition) venait à s’anéantir ! .... L’histoire du Cupidon enfoui » par Michel- Ange montre combien est grande la force du préjugé, etc., etc. ».
Ces principes posés, M. Michiels trace, avec une verve soutenue, l’historique, sous le rapport des lettres surtout, de la revendication exercée par des esprits oseurs contre les traditions routinières, et du choc d’opinions de ces érudits encroûtés aux yeux desquels il n’était pas de salut hors de la Grèce et de Rome, et des lettrés, moins exclusifs, qui ne pouvaient penser qu’une borne immuable ait été posée à l’esprit humain par les chefs-d'œuvre de ces nations. Après avoir montré, comme premiers assaillans dans la lutte, Joachim du Belley, Bois-Robert, Saint-Sorlin, il arrive à Perrault, qui trouva dans Boileau un très redoutable adversaire, et fut plutôt vaincu par le prestige de ce nom que parla force des armes de son adversaire ; des mots piquans n’étant pas toujours des raisons.
Dès ce moment, l’argumentation littéraire se complique de la question d’art à laquelle Boileau n’avait rien à répondre. Qu’eût-il pu opposer en effet aux démonstrations d’un praticien qui, tout en consacrant la sublimité de l’architecture grecque, ne voyait « dans » son règne qu’une véritable mode, plus opiniâtre que les autres, parce que les objets » quelle concerne sont eux-mêmes plus résistant»; qui, pour prouver que leurs monu- » mens trahissent, en bien des cas, une ignorance et une maladresse grossière, expliquée d'ailleurs par l’insuffisance reconnue des machines à transporter les fardeaux , décrites par Vitruve, met en parallèle V architrave de quinze pieds du temple d’Èphèse, considéré par les anciens comme n’ayant pu être placé que par la main de Diane elle-même, et les pierres de cinquante-quatre pieds sur huit, chacune, du fronton du Louvre ; et ne craint pas d’affirmer que ni les Grecs ni les Romains n’auraient pu construire comme nous « de » ces rampes étonnantes où l’on voit une portion d’édifice se soutenir d'elle-même , » des voûtes surbaissées et presque plates, des rampes d’escalier qui, sans autre appui » que celui des murs, tournent le long des cages qui les renferment et vont aboutir à des
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circonscription ecclésiastique , pendant le reste du règne de Philippe-
» pallier s également suspendus, faute d’avoir su se servir delà pesanteur de la pierre » contre elle-même , et la fixer dans l’air au moyen du poids qui devrait causer sa >, chute » ( ib p. 52 et 53,. Et cependant Perrault, fort étranger aux pratiques de ses devanciers des XIP et XIIIe siècles, n'entend parler que des constructions de son temps, bien inférieures, comme difficulté d'art surtout, aux prodiges de l'architecture du moyenâge, tels que la vis de Saint-Gilles, les voûtes de six pouces d’épaisseur de nos immenses cathédrales, etc.
Reprenant avec Fonlenelle et Lamothe le débat littéraire, alors étendu à l’Angleterre où Bayle, Vatton, Bensley, Saint-Evremont, luttaient pour les modernes contre le chevalier Temple et Jonathan Svil't, M. Miehiels nous montre la célèbre madame Dacier sur la brèche, combattant pour son héros, Homère, à la manière des guerriers de ce poète, puis Diderot, soutenant la cause du progrès littéraire jusque dans des ouvrages impudiques (les Bijoux indiscrets) ; et Marivaux, La Chaussée, Marmontel, Beaumarchais et Voltaire, se jetant dans la mêlée, ce dernier, selon son usage, pour contredire le lendemain ses doctrines de la veille, par cela seul qu’habitant alors l’Angleterre a pays de liberté poétique, » son ame inconsistante obéissait au vent régénérateur qui soufflait sur elle » (p. 89). Arrivant ensuite à Mercier, l’historien des Idées littéraires rend à cet écrivain une tardive justice en signalant son Essai sur l’art dramatique, imprimé en 1773, comme le plus beau travail de critique publié dans le XVIIIe siècle, et comme renfermant, avec une grande hardiesse et une piquante nouveauté d’aperçus , ce qu’on répète depuis soixante ans (sans lui en faire hommage), et « spécialement les opinions littéraires » qui se sont fait jour de 1820 à 1830, et qu'on donnait alors pour de sublimes dé- » couvertes » ; et cependant l’auteur du Tableau de Paris et de tant d’autres ouvrages, que nous avons connus et appréciés, est mort obscur et avec le stigmate d’un esprit à l’envers, parce qu’il signa Reicrem de remarquables dissertations ; tandis que Millin, qui a toujours signé régulièrement, même l’opinion d’autrui, comme le prouve son Dictionnaire des beaux-arts qui n'est que la paraphrase des textes de la Théorie universelle des beaux-arts, par l’allemand Sulzer, est encore aujourd'hui l’oracle inspirateur de nos leçons d’écoles ; mais l’heure de la justice sonnera pour lui à son tour.
Par un beau travail , qui rentre plus dans l’objet de cette note que le parallèle du classique et du romantique, M. Miehiels nous dépeint à grands traits la révolution que préparèrent dans nos é.udcs nationales les Recherches de Pasquier sur la France, les œuvres de Fauchel, de Duchesne, de d’Achery, de Du Gange, deMabillon, deMontfaucon, de Menetrier, de Labbe, de Baluze, de Rivet, de Bouquet, de Martenne, de Félibien, de Le Bœuf, de Plancher, de Vaisette , de Sauvai, de Legrand d’Aussy, du marquis de Paulmy et de ce Saint-Pélage qui transmit à ses héritiers plus de cent volumes in-f°, dont quarante devaient former un dictionnaire des antiquités françaises. Il n’a garde d’oublier non plus les immenses services rendus aux études françaises et à celles de nos mœurs et de notre littérature pendant le moyen-âge, par les laborieuses compilations de ces congrégations religieuses auxquelles il accorde un double droit à la reconnaissance des hommes , pour avoir mis en sûreté dans les cloîtres, lors de l’écroulement de l’empire romain, les produits de l’imagination et de la science païennes , conservant ainsi les richesses intellectuelles d'un monde expirant ; et pour avoir, par « leur
\ rchit rct n p. f: .
Auguste, plusieurs fondations secondaires. Nous citerons les sui-
» prévoyance, mis en sûreté dans de gros volumes l’histoire, les chartes, les légendes, » les poèmes , les lois civiles et ecclésiastiques du moyen-âge, à l'époque où la vieille » société française menaçait ruine » , où la révolution qui allait détruire les abbayes aurait dispersé tous ces litres, sans qu’on pût espérer que nos savans du jour, plus préoccupés de l'avenir que du passé, eussent jamais rempli une semblable tâche.
Grâce à ces travaux et à ceux analogues produits en même temps par l'Italie, l’Angleterre et l'Allemagne, noble accord de la science qui, selon l’expression de l’auteur, prépara dans l’ombre une métamorphose encore éloignée , s’est enfin ouverte de nos jours une carrière à peine entrevue jusque-là, quoiqu'elle embrasse toutes nos gloires historiques et monumentales, ensevelies dans de froids linceuls dont personne n’osait pénétrer le mystère. C’est là que se précipite à l’envi une génération qui, bien que restée sous le joug des enseignemens classiques, utiles, indispensables selon nous , comme préparation à l’étude du moyen-âge ; imbue du moins des lumières nouvelles que sont venus jeter sur toutes ces questions des ouvrages contemporains, tels que ceux : de l’Allemagne, par M>nc de Staël; le Génie du Christianisme et les Éludes historiques de M. de Châteaubriand , etc.; Y Histoire de la littérature au XVIIIe siècle, par M. de Parante, etc., répudie au besoin l’opinion factice inculpée par l’enseignement pour faire appel à ses sensations. Ainsi, pour revenir aux arts peu familiers aux champions de cette polémique, ce qui n’amena que quelques rares et brutales interventions, comme celle de Millin ; de ces écoles du savoir où domine toujours l’esprit dont s’inspira cet historien, fort impartial comme on voit, de ces magnificences, sortent journellement , sur la foi de savans moins routiniers, tels qu'Eméric-David , de jeunes lauréats qui , secouant bientôt les sottes préventions admises encore aujourd’hui comme préceptes de la science, viennent, en s’attaquant à nos monumens religieux, en s’empreignant d’une atmosphère chrétienne, élargir la carrière qu’on leur avait tracée et glorifier le moyen-âge, comme l'ont déjà fait les Biel , les Lassuss, les Albert le Noir, les Robelin et autres ; et le temps n’est pas loin où la démonstration acquise par l’étude, de l’admirable accord des parties et de i’cnsem,ble de ces édifices réputés barbares, avec le sentiment religieux, le symbolisme, inconnu de Millin , qui présida à leur érection, suffira pour prouver aux professeurs eux-mêmes, qu’à part même les obstacles d’exécution signalés par Perrault, la noble architecture grecque et romaine eût été impuissante à pourvoir à ces grands besoins, et surtout à celui résultant de l’affluence des fidèles, témoins obligés des saints mystères du christianisme Une seule citation, puisée à la source qui vient de nous en fournir d’autres, complétera cet aperçu : « L’Italie » païenne, dit M. Michiels (t. !<=••, p. 356), construisit des monumens plus riches, plus » variés, plus spacieux que l’Egypte et la Grèce. Les Ryzantins mêlèrent à ces conquêtes » les flèches, les tours, les croix, les portails, les voussoirs, les rosaces; l’édifice prit entre » leurs mains une diversité d’aspect , une opulence de lignes devant lesquelles pâlissent » toutes les créations antérieures ; les gothiques développèrent ces élémens, leur asso- » cièrent l’ogive , les porches, les faisceaux de colonneltes, les galeries à jour, les arcs- » boutans, les escaliers diaphanes, percèrent les murs de baies colossales, les remplirent de » vitraux , imaginèrent un système d’ornementation où la grâce le dispute à la sompk tuosilé (sensations bien différentes de celles de l’auteur des Antiquités nationales). » Si l’on n’envisage que le nombre de ses parties intégrantes , l’architecture gothique
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vantes : 1201, monastères dits Wallis S. Lamberti, diocèse de Liège, fondé par l’évêque Hugon, et de Lacambrie, près Bruxelles-, de Villanova, diocèse de Nantes , par Constance, duchesse de Bretagne ( Gall . Christ ., p. 654 et 660) -, en 1204, confirmation par Philippe- Auguste de l’abbaye de Bonport , près de Louviers , fondée par Richard-Cœur-de-Lion ; 1206, de Sainte- Gertrude , dit Machliniensis , par Henri , duc de Brabant ( ibid. , p. 5 90) -, du Jard, près de Melun, qu’avait fondée une princesse de Champagne, morte cette année , Adèle , fille de Thibaut , comte de cette province, la même , croyons-nous, qui attacha son nom à la fondation de la belle abbaye de Saint-Jacques de Provins {ibid. , p. 598 ) -, et celui de Salincourt, autrement dit Sainte- Larme , du don que lui fit, au retour de la Terre-Sainte , Bernard de Moreuil , d’une larme de Notre-Seigneur, demeurée fluide encore en 1708, selon Martenne, et qui, conservée dans un très beau reliquaire (comme à Vendôme), attirait encore alors un grand nombre de pèlerins (ier Ployage littér. , 2e part., page 172). 1208, monastère deTourpenay, diocèse de Tours, fondé par un sieur Delisle-Bouchard ( Gall . Christ. , p. 653) } 1211, église conventuelle de Vignogoul , près de Montpellier ; 1212, église de Saint- Corne de Paris, construite par Jean, abbé de Saint-Germain-des-Prés; 12 1 3 , Vallis B enedicta , diocèse de Lyon, par Guignon, comte du Forez ( ibid ., p. 654) -, 1214, abbaye de Victoria , érigée près de Senlis, par Philippe-Auguste , en commémoration de la bataille de Bovines, indépendamment du V al- des- Ecolier s , commémoratif de la bravoure des sergens d’armes' j J216 , le couvent
» est déjà plus compréhensive et plus étendue que les architectures païennes. Elle réunit » une multitude de principes, comme le christianisme embrasse et domine une foule de » peuples (remarque qui rentre dans celle que nous avons faite sur l’architecture greco- » saraceno-normcinde de la Sicile). Mais à celte richesse supérieure de formes, elle joint » une coordination bien autrement vaste , audacieuse et compliquée. Douze temples » grecs tiendraient sans peine dans une de nos cathédrales. La moins brillante de toutes » offre peut-être cent fois plus de coupes, de lignes, d’effets et de travail que le premier » monument d’Athènes ou de Rome. Au lieu de l’unité mesquine, étroite, facile des » anciens, nous avons une puissante, immense et laborieuse unité , qui harmonise une » quantité surprenante de détails. Quelle admiration eussent ressentie Phidias et Ictinus à » l’aspect de ces magiques édifices dont ils n’auraient pu seulement construire une aile ! »
1 Ces memes sergens d’armes dont Philippe-Auguste s’entoura, pour être préservé par leurs masses du poignard menaçant des Séides du Vieux de la Montagne de ce temps,
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que Saint-Dominique bâtit à Toulouse , pour jeter les principaux fondemens de son ordre des Frères- Prêcheurs -, 1216 , Vallis- Florida , couvent en Brabant ( ihid . , p. 654 et 658) -, 1218 , chapelle des Jacobins de la rue Saint-Jacques , à Paris -, 1219, Saint-Gilbert. , diocèse de Clermont-, Goila , diocèse de Besançon, et abbaye de Beaulieu , diocèse de Caen , fondée par Guillaume de Rupibus , maréchal de France ( ihid . , p. 5g5 et 53 1 ) -, 1221, Bonus Locus , diocèse de Limoges , et 1222, Locus Nostrce Dominée , diocèse d’Orléans , bâti par Isabelle, femme de Jean , comte de Chartres Çibid , p. 535 et 6o4 ).
La Germanie se montra plus sobre que la France de pompeuses manifestations monumentales dans cette période de vingt-trois ans , ce ne fut qu'un peu plus tard, comme nous l'avons dit, que les nouvelles écoles architecturales de Lorraine , du Rhin , etc. , inspirées par nos grands travaux , prirent un essor spontané et tellement rapide que les artistes nationaux n’y suffirent pas , ainsi qu’on peut l’induire des appels faits à nos artistes parisiens , pour y construire vers 1262 et plus tard, in opéré Francigeno , l’église de Wimpfcn en V al , près d’Heidelberg, la cathédrale d Upsal en Suède , etc. (voir ci-dessus, p. 35 et 36) -, de beaux essais se tentaient pourtant dès lors dans la ville même d’où partit la grande impulsion allemande, en 1248, puisque la voûte de l’église des Saints-Apôtres de Cologne fut terminée en 1219 par un maître, Albero La'icus , qu’on peut présumer être le magister TVolbero , qui, d’après une inscription qu’on lit dans la belle église collégiale de Saint- Quirin de Neuss (Bas-Rhin), anno 1209, etc posuit primum lapident fundamenti hujus t empli.
Nous n’avons rencontré comme constatation monumentale, pour l’Espagne, dans ce mince intervalle , qu’une inscription de 1218, qui reporte a ce temps la construction de la belle église abbatiale de V al de Dios , en Asturie.
restèrent constitués en garde du corps, ainsi qu'en témoigne le monument collectif qu’ils élevèrent en mémoire de la bataille de Bovines ; monument voué par eux en l’honneur de Madame sainte Katherine, pendant la défense même du pont de Bovines dont la garde leur avait été confiée. Alexandre Le Noir a donné ( Musée des monumens français, t. Ier, p. 189), avec quelques détails à ce sujet, les inscriptions gravées sur pierre à l’occasion de cette fondation.
t. IV.
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Sous un règne comme celui de Jean-sans-Terre , on peut croire que l’Angleterre vit restreindre l’essor de ses grands travaux si multipliés sous les premiers Plantagenet, et meme à partir du règne d'Henri Ier, par les soins actifs et éclairés du célèbre Roger Poor, évêque de Salisbury. Ce que nous avons dit du temps qu’on employa, malgré l’abondance des ressources , à la seule prolongation de l’ancienne nef de l’église abbatiale de Saint- Albans , travail qui, bien que commencé en i iq5 , ne fut terminé qu’en 1235 , constate seul un état de langueur qui se prolongea jusque sous Henri III -, ceux exécutés à la cathédrale de Lincoln par l’évêque S. Hugo Burgundus, mort en 1200, et cités par Mathieu Pâris (t. II, p. 334) forment opposition.
D’après l’imposant témoignage de M. Gally Knigt, c’est sous ce dernier règne (d’Henri III) que le style en pointe , qui fit sa première apparition en Angleterre dans les travaux de Guillaume de Sens , à Gantorbéry, et dans l’église des Templiers à Londres, consacrée en 1 1 85 , atteignit dans ce royaume son plus haut degré de perfection, comme en témoignent la cathédrale de Salisbury , commencée en 1221 , la nef de la cathédrale de W or cester , de 1224, et beaucoup d’autres travaux à peu près contemporains , tels que le chapitre, les transsepts, et une partie du chœur de l’abbaye de Westminster , l’extrémité orientale de la cathédrale de Durham , et diverses parties des cathédrales de Lichfield , à'Yorck, de Southwell , etc. ; mais il y a bien loin de cette perfection à celle qu’accusaient dès lors les travaux d’ensemble et de plein jet de nos cathédrales de Reims, à’ Amiens, etc , qu’avaient précédés, et depuis longtemps , ceux de style analogue de Chartres , de Notre-Dame de Paris , de Sens, de Soissons, etc. , indépendamment des nombreux essais exécutés sur divers points de la France pour arriver à cette perfection réelle.
Mais c’est en Italie qu’à partir de ce temps, pointa de jour en jour davantage l’aurore des beaux jours qui devaient luire encore, et d’un éclat bien plus vif que jamais , sur son foyer central depuis si longtemps éteint. On continuait à Rome les travaux repris par les papes depuis que l’accord rétabli entre le souverain pontificat et nos fiers Normands de Sicile avait rendu communes aux deux états, par la provenance greco- sicilienne , des pratiques dont l’exploitation n’of-
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frait plus aucune ressource, lorsque, pour orner son couvent, l'abbé duMont-Cassin, Didier, sévit réduit, en 1066, àfaireappelàl’Orient. Aux travaux déjà cités de notre Galixte II et de ses successeurs jusques et compris Innocent III , vinrent se joindre ceux plus nombreux encore d’Honoré III , successeur de ce dernier pontife , et auquel on dut, en 1216, la restauration de l’église de Santa-F rances ca ( Santa - Maria-JS uova), où l’on plaça plus tard le tombeau de Grégoire XI, qui reporta le Saint-Siège à Rome , et la fondation de l’église de Saint-P antalèon , sur les ruines d’une partie du cirque alexandrin ; en 1221 , l'embellissement par des mosaïques encore subsistantes où se trouvent le portrait de ce pape, de l’église SS. V incenzo ed Anastasio allé tre font ANE ; en 1 122, de semblables travaux exécutés à l’église de Sainte-Sabine, que ce pontife, qui confirma cette année l’ordre des Pères Prêcheurs j donna alors à Saint Dominique avec le palais y annexé que ce saint transforma en couvent 1 *, en 1223 ,
1 Tandis que chez nous les plus imposantes traditions sont depuis longtemps oblitérées par des transformations et des milliers de circonstances incidentes , l’Italie offre encore souvent des exemples frappans de respect pour ces traditions, et delà perpétuité des grands souvenirs. Ainsi ce palais transformé en cloître et qu’habita l’apôtre un peu trop véhément de notre croisade albigeoise, est resté affecté aux religieux de son ordre. C’est là qu’attiré, en 1840, par le besoin d’établir quelques rapports avec une de nos illustrations religieuses, bien appréciée à Rome même, M. Lacordaire, nous trouvâmes ce dominicain occupé de saints travaux dans son humble cellule, dont il s’arracha pour nous faire les honneurs de son monastère. Cette retraite nous parut bien austère pour un prince de la parole ; mais nous ne serions pas étonné, à en juger par quelques indices, que notre savant religieux auquel s’est adjoint par une ferveur très louable, mais préjudiciable à notre gloire mondaine, un de nos plus habiles architectes, M. Biel, ne trouvât dans la culture des arts quelque délassement à ses travaux apostoliques.
L’église de Sainte-Sabine, construite vers 425 par le pape Céleslin Ie>-, sur le lieu même où s’élevait la maison de cette sainte, dont le puits se trouve conservé dans l’église même, comme on l'a fait dans plusieurs transformations semblables , est surtout remarquable par ses mosaïques qui, pour être peut-être les plus anciennes de Rome, ne datent pourtant pas d’une époque antérieure à celle où Placidie aurait, d’après nos aperçus, cru devoir substituer le culte des images chrétiennes à celui des simulacres païens violemment brisé par son père et par son frère. On y remarque surtout deux figurations de l’église, ainsi diversement qualifiée : Ecclesia ex genlibus et ecclesia ex circumcisione. La porte en bois de cyprès sculpté en relief, à sujets de l’Ecriture-Sainte, qui communique avec le couvent (d’Agincourt, Sculpture, pl. xxii), nous a paru, par le caractère de son travail, appartenir à la fin du XIIe siècle. Elle n’en serait que plus remarquable, à raison de la rareté de cette sorte de travail, à Jtome surtout, vers ces époques.
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r enrichissement, sous ce pape, de l’église aux belles mosaïques, S. Prassède,à laquelle le cardinal Colonna fit alors don d’une colonne antique de jaspe sanguin qu’il rapportait de Jérusalem, et qui , malgré sonexiguité ( principalement de hauteur ), qui n’exclut pas l’importance relative, à raison de la rareté et de la beauté de la substance , ne serait rien moins que la colonne même où fut attaché le Sauveur pour subir la flagellation dont les traces sanglantes restent empreintes dans la matière. En 1224, la restauration de l’église Santa-Bibiana, et enfin , en 1 226 , la grande mosaïque de la tribune de la basilique de Saint-Paul hors les murs, en partie détruite dans l’incendie et dont quelques débris se trouvent réemployés dans les nouveaux travaux
De l’époque de ces embellissemens , si ce n’est même de quelques années plus tôt , doit dater la construction du cloître de cette dernière basilique, et même de celle de Saint-Jean-de-Latran, dont nous donnons la vue (pl. 3 de la 11e série), travaux dont nous avons déjà démontré l’analogie tant par la forme et la division des fûts de marbre constituant les soutènemens de l’arcature, que par leur incrustation en mosaïque dure et purement ornementale, avec ceux des cloîtres antérieurs de Céfalu, de Montréale, etc., ce qui confirme les emprunts faits dans ces temps par Rome aux pratiques siciliennes.
A cette époque s’élevaient aussi sur d’autres points de l’Italie des monumens de quelque importance dans ce style encore incer-
1 C’était sur les parois du grand arc conduisant à cette même tribune et que soutenaient deux immenses colonnes de marbre grec dit salin, que Galla Placidia, voulant suppléer à ce que n’avait pu faire Constantin, faute d’artistes, comme pourrait l’indiquer la lettre de Symmaque à Antioclius Sicilien que nous avons citée plus haut (page 226), ou parce que les ligurations étaient alors contraires aux habitudes chrétiennes, fit exécuter la grande mosaïque dont Ciampini nous a conservé le dessin avec l’inscription , en l’honneur de celte princesse. Le rapport de ce travail, sous le pape saint Léon, vers 440, avec celui des mosaïques de Sainte-Sabine qui n’ont pu être exécutées qu’après la construction de l’église dont la fondation est de 425, confirmerait d’autant mieux nos suppositions sur l’origine commune de ces travaux, les plus anciens de Rome dans cet art, en tant que mosaïques religieuses, que l’intervalle de quelques années qui pourrait exister à la rigueur , s’expliquerait par l’antériorité des travaux analogues que Placidie fit exécuter à Ravennes (à Sainte- Agathe et au Palais Domestique) par son confesseur grec, Pierre Crysologue.
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tain , tels que la façade de la cathédrale de Lucques 1 , où se trouve le nom, avec date de 1216, de rarchitecte-sculpteur Marchione, que nous avons vu élever, la même année , l’autel de marbre de Sainte-Marie-Majeure, par l’ordre du pape Innocent III. Le riche pavage en marbre chargé de configurations de l’église de San Miniato , près de Florence 2, la cathédrale de Tridert dont l'inscription , de 1212, porte le nom de Magister Adam de Arogfio ; l’œuvre monumentale des fonts baptismaux de l’église de S. Pietro de Corneto , où l’on lit : Ego Angélus , 1208 , etc. , etc. -, mais on doit croire que le règne de cet art mixte , dans ces contrées, devait dès lors toucher à son terme, lorsqu’on voit, en 1221, le grand rénovateur, Nicolas de Pise , jeune alors, il est vrai, s'il est né avec le nouveau siècle , conduit à Naples pour un travail de fortifications, par l’empereur Frédéric II « Principe di buon senno e di tatto eccelente )) , qui, protecteur des beaux-arts, comme il le montra en Sicile 3 et en Italie pendant tout le temps de son règne , dut
> Cette belle arcade fut élevée en 120-4 par un sculpteur du nom de Guidetto. L'inscription suivante assigne une date postérieure aux bas-reliefs du porche : Hoc opus cepit fieri a Belenato et Aldibrando operariis. A. D. MCCXXXIIf.
^ On trouve le millésime de 1207 sur une des inscriptions qui garnissent les marges du grand et beau pavage en marbre blanc, à contigurations diverses , qui garnit la nef de cette église.
3 Ce prince qui avait séjourné en Toscane, conduisit Nicolas de Pise (vers 1221), a titre d’ingénieur, dans le royaume de Naples , dont la capitale dut pour ainsi dire sa fondation à Frédéric II, qui y construisit le château dit Capuano, demeuré le palais des rois et véritable monument de la magnificence de ce prince (Giovanni Yillani, Stor., 1. vi, c. r, p. 155). Cette ville lui dut en outre, dès ce temps, une célèbre académie qu’il recruta même aux dépens de celle depuis longtemps célèbre de Bologne , et à laquelle l’opinion des premiers maîtres d’Italie, le Dante, Pétrarque, Boccace, il Bembo, etc., attribue la formation de la langue italienne et ses premières œuvres poétiques; car Frédéric II, à la fois troubadour et philosophe, faisait marcher de front le goût des lettres et des sciences avec celui des arts. Il parlait six langues : latina , volgara (le normand), tedesca, francese, greca, saracenesca (ibid). Il fit revivre en même temps dans son palais dePaierme la magnificence de ses aïeux maternels : « E nel suo palazzo di Palermo, si miravano » lutte le delizie delV Asia el lesoro del oriente ( lnveges , lib. m, c. 633); mais ces délices de l’Asie n’avaient rien de commun par exemple avec les habitudes de Guillaume Ier, car Frédéric joignait au goût du faste une prodigieuse activité et une vive passion pour la chasse, à laquelle il sacrifia en faisant construire en 1225, sur les hauteurs du mont Gargan, le château d ’ Apriscena, ainsi nommé à l’occasion d’un repas (cena) où fut servi un sanglier monstrueux tué par lui dans une chasse sur ce lieu même, et le castel del Monte sur les collines voisines de Barlelta. Il fonda et construisit en outre les villes de
V RCHITECTURE •
seconder bientôt le développement de ce génie autrement que sous le rapport militaire.
San Stephano et d’Àquila dans les Abbruzes, Âlitea et Monte Leone en Calabre, Flagella en terre de Labour, Dondona en Pouille, Augusta et Eraclea en Sicile. Giannone complète cette auréole monumentale en disant de cet empereur (lib. xvn, cap. 4) : « Prin- » cipc magnificcntissimo, che orno italia di molti nobili edifici, e particolarmente » Capua e Napoli, averido in questa ampliatoeridotto in miglior forma il castel Capuano; » ed in quella rifatto con gran magnificenza l’antico ponte di Casilino sopra il fiume vul- » turno con due fortissimè torri, ove fece porre la sua statua di marmo che ancora oggi » ivi s’add ta ». Notre vieille souche normande avait donc conservé, jusque dans ses rejetons entés, cette sève vigoureuse à laquelle la Sicile dut et doit encore sa splendeur et l’Italie sa floraison tardive.
Ce prince n’étant mort qu’en 1250, participa ensuite aux travaux d’art exécutés en Italie, notamment à Assise, à Florence, etc., sous l’influence allemande, ce qui ne contribua pas peu à faire prendre en haine aux Guelfes la maniera tedesca, comme importation d'un prince gibelin en lutte continue avec les papes. Cette animosité traditionnelle éclata surtout, lorsque le peu de gloire que recueillit l’Italie de ces grands travaux en ce genre et le rang plus que secondaire qu’ils lui assignèrent sous ce rapport, comparativement aux beaux monumens gothiques de la France et de l’Allemagne, détermina quelques architectes nationaux, doués d’un génie transcendant, tels que Léon Baptiste, Alberti, Brunellescbiet autres, à étudier à leur tour les traditions architecturales de l’art antique dont ce sol était jonché. Le succès vint couronner leurs efforts, en ce sens du moins qu’ils parvinrent à se constituer à leur tour une architecture nationale, dont les bases se rattachaient aux plus beaux temps de leur histoire. « Egli si fisso lungamente, dit Cicognara (lib. 2, cap. 5), en parlant d' Alberti qui opérait un Yitruve à la main, tra quei resti délia gran- » dezza e delgusto greco-romano, e misurando i monumenli e combinando è rapporti » delle parti, fra loro, ne trasse tutte le consequenze che la costruzione, l'eleganza e » le più simetriche proporzioni presentano à un occhio sagace indagatore di quelle » bellezze, etc. » C’élait assurément un travail de patience et sans doute aussi de goût ; mais il y a bien loin, selon nous, de ces froides études sur l’antique aux sublimes créations des modestes maçons sortis de nos villages de l’île de France, Bonneuil , Chelles, Luzarche, Coucrj, ect., et qui sans doute ignoraient jusqu’à l’existence de Vitruve.
* Cicognara, Sloria délia scultura (lib. 2, cap. 4, tom. II, pag. 139 et 141). — L’historien de la sculpture cite ces deux circonstances pour prouver l’erreur dans laquelle sont tombés Yasari, son commentateur Dellavalle, Morona, Lanzi et d ’Agincourt, en attribuant à Nicolas de Pise une partie des sculptures de la façade du dôme d’Orvielo, dont la première pierre ne fut posée par Nicolas IV que le 13 novembre 1290, par conséquent près de soixante ans après les débuts de ce célèbre pisan, comme ingénieur militaire, ce qui exclut de sa part la possibilité d’un tel travail extérieur et de longue haleine, qui ne put être exécuté qu’après la mort de Nicolas, qu'on fixe à 1275, et par scs élèves. Mais à part cette question qui ne nous paraît pas comporter de nouvelle controverse, il demeure constaté par les chroniques bolonaises et toscanes, que ce grand artiste, sculpteur et architecte, comme il le prouva en construisant la cathédrale de Naples, travailla à Bologne de 1225 à 1231, à l’arc de Saint-Dominique, grand saint de fraîche date alors-
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Si I on considère en effet que quatre ans plus tard, en 1225, Nicolas Pisan fut appelé à Bologne pour y sculpter « con tutto il lusso deW mie » le monument lumulaire désigné sous le nom d \Arcadi San Dominico , auquel il travailla six ans 1 , on pourra faire dater de cette époque , presque concordante avec la fin du règne de Philippe- Auguste , et avec le beau développement de Part gothique en France, en Allemagne et en Angleterre , le nouveau point de départ de l'art italien en fait de sculpture d’abord, l’application des erremens de l'antiquité à la peinture et ensuite à l’architecture n’ayant eu lieu que beaucoup plus tard 1 -, et l’on en conclura qu’en nous arrêtant ici dans notre analyse chronologique des principaux travaux d’art exécutés sous d’autres influences que celle que les Pisans, les Florentins et les
travail qui participe encore des erremens delà sculpture antérieure à la rénovation. Il est doncéviüenl que l’époque où nous allons nous arrêter ferme l’extrême limitequi sépare, pour l’Italie centrale, en fait d’architecture et de sculpture, les traditions romanes et byzantines de celles introduites bientôt après, par application aux œuvres nouvelles, d’inspirations puisées dans les monumens de l’antiquité.
1 La pratique de la peinture chez les Grecs du Bas-Empire se lie aux habitudes de leurs devanciers et les fureurs de la réaction iconoclaste prouvent qu'au Vile siècle cette culture était portée en Orient jusqu’à l’abus. Quoiqu’elle nous paraisse également continue en Occident ; mais à partir seulement de l’époque où nous supposons que Galla Placidia y introduisit le culte des images, il est bien démontré que nonobstant les traités du romain Eraclius, du lombard Théophile et la constatation de divers travaux de cet art exécutés par nos moines de Moniier-cn-Derel autres, ce furent en général les artistes grecs qui pourvurent à nos besoins sous ce rapport. Ces besoins furent de deux sortes, la décoration purement monumentale ou à sujets, telle que Grégoire de Tours nous la montre pratiquée dans l’église de Clermont, lorsque la femme de Namatius , un livre à la main , dictait aux artistes les compositions qu’iis devaient y peindre, et la peinture de détail en tableaux portatifs, fort peu en usage avant le XIIe siècle en Occident, où la peinture des manuscrits était seule en honneur. Ce ne fut guère qu’au XIe siècle, époque à laquelle remontent, comme nous l’avons dit, les nombreuses vierges, dites de Saint-Luc, qu’on conserve si précieusement dans quelques églises d’Italie, que les tableaux devinrent un objet de commerce, de provenance grecque, comme l’indiquerait ce que dit M. Artaud ( Considérations sur l’état de la peinture en Italie, dans les quatre siècles qui ont précédé celui de Raphaël) d'un André Rico, dont il existe un tableau dans la galerie de Florence avec cette inscription : Andréas Rico de Caxdi a, pinxit in XI sœculo ; mais ce fut surtout au XIIe siècle que ce noble goût prit un développement et fit école en Italie même ; mais toujours sous l'influence grecque, infiltrée principalement sans doute par la Sicile. C’est ce que les historiens de l art italien n’auraient pas dû méconnaître. La gloire, pour cette contrée, d’avoir changé la direction de l’art, grâce au génie d’abord de Guido de Sienne et de Cimabue, qui, tout
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Sien nois firent renaître, nous nous trouvons précisément arrivé à 1 une de ces grandes limites qui circonscrivent les travaux si tranchés des écoles d’art et marquent nettementles transitions d’un stvle à l’autre.
en conservant le style grec, se rapprochèrent des formes humaines, puisa celui plus tranché de Giolto et de quelques autres artistes siennois qui secouèrent plus complètement ce joug, était assez belle pour qu'elle n'eût pas à désavouer, pour ainsi dire. les traditions sans lesquelles cet immense progrès de l’art n’aurait pu s'opérer.