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l’art chrétien.
le ciel et la terre , les positions les plus élevées, soit dans les édifices placés sous son vocable *, soit par le poste que lui assignait habituellement la statuaire sur les pinacles des basiliques-, restitution du monastère de Saint-Albin.
967-968 et 969. — Fondation et restitution du monastère de Bonneval (pays chartrain), de celui de Saint-Vincent de Metz, de celui dit Bervense et de l’abbaye de Saint-Amand in Belgia. (p. 544
970-97 1 . -- C’est surtout en Germanie, à la cour d’Othon, que la civilisation, les lettres et les arts trouvèrent un refuge vers ce temps. Gerbert (Sylvestre II), cet Auvergnat, passé de l’abbaye d’Aurillac à la tète du monastère de Bobio et familier de la cour de cet empereur, disait alors des lettres, des sciences et de la mécanique qu’il cultivait avec tant de succès qu’il passait pour sorcier ( c'est lui qui inventa I horloge à pendule) : « Docemus quod scimns et addiscimus c/uod nescimus. » Quant aux arts, celui qui y présidait alors dans cette contrée, était Notker, moine de Saint-Gall, non peut-être celui déjà cité comme doctor , pictor et medicus , mais sans doute un autre savant du même nom qu’on retrouve également vingt ans plus tard (sous l’année 978), comme mcdicus, scripîor et pictor peritissimus , qui fut ensuite abbé de Saint-Gall, et plus tard évêque de Léodicée (Leodicensis), dans le diocèse de Cologne. Ce Notker s’y distingua tellement vers 971, selon le témoignage de Folcuin1 2 : « Quod nullus predecessorum iilo amplius Leodicensem ecclesiam rebus h auxit, ædificiis nobilitavit.» Sans doute inspiré par un tel exemple, ce même abbé Folcuin créa des merveilles ainsi qualifiées instinctu episcopi, opéra abbatis, ce qui rappelle la direction donnée par l’archevêque Turpin aux travaux du monastère de la Grasse, et constate de plus en plus la participation directe des abbés et des moines à la construction de leurs monastères et de leurs églises. Ici les travaux du monastère Saint-Laurent surtout sortent des combinaisons vul-
1 En attendant que l’occasion s offre d’appuyer celte induction sur la symbolique chrétienne par de nombreuses preuves, joignons toujours aux citations déjà faites à ce sujet , l'oratoire de Saint-Michel, in supercilio Barri (ibid. p. 567) , et l’église du Pas-de-Suze, S. Michael ad Clusam seu Alpium fauces, que Hugo, riche auvergnat, construisit vers ces époques mêmes, in Pyrcliiriano monte : Fiudes illic casas pro Iociasperitate. .. •» (p. 541).
2 Folcuinus , c’est le Fulques, abbé de Lobbes, citép. 549.
l’art chrétien.
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gaires. Un élégant réfectoire était précédé d’un vestibule, où l’eau conduite par des siphons souterrains jaillissait bouillante dans de vastes conques, et retombait distillée par quatre issues, pour l’usage des frères 1 -, des cloîtres en pierre servaient à la promenade 2 -, l’église, déjà très élégante , fut encore ornée par cet abbé qui y fit une table d’autel d’argent, et « desuper vivificam domini imaginem, » et décora ses lambris de peintures Ce qui nous semble surtout remarquable, c’est la description d’un pupitre d’évangiles, représentant, comme de nos jours, un aigle à ailes déployées, mais composé de telle sorte et à tant de fins, que dans la crainte de ne pouvoir bien préciser toutes ses combinaisons dans une traduction, nous renvoyons au texte placé dans une note U
972 . — Dédicace de la basilique d’Aurillac , terminée par les soins et l’étude « cura et studio » de 1 abbé Gérald , qui termina l’œuvre commencée par son prédécesseur -, la dédicace de Saint-Benoît de Bajus, près de Maurese, et la fondation d’un monastère dans ce dernier lieu (diocèse à' Ausonenci) -, nouveau voyage en Italie de l’abbé de Cluny, Maïeul : « tum reformandis antiquis Italiæ monas- » teriis , tum novis condendis (p. 5yo à àyd).
973. — Restitution de monastères par Guido, abbé de Cosmare (p. 58o).
974. — Maïeul refuse le pontificat lors des troubles occasionnés par la mort d’Othon, pour se livrer tout entier à sa mission plus spéciale de réformation de tous nos principaux monastères , depuis celui de Tours (majus monasterium) , jusqu’à celui de Saint-Denis ,
> « Refectorium perfectum eleganler : în cujus introitu factum est vestibuium , in quoil
per subterraneos meatus aqua deducta sursum ebulliens ibidem scaturire videbatur; eas- » que in conc'nas recepta, per quatuor foramina ad usus fratrum disUllabat » (p. 567).
2 « Ob ambuiatorium claustri ex lapide » (ib.).
3 « Ecciesiam, quæjam satis elegans erat, exornavit; cujus altaris tabulam argenteam » fecit et laquear picturis decoravit » (p. 567).
4 « Pulpitum quoque evangelii tali modo fecit, ut essent quatuor emicedia (vases pour » l’huile) altrinsecus e regione in modum crucis posita , quæ ex ære ductilia, et ad libi— » tum artiticis per loca scalprata et deaurata , postibus undique secus de argentatis , in » septentrionali parte fusilem habebant aquilam optime deauratam , quæ interdum alas » stringebat , interdum alis expansis capacem evangeliorum codici locum pandcbat , 3) colloque, quasi prolibitu, artificiosè ad audiendum retorto et iterum reducto, immissis >3 prunis fragantiam super impositi thuris emittebat» (p. 566, 567).
l’art chrétien.
tâche qu il avait enfin acceptée de Hugues Gapet après s’en être longtemps défendu, à raison des difficultés qu’offrait alors le voyage en France , quand la mort le surprit en chemin à Sauvigny : il avait 8 o ans.
975. • — Dédicace de la basilique Blandinii. — Crucifix d’argent donné à Paris par Adelelme, « argenteam crucem , Salvatoris nostri in cruce appensi imaginent insculptam» (p. 692).
977. — Restauration des monastères de Saint-Quentin en Vermandois , de Saint-Judacé et de Paroy le Monial (Paredum monachum ) -, huit vases d’argent de grand prix donnés au couvent du Sauveur près de Narbonne, et autel d'or et autres ornemens offerts au monastère de Saint-Gall par l’abbé Immo, successeur de Notker (p. 696 à 601).
978. — Restitution du monastère de Saint-Pierre de Sens et de celui dit Tegernsense , que le duc Arnolfe et d’autres laïques occupèrent cuin uxoribus.
979. — Constatation de l’existence, dans l’église de Sainte-Croix de Poitiers , des fondations de laquelle provient notre croix reliquaire du VIe siècle , d’autres fragmens du morceau de bois de la vraie croix, envoyé par l’empereur Justin à sainte Radégonde (voir la pl. xv de la 10e série de V Album). On lit dans le paragraphe de la page 609, le traité fait entre Hermangarda , abbatissa Pictavensis, et Gaujridus ,Andegavensis cornes, à propos duquel il est dit : «contacto- )> que ligno scinctœ crucis hoc pactum se servaturum spopondit. »
Curieux document sur la manière dont s’administrait la communion à ces époques, d’après le livre rituel du même Parthenon , ad pacem eant omnes (puellæ), post pacem eant. ad communionem venicntes ordinale , et , petitci veniâ, ante altare , et ore (quod observandum) appliccito ad calicem , accipiunt corpus Domini rever enter , forte instinctum et ex cochleari , ut hodie quoque Græcis mos est(p. 609 et 610).
98 1 . - — Restauration des monastères de Saint-Riquier, de Saint- Valier, et de l’abbaye de Saint-Michel de Tonnerre ( Tornodorensis ) ( t. IV, p. 1 à 3 ).
982. — Reconstruction des monastères de Saint-André d 1 Hcrbipülensis et de Sancti-Scvcri in Capitc-Vasconia (diocèse de Tarbes), page 9 j détails sur la vie régulière et austère d’Adalbert, évêque de
ses
Prague, dont les revenus se distribuaient en quatre parts égales affectées à la décoration des églises, à l’entretien des chanoines, aux besoins des pauvres et à sa dépense personnelle -, opposition de sa vie réelle et de celle apparente : « Lectus ejus in publico elegans, in » occulto nuda humus vel cilicium pro lecto, lapis pro capitis subs- » tentaculo. » Silence absolu de compiles à prime , partant toute la nuit, ad instar monasticæ professionis ; après prime , il entendait lés causes ou récitait les psaumes de David jusqu’à la célébration de la messe. « Post missam ant laborem manibus exercebat, aut cum cap- » pellanis lectioni dabat operam » (p. i3). Aperçus architectoniques concernant l’érection du monastère et de l’église de Saint-Grégoire à Constance : crypte sous le sanctuaire dans lequel se trouvait placé l’autel de Saint-Grégoire surmonté d’un « prœclarum ciborium , » quatuor columnis ex ligno illicis compositum, quas columnas ( l’é— » vêque Gebehard, architecte de ce temple) , argenio vcstivit casque » super bases lapideas decentissimc sculptas constitutif ad'hœc supra » ipsas columnas arcus quatuor posuit quos a parte una exaurato ar- » gento, exaltera deaurato cupro vestiati... ciborium. .. tabula , habens w quatuor evangelistorum imagines cœlato opère in transversum : cui » per quatuor partes laminæ argentece erant affixœ . . . » De chaque coté on lisait un vers écrit en lettres d’or. Le même évêque dota cette église de précieuses reliques, et « muros eximiis picturis , quee veteris » ac novi Testamenti historias repræsentabant , exornavit » (p. izj). On voit qu’à la fin du Xe siècle rien n’était changé aux dispositions antérieures et dont V autel et le ciborium de la basilique ambroisienne offre à nos lecteurs un type du premier tiers du IXe siècle emprunté luimême à ses aînés -, et qu’à cette époque si rapprochée de la grande panique , on s’occupait encore , comme si de rien ri1 était, de la culture de l’art chrétien dans toutes ses spécialités. INotons seulement que nous sommes ici loin de nos discordes intestines et sous fautorité d’un Othon , princes qui saisirent le sceptre des arts en même temps que la couronne impériale, comme le prouveraient bien mieux encore les nombreux travaux exécutés en Germanie, mais que nous écartons de notre analyse.
9B3-y84- — Piestauration des monastères de Simorre et de Pessan (Piciani), fondés en Gascogne par Louis-le-Pieux, et dotés par Guillaume de huit vases d’argent du poids de quatre-vingt-dix livres 5
R ART CHRETIEN
du monastère de Saint-Symphorien, et des couvens de Saint-Pierre et de Sainte-Marie, à Metz, « Adhuc , dit Mabillon, exstant in Met- » tensi arce vetera et scminita œdificia hujus parlhenonis » (p. ig)mention d’un évêque Olwin, « episcopus Hildcnsheiniensis , » qui recueillait de l’or , des pierres précieuses , des perles , pour fabriquer calices et patènes ; et construction par l’abbé Heldebert de la nouvelle église du monastère de l’île Barbe , « novam monasterii sui » basilicam insignis structura, qualis etiam nunc cernitur. . . . per- » fecit » (p. 2 1).
987. — Saint Mayol reconstruit Marmoutiers (de Tours), reforme Saint-Bénigne, Saint-Germain-cP Auxerre , etc. (p. 38), et Fulcran reconstitue divers monastères du Berri (p. 4o).
989. ~ - Pillage de R.eims , spoliation du sanctuaire , etc. (p. 5o).
990. — Fondation par Emma, comtesse de Poitiers, du monastère de Bourgueil, entre Tours et Saumur, bâtimens immensæ majestatis , dont l’abbé Gausbert dirige les travaux en même temps qu’il pourvoit le monastère de livres, d’ornemens et de tout le mobilier nécessaire. Ce même abbé préside presqu’en même temps à. la construction du moutier de Maillac en Poitou , et d’une nouvelle basilique , « dispositis ædificiis » ( p. 58 -, et Labbe, t. I, p. 222 et seq.)-, nova fabrica et nova basilica des monastères Nerveuse, Stradenses et Dolcnse ( ibid ., t. II, p. 3i5, 741 )-, oratoire élevé à saint Benoît par l’abbé du monastère Laubicnse , et construction d’un couvent à Tournai -, progrès, dans le beau monastère de Saint-Gall, des symptômes de perturbation déjà signalés, tandis que celui de Cluny grandissait chaque jour sous la direction de ses saints abbés, « inter )> domesticas parictcs querelas continebant. » On accusait l’abbé d’être , non le recteur , mais le destructeur du monastère, « paucis , » ecclesiæ res vænumdare, terras beneficium tradere , tliesauros » dissipare. ...» (p. (5i).
qqi . — Construction du cœnobium Miliduncnsc , et d une basilique vouée à sainte Marie j conversion d’Odillon, successeur de saint Maïeul, comme abbé de Cluny (p. 67) -, incendie du monastère du Mont-Saint-Michel , reconstitué, comme on l’a vu, en 966, « combustion fuit monaslcrium cum omnibus officiais » (Labbe , t. 1,
l’art chrétien.
p. 35 1 ) 1 -, le monasterium Latiniacense agri Parisiacensis , détruit par les Normands, est rétabli par le roi Robert', apparition de Fulbert , évêque de Chartres.
992-993. — Le couvent de Saint-Césaire-d’ Arles restitué , et reconstitution du monastère de Centule (Saint-Riquier ), grâce aux soins de l’abbé Ingelard , qui se rendit à Rome et obtint du pape Jean des bulles d’excommunication contre les détenteurs par usurpation des biens de cette célèbre abbaye, moyen exécutoire plus rapide dans ce temps que les arrêts de notre justice -, rétablissement des monastères de Saint-Leodeger, près de Niort et de Saint-Maixcnt (p. y 4 à 76).
994. — Restitution du monastère de Sain t- André, de Vienne ; mention du don fait à l’abbaye d’ Aurillac , par la mère de l’abbé Aldrade , matrone fort riche, de présens de grande valeur, en or et en argent, dont une image du bienheureux Geraîd, et un autel d’argent ; et de l’hommage fait par la comtesse de Narbonne d’un « ca- » licem crystallinwn gemmis ornatum, » et concession de quatre autels à la cella de Notre-Dame- des-Champs de Paris , fondée par saint Denis (p. 77 à 80).
99a. — Premiers symptômes des perplexités générales à l’approche de la grande conflagration prédite par l’Apocalypse. Ce fut surtout Abbon , abbé de Fleuri-sur-Loire (Saint-Benoît) , qui sema l'épouvante dans tous les esprits, en montrant cette catastrophe imminente comme la juste punition de l’état social de ce temps. Après avoir tonné dans le synode tenu cette année à Saint-Denis contre les simoniaques , contre les laïcs qui vendaient les évêchés , les églises , les dignités sacerdotales , la garde des trésors , le baptême , la sépulture , etc., il prit pour texte de ses sermons, prononcés dans les églises de Paris 2 , l’avènement de l’ Antéchrist, la prochaine dis-
1 « Post annos viginti dux Richardus et Hildebertus abbas ecclesiam câ qualis nunc , » ex parte est forma instaurarunt. Reliqua loci ædificia variis temporibus constructa fuere » post Phiüppum Augustuin, qui monasterium post incendium Britannicum restruxerat » (p. 69); la première de ces reconstructions n’appartient donc qu’au XIe siècle.
•> Ce prélat, qu’il ne faut pas confondre avec l’auteur du Siège de Paris, ouvrage publié en 896 , un siècle avant l’époque où nous sommes arrivé? , offrirait seul , au besoin , avec son élève J imoin qui écrivait en 998 son Histoire des Français dédiée à son maître Abbon de Fleuri , la preuve que nos grands monastères , d’ou sortirent d’ailleurs des hommes comme Gerberl, que dirigèrent des abbés comme Odon, Maïeul, Odillon, etc.,
l'art chrétien.
solution du globe et l’impénitence finale d’une société prête cependant à paraître devant son juge : « Sermonem coram populo in ec- » clesia Parisiorum faciens , asseruerat : statim finito mille anno- » rum post Ghristum numéro Antichristum venturum : et non longo » post tempore universale judicium successurum, cui assertioni Abbo » ait se prolatis ex Evangelio, Apocalypsi, et exlibro Danielis tes- )> timorais pro virili restitisse. » La terreur fut bientôt générale, ainsi que l'observe Mabillon : « consimilis abus error ex regno Lo- » thariensium totum ferè orbem pervaserat : quod quando annunw ciatio dominica in parasceve contigisset, absque ullo scrupulo fi- » nis sæculi esset » (p. 85 , 86).
Combien dut ajouter à cette épouvante l'apparition en France, précisément vers la fin de la fatale période , de phénomènes comme ceux que cite Glaber, sous l'année 998 (lib. 1 , cap. y) : « l’image )> du Crist en croix , versant des larmes , » des incendies (cap. vm), des pluies de pierre (cap. x), une comète de trois mois de durée (lib, 3, cap. m), l’éclipse qui mit en fuite l’armée d'Othon, et enfin les prodiges et autres signes menaçans ainsi décrits par Mabillon (p. 126): « paschali tempore visa in Francia, prodigia , et ignea » acies in aere mortalium anirnis metum incutientes ! » Aussi le recours en la divine providence se manifesta- 1- il par des actes de piété, par de nombreuses fondations (â quelles fins?) et par des processions solennelles commes celles qui furent concertées entre l’abbé de Rebais et l’abbesse de Jouarre 1 : mais ce que l’on conçoit moins faci-
restèrent autant de foyers lumineux au milieu des épaisses ténèbres du Xe siècle. Cet Abbon était poète, historien , musicien et mathématicien , comme en témoignent d’ailleurs ses nombreux ouvrages. Il avait rempli de grandes missions, notamment en Angleterre, où il fut chargé, vers 985, d’aller diriger les études des religieux bénédictins de l’abbaye de Ramsey, et à Rome, où le roi Robert l’envoya à deux reprises. Ce magister famosissimus, comme l’appelle Fulbert de Chartres dans une de ses épîtres, se trouvait donc en position d’exercer sur les esprits faibles de son temps l’influence terrifiante dont nous parlons , par la supposition qu’un don de plus, celui de prophétie, qui heureusement pour nous lui manqua, venait se joindre à tant d’autres. Le malheureux Abbon n’avait que trop bien prédit pour son compte personnel , car à l’époque même qu’il assignait au cataclysme universel, il tomba victime de sa médiation dans une lutte : «Conveniens ad eumdem tumultum sedan- » dum, pugillares gerens in manibus tabcllas cum stillo, processisset , unus et à vulgo >» afflatus spirilu diabolico , irruens in eum ejusque latus lancea perforans , Christi mar- » tyrum fecit » (Glaber, t. III, c. m). Les stilles des tablettes de ce temps différaient donc bien peu de nos stylets modernes et pouvaient au besoin faire office de poignards.
' « Quæ malorum prænuntia ut averterct Ragenardus abbas tune Resbacensis (Rebais
î/a.rt chrétien.
lement , c’est la poursuite des grandes constructions pendant la transition, de cette époque (995), à l’expiration de la révolution séculaire assignée comme terme aux choses d’ici-bas , travaux dont le ralentissement même n’est pas sensible, comme on en jugera parla note complémentaire de notre analyse x. Pas de doute cependant
» en Brie , à quinze lieues de Paris) cura Ermengarde Jotrensi abbalissa constituit , pro- » cessiones utriusque monasterii condicta die ad locum intermedium , qui crux Sancti- » Agili ex eo tempore dictus est convenirent, precesque ad imminentes casus amovendos » Deo funderent : quod factum est , infinitâ populorum turbâ prosequente, delatis utrim- » que sanctorum reliquiis , in his Sancti Agili, etc. »
1 En écartant les donations par renunciationem sœculi, par salutem anima, que l’approche delà catastrophe multipliait encore, quoique le cas prévu échéant, ces largesses eussent été en pure perte pour les donataires , on trouve peu de différence pour la France entre les fondations et constructions monastiques de ces six dernières années du Xe siècle et celles des époques antérieures. Il n’est, il est vrai, fait mention pour 995 et 996, que du monastère de Bourgueil (p. 88), doté par la sœur du comte de Tours, Odon (charte donnée au château de Langeais ) et des admirables constructions nécessairement antérieures du duc Richard, enterré (en 996) dans le monastère de Fécamp qu’il avait bâti : uübi miræ » magnitudinis et pulchritudinis in honore deificæ Trinitatis templum construxit, mirificis- » que ornamentis decoravit ; abbatiam Sancti Pétri, sanctique Audoëni in suburhio Roto- » magensi restruxit et aliam in monte tumba , in veneratione Sancti-Michaëlis , gregibus- » que monachorum insignivit » (p. 97).
Mais à partir de 997, on voit de nouvelles constructions, indépendamment même des monastères et églises élevées en Saxe ou par Étienne, roi ou duc de ces Hongrois, naguère dévastateurs des édifices religieux et devenus, comme tous les Barbares, ardens adorateurs de ce qu’ils avaient brisé. Au milieu des dissensions intestines qui agitaient nos cloîtres de Marmoutiers , de Mici , de Montmajour (p. 101) , on voit dédier la basilique Dervense (p. 114), construire un monastère et un couvent de filles dans les Vosges , par les soins de Berthold, évêque de Tulle (p. 115) , fonder le monastère Beracense près de Lausanne, et celui de Ilelmershusanem en Saxe, etc., etc., et bien que la culture de l’art, autre que l’architecture, apparaisse assez rarement à ces dernières époques , nous notons le don fait à Adalar, évêque de Metz, par l’abbé Guillaume de Dijon , d’une étole tissée d’or : « Stolam » aurotectam et de duas cappas purpureas aureo lirnbo decoratas » (p. 117 et suiv.).
L’année 999 , où notre compatriote Gerbert parvint au souverain pontificat sous le nom deSilvestre II, est, quoique bien voisine de la grande convulsion annoncée, plus fertile encore en notables fondations telles que le monastère « Sancli-Andreæ, et Sancti-Michaëlis » archangeli , et beali Martini, quod est fundatum in cacumine montis (nouvel exemple » des postes élevés réservés à l’archange ) , qui nuncupatur Andaon , super flumen )> Rhodani », l'église de Taluy (diocèse de Lyon), construite par Odillon , abbé de Cluny l^p. 123). Enfin, ce terrible an mil , si gros de tempêtes dont il ne sortit que du vent, vit aussi se multiplier des fondations parmi lesquelles nous avons cru entrevoir (p. 128) celle de Saint-Pierre de Solesme (de Solemiis), seul débris sur-existant de nos grandes et utiles congrégations bénédictines , que la notice de son savant abbé ne fait cependant remonter qu’à l’an 1010, des restaurations, dont celle du célèbre monastère de Saint-Victor de Marseille (p. 129) et même des constructions telles que celle du célèbre monastère de Saint-
l’art chrétien.
qu’une grande atonie, un funeste découragement ne se fussent, même depuis longtemps, emparés de tous les esprits, et n’eussent ainsi préparé le nouvel essor que prit et sous de nouvelles formes T Art chrétien , retrempé par le nouveau triomphe du Christ sur l’Antéchrist , raffermi sur ses bases et dans ses traditions restées intactes s, et rajeuni par le renouvellement du bail du monde et par cette expectative , qu’échappé à cette dure épreuve , une nouvelle et longue carrière s’ouvrait à l’exploitation de ses magnificences.
Voyons le tableau qu’un écrivain contemporain nous a laissé, sinon de ces anxiétés , heureusement plus temporaires que ne semblait le comporter la prophétie de longue date, mais sans doute tardivement interprétée , du moins de leur heureux effet sur l’art chrétien. Rodulphe Glaber a consacré à cette peinture le chap. iv du livre 3 de ses histoires , intitulé : « De innovatione ecclesiarum in » toto orbe ( apud Duchesne, t. IV, p. 27), comme qui dirait: Du » renouvellement des églises clans le monde entier. Trois ans après » Van mil, dit-il , on s' occupa dans tout F univers, mais surtout en
Pierre de Ravenne , ordonnée par le roi hongrois (p. 133), et même par OthonlII qui fit construire un monastère à Rome- C’est dans cette même année, disent les Annales, et sous l’influence même de la panique occasionnée par l’éclipse qui dispersa ses troupes, qu’après avoir proclamé Boleslas roi de Pologne, cet empereur, revenant à Aix-la-Chapelle avec sa sœur Adélaïde pour y passer les fêtes de la Pentecôte , ne craignit pas d’ouvrir le tombeau de Charlemagne « contra ecclesiasticam disciplinant ». Il y trouva son corps, non corrompu dans le sépulcre voûté, non pas gisant, mais siégeant sur un trône d’or , ayant en tête une couronne d’or et de diamans. Olhon envoya le siège d'or à Boleslas en échange d’un bras de saint Adalbert martyr , et fit bâtir à Aix-la-Chapelle, en l’honneur de cette relique , une basilique et un couvent de vierges , dispositions qui doivent dater de cette année même, Othon étant mort empoisonné le 17 janvier 1002, par conséquent comme Abbon, incertain de l’issue delà grande prédiction qui accordait quelque répit pour la lutte du Christ et de l’Antéchrist .
1 Le flambeau des arts ne s’éteint pas tout-à-coup , lors surtout que des esprits fiers et indépeudans s’attachent à en alimenter la flamme. Ainsi , pour ne citer que deux exemples dans des branches distinctes, la sculpture et la peinture des manuscrits, notre plaque d’ivoire, contemporaine de cellede la Bibliothèque Royale, représentant le mariage d’Olhon 1 1 et de Théophanie, belle-fille de l’empereur Nicéphore Phocas, laisse peu à désirer quant au style et au dessin de la figure du Christ protégeant et unissant les conjoints , d’une proportion relativement très exiguë, comme dans toutes les figurations de ces époques, où la taille comparée des personnages accusait l’échelle de leur rang; et le manuscrit a miniatures donné par Montfaucon (t. Ier, pl. xxx , page 346), comme exécuté pour servir de livre de prières à la reine Emme , femme de Lotliaire II , ne le cède en rien à ses aînés, quant à l'exécution de scs cnhiminures.
l’art chrétien.
)> Italie et dans les Gaules , de renouveler les basiliques des églises, » quoique ce soin fût superflu pour la plupart de celles qui exis- » taient alors , décemment ornées , mais ce fut sur ce point une » émulation sans bornes entre les adorateurs du Christ et les autres )) sectes. On eût dit que le monde, secouant sa vétusté, ornait ses » temples d’une robe virginale. Par un concours général de zèle et » de sacrifices , les fidèles étendirent aux moindres chapelles de vil- » lages les embellissemens qu'ils prodiguaient aux basiliques des » sièges épiscopaux et des monastères » Suit le détail, donné sans doute comme exemple , de l’admirable réédification « mirifico opéré » rccdijicatum » du monastère de Saint-Martin de Tours, par son vénérable archiclave Héritée , qui l’avait renversé , etc. -, puis, dans les chapitres suivans , de rapides détails sur plusieurs de ces belles reconstructions , dont l’appareil principal subsiste encore aujourd'hui et forme le noyau , si nous pouvons nous exprimer ainsi, d’un grand, nombre d’édifices reproduits par nos planches , tels que Saint-Benigne de Dijon (reconstruit en iooi), Notre-Dame de Poitiers , Jumièges , Mont-Saint- Michel , Tournas, et, à quelques égards aussi, Cluny, V ezclay et meme Chartres , Coutanccs, etc., malgré la transformation de leur aspect sous le régime ogival.
C’est cette circonstance, la distinction bien tranchée de la période et l’occasion qui va s’offrir dès notre chapitre iv, de reprendre et de suivre, par des espèces de monographies, l’Art chrétien , dans une phase indiquée comme nouvelle par Mabillon lui-même 2 , qui nous
• « Igitur infra supradictum millesimum tertio jam fere imminente anno , contigit in j» universo penè terrarum orbe , præcipuè tamen in Italià , et in Galliis , innovari eccle- 3) siarum basilicas , licet pleræque decenter locatæ minîmè indigaissent. Æmulabantur )) tamen quæque gens christieolarum adversus alteram decentiore frui. Erat enim instar 3» ac si mundus ipse excutiendo semet , rejecta vetustate , passim candidam ecclesiarum » vestem indueret. Tune denique episcopalium sedium ecclesias penè universas , ac caetera 3> quæque diversorum sanctorum monasteria , seu minora villarum oratoria , in meliora 3) quique permutavere fideles. Eo quoque tempore inter cætera beati Martini Turonis mo- 33 nasterium emicuit , a venerabili scilicet viro Ileriveo ejusdem loci archiclavo eversum, )> atque ante ipsiusobitum miritico opéré reædificatum . »
a Mabillon, après avoir observé sous l’an 1001 (t. IV, p. 135), qu’à partir de ce temps, l’ordre de Saint-Benoît se montre aussi sous un jour tout nouveau ; que ses traditions, éparses jusque-là , se concentrent , s’uniformisent et viennent enlin constituer un ordre, dans toute la portée du mot, ajoute ces mots: « Ilinc nova in illorum gratiam condita 33 fuere monasteria , non modo in Occidente , sed etiam in Oriente . ubi ordo noster hoc 33 sœculo propagari cœpit » ; ce qui , pour le dire en passant , expliquerait peut-être mieux
décide à clore ici le long chapitre que nous avons ouvert à ses premières splendeurs, toutes hiératiques, confondues jusqu ici comme objets lointains appartenant à des époques peu connues , dans des aperçus d’ensemble ou généralités que va remplacer la spécialité par édifice et par objets , dans les textes descriptifs de nos planches.
Sans doute notre exposé de la marche et des vicissitudes de l'Art chrétien va demeurer incomplet; et l’on nous reprochera peut-être même de nous arrêter au moment où, bientôt affranchi de sa double tutelle, latine et bysantine , cet art allait briller d'un éclat plus personnel , surtout dans notre merveilleuse rénovation du XIIIe siècle *, dont l’inspiration fit tous les frais ; mais le moyen de pourvoir à toutes les exigences ? Ce que nous délaissons ici nous le retrouverons ailleurs ; et peut-être qu’en entrant avec nous dans l’examen de celles de nos planches qui, bien que se rattachant au tronc de notre chapitre III, sont décrites ailleurs comme appartenant à ses bran ches , n’en sera-t-on que mieux fondé à s’étonner de la découverte
que toutes les supputations historico-archéologiques , les germes de l’art byzantin , qui pointent en France, dès le XIe siècle, dans plusieurs édifices de cet ordre, les moines' nomades revenant au chef d’ordre , après avoir fondé leurs monastères d’Orient, ayant pu rapporter, à titre de souvenirs de voyages , les traditions architectoniques des artistes qu’ils avaient pu s’adjoindre, comme les Normands, maîtres de la Sicile et voisins de pays occupés par les Sarrasins , purent , dans leurs relations continues avec leur métropole , y importer les combinaisons de l’art fantastique qui détrôna chez nous le Byzantin.
La démonstration la plus complète des remarques de Glaber sur l’entière rénovation des édifices religieux , à partir de ce temps , se trouve d’ailleurs dans Mabillon , où l’on voit Othon, dès l’époque de la cessation de la crise (1001) , construire près de Ravenne le monastère de Saint-Àdalbert (p. 135) ; Guillaume , abbé de Dijon , commencer la nouvelle basilique de Saint-Benigne , anno millésime primo cœptam (p. 139); Ecfride construire l’abbaye de Prulliac, dans le diocèse de Tours (p. 144) ; Wifred jeter les fondemens du monastère de Canigou (ibid) ; l’abbé Ekkehard rendre à son ancien éclat le monastère de Saint-Gall , livré depuis longtemps à la discorde et au pillage (p. 145) , etc. , etc.
i Alors que gorgée de richesses monumentales délaissées sur son sol, l’Italie attendait pour revivre à la lumière des arts, qu’une famille pisane, qu’un pâtre de l’Ombric, vinssent galvaniser ces cadavres, et secouer le joug des traditions byzantines , le génie tenait lieu de modèles et d’études à nos artistes français. La sublimité delà création ogivale avait suffi, par l’émulation qu’ elle produisit, pour enfanter les merveilles de notre statuaire du XIIIe siècle, de nos fresques murales, de nos psautiers de monseigneur Saint-Louis, de nos colosses de bronze des évêques d’Amiens, etc., etc., merveilles trop longtemps méconnues, ou plutôt confondues dans le décri des œuvres de ces temps, mais dont la réhabilitation commence.
l’art chrétien.
assez récente de la grande spécialité dont nous traitons ici. Peutêtre aussi nos remarques ultérieures sur les définitions subtiles de la nouvelle école, sur les dissidences des explorateurs mêmes de cet art que quelques-uns circonscrivent dans certaines périodes fort distantes entre elles, selon les points de vue personnels, étendus par les esprits moins spéculatifs à toute la marche de l’art sous l’influence réellement chrétienne, ramènent-elles à la question que nous nous sommes faite à nous-même au début de ce chapitre : Qu est-ce que l' Art chrétien ?
{A. p. i ). Nés a l’état sauvage, les hommes furent d'abord sans doute plus avides d’industrie que d’art, plus pressés de pourvoir a des besoins qu’a des fantaisies. Ces géants qu’on trouve dans l’histoire sacrée, comme dans Homère, et qui, selon Vico, auraient fondé la société, ne jouissaient sans doute pas de facultés intellectuelles en rapport avec leurs proportions matérielles, et ce fut en s’amoindrissant par la substitution des travaux spéculatifs, aux plus durs exercices, que l’homme conquit a tous égards le premier rang dans la chaîne des êtres.
Dès lors même, et sans doute encore pendant plusieurs siècles , l’art ne dut intervenir pour l’homme, comme chez la brute, que par l’instinct des nécessités, ou peut-être encore, ainsi qu’on le remarque de peuplades sauvages présumées étrangèxes a toutes traditions, pour des configurations grossières et fantastiques répondant au besoin religieux inné, premier élément de cohésion sociale, lien sans lequel toute agglomération d’hommes, soumise aux tiraillemens de la force, de la rivalité et de la capacité relatives , tendrait toujours au moins a se disjoindre.
Le nécessaire d’abord , dit Winckelmann, en divisant les principales périodes de l’art et les buts successifs vers lesquels il tendit : « ensuite on a cherché le 3> beau et l’on a donné enfin dans le superfilu et l’exagération )> (t. I, p. 2).
Partant de ces prémisses : que l’art naquit avec et par le sacerdoce, qui fut le premier régulateur de la société humaine, avant que sa corruption ne la divisât en partis hostiles, et resta, surtout pendant notre moyen âge, le modérateur et J’arbitre des souverains eux-mêmes, ons’explique les rapports intimes existant chez tous les peuples entre le caractère de leur art et celui de leur religion ', et l’on arrive a comprendre, d’abord, pour rester dans notre cadre.
1 Chez les Égyptiens, par exemple, pourremonter aux racines de la civilisation, l’art dut naître presque d’un jet du moins on ne lui assigne pas de phases graduées jusqu’à l’arrivée des rois grecs; mais sans nous arrêter à sa création, spontanée on non , son caractère grandiose, mais raide, froid et sévère, porte certainement, comme les premiers produits de Vart chrétien , l’empreinte d’une religion austère procédant par mysticisme, initiation, symbolisme, etc., tandis nue chez les Grecs, où la population tout entière participait au culte, l’accord de la pensée d’art avec leur riante mythologie qui ne vivait que d’images, se manifeste par un élan tout poétique, même par des écarts d’imagination qui expliquent, sans les justifier , ceux que se permit à son tour notre art chrétien, quand le haut sacerdoce lui-même, Jules II, Léon X, etc., l'affranchit de scs entraves mystiques et de l’autorité des conciles.