‹ Les arts au moyen âge et à l'époque de la renaissanceChapitre 8 sur 18 · VITRAIL DE SAINTE-GUDULE A BRUXELLES · texte numérisé non relu

VITRAIL DE SAINTE-GUDULE A BRUXELLES

Ce magnifique vitrail fut donné à l’église Sainte-Gudule par François Ier et par Eléonore d’Espagne, sa femme, sœur de Charles-Quint , et veuve en premières noces d’Emmanuel le Grand, roi de Portugal.

Les donateurs y sont représentés agenouillés, et protégés chacun par leur patron : le roi, par saint François d’Assise, qui reçoit dans une vision l’empreinte des stigmates de Jésus crucifié ; la reine, par sainte Éléonore, qui tient en main la palme des élus. Cette verrière est de Bernard van Orley.

François Ier et Eléonore dépensèrent pour ce vitrail 222 couronnes ou 400 florins, somme importante à l’époque.

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FRANÇOIS 1er ET ELÉONORE SA FEMME EN PRIÈRES

Partie d'un vitrail de l'église Sainte Gudiule, a Bruxelles, d'apres 1 Histoire de la Peinture sur verre en Europe de M Edmond LEVY

PEINTURE SUR VERRE

Fig. 1 86. — Vitrail allégorique, représentant le Camp de .a Sagesse. Travail lorrain du seizième siècle, conservé à la Bibliothèque de Strasbourg.

1 5 1 2 un peintre verrier, du nom de Claude, décorait de ses œuvres les grandes fenêtres du Vatican , et que Jules II appela dans la ville éternelle Guillaume de Marseille , dont il avait été à même d’apprécier le talent, lors-

Fig. 187. — Saint Paul, émail de Limoges, par Etienne Mercier.

Pendant que Part français se répandait ainsi au dehors, Part étranger s’introduisait en France. Albert Dürer consacrait son pinceau à vingt croisées de l’église du vieux Temple, à Paris, et produisait un ensemble de tableaux d’un dessin vigoureux , d’une coloration chaude et intense. Le célèbre Alle-

qu’il occupait les sièges de Carpentras et d’Avignon. Rappelons toutetois, parmi les artistes flamands qui avaient échappé à cette influence étrangère, le nom de Dirk de Harlem (fig. 1 88) , le plus célèbre maître de la fin du quinzième siècle.

PEINTURE SUR VERRE

mand ne travaillait pas seul ; d’autres artistes l’accompagnaient , et malgré les dévastations qui ont eu lieu pendant la Révolution, on retrouve encore

Fig. 188. — Vitrail flamand du quinzième siècle, moitié de la grandeur naturelle, peinture en camaïeu rehaussée de jaune, par Dirk, de Harlem. Collection de M. Benoni-Verhelst, à Gand.

dans beaucoup d’églises et de châteaux la trace de ces maîtres intelligents, dont les compositions, généralement aussi bien ordonnées qu’exécutées, sont

empreintes d’une naïveté germanique très-conforme à l’esprit pieux des sujets qu’elles représentent.

En 1600, Nicolas Pinaigrier transportait sur les vitraux du château de la Briffe sept tableaux en grisaille empruntés à François Floris, maître flamand, né en i52o, tandis que les van Haeck, les Herreyns, les Jean Dox, les Pelgrin-Rœsen, appartenant tous à l’école d’Anvers, et d’autres artistes qui ont orné de vitraux la plupart des églises de la Belgique, notamment Sainte-Gudule de Bruxelles, influençaient, soit directement, soit indirectement, les peintres verriers de l’est et du nord de la France. Un autre groupe d’artistes, les Provençaux, copistes de la manière italienne ou plutôt inspirés par le même soleil, le soleil de Michel- Ange, entraient dans la voie où marchaient avec éclat Jean Cousin, Pinaigrier, Palissy. Cette école avait pour chefs ce Claude et ce Guillaume de Marseille , que nous venons de citer comme ayant porté leur talent et leurs ouvrages en Italie , où ils formèrent les meilleurs élèves.

Quant à l’école messine ou lorraine, elle est principalement personnifiée par l’Alsacien Valentin Bousch, disciple de Michel-Ange, qui mourut en 1541, à Metz, où il avait exécuté depuis i52i d’immenses travaux. Les verrières des églises Sainte-Barbe, Saint-Nicolas du Port, Autrey , Flavigny-sur-Moselle , sont dues à la même école , où se forma d’ailleurs Israël Henriet, qui devint le chef d’une école exclusivement lorraine , quand Charles III eut appelé les arts autour du trône ducal. Thierry Alix, dans une Description inédite de la Lorraine, écrite en 1590, et que cite M. Bégin, parle de larges tables en verre de toutes couleurs, qui de son temps se fabriquaient dans les montagnes des Vosges, où l’on trouvait les herbes et autres choses nécessaires à la peinture. M. Bégin , après avoir reproduit ce renseignement curieux, ajoute que les vitraux sortis alors des ateliers vosgiens, envoyés sur tous les points de l’Europe, constituaient une branche commerciale fort active.

« L’art déclinait néanmoins, » dit Champollion-Figeac, « l’art chrétien « surtout disparaissait, et déjà c’en était fait de lui quand arriva le proteste tantisme, qui lui porta le dernier coup, comme le témoigne cette verrière '« de l’église cathédrale de Berne, où l’artiste Frédéric Walter ose élever la

satire jusqu’au dogme, ridiculiser la transsubstantiation, en représentant

PEINTURE SUR VERRE

« un pape qui verse a vec une pelle les quatre évangélistes dans un moulin, « duquel sortent quantité d’hosties, qu’un évêque reçoit au fond d’une « coupe , pour les distribuer au peuple émerveillé. L’édification des masses « par la puissance d’images translucides, placées, pour ainsi dire, entre le « ciel et la terre, cessai bientôt d’être possible, et dès lors la vitrerie peinte, « s’éloignant du but die sa création, dut aussi disparaître. »

Fig. i8<0. — Tentation de saint Mars, ermite d’Auvergne, par le diable déguisé en femme.. Fragment d’un vitrail de la Sainte-Chapelle de Riom, quinzième siècle . D’après YHiistoire de la peinture sur verre, par M. F. de Lasteyrie.

PEINTURE A FRESQUE

Ce que c'est que la fresque : les anciens en faisaient usage. — Peintures de Pompéi. — Écoles romaine et grecque. — Les iconoclastes et les barbares détruisent toutes les peintures murales. — Renaissance de la fresque, au neuvième siècle, en Italie. — Peintres à fresque depuis Guido de Sienne. — Ouvrages principaux de ces peintres. — Successeurs de Raphaël et de Michel-Ange. — • Fresque au sgrafjito. — Peintures murales en France , à partir du douzième siècle. — Fresques gothiques en Espagne. — Peintures murales dans les Pays-Bas, en Allemagne et en Suisse.

O rop souvent, dans le langage de la « conversation, et même dans les « écrits des auteurs sérieux, » dit M. Ernest Breton , « le mot fresque « est synonyme de peinture murale « en général. Cette confusion de mots <r a fait tomber parfois dans les er- « reurs les plus graves. L’étymologie « même du mot est la meilleure défile nition de la chose. Les Italiens « appellent peintures a fresco ou in « fresco, c’est-à-dire à frais ou sur le « frais, les ouvrages exécutés sur un « enduit encore humide, que la couleur pénètre à une certaine profondeur. « Les anciens auteurs français, conservant la différence qui existe entre l’ita- « lien fresco et le français frais, écrivaient fraisque. Aujourd’hui l’orthogra- « phe italienne a prévalu , et pour nous ce mot a maintenant plus de rapport « avec son étymologie qu’avec sa signification réelle. »

Quoi qu’il en soit de l’acception vulgaire du mot, nous devons, pour

rester dans la limite de notre sujet, ne nous attacher ici qu’aux fresques véritables, ou, en d’autres termes, aux travaux de peinture exécutés sur le mur frais, sur le mur préparé ad hoc, avec lequel elles font corps en quelque sorte-, car, dans la sphère artistique, on exclut du nombre des peintures murales proprement dites toutes celles qui , bien qu’appliquées sur des murs, soit immédiatement, soit à l’aide de panneaux ou de toiles rapportées, ont été obtenues autrement qu’avec des couleurs délayées à l’eau et employées de façon à pénétrer l’enduit spécial dont le mur a été préalablement recouvert. Nous citerons comme exemple marquant de cette exclusion la fameuse Cène de Léonard de Vinci, qui bien des fois a été qualifiée de fresque (chacun sait qu’elle fut peinte sur le mur du réfectoire de Sainte-Marie des Grâces, à Milan), mais qui n’est autre chose qu’une peinture à la détrempe sur paroi sèche, circonstance qui, par parenthèse, n’a pas peu contribué à l’altération de ce magnifique ouvrage.

On a longtemps considéré la fresque comme la plus ancienne des peintures. Vasari, qui écrivait au milieu du seizième siècle , dit en propres termes que «les anciens pratiquaient généralement la peinture in fresco , et que « les premiers peintres des écoles modernes n’ont fait que^suivre les antiques « méthodes; » et de nos jours Millin, dans son Dictionnaire des Beaux- Arts , affirme que les grandes peintures du Pœcile d’Athènes et du Lesché de Delphes par Panænus et Polygnote, dont parle Pausanias, étaient exécutées parce procédé; le même auteur range aussi parmi les fresques les peintures laissées en si grand nombre par les Egyptiens dans leurs temples et leurs hypogées. « C’était, dit-il, ce que les Romains appelaient « in udo pariete pingere (peindre sur paroi humide); ils disaient in « cretula pingere (peindre sur craie) , pour désigner la détrempe sur un « fond sec. »

On a voulu voir aussi des fresques dans les peintures retrouvées à Herculanum et à Pompéi , et pourtant Winckelmann, qui peut faire autorité en ces matières , disait , il y a une centaine d’années, en parlant de ces ouvrages : « Il est à remarquer que la plupart de ces tableaux n’ont pas été peints sur « de la chaux humide , mais sur un champ sec, ce qui est rendu très-évident « par quelques figures qui se sont enlevées par écailles, de manière qu’on « voit distinctement le fond sur lequel elles portaient. «

PEINTURE A FRESQUE

Toute la confusion est venue de ce qu’on avait jusque-là 'pris trop à la lettre l’expression in udo pariete, trouvée dans Pline-, l’erreur, outre qu’elle eût pu être dissipée par l’examen attentif des monuments, ne se fût pas aussi longtemps continuée si 1 on eut rapproché du passage de Pline une assertion de Vitruve, lequel nous apprend qu’on appliquait sur les murs frais des teintes plates noires, bleues, jaunes ou rouges, destinées à former le fond des peintures ou même à rester unies comme nos peintures de bâtiment actuelles. L’emploi de ce procédé est d’ailleurs facile à reconnaître dans les peintures de Pompéi, où l’on voit que cette impression uniforme a quelquefois pénétré de deux ou trois millimètres l’enduit de la muraille. C’était sur ce fond, lorsqu’il était parfaitement sec, qu’on peignait, soit à la détrempe, soit à l’encaustique, les sujets décoratifs.

Il est donc ainsi démontré que les procédés de peinture in fresco, ignorés des anciens, furent imaginés parles artistes des âges modernes-, mais il serait difficile d’assigner à cette invention une date précise, car, aussi loin que nous remontions, nous n’arrivons pas à voir fixée par les auteurs l’époque où la méthode nouvelle fut pour la première fois suivie. Nous sommes en conséquence réduits à consigner l’âge de tel ou tel monument qui atteste que la découverte avait eu lieu, sans pouvoir en déterminer l’origine exacte.

La peinture, qui, chez les Grecs, était parvenue à son apogée sous le règne d’Alexandre, était, dit M. Breton, « tombée avec la puissance de la Grèce. « En perdant la liberté, la patrie des arts avait perdu le sentiment du beau. » A Rome, la peinture n’était jamais arrivée au même degré de perfection qu’en Grèce; longtemps elle n’avait été exercée que par des hommes du dernier rang, par des esclaves; tout au plus, quelques praticiens, les Amulius, les Fabius Pictor (peintre), les Cornélius Pinus, avaient-ils pu la réhabiliter un peu. Après les douze Césars, elle suivit le mouvement de décadence qui entraînait tous les arts ; elle reçut comme eux le coup de mort au quatrième siècle, le jour où Constantin, quittant Rome pour fixer le siège de l’empire à Byzance, transporta dans sa nouvelle capitale, non-seulement les meilleurs artistes, mais encore une quantité prodigieuse de leurs productions et de celles des artistes qui les avaient précédés. Plusieurs autres causes peuvent encore être signalées comme ayant amené la décadence de l’art ou la perte des monuments qui aujourd’hui témoigneraient de sa puissance aux

temps reculés : d’abord la naissance de l’art chrétien, qui s’élevait sur les ruines du paganisme -, puis les invasions des barbares, qui eurent lieu au cinquième siècle*, enfin, aux huitième et neuvième siècles, la fureur des iconoclastes, ou briseurs d’image, secte à la tête de laquelle figurèrent plusieurs empereurs d’Orient, depuis Léon l’Isaurien, qui régnait en 717, jusqu’à Michel le Bègue et Théophile, qui montèrent sur le trône impérial en 820 et 82g.

Même parmi ces masses ignorantes, auxquelles est due la perte de tant de chefs-d’œuvre, il se trouva quelques personnalités exceptionnelles, nonseulement pour s’opposer aux dévastations, mais encore pour manifester un louable instinct conservateur. Cassiodore nous apprend que Théodoric, roi des Goths, renouvela la charge de centurio nitentium rerum (gardien des belles choses), instituée par l’empereur Constance *, et nous savons que les rois lombards, successeurs de ce prince, qui régnèrent en Italie pendant 218 ans, quoique moins zélés pour le culte des arts, ne laissèrent point de les honorer et de les protéger. On lit dans Paul Diacre qu’au sixième siècle la reine Teudelinde, femme d’Autharis, et ensuite d’Agilulphe, avait fait peindre les prouesses des premiers rois lombards sur la basilique qu’elle avait consacrée à Monza sous le vocable de Saint-Jean. D’autres peintures de la même époque se voient encore à Pavie. L’église de Saint-Nazaire, à Vérone, possède dans ses souterrains des peintures dont parle Maffei, qui ont été gravées par Ciampini et Frisi, et qui doivent remonter auxsixièmeetseptième siècles. Enfin, on a trouvé, en 1 863, dans l’église souterraine de la basilique de Saint-Clément, à Rome, d’admirables peintures murales, dont certaines paraissent remonter à la même époque.

Les artistes de l’Orient, chassés par les persécutions des iconoclastes, avaient cherché asile en Italie, où l’Église latine, docile aux prescriptions du second concile de Nicée, semblait s’attacher à multiplier le plus possible les images religieuses. D’ailleurs, la venue des artistes grecs en Occident était singulièrement favorisée par les relations commerciales que dès lors avaient établies avec tous les points du littoral méditerranéen les villes maritimes ou marchandes de l’Italie, Pise, Gênes, Venise. Ainsi se trouva opéré le mouvement qui devait, sur le sol italique, faire dériver la rénovation des beaux-arts d’une source tout orientale *, ainsi se continua l’école dite de By-

PEINTURE A FRESQUE

zan ce, qui allait être comme la première assise de toutes les écoles modernes.

En 817, des artistes grecs, par ordre du pape Pascal Ier, exécutèrent sous le portique de l’église Sainte-Cécile, à Rome, une suite de fresques dont les sujets sont tirés de la vie de la sainte. C’est à la même école que doivent être rapportées les figures assises du Christ et de sa mère (fi g. 1 go), dans la vieille église de Sainte-Marie du Transtevère, à Rome', la grande madone, peinte

Fig. 190. — Le Christ et sa Mère, peinture à fresque du neuvième siècle, dans l’abside de Sainte-Marie du Transtevère, à Rome.

sur mur, àSantâ-Maria délia Scala, à Milan, qui, lors de la destruction de cette église, remplacée par le théâtre de la Scala, fut enlevée et transportée dans l’église de San-Fedele, où elle se voit encore aujourd’hui-, une série de portraits des papes depuis saint Léon (flg. 191), à Saint-Paul hors les Murs, à Rome, collection qui a péri en grande partie dans l’incendie de 1823, et enfin les peintures des souterrains de la cathédrale d’Aquilée.

« Les ouvrages de ces premiers peintres, » fait observer M. Breton, « semblent marquer la transition de la peinture à la sculpture : ce sont des

« figures longues, roides comme des colonnes, isolées ou placées symétri- « quement, ne formant ni groupes ni compositions, sans perspective, sans «' clair-obsur; n’ayant, pour exprimer les sentiments, d’autres moyens « qu’une sorte de légende sortant de la bouche des personnages. Ces fres- <c ques, si faibles sous le rapport de l’art, sont remarquables sous celui de « l’exécution matérielle*, elles étaient d’une extrême solidité. Ce n’est pas « sans étonnement qu'on voit la prodigieuse conservation de quelques

Fig. 191. — Portrait du pape Sylvestre 1er, peint à fresque sur fond d’or en mosaïque dans la basilique de Saint-Paul hors les Murs, à Rome.

« images de saints, qui décorent les pilastres de Saint-Nicolas de Trévise « et les parois de l’église de Fiesole, où sont conservées les fresques deFra « Angelico. »

Parmi les peintures qui sont parvenues jusqu’à nous, les premières dont les auteurs se soient éloignés du faire uniforme des maîtres byzantins sont celles qui décorent l’intérieur de l’ancien temple de Bacchus, aujourd’hui église de Saint-Urbain, dans la campagne de Rome : on n’y trouve rien de grec, ni dans les figures ni dans les draperies, et il est impossible d’y

PEINTURE A FRESQUE

méconnaître un pinceau italien*, on lit cependant la date de 101 1. Pesaro, Aquilée, Orvieto, Fiesole, gardent des monuments de la même époque.

Fig. 192. — Les Apôtres au jardin des Oliviers, fresque de Berna, à San-Gimignano. Quatorzième siècle.

L’Italie, enfin, malgré de terribles luttes intestines, devait, au treizième siècle, voir se lever sur elle , et particulièrement sur la Toscane , Ce soleil des beaux-arts qui , après de longues ténèbres, allait rayonner avec tant d’eclat

sur le monde entier. Sienne et Pise, les premières en date, donnèrent naissance à Guido et à Giunta , qui se firent tous deux une grande renommée en leur temps, mais dont les seuls ouvrages qui restent, à Saint-Dominique de Sienne et dans la cathédrale d’ Assise , ne font qu’indiquer un désir de progrès, sans que le progrès lui-même soit encore manifeste.

A Guido de Sienne succède, à quelque intervalle, l’ami de Pétrarque, Simon Memmi, mort en 1344, dont les fresques du Campo-Santo de Pise attestent le puissant génie et marquent la première station notable de l’art.

Dans l’église collégiale de San-Gimignano , on admire encore une fresque de Berna (fig. 192), maître éminent de l’école de Sienne, mort en 1 38o.

Après avoir cité Margaritone et Bonaventura Berlinghieri, précurseurs timides encore d’une grande individualité, l’école florentine place au premier rang de ses illustrations Cimabué (1240-1300), que le monde artistique regarde à bon droit comme le véritable restaurateur de la peinture. Cimabué indique la voie*, Giotto ( 1 2 76- 1 336) , son disciple, s’y aventure courageusement. Il prend pour guide la nature, dont on l’a surnommé Y élève. Il cherche l’imitation réelle, et comme il trouve ce système merveilleusement appliqué dans les marbres antiques, qui d’ailleurs avaient déjà inspiré au siècle précédent les sculpteurs Jean et Nicolas de Pise, il fait une sérieuse étude de ces vieux chefs-d’œuvre. L’élan est donné, et le Campo- Santo de Pise nous en montre les premiers résultats (voir ci-contre le Songe de la vie). Pendant deux siècles l’ascension, lente mais toujours progressive, se fera par les soins de Buflalmacco , deTaddeo Guidi, des Orcagna, de Spinello de Lucques, de Masolino da Panicale. Avec le quinzième siècle apparaissent fra Angelico de Fiesole (fig. ig3 et 197), Benozzo Gozzoli, puis Masaccio , Pisanello, Mantegna , le Zingaro , le Pinturicchio , et enfin le Pérugin, maître du divin Raphaël. Au seizième siècle l’art atteint son apogée : c’est à cette époque que Raphaël et ses élèves peignent la Farnésine , les Stance et les Loges du Vatican (on sait que les deux premiers tableaux des Loges (fig. 1 94) ont seuls été peints de la main de Raphaël) ; que Michel- Ange exécute seul l’immense page du Jugement dernier, et que Paul Véronèse peint les plafonds du palais des Doges à Venise. Puis Jules Romain couvre de ses travaux les murs du palais du T, àMantoue*, Andrea del Sarto, ceux de Y Annun\iata et du Scalÿo, à Florence. Daniel de Volterra peint sa fa-

It'après une copie faisant partie de la Bibliothèque de M Ambroise Firmin Didot

PEINTURE A FRESQUE

meuse Descente de croix, pour la Trinité du Mont, à Rome; à Parme, le pinceau du Corrége fait merveille sur les parois du dôme de la cathédrale. Léonard de Vinci, outre cette Cène, que nous n’avons citée que pour

Fig. 193. — Groupe de saints, tiré de la Passion, grande fresque du couvent de Saint-Marc, peinte par fra Angelico de Fiesole. Quinzième siècle.

l’exclure du nombre des fresques , dote le monastère de Saint-Onuphre , à Rome, d’une magnifique Madone, et d’une Vierge colossale le palais de Caravaggio, près Bergame. C’est enfin l’âge des splendides enfantements de la peinture murale , celui où le grand Buonarotti s’écrie , dans le labeur enthousiaste d’une de ses sublimes conceptions: «- La seule peinture, c’est la « fresque; la peinture à l’huile n’est qu’un art de femmes et d’hommes pa- « resseux et sans énergie. » Et cependant , du moins comme perfectionnement des procédés d’exécution, la fresque n’avait pas dit son dernier mot.

Au dix-septième siècle, l’école bolonaise, après être longtemps restée imitatrice, se manifeste sous l’impulsion des Carrache, qui, appelés à Rome , couvrent les murs de la galerie Farnèse de fresques auxquelles nulles autres ne sauraient être comparées, comme éclat et comme puissance des effets. Il en faut dire autant des œuvres de leurs élèves : le Martyre de saint Sébastien, à Sainte-Marie des Anges , les Miracles de saint Nil, à Grotta-Ferrata, et la Mort de sainte Cécile, à Saint- Louis des Français, toutes trois par le Dominiquin ; Y Aurore, par le Guerchin, à la villa Ludovisi; le Char du Soleil, par le Guide, au palais Rospigliosi, etc.

Luca Giordano , peintre napolitain , auteur de la galerie du palais Riccardi, à Florence, et des fresques d’un grand nombre d’églises d’Italie et d’Espagne, ne doit pas être oublié; et il faut signaler avec lui Pierre de Cortone, de l’école romaine , qui se fit remarquer surtout par les plafonds du palais Barberini , à Rome.

Il faudrait encore nommer les féconds producteurs des écoles génoise et parmesane, Lanfranc, Carlone, Francavilla ; mais l’heure de la décadence avait sonné lorsque ces artistes parurent; on leur trouve plus d’audace que de talent : ils visent au grandiose et n’arrivent qu’au gigantesque ; le pinceau est habile, mais l’âme manque d’ardeur ou de conviction; en dépit de leurs efforts, la fresque s’amoindrit sous leur pinceau, et depuis elle ne fait que dépérir pour tomber peu à peu dans l’anéantissement.

Ne quittons pas la terre classique des beaux-arts sans mentionner un procédé de peinture qui se rattache étroitement à la fresque , et qui porte le nom caractéristique de sgraffito (littéralement, égratignure). Cette peinture, ou plutôt ce dessin (car ces ouvrages avaient l’aspect d’un grand dessin au crayon noir), plus ordinairement employé à l’extérieur des édifices , s’obtenait

PEINTURE A FRESQUE

en recouvrant le mur d’abord d’un enduit noir, puis d’une seconde couche blanche, et en enlevant ensuite avec un instrument de fer la seconde couche , de façon à mettre à découvert par places le fond noir. Le plus important des travaux exécutés ainsi est la décoration de la maison conventuelle des chevaliers de Saint-Étienne, à Pise, œuvre de Vasari, à qui d’ailleurs on a plus d’une fois attribué, mais à tort, l’invention du sgraffito , usité bien longtemps avant lui.

Nous ne nous sommes guère occupé jusqu’ici que de l’Italie et des artistes italiens , pourtant nous en avons presque fini avec l’historique sommaire de

la fresque. Pour trouver en France quelques travaux remarquables àsignaler en ce genre, il faut que nous atteignions les époques où l’Italie envoie Simon Memmi décorer le palais des papes à Avignon , et le Rosso et le Primatice, celui des rois à Fontainebleau. Tout au plus voyons-nous antérieurement quelques sujets primitifs , pour ne pas dire barbares , peints çà et là en détrempe sur des parois d’églises ou de monastères par des artistes inconnus. Il est juste, cependant , de distinguer parmi ces naïfs monuments quelques pages d’un effet puissant, sinon par l’exécution , au moins par l’idée qu’elles furent appelées à traduire : nous voulons parler des Danses macabres ou Danses des morts , comme celle qui existait à Paris, au cimetière des Innocents , et celle qu’on peut voir encore dans l’abbaye de la Chaise-Dieu en

Fig. 195. — La Confrérie des arbalétriers, peinture à fresque du quinzième siècle, dans l'ancienne chapelle de Saint-Jean et Saint-Paul, à Gand.

Auvergne • légendes bien plus que tableaux , compositions philosophiques bien plus que manifestations de l’art.

L’Espagne n’a pas à tirer plus haute vanité de ses productions nationales;

PEINTURE A FRESQUE

car, à part les fresques gothiques qui subsistent encore dans la cathédrale de Tolède, et qui représentent des combats entre les Mores et les Tolédans (morceaux dignes surtout de l’attention des archéologues), on ne peut citer, sur le sol de la péninsule ibérique, que les peintures de quelques voûtes de l’Escurial et d’une salle capitulaire dans le cloître de la même cathédrale de Tolède, la plupart des autres fresques étant dues à des Italiens.

Fig. 196. — Le Juif et la Mort, épisode de la Danse des morts, peinte en 1441, dans le cimetière des Dominicains, à Bâle; fac-similé de la gravure de Mathieu Mérian.

Pour que les artistes du Nord, froids et méthodiques dans leurs procédés, s’adonnassent à la peinture murale, il semble avoir fallu qu’ils allassent retremper leur tempérament aux chauds rayons du ciel méridional-, car à peine trouvons-nous en Hollande, en Belgique, quelques murailles recouvertes de peintures décoratives, tandis qu’un grand nombre d’églises et de palais italiens renferment des fresques, signées de maîtres flamands.

On a fait beaucoup de bruit , il y a quelques années , de la découverte de

peintures murales dans l’ancienne chapelle de Saint- Jean et Saint-Paul, à Gand (fig. 195). Ces peintures du quatorzième siècle, assez satisfaisantes sous le rapport du dessin, ont plus d’importance par les sujets qu’elles représentent que par le mérite de l’exécution.

Pour la région allemande , il ne faut pas omettre de signaler l’ancienne Danse des morts (fig. 196), peinte à Bâle, dans le cimetière des Dominicains, au milieu du quinzième siècle ; une autre Danse des morts, beaucoup plus fameuse, et les façades de quelques maisons peintes à Bâle par Holbein; les peintures dont, en 1466, Israël de Meckenheim couvrit les parois d’une chapelle de Sainte-Marie du Capitole, à Cologne; et les fresques de Saint-Etienne et de Saint- Augustin , à Vienne. Mais, de cet ensemble restreint de travaux, il ne s’ensuit pas que l’Allemagne ait créé ni même continué aucune école.

Fig. 1Q7. — Fra Angelico de Fiesole.

PEINTURE SUR BOIS

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