‹ Les arts au Moyen AgeChapitre 1 sur 49 · TEMP'LOKUM VETE H UM · texte numérisé non relu

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u’est-cë que l’art chrétien, locution assez moderne d’ailleurs?

Nous nous le demanderions presque à nous-méme quoique la solution résulte de ce fait même que toute religion crée , en se fondant, un art spécial approprié aux rites de son culte , comme

aux mœurs des populations soumises à ses doctrines {A) , art indis-

« Notre but , en ouvrant ici ce chapitre , comme généralité , a été de traiter de l'art chrétien positivement et non philosophiquement , pour ne pas nous égarer, comme nous n’aurions pas manqué de le faire , dans la recherche de son sentiment et de sa poésie. Assez d’autres pluscompétenset mieux inspirés danscette matière surtout, ont dignement rempli

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pensable surtout , pour l’expression nécessairement neuve de ses

cette dernière tâche. Le moyen âge, d’ailleurs, n’est pas resté méconnu sous ce rapport comme sous celui des arts; et les brillantes prosopopées de sentiment ou de système, de conviction ou de convention de tant d’habiles écrivains, tels que notre illustre Châteaubriant, son digne émule le comte de Montalembert, et d’ardens champions de l’art chrétien , comme MM. Raoul Rocheite , Rio, Cyprien Robert , etc., ont si bien réparé, par de justes appréciations de l’état relatif de la société chrétienne à ces époques, les brèches faites à l’édifice religieux par les attaques sarcastiques de l’école philosophique , qu’il y aurait à la fois outrecuidance et imprudence de notre part à nous engager dans la même voie. Pourquoi n’avouerions-nous pas franchement aussi qu’il n’a pas toujours été donné à notre intelligence , sans doute incomplète , de suivre même quelques uns de ces chaleureux missionnaires de l’art chrétien dans leurs aperçus trop élevés sur le réalisme spiritualiste, et sur le symbolisme opposé au réalisme de l’idéal chrétien, sur la triple essence de l’art chrétien, sources de dissertations trop profondes pour nous du moins? Expliquons-nous toutefois. Est-cenotre faute, par exemple, si, quoique partisan de l’art naïf, et disposé à concevoir que le talent naissant des premiers Chrétiens, de ceux du moins demeurés étrangers aux leçons et aux inspirations païennes avantleur conversion, ait pu, à défautde types, reproduire X expression des émotions les plus pures de leur cœur , nous cherchons vainement dans la plupart des produits qui nous sont restés de ces longs essais de dix siècles (du IIIe au XIIIe) d’un travail qui, dans ce cas, serait plutôt psycologique que manuel, le mouvement artistique, l’expression, même de pur sentiment , que semblait devoir comporter l’infiltration dans l’art nouveau des exemples dont l’art ancien se montrait si prodigue ; si , quoique pénétré du charmede quelques gracieuses idylles (telles que celles dubon pasteurï, des naïves légendes juives, symbolisant la Résurrection , etc. , qui brillent encore dans la nuit des Catacombes, nous trouvons les fruits de l'art chrétien jusqu’au XII siècle surtout, malgré le concours des conciles qui, comme celui d’Ephèse de 431 , puisèrent dans les mythes orientaux pour trouver la réalité glorieuse, mais admirable aussi de la Vierge et de l’Enfant-Jésus, moins savoureux encore comme art, entendons-nous, que les inépuisables exploitations dues aux vieilles mythologies? Et devons-nous rougir de ce que notre admiration bien franche pour les sublimes conceptions , produits de l’extase des Cimabué, Giotto, Thadeo, Angelico, etc., ne nous aveugle pas sur la divinité plus maniérée sans doute, mais non moins idéale à d’autres égards, des Vierges de Raphaël, des Christ de Michel-Ange, etc. ? C’est qu’aussi , n’en déplaise à nos modernes Tertulliens, dans notre amour de l’art en général étendu à ses Mécènes, nous serions fondés à craindre que la rigidité des anathèmes qui vouent aux dieux infernaux , comme païens , ces grands maîtres et leurs écoles , n’entraînât dans le même gouffre leurs metteurs en œuvre, à commencer par les papes Jules II, LéonX, et Clément VII , comme atteints et convaincus d’avoir exhumé le culte d’Apollon et de Vénus avec les statues de ces divinités ; et d’avoir, cédant au prestige d’art révélé par la découverte de ces inimitables produits de l’art grec, imprimé une allure païenne à celui de leur temps. Et, de bonne foi , croit-on que les peintres extatiques eux-mêmes eussent résisté à cette impulsion avec des exploitateurs de leurs talens , comme les Médicis et les Bembo , et sous des inspirations papales comme celles où Léon X puisa ses vers sur une statue de Lucrèce çu. Roscoe, Vie de Léon X ); et surtout si les souverains pontifes des XIVe et XVe siècles eussent pour séduire ces béats, épuisé à leur profit, comme ce même Léon X, tous

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symboles plus ou moins mystiques1. Mais certes le Christ, la science incarnée, en professant comme en dictant les principes de la loi divine, n’y a pas joint de règles d’art à l’usage des Chrétiens, ou spécialement applicables à la solennisation de sa vie d’hommedieu , pendant laquelle rien ne témoigne du désir de balancer la gloire de Périclès ou d’Auguste, dans un royaume qui n était pas de ce inonde ; et ce ne fut pas en haine du système architectural du temple de Salomon, ou plutôt de l’édifice qui le remplaçait alors 2 , qu’il prédit aux gentils son entière destruction, et s’offrit

les trésors et tout le crédit du .Saint-Siège ? « Nell’Erario Pontificale nè in castel Sant’Ag- » riolo non si trovava somma alcuna di danari lasciala da Leone il quale , per la sua » prodigalità non solo haveva consumato i danari di Giulio e incredibil quantità tratti » di officii creati nuovamente con diminuzione di quaranta mila ducati d’entrata annua >> délia chiesa, ma haveva lasciato debito grande e impegnate tutte le gioie, e cose pretiose » del tesoro pontificale , etc. ( Guicciardini, lib. xiv, t. II, p. 408).

Prise d’un point de vue moins élevé , notre mission sera plus matérielle, sans doute; mais si la description des produits de l'art chrétien , dont nous offrirons en même temps la configuration dans nos planches ou par des renvois aux grands ouvrages publiés sur la matière, manque de poésie et d’originalité , notre double procédé aura du moins cet avantage que le lecteur pourra s’impressionner par lui-même et faire appel , lorsqu’il y aura lieu , des sensations imposées à celles éprouvées , et des fascinations de la dialectique ou de l’éloquence à la conviction du libre-arbitre. Tout en convenant franchement d’ailleurs que notre vue se trouve malheureusement trop courte pour embrasser tout ce qu’on nous montre dans le caractère primitif de la révolution chrétienne ( Essai crime philosophie de l’art, page 38 et suivantes) , notre esprit trop borné pour bien comprendre, par exemple , « que ia con- » séquence directe de la spiritualisation de la vie est de s’élever au-dessus du symbole , voile » jeté par la matière devant les yeux de l’esprit (page 43), «surtout lorsque nous voyons le symbole , épuré il est vrai , dégagé de toute vue sensuelle , dominer si longtemps dans l’art chrétien, nous nous applaudissons d’avance de pouvoir nous retrouver plus tard marchant de front avec ces savans maîtres sur un terrain moins glissant pour nous , lors qu’arrivant à la période d’art que nous affectionnons surtout , nous établirons aussi, mais en moins bon termes sans doute, « que la Passion est la clef de la voûte de tout l’édifice chrétien, tout le « mystère de l’architecture gothique (page 53), )> et que, pour nous aussi, selon l’expression de l'éloquent et positif historien ÎI. Michelet, « l’Église est elle-même un mystère pétrifié , une passion de pierre. »

i Sous ce rapport , les prêtres furent presque partout les premiers artistes , non seulement comme les plus habiles à tous égards , mais parce que naturellement chargés, dans une religion nouvelle , de formuler les mythes et autres emblèmes, énigmatiques même pour les populations contemporaines , ils se trouvaient appelés à régler les premières conditions de l’art que ce culte allait inspirer et vivifier.

a Voir ci-après pour les distinctions à établir entre les trois temples de Jérusalem.

paraboliquement pour le reconstruire en trois jours (Évangile selon saint Jean , ch. il , § xix) , ni pour substituer un style qui lui fut personnel aux chefs-d’œuvre des Phidias, des Scopas , des Polyclète, des Callimaque, des Parrhasius , des Vitruve, et autres explorateurs des traditions d’art puisées en Chaldée, en Egypte et même chez les Etrusques 1 -, ni même par un calcul de contraste, *

i Les Romains , pendant l'entière durée de leur gouvernement royal , et même dans les premiers siècles de leur république, durent toutes leurs traditions d’art aux Etrusques ou Toscans sortis, dit-on , de la même souche que les Grecs (colonie de Pélasges), et dont un goût commun pour les arts justifierait à quelques égards la commune origine; mais selon la leçon de tous les âges , et qui ne saurait manquer de nous atteindre un jour, l’ascendant des Etrusques , étendu à toute l’Italie, décrût bientôt devant les tentatives audacieuses et les succès toujours croissons d’une peuplade de ce pays même , qui avait secoué sa dépendance pour se constituer en nation ; et ce colosse , si longtemps dominateur , ébranlé par l’excès de la civilisation et les abus du luxe , offrit une proie facile aux violences sans frein des redoutables voisins du siège principal de la puissance étrusque. Ce ne fut cependant que vers la fin du \e siècle de la fondation de Rome que l’Élrurie, qui longtemps n’avait considéré cette dernière ville que comme une dépendance soumise à son influence, se vit honteusement réduite à subir, comme province romaine, le joug des conquérans que son exemple et ses leçons avaient instruits dans l’art de régner à leur tour.

Lorsqu’on oppose au silence presque général des historiens de Rome sur l’éclat dont l’Italie brilla sous les Etrusques, les innombrables et inépuisables témoignages de la grandeur et de la splendeur de ce peuple , que nous révèlent incessamment les moindres explorations accidentelles d’un sol , seul dépositaire , encore aujourd’hui , des glorieuses archives de l’Étrurie, on ne peut se défendre d’un sentiment pénible. Ce silence calculé, sans doute, ne semble-t-il pas en effet impliquer chez les maîtres du monde une basse rivalité fondée sur leurs prétentions à une origine toute divine, qui excluait les sujétions de l’enfance? 11 leur importait dès lors de faire disparaître avec la trace de leurs bégaiemens , avec les souvenirs de leurs premières leçons , la reconnaissance pour leurs maîtres, devenus leurs sujets, et les preuves d'une ère de splendeur italienne antérieure et peut-être égale à celle qu’on vit briller, mais toujours par le concours d’autrui , sur leur sol dominateur, lorsque vainqueurs et spoliateurs de la Grèce, ils s’enrichirent à la fois des chefs-d’œuvre conquis et des moyens d’en perpétuer l’exécution par la captation des artistes et des savans qui pouvaient seuls leur transmettre ce monopole.

En l’absence de témoignages donnés par les Romains de l’antiquité et de la splendeur de leurs devanciers, on se trouve réduit à interroger sur les mœurs et usages d’un peuple dont les moindres productions attestent le goût épuré et la haute civilisation , des écrivains plus désintéressés, tels qu’ Hérodote, Diodore de Sicile, Plutarque, Denys d’Halicarnasse, Pausanias , Athénée, etc.; et c’est ce qu’ont fait avec fruit nos philologues plus modernes , les Buonarotti , Gori , Winckelmann , Montfaucon , etc., suivant à cet égard le grand exemple donné au XVIe siècle par l’historien écossais Dempster , dans son Etruria regalis , commandée parle patriotisme de Cosme II.

A d’autres égards les monumens de ce peuple plus positifs encore que les traditions

qu’il éleva son humble crèche au-dessus des plus grandes créations humaines.

Insouciant de ces vaines démonstrations qui avaient créé, nourri , propagé les erreurs du paganisme, et préparé la perte du genre humain qu’il venait racheter de son sang, le Christ ne prescrivit rien pour la célébration d’un culte né de la foi des humbles dans sa sainte mission-, aussi le christianisme qui s’était produit obscur et pauvre sous la parole vivifiante de Jésus et de ses disciples, tirés des classes les plus modestes, a-t-il grandi pauvre et sans l’emploi des moyens matériels destinés à opérer plutôt sur l’imagination que sur l’esprit des peuples, et à couvrir par des illusions théâtrales, le vide de leurs

écrites, prouvent les relations étroites que les Étrusques durent établir, grâce aux voies commerciales ouvertes par la Méditerranée, avec les Egyptiens et les Grecs, et qui leur valurent, relativement à l’état social de leurs voisins les Samnites, les Volsques , les Campaniens , ce degré de supériorité intellectuelle que les voyages de long cours et le contact des Orientaux donnèrent plus tard aux Vénitiens, aux Pisans, aux Génois, sur leurs compatriotes de l’Italie centrale. Il suffit aussi d'un coup d’œil jeté sur l’ensemble des monumens, tels que les vases votifs ou cinéraires , travaux secondaires, sans doute, pour juger que l’art eut , chez ce peuple , comme chez tous les autres, sa naissance , sa marche, et son déclin dans la statuaire et la peinture ; car les trois divisions bien tranchées sous lesquelles en apparaissent les divers produits passent, suivant les époques, du style primitif, en lignes droites et raides, au style expressif, savant et gracieux , et de celui-ci au style d’imitation empreint quelquefois d’exagération et de mauvais goût. La découverte de l'ordre toscan, qui remonte aux belles époques, et le grand Apollon toscan de cinquante pieds de haut, placé dans la bibliothèque du temple d’Auguste ( ce qui suppose une salle spacieuse en hauteur surtout), monument remarquable, dit Pline , autant par sa beauté que par le travail du bronze, « dubium ære mirabiliorem pulcbritudine,» constateraient seuls que l’art ne se borna pas chez ce peuple au beau travail des vases divers, produits céramiques, amphores, patènes, lucerne , etc., et aux menus bronzes journellement arrachés à ses hypogées. Nous trouverions d’ailleurs dans un passage du même écrivain sur les produits des arts dans les diverses nations, une preuve de la prospérité de la statuaire chez les Etrusques, et de l’acharnement des Romains à s’emparer des dépouilles artistiques de ce peuple , moins peut-être pour les posséder que pour les anéantir, jaloux qu’ils étaient de paraître créateurs de leur illustration par les arts, au lieu de s’enorgueillir , dans leur insuffisance personnelle, d’un enseignement puisé sous leur ciel même, plutôt que de leurs emprunts à la Grèce.

A propos des médailles appelées de Toscane , qui avaient cours partout le monde , « signa n quos thuscania per terras dispersa, » Pline dit (liv. xxxiv , chap. vu) « que Metrodorus » Scepsius, surnommé l’ennemi des Romains , leur reprochait entre autres violences, de » n’avoir fait la guerre aux habitans de Volsinium (Bolsena) que pour s’emparer des nom- » breuses statues que renfermait cette ville: Volsinios pulsatos propter centum et deeem » statuarum signa objiceret. »

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convictions. Une étable fut le premier temple où le Sauveur du monde reçut les hommages des rois de la terre, environnés de toute leur pompe et guidés par un signe céleste -, et cette étable brille encore aujourd’hui, après plus de dix-huit siècles, d’un éclat surhumain sous les débris des temples consacrés à sa préservation1 -, une lourde croix, un calice d’amertume, furent les seuls monumcns offerts d’abord comme symboles à la méditation et à l’adoration des pre-

i M. de Châteaubriant décrit ainsi dans son Itinéraire de Paris à Jérusalem (t. II, p. 152 et suivantes) l’église de Bethléem telle qu’il la vit en 1807 :

« Cette église est certainement d’une haute antiquité, et quoique souvent détruite et sou- » vent réparée, elle conserve les marques de son origine grecque. Sa forme est celle d’une » croix . La longue nef , ou si l’on veut , le pied de la croix , est orné de quarante-huit co- » lonnes d'ordre corinthien , placées sur quatre lignes. On voit dans le chœur un autel déj> dié aux Mages. Sur le pavé au bas de cet autel , on remarque une étoile de marbre. « La tradition veut que celte étoile corresponde au point du ciel où s’arrêta l’étoile mira- » culeuse qui conduisit les trois rois . Ce qu’il y a de certain , c’est que l’endroit où naquit » le Sauveur du monde se trouve perpendiculairement au-dessous de cette étoile de marbre, » dans l'église souterraine de la Crèche. Deux escaliers tournons, composés chacun de quinze » degrés, s’ouvrent aux deux côtés du chœur de l’église extérieure et descendent à l’église » souterraine placée sous ce chœur. Celle-ci est le lieu à jamais révéré de la nativité du » Sauveur ; cette sainte grotte est irrégulière parce qu’elle occupe l’emplacement irrégulier i> de l’étable et de la crèche. Elle a trente-sept pieds et demi de long , onze pieds trois « pouces de large, et neuf pieds de haut; elle est taillée dans le roc, les parois de ce roc » sont revêtus de marbre , et le pavé de la grotte est également d’un marbre précieux. Ces » embellissemens sont attribués à sainte Hélène. L’église ne tire aucun jour du dehors , et » n’est éclairée que par la lumière de trente-deux lampes envoyées par différens princes » chrétiens. Tout au fond de la grotte , du côté de l’Orient , est la place où la Vierge en- » fanta le Rédempteur des hommes. Cette place est marquée par un marbre blanc in- « crusté de jaspe et entouré d’un cercle d’argent radié en forme de soleil. On lit ces mots u à lentour :

« Hir de virgiue Maria J) Jésus Christus natus est. »

» A sept pas de là, et vers le midi, est la crèche, voûte peu élevée enfermée dans le » rocher ou bloc de marbre blanc exhaussé d un pied au-dessus du sol et creusée en » forme de berceau , qui indique l’endroit même où le souverain du Ciel fut couché sur la 3> paille. )3 (Voir pour l’église primitive, Ciampiai , de Sacris Ædifhiis, c. xxiv, p. 150).

Les colonnes placées sur quatre lignes et la forme de croix rentrent entièrement dans la disposition des basiliques de Constautin, notamment de celle de Saint-Paul de Rome.

Sainte Hélène, à qui l’on attribue la fondation de l’église de Bethléem, ne l’aura sans doute pas vue terminer, sa mort (en 328), ayant suivi de près le voyage en Palestine, dans lequel elle découvrit le saint sépulcre et le bois de la sainte croix; mais son fils y pourvutsans doute, comme il fit pour deux autres églises de Jérusalem, celle delà montagne des Oliviers et celle delà Résurrection qui fut dédiée en 335.

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miers chrétiens, en signe des épreuves auxquelles ils devaient soumettre leur vie toute entière pour acquérir le droit de participer plus tard aux joies des élus et aux pompes de la gloire céleste.

Ce n’était pas que l’art et ses admirables prestiges, en si grand honneur à Rome sous Auguste, fussent restés inconnus à Jérusalem jusque sous Tibère, puisque loin de là, il avait été donné à la ville sainte d’en consacrer les plus belles et les plus anciennes traditions dans son magnifique temple du seigneur, antérieur aux merveilles de la Grèce, monument subsistant encore alors, au moins dans sa fidèle reproduction, et qui doit nous fournir ici nos premiers aperçus, notre véritable point de départ pour l’art chrétien, surtout dans le système prédominant encore, qui ferait remonter cet art presque à l’origine du culte qui l’aurait principalement inspiré l.

En effet, dans l’impossibilité d’appliquer aux arts en général, alors dans leur apogée, et dont la décadence ne date que de la fin du IIe siècle, la belle image de M. de Châteaubriant sur les deux mondes historiques séparés parla croix, sur le déclin qui s'arrête au Christ, et sur le progrès qui commence avec lui, il serait naturel d’admettre que les premiers Chrétiens, même les gentils de la classe si ardente, si novatrice des artistes, qui n’embrassèrent la foi prêchée par les Apôtres qu’ après avoir payé tribut au polythéisme, aimèrent mieux, dans leur horreur pour les traditions, pratiques et usages du paganisme, se pénétrer de celles du peuple d’où sortaient les patriarches et les prophètes restés en vénération dans le nouveau culte. Si l’on considère aussi que la loi de Moïse régnait alors et régna longtemps encore presqu’exclusivement, surtout dans le berceau du christianisme, on trouvera d’autant plus convenable, sans doute, que nous fassions partir les racines de l’art dont nous traitons, du sol même où le temple de Salomon offrait un si pompeux témoignage de sa longue culture.

Nous commencerons donc, mais sans remonter jusqu’au déluge, par interroger nos annales les plus authentiques, la Bible d’abord, pour bien nous fixer sur l’état des diverses branches d’art chez les enfans d’ Abraham, dès l’époque où leur législateur sembla leur en

1 Voir la controverse que nous établirons plus loin sur les opinions divergentes des grands historiens des Catacombes.

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interdire l’exercice, ce qui seul en constate l’existence % et avant comme depuis la captivité de Babylone, c’est-à-dire chez les Hébreux et chez les Juifs. Nous bornerons toutefois nos recherches au royaume de Judée, qui fut le séjour continu de la famille de David dans ce dernier période, malgré les vicissitudes successives et les divers jougs que subit cette province soumise tour à tour aux rois de Perse, à Alexandre, aux rois de Syrie et d’Egypte , et enfin à Pompée, qui l’annexa à l’empire romain.

L’art hébraïque, réduit par Moïse à d’étroites affectations, n’a fourni aucuns produits de fouilles, et n’a laissé aucun de ces majestueux vestiges 2 par lesquels la splendeur des autres arts d’Orient se manifeste encore dans les sables de l’Egypte, comme aux lieux historiques, mais aujourd’hui déserts, de la Grèce, de la Sicile et de l’Italie même. Cette complète disparution tient sans doute à la concentration de cet art sur un sol souvent remué et, pour ainsi dire, sur le terrain assez circonscrit de ces trois temples dont le dernier, héritier des dépouilles de ses aînés, fut bouleversé par Tite, soumis aux vains essais de restauration de Julien, et consacré plus tard aux cultes de Jésus et de Mahomet par la transformation alternative de l’Eglise chrétienne en mosquée d’Omar 3 , et de la basilique des Latins

j L’art constaté avant Moïse par la fonte des veaux d’or et sous lui , dès le principe , par celle du serpent d’airain, n’en était sans doute, antérieurement à cette époque, qu’au premier des trois périodes que signale Winckelmann en disant : « Dans les arts qui tiennent » au dessin , ainsi que dans toutes les inventions humaines , on a commencé par le néces- » saire , ensuite on a cherché le beau, et l’on a donné enfin dans le superflu et dans l’exa- » gération. »

3 Dans son Itinéraire de Paris à Jérusalem (t. II, p. 347 et suivantes), M. de Châteaubriant constate qu’il ne reste rien de l’architecture primitive des Juifs, à Jérusalem, si ce n’est nia Piscine probatique desséchée et à demi-comblée, nommée par Josèphe stagnum » Salomonis , réservoir long de cent cinquante pieds et large de quarante , servant à 3> la purification des brebis destinées aux sacrifices, et aux bords de laquelle Jésus-Christ » dit au paralytique : Levez-vous et emportez votre lit. » Or cette construction à raz de terre, pourrait tout au plus donner l’idée de Y appareil employé par les Hébreux. Les autres monumens dont les traces subsistent encore , appartiennent , selon le même écrivain, aux ères grecque ou romaine, sous le paganisme ou sous le christianisme.

3 Une église chrétienne s’élevait sur une partie de l’emplacement du temple lors qu’Omar , maître de Jérusalem, construisit sur la roche Gameat-él-Sdkra sa mosquée, dont le calife Abd-el-Malek et son successeur El-Oulid, accrurent encore l’importance. Les Croi-

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en un temple musulman impénétrable à tous les yeux profanes. De ce que le défaut de témoignages positifs surexistans, et sans doute aussi l'absence, même dans Josèphe, de détails artistiques comme ceux dont fourmillent les écrits de Diodore de Sicile, d’Hérodote, de Pausanias, de Yitruve, de Pline, etc., ont conduit nos premiers historiens de l’art 1 à ne traiter pour ainsi dire de celui des Hébreux que sous son rapport chronologique, et sans égard à son éclat d’autant plus remarquable par son ancienneté, bien antérieure à la culture des mêmes arts chez les Grecs et chez les Etrusques , ce n’est pas à dire, selon nous, que l’on manque absolument de moyens de réhabiliter les belles traditions génératrices de notre art chrétien : essayons de le prouver.

Moïse qui vivait plus de quinze siècles avant Jésus-Christ, quatre siècles avant l’époque semi-fabuleuse du siège de Troie, fait dire au Seigneur dans l’Exode (vers. 4duch.xxn , promulgation du Décalogue): « Vous ne ferez point d’image taillée ni aucune figure de tout ce qui » est en haut dans le ciel, et en bas sur la terre, ni de tout ce qui » est dans les eaux, sous la terre2, » défense qui, par cela seul qu’on

ses transformèrent en église cette mosquée, qui reprit sous Saladin sa première affectation , quelle conserve malheureusement encore. On trouve dansl’ Itinéraire de M. de Chàteaubriant (t. II, p. 369 et suivantes) la description de cette mosquée, aussi complète qu’il soit possible de la donner, puisqu’un chrétien n’en franchirait le seuil qu’au péril de sa vie.

1 Quoique Winckelaiann, dans son Histoire de l’art (t. Ie1', p. 4) convienne <c que les no- » tions que l’Écriture-Sainte nous donne des images sculptées et fondues sont fort anté- » rieures à tout ce que nous savons des Grecs sur cet objet, et que les figures taillées ordi- » nairement en bois, et les statues jetées en fonte ont toutes leur dénomination dans la w langue hébraïque, » ce profond écrivain, au lieu de tirer de ces circonstances X induction naturelle que semblait devoir amenerl’ existence reculée et prolongée de ces objets et surtout leurs dénominations spéciales, consacre à peine quelques lignes à l’art des Hébreux dans scs vastes aperçus sur le mouvement artistique du monde entier, en disant (t. 1er, p. 201 et 202) :jc< Tout ce que nous savons de l’art des Hébreux, c’est que dans les temps les plusflo- « rissans de leur monarchie, ils faisaient venir les artistes deTyret de Sidon pour exécuter » leurs grands ouvrages : d’où l’on pourrait tirer l 'induction que les beaux-arts, considérés 33 comme superflus à la vie humaine, n’étaient pas exercés par ce peuple. D’ailleurs la loi 3> mosaïque défendait aux Juifs la sculpture, du moins pour ce qui regarde la représentation 33 de la divinité sous une forme humaine, etc. 33

2 Le verset 3 du chap. xx de l’Exode qui porte : Vous n’aurez point de dieux étrangers devant moi , prouve bien , ainsi que l’établit Carlo Fca dans ses notes sur Winckel-

l’art chrétien.

ne peut interdire l’inconnu, impliquerait l'existence et l’exercice de l’art chez les Hébreux dès cette époque, alors même que ne viendraient pas se joindre à ce témoignage implicite ceux plus formels de la « fonte du veau d’ or d’ Aaron ( Exode , ch. xxii, v. 4? etc.), de » la construction de l’ arche- sainte, du tabernacle couvert de lames » d' or soutenues sur des bases d'argent qui avaient etc jetées en fonte » avec des chapiteaux d'or^Ex., ch.xxxvi, v.34, 36 et 38), du propi- » tiatoire orné de chérubins d'or battu , du chandelier qui devait sou- » tenir les lampes, de X autel des parfums, de celuides holocaustes , la » plupartdesquelstravauxd'artétaient l’œuvre de Béséléebjfilsd’Uri, » qui était fils de Hur, de la tribu de Juda, homme rempli d'intelli— » gence, de science et d’une parfaite connaissance pour inventer et » pour exécuter tout ce qui peut se faire en or, en argent et en airain, » pour tailler et graver les pierres, et pour tous les ouvrages de me- » nuiserie, et auquel le seigneur joignit Ooliab, fils d’Achisamech, » de la tribu de Dan2. » Mais ce fut surtout sous le règne des fds de David que l’art brilla du plus grand lustre chez les Hébreux, et s’y maintint très longtemps par une tradition presque continue, comme nous l’établirons parties preuves irrécusables : car c’est pardestémoi-

mann , que la défense du verset 4 ne s’appliquait qu'aux simulacres quelconques des faux dieux.

L’interdiction formelle de reproduire ce qui est sous les eaux ne s’appliquait-elle pas plus spécialement au crocodile dont, selon Bochart , cité par dom Calmet, le nom de Pharaon, commun à tous les rois d’Egypte jusqu’à Salomon, était la vraie signification? ( V. Ezéchiel , chap. xxix , v. 3.)

1 Béséléel , est-il dit dans l’Exode, chap. xxxvri (v. 17 à 25) « fit aussi le chandelier » de l'or le plus pur battu au marteau. Six branches avec coupes en formes de noix, de » pommes et de lys sortaient de sa tige qui avait quatre coupes. Il fit aussi sept lampes » avec leurs mouchettes et les vases pour éteindre ce qui avait été mouché » , le tout pesant un talent d’or (environ soixante-dix mille fr. , d’après l’évaluation du sicle d’or , à vingt-trois livres et quelques sols).

Moïse n’eût donc pas besoin de faire venir de Tijr ou de Sidon pour ces grands ouvrages des artistes qu’il trouva tout formés dans les tribus qui composaient le peuple d’Israël cinq siècles avant l’appel à l’artiste étranger Iliram, auquel YVinckelmann fait allusion.

2 Ces détails, textuellement extraits du chap. xxxvde l’Exode (versets 11 , 12, 14, 15, 16 et 30 à 34), et quant aux chérubins du chap. xxxvn (v. 8), se trouvent d’ailleurs répétésdans d’autres parties, et ne laissent aucun doute, toujours selon nous , sur la culture de l’art chez les Hébreux et par eux-mêmesdès les époques les plus reculées.

l’art CURETIEX.

gnages positifs que nous discuterons les remarques que le principal annotateur de Winckelmann, pour confirmer celle de son auteur sur l’art des Hébreux, a puisées dans les textes d’Origène et de Flave Josèphe1, écrivains d’époques (Ier et IIIe siècle) où la population juive, amoindrie parla scission du christianisme, compriméedans son essor d’indépendance, et réfugiée dans ses synagogues dépourvues d’ornementation, devait se montrer d’autant plus sobre des manifestations d’art interdites par la loi de Moïse, qu’elle fondait aussi sur sa misère le refus de tributs arrachés si souvent par les armes romaines,

La Bible, dont nous nous sommes efforcé d’exprimer tous les sucs

i On lit dansOrigène (contraCelsum, 1. iv, c. xxxvn) : « Nullus pictor , sculptor nul- « lus in eorum civitate erat. Lex enira harum artium professores exterminari jusserat ; j) ut nulla esset fabricandorum occasio ; » mais cette loi à’ extermination (entendue ici dans son sens véritable de banissement) ne pouvait, comme on l’a vu plus haut, dater que des temps postérieurs à Jésus-Christ, puisqu’à son époque on s’occupait encore des travaux d’art du temple d’IIérode. Origèue, qui écrivait dans les premières années du 111e siècle , et qui , dans la rapidité des nombreux écrits qu'il dictait à sept notarii et que recueillaient en même temps sept librarn , ne pouvait approfondir de semblables questions, a décrit ce qu'il voyait, et ce qu’il voyait chez les Juifs de son temps c’était moins la vraie tradition hébraïque que la condition d’un peuple cruellement puni de ses rébellions , par Titeetpar Adrien, et qui, privé de son temple remplacé par des autels à Vénus, à Adonis, etc., dut, dans l’austérité et dans l’opiniâtreté de ses doctrines, prendre d’autant plus en dégoût toutes les pratiques d’art autres même que celles explicitement interdites par la loi de Moïse. Le temps où florissait ce chrétien, si zélé qu’il devint bourreau de luimême pour couper court à la tentation , fut d’ailleurs à la fois, pour ses frères, une époque continue de persécution, puisqu’il en subit trois (de Septimeà Dèce) sans y succomber, et pour les Juifs une ère d’anarchie religieuse par leurs divisions en caraites et en rabbanistes pour l’interprétation de la loi orale , de la cabale ou du thalmud , matières bien étrangères à la question qui nous occupe. Cette observation de Flave Josèphe (Antiq.jud. , 1. xvm, c. v, n. 3; Operum, t. I, p. 184), « que l’empereur Vitellius fut prié par les chefs 3) des Hébreux de ne pas faire passer par leur pays les étendards romains, parce qu’ils re- 33 présentaient des aigles et d'autres figures, 33 aurait sans doute plus d’importance dans l’espèce, comme appartenant à une époque assez rapprochée de celle où nous montrons l’art des Hébreux toujours en vigueur; mais bien que Josèphe, gouverneur de Gallicie vers ces temps même , dût connaître mieux que nous la portée de sa remarque , nous ne pouvons supposer qu’encore alors en possession de leur troisième temple , où Ilérode avait eu soin de reproduire les chérubins, las lions, les bœufs compris dons l’ornementation primitive de Salomon, les Juifs aient pu sérieusement s’effrayer de l’apparition de quelques aigles, autrement que pour les conséquences onéreuses et froissantes qu’entraîne toujours le seul passage d’une armée même amie; et tels n’étaient pas alors les rapports des Romains avec les Juifs. Leur susceptibilité religieuse n’aurait donc été qu’un prétexte pour masquer une répugnance tout autre qu’ils 11e pouvaient avouer à leurs maîtres.

l’art chrétien.

artistiques, nous fournira ces nombreux témoignages que nous livrons à une discussion sur pièces , car loin de nous la prétention d’appeler formellement d’un jugement émané d’une autorité comme Winckelmann.

Il est dit au me livre des R ois (ch . m, v. i et 2) que, « lorsque Salo- )> mon amena la fille de Pharaon, qu’il avait épousée, dans la ville de h David, le peuple immolait toujours dans les hauts lieux, parce que » jusqu’alors on n’avait point encore bâti de temple au nom du Sei- » gneur1, » et que Salomon qui régnait sur tout le peuple d'Israël , innombrable comme le sable de la mer, et dont la domination s' étendait depuis le fleuve d Euphrate jusqu au pays des Philistins, et jusqu a la frontière d'Égypte (ch . iv, v. 1, 20 et 21), « ayant voulu bâtir un )> temple au nom du Seigneur, selon que le Seigneur l’avait ordonné » à David son père (ch. y, v. 5), s’adressa à Hiram, roi de Tyr, pour » avoir des cèdres du Liban, que personne dans Israël ne savait cou- » per comme les Sidoniens, » et employa de son côté trente mille ouvriers pour le transport de ces bois, en même temps que soixante- dix mille manœuvres placés sous la direction de trois mille huit cents intendans, portaient les fardeaux, et que quatre-vingt mille autres taillaient sur la montagne les pierres que le roi leur recommanda de prendre grandes et d’un grand prix, et de préparer pour les fondemens du temple (v. 6, i3, i5, 16 et 17).

Voilà certes une impulsion et des préparations architecturales qui laissent bien loin les plus anciennes dispositions connues en fait de travaux d’art- mais poursuivons.

Quatre cent quatre-vingts ans après la sortie d’Égypte, dix siècles avant Jesus-Christ, deux siècles et demi avant la fondation de Rome, Salomon fit surgir en treize années du sol de Jérusalem, pour placer l'arche-sainte demeurée jusque-là sous une tente de peaux, son temple, dont les proportions (de 60 coudées de long, sur 20 de large et 3o de haut) ne justifieraient pas l’étendue de ces efforts, si l’on pouvait admettre avec dom Calmet que la coudée hébraïque ne fut,

1 Les temples des hauts lieux ne furent construits que sous le fils de Salomon, par Jéroboam , qui fit en outre deux veaux d'or (autre témoignage d’art existant même du temps de Moïse), qu’adorèrent les tribus autres que celle de Juda qui suivit la maison de David (ibid. chap. xn , v. 20, 28 et 31).

L’ART CHRETIEN

meme à cette époque, que de 20 pouces 6 lignes; mais ces vastes élaborations devaient être communes à deux autres édifices élevés presque simultanément : « Le palais appelé la maison de bois du Liban , » qui avait 100 coudées de long, 5o de large et 3o de haut, avec » quatre galeries divisées par des colonnes, et un plafond soutenu » par quarante-cinq colonnes en trois rangs ( ch. yii, v. 2, 3, 10); » et le palais de même architecture que la galerie du trône, que Sa- » lomon fit pour la fille de Pharaon qu’il avait épousée (v. 8 ) r. »

D’après les livres saints, ce fut surtout pour la décoration intérieure de ces trois édifices que Salomon recourut au talent d’un artiste étranger d’un mérite supérieur, exemple que nos rois ont bien souvent suivi sans qu’on en ait conclu, comme le fait, pour l’art hébraïque , le savant auteur de l’Histoire de l’art, que les beaux arts ne s'exerçaient pas en France à la fin du XVe siècle et dans la première moitié du XVIe.

C’est ce qui résulte des versets 4 et i5 du chap. vu, qui portent « que Salomon fit venir de Tyr, Hiram, qui travaillait en bronze, et » était rempli de sagesse, d’intelligence et de science (doué par con- » séquent, mot pour mot , des mêmes qualités et talens que l’artiste

* Nous avons cru devoir procéder différemment qu’on ne l’a fait jusqu’ici pour reproduire Ces descriptions. Au lieu de les puiser dans la traduction de Josèphe par Arnauld d'Andilly , ou dans les Passages alphabétiques de dom Calmet, nous avons consulté les livres saints eux-mêmes, source plus pure encore que les souvenirs de l’historien des Juifs. Ce système offre à nos yeux le moyen de renvoyer au texte si concis de la Cible, dont personne ne peut prétexter cause d’ignorance. La naïveté et jusqu’aux nombreuses répétitions de ces textes ajoutent encore à leur authenticité ; de même que l’exacte vérité se déduit du soin minutieux qu’ont pris les écrivains sacrés d’indiquer jusqu’à la hauteur des fondations en pierres (huit et dix coudées) destinées à supporter les charpentes; et la recherche mise dans l’appareil des pierres qui se plaçaient toutes polies et de manière à ce que, pendant la construction, on n’entendît le bruit ni du marteau ni de la cognée, ni d'aucun instrument. Beaucoup de détails architectoniques tirent d’ailleurs un intérêt réel de leur rapprochement avec l’emploi des mêmes moyens dans des temps bien plus voisins de nous. Telle est par exemple la description de l 'escalier tournant de la chambre du milieu , disposition dont l’origine remonte probablement au moins à la tour de Babel, et qui, après avoir été d’un emploi constant dans lestns du moyen âge et de la renaissance , a fait place à nos escaliers d’apparat à rampes dorées , à cages spacieuses et à larges paliers détrônés à leur tour par les échelles de Meunier, sortes d’ouvertures caverneuses taillées dans la masse , et qu’on construit à grands frais jusque dans nos musées et dans les palais de nos rois .

l’art chrétien.

)> hébreu Béséléel employé par Moïse), pour faire toute sortes d’oü- » vrages en bronze, et qui lit en effet (v. i5 à 36) deux colonnes de » bronze, Jahin et Booz, dont chacune avait 18 coudées de haut , » et un réseau de 1 1 coudées qui entourait chaque colonne, deux » chapiteaux (on ne dit pas de quel ordre) de 5 coudées de haut ». (ce qui donnerait la proportion exacte de ces principaux appuis de nos rites maçonniques). « Une merde fonte toute ronde, de io cou- » dées d’un bord jusqu’à l’autre, et de 5 coudées de haut, supportée » par dix consoles, et posée sur douze bœufs -, dix socles d’airain de » 4 coudées de long et de large sur 3 de hauteur, dans les jointures » desquels il y avait , entre des couronnes et des entrelas , des cké- » rukifis, des lions et des bœufs 5 » figures et animaux dont la configuration consacrée dans le temple même du Seigneur semble, comme nous l’avons dit, justifier nos doutes sur le motif réel de la répugnance des Hébreux pour les aigles des étendards de Vitellius.

« Hiram fit encore ( v. 36 et suiv.) dans les entre-deux des join- » tures qui étaient aussi d’airain, et aux angles, des chérubins, des » lions et des palmes; ces chérubins représentant un homme qui est » debout » ( ce qui paraîtrait surtout constituer une infraction manifeste à l’interdiction de Moïse); en sorte, est-il dit , « que ces figures » paraissaient non point gravées, mais des ouvrages ajoutés tout à » l’entour ; plus, dix cuves d’airain de 4 coudées de haut, des mar- » mites, des chaudrons, des bassins. » A cette nomenclature d’objets et d’ustensiles d’airain, succède celle des nombreux objets en or qui devaient servir dans la maison du Seigneur, depuis « Y autel et la table » d’orpour les pains, les dix chandeliers de fin or 1 , au-dessus des-

1 Ces fabrications, qu’elles fussent ou non exécutées sous la direction d’Hiram, ne purent en tous cas que reproduire ou rappeler les objets analogues dus à l’art purement hébraïque des Béséléel, desOoliab, etc. Ceux de ces riches objets, toujours tenus au complet lors des divers rcnouvellemens du mobilier du temple , qui échappèrent au pillage ou à la destruction dans le sac du temple par Nabonassar, furent rendus par Artaxercès-Longue-Main aux Israélites , par l’intermédiaire d’Esdras , gouverneur de la Judée. Ce dernier porte, au chapitre i<;r de son livre ( v. 9, 10 et II), le nombre des vases tant d'orque d’argent , restitués, à cinq mille quatre cents. Les noms conservés à la plupart de ces vases dans la traduction latine de la Vulgatc offrent une grande conformité avec les désignations employées par Anastase le Bibliothécaire en parlant des phialœ, etc., données parles premiers papes aux églises de Rome. Lorsque Tite détruisit le dernier temple, les principales,

t.’art chrétien.

» quels il y avait des fleurs de lys 1 , et des lawpcs d’or, les pincettes )> d’or, les vases à mettre de l’eau, les fourchettes, les coupes, lesmo*’- )) tiers et les encensoirs d’un or très pur, jusqu’aux gonds d’or des » portes de la maison intérieure du saint des saints, et de la )> maison du temple. » Les versets 4^ à 53, en se bornant à dire que Salomon fit ces derniers objets, ne mentionnent pas l’intervention de X étranger Hiram, signalé surtout pour son habileté pour les ouvrages en bronze2; mais des ouvrages de cette importance, étendus aux deux palais, et dont l’homogénéité dénote une phase avancée de l’art, ne pouvaient manquer, en tous cas, de nationaliser l’art en Judée parla collaboration indispensable des Hébreux 3.

L’intérieur du temple, « revêtu d ais de cèdre depuis le pavé jus- » qu’au plancher d’en haut, et planchéié en sapin, » devait surtout tirer son lustre de la profusion d’un métal alors bien commun sans doute, « puisqu’il n’y avait rien qui ne fût couvert d’or, notamment

dépouilles, telles que la table d’or , le chandelier à sept branches, etc., ornèrent le triom» phe du vainqueur et furent ensuite déposées dans le temple de la Paix , d’où Gcnseric les tira en 455 pour les transporter à Carthage. D’autres disent que ce riche butin subit, par l’effet d’un naufrage, le sort de la voûte d’or du Capitole, à laquelle Domilien avait consacré douze mille talens (au moins 2,400,000 fr.), belle occasion de sauvetage pour le coup ! *

On peut du moins juger de la forme du célèbre candélabre par sa configuration encore visible dans les bas-reliefs de l’arc de Tite à Rome.

< Est-il besoin de faire remarquer qu’ici comme pour les ligures gravées, les traducteurs de la Vulgate ont nécessairement appliqué des locutions modernes consacrées par des usages postérieurs, au sens analogue des mots hébreux.

2 Par le verset 14 du chap. n des Paralipomènes , la mission donnée par le roi de Tyr à son sujet et homonyme est bien plus explicitement déterminée. L’assimilation entre Iliram et son devancier Béséléel est entièrement complétée par la mention que le Tyrrénéen aussi savait travailler en or, en argent, en cuivre, en fer, marbre, en bois, « qui scit cælare om- )> nia sculpere , etc. ; » et qu'il possédait un génie merveilleux pour inventer tout ce qui était nécessaire pour toutes sortes d’ouvrages.

3 Ce qu’on lit au verset 22 du chap. ix du 111e livre des Rois , « que Salomon ne voulut a point qu’aucun des enfans d’Israël fut assujéli àtravailler à ses ouvrages , mais qu’il » en fil ses hommes de guerre , ses ministres , ses principaux officiers et les chefs de ses » armées, » ne peut évidemment s’entendre que d'une certaine classe de ce peuple , ainsi que le prouve le verset 13 du chap. v du même livre, portant : «Salomon choisit aussi des » ouvriers dans tout Israël , et il ordonna qu’on prendrait pour cet ouvrage trente mille » hommes. »

t.’ap.t chrétien.

» tout l’autel qui était devant l’oracle1, ou des lames d’or étaient » attachées avec des clous d’or, » lequel oracle, de 20 coudées dans tous les sens, « était couvert d’or très pur, et contenait deux chêru- » bins de 10 coudées de haut, en bois d’olivier couvert d’or (ch. vi, « v. ï5 à 29). Toutes les murailles étaient d’ailleurs ornées tout à w l’entour de moulures et de sculptures , de chérubins et de palmes » en bas-relief , et de diverses peintures qui semblaient se détacher de » leur fond et sortir de la muraille (v. 29). »

On peut juger aussi du luxe, sans doute en rapport avec la décoration intérieure, qui régnait dans l’ameublement du palais du roi, plus somptueux encore que la maison du Seigneur, d’après ce qu’on lit au chap. x du même livre des Rois, sur l’emploi que fit ce prince magnifique de l’or qu’on lui apportait chaque année, « et dont le poids (la )> valeur sans doute) était de 666 talens d’or, sans ce qui lui venait h de ceux qui avaient l’intendance des tributs, des gens de trafic, » des marchands de choses curieuses (v. \\eti 5), » dont la renommée traditionnelle, comme on voit, est aujourd’hui si florissante. Ce qu’on lit en outre au verset 1 7 des « cinq cents boucliers d’or que Salomon » fit exécuter et plaça dans sa maison de bois du Liban, les plus » grands contenant six cents sicles d’un or très pur, et les plus » petits trois mines, » donnerait la mesure d’un luxe mobilier auquel rien ne serait comparable, même dans les autres récits orientaux, surtout si l’on partait du connu à l’inconnu, pour juger de ce que pouvaient être les divers meubles à usage, de la description du trône d’ivoire2

t L’oracle , le saint des saints, ou le propitiatoire. On entendait par ce mot ou le couvercle de l’arche sainte d’où le Seigneur avait rendu ses oracles à Moïse , ou le sanctuaire dans lequel cette arche était placée.

2 L’emploi de l’ivoire est déjà mentionné dans l’Iliade et dans l’Odyssée, poèmes antérieurs de deux siècles au règne de Salomon , ainsi que l'observe Heyne dans sa savante dissertation imprimée à la suite du premier volume de Winckelmann (v. 573); mais ici et dans plusieurs autres passages delà Bible que nous citerons plus loin par extraits, nous trouvons des descriptionspositives dont nous prenons acte pour nos remarques ultérieures sur l’usage de cette belle matière dans les arts grec , romain, italien, français, etc., usage dont la constatation résultant des monumens eux-mêmes est fort rare , comme en convient Winckelmann , qui attribue cette rareté ( t. I , p. 36) à ce que « l’ivoire se calcine sous terre, » à moins sans doute qu’il ne se trouve enfoui dans un sol sablonneux et préservé du contact de l’humidité de la terre par une enveloppe comme le linceul de fer qui recouvrait notre figure pentée du IJIe siècle. ( Loir planche iredu chap. v.)

On peut d'ailleurs remonter, par l’indication contenue au verset 22, jusqu’à la provenance

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