‹ Les arts au moyen âge et à l'époque de la renaissanceChapitre 7 sur 18 · RES ARTS · texte numérisé non relu

RES ARTS

Coster, de Harlem, n’aurait été qu’un graveur de moules pour cartes et images, avant de devenir imprimeur de livres. Toujours est-il que, longtemps renfermée dans quelques ateliers de la Hollande et de la haute Allemagne,

Fig. 179.— La Damoiselle, d’après un jeu de cartes gravé parle Maître de 1466. Bibl. nat. de Paris,

Cabinet des estampes.

la gravure sur bois dut certainement une bonne part de ses progrès à l’industrie des cartes à jouer, industrie active à ce point qu’on voit dans une vieille chronique de la ville d’Ulm que, vers 1397, « on envoya les « cartes à jouer en ballots , tant en Italie qu’en Sicile et autres pays du

CARTES A JOUER

« Midi, pour les échanger contre des épiceries et autres marchandises. » Ln peu plus tard on employa la gravure sur cuivre ou en taille-douce pour faire des cartes à jouer vraiment artistiques, parmi lesquelles nous

Fig. iSo, — Le Chevalier, d'après un jeu de cartes gravé par le Maître de 1466. Bibl. nat. de Paris ,

Cabinet des estampes.

mentionnerons celles gravées par le Maître de 1466 (fig. 17g et 180), et par ses émules anonymes. Le jeu de cartes du Maître n’existe que dans un petit nombre de collections d’estampes; encore y est-il toujours incomplet. Selon toute apparence, il devait se composer de soixante cartes , dont quarante

numérales divisées en cinq séries , et vingt ligures à raison de quatre par série. Les ligures sont : le roi, la dame, le chevalier et le valet-, les couleurs ou marques offrent un choix très-bizarre d’hommes sauvages, quadrupèdes féroces, de bêtes fauves, d’oiseaux de proie et de fleurs diverses. Ces objets, groupés numériquement, sont assez bien disposés pour permettre de distinguer de prime abord les nombres marqués.

Ainsi, les cartes à jouer, venues de l’Inde en Europe en passant par l’Arabie, vers 1370, avaient en peu d’années couru du Midi au Nord, et ceux qui les accueillaient avec empressement, sous l’influence de la passion du jeu, étaient loin de soupçonner que ce nouveau jeu renfermait en lui le germe des deux plus belles inventions de l’esprit humain, celle de la gravure et de l’impression. Les cartes à jouer circulèrent longtemps, sans doute, avant que la voix publique eût proclamé la découverte à peu près simultanée de la gravure sur bois, de la gravure sur métal et de l’imprimerie.

PEINTURE SUR VERRE

La peinture sur verre mentionnée par les historiens dès le troisième siècle de notre ère. — Fenêtres vitrées de Brioude, au sixième siècle. — • Verrières de couleur à Saint-Jean de Latran et à Saint-Pierre de Rome. — Vitraux des douzième ettreizième sièclesen France : Saint-Denis, Sens, Poitiers, Chartres, Reims, etc. — Aux quatorzième et quinzième siècles, l’art est en pleine floraison. — Jean Cousin. — Les Célestins de Paris, Saint-Gervais. — Robert Pinaigrier et ses fils. — Bernard Palissy décore la chapelle du château d’Écouen. — L'art étranger : Albert Dürer.

ous avons déjà constaté que l’art de fabriquer le verre et de le colorer était connu des peuples les plus anciens* et, dit Champollion-Figeac, « si « Ton étudie les divers fragments de cette mate ticrc fragile qui ont pu arriver jusqu’à nous , « si on tient compte des ornements variés dont ils « sont chargés, même des figures humaines que « quelques-uns d’entre eux représentent, il sera « difficile d’admettre que l’antiquité ne connut pas les moyens de marier « le verre avec la peinture. Si elle n’a pas produit ce qu’on appelle aujour- « d’hui des vitraux, cela tient essentiellement sans doute à ce que l’usage « n’existait point de clore les fenêtres avec des vitres. » Cependant on en a trouvé quelques rares échantillons aux fenêtres des maisons exhumées à Pompéi; mais il fallait que ce fût là une exception, car ce n’est guère qu’au troisième siècle de notre ère qu’on aperçoit dans les historiens trace des vitres fénestrales, employées dans les édifices , et même il faut arriver aux temps de saint Jean Chrysostome et de saint Jérôme (quatrième siècle) pour trouver une formelle affirmation de cet usage.

Au sixième siècle, Grégoire de Tours raconte qu’un soldat brisa la fenêtre

vitrée d’une église de Brioude , pour s’y introduire clandestinement et commettre divers sacrilèges, et nous savons que lorsque ce prélat fit reconstruire la basilique de Saint-Martin de Tours, il eut soin d’en clore les fenêtres avec du verre « de couleurs variées. » Vers la même époque, Fortunat, le poète évêque de Poitiers, célèbre pompeusement l’éclat de la verrière d’une église à Paris, qu’il ne nomme pas - mais les savantes recherches de Foncemagne sur les premiers rois de France nous apprennent que l’église bâtie à Paris par Ghildebert Ier, en l’honneur de la sainte Croix et de saint Vincent, aussi bien que les églises de Lyon et de Bourges , était fermée par des fenêtres vitrées. Du Cange, dans sa Constantinople chrétienne, signale les vitraux de la basilique de Sainte-Sophie, reconstruite par Justinien, et Paul le Silentiaire s’enthousiame sur l’effet merveilleux des rayons du soleil dans cet assemblage de verres si diversement colorés.

Au huitième siècle , époque à laquelle l’usage des vitres commençait à devenir fréquent , la basilique de Saint-Jean de Latran et l’église de Saint-Pierre, à Rome, avaient des verrières de couleur, et Charlemagne, qui avait fait exécuter des mosaïques en verres de couleur dans un grand nombre d’églises, ne négligea pas ce genre d’ornement dans la cathédrale qu’il érigea à Aix-la-Chapelle.

On ne savait fabriquer encore que de petites pièces de verre, habituellement rondes et designées sous le nom de cives, dont l’assemblage, au moyen de réseaux en plâtre, de châssis en bois ou de lames de plomb, servait à. clore les fenêtres. Cette matière étant d’ailleurs fort chère, les riches édifices pouvaient seuls être fermés ainsi. Au surplus, il ne faudrait pas s’étonner si, à une époque où toutes les branches de l’art étaient retombées dans une sorte de barbarie, et où le verre n’entrait qu’exceptionnellement dans les usages ordinaires de la vie, on ne s’était pas avisé de le décorer de figures et d’ornements peints.

Quant à la mosaïque, soit en marbre, soit en verres de couleur, Martial, Lucrèce et d’autres écrivains de l’antiquité la mentionnent dans leurs ouvrages. L’Egypte la connaissait avant la Grèce; les Romains en ornaient les voûtes et le pavé de leurs temples, et même aussi les colonnes et les rues. Il nous est resté de magnifiques échantillons de ces décorations, qui étaient devenues inséparables de l’architecture sous les empereurs.

PEINTURE SUR VERRE

On a voulu attribuer l’usage d’employer le verre coloré dans les mosaïques à la rareté des marbres de couleur. Ne pourrait-on pas croire aussi que l’usage simultané du marbre et du verre fut le résultat d’un perfectionnement dans l’art de faire les mosaïques? car le verre , que, par des mélanges métalliques, on pouvait amener à une grande variété de nuances, se prêtait bien plus facilement à des combinaisons picturales que le marbre, dont les teintes sont le résultat des caprices de la nature. Sénèque, faisant allusion à l’emploi de ces verres colorés dans les mosaïques, se plaignait de ce qu’on ne pouvait « plus marcher que sur des pierres précieuses : » c’est dire combien l’uage des riches mosaïques s’était répandu à Rome:, mais cet art dut singulièrement tomber en décadence, car les quelques monuments qui nous restent en ce genre , datant des premiers siècles chrétiens , sont empreints d’un caractère de simplicité qui n’est nullement en désaccord avec la barbarie des artistes de ces temps-là. Parmi ces monuments il faut citer un pavé, découvert à Reims, et sur lequel se trouvent figurés les douze signes du zodiaque, les saisons de l’année et le sacrifice d’Abrabam; un autre, où l’on voit Thésée et le labyrinthe de Crète, rapprochés de David et de Goliath. On sait, en outre, qu’il existait dans le Forum de Naples un portrait en mosaïque du roi des Goths, Théodoric, qui avait fait exécuter parle même procédé un baptême de Jésus-Christ dans l’église de Ravenne. Sidoine Apollinaire, décrivant le luxe excessif de Consentius à Narbonne, parle de voûtes et de pavements garnis de mosaïques. Les églises de Saint-Jean de Latran, de Saint-Clément et de Saint-Georges en Velabre, à Rome, montrent encore des mosaïques de cette époque. Enfin, Charlemagne avait fait orner de mosaïques la plupart des églises construites par ses soins.

Si nous revenons à la verrerie, nous trouvons que sous Charles le Chauve, en 863, il est fait mention de deux artisans, Ragenat et Balderic, qui deviennent en quelque sorte les chefs de race des verriers français. Nous apprenons d’ailleurs, par la chronique de Saint-Bénigne de Dijon, qu’en io52 il existait dans cette église un « très-ancien vitrail » représentant sainte Paschasie, que l’on disait provenir de l’église primitive. On peut donc conclure de là qu’à cette époque l’usage de la peinture sur verre était vulgarisé depuis longtemps.

Dès le dixième siècle les verriers devaient avoir acquis une certaine im-

portance, puisque les ducs souverains de Normandie créèrent alors des privilèges en leur faveur; or, dit Champollion-Figeac , « comme tout privilège « se rattachait à la caste nobiliaire, ils imaginèrent de les donner à des « familles nobles dont la position de fortune était précaire. Quatre familles « de Normandie obtinrent cette distinction. Mais s’il avait été décidé qu’en « se livrant à cette industrie les titulaires ne dérogeaient pas, il n’avait pas « été dit, comme on le croit communément, que leur profession conférât la « noblesse; tout au contraire, un proverbe s’établit qui longtemps resta « usité, à savoir que pour faire un gentilhomme verrier il fallait d’abord « prendre un gentilhomme. »

Bien qu’elle fût dès lors en pleine activité, la peinture sur verre était encore loin de s’exercer toujours par les procédés qui devaient en faire une des plus remarquables manifestations de l’art. L’application au pinceau des couleurs vitrifiables n’était pas généralement adoptée. Dans les monuments qui nous restent de cette période, nous trouvons en effet de grandes cives coulées en verre blanc, sur lequel l’artiste a peint des personnages ; mais, comme la couleur n’était pas destinée à s’incorporer dans le verre par l’action du feu, on appliquait par-dessus, pour en assurer la conservation, une autre cive translucide, mais épaisse, que l’on soudait à la première.

Pendant que la verrerie peinte cherchait à perfectionner ses procédés, la mosaïque déclinait déplus en plus. Outre qu’il n’est resté qu’un petit nombre de mosaïques des dixième et onzième siècles, elles sont d’un dessin fort incorrect et manquent entièrement de goût et de coloris.

Au douzième siècle tous les arts se réveillent enfin. La foi réchauffe partout le zèle des chrétiens. On voit surgir les magnifiques cathédrales aux voûtes imposantes, et l’art du verrier vient en aide à l’architecture, pour répandre sur les intérieurs consacrés au culte cette lumière à la fois prismatique et harmonieuse qui donne le calme du recueillement. Mais si dans les vitraux de cette époque on est forcé d’admirer l’ingénieuse combinaison des couleurs pour les rosaces, il n’en est pas de même pour ce qui concerne le dessin et le coloris des personnages. Les figures sont ordinairement tracées en lignes roides et grossières sur des verres d’une teinte sombre où se perd toute l’expression des têtes ; l'ensemble du costume est lourdement drapé : il écrase le personnage par son ampleur, comme pour l’enfermer

PEINTURE SUR VERRE

Fig. 182.— Saint Timothée, martyr à Reims, en 287. Verrière de la fin du onzième siècle, trouvée ' dans l’église de Neuwiller (Bas-Rhin), par M. Bœswillwald. — D’aprcs Y Histoire de la peinture sur verre, par M. F. de Lasteyrie.

dans une longue gaîne. C’était là, du reste, le caractère général 'des monuments du temps (fig. 182).

Les verrières dont Sugerfît orner l’église abbatiale de Saint-Denis , et dont

quelques-unes sont venues jusqu’à nous, datent du douzième siècle. L’abbé avait demandé à tous les pays et réuni à grands frais les meilleurs artistes pour concourir à cette décoration. L’Adoration des Mages, l’Annonciation, l’histoire de Moïse, et diverses allégories, y sont représentées dans la chapelle de la Vierge et dans celles de sainte Osmane et de saint Hilaire. On voit aussi, parmi les tableaux principaux, le portrait de Suger lui-même aux pieds de la Vierge. Les bordures qui entourent.les sujets peuvent passer pour des modèles d’harmonie et de bonne entente des effets:, mais c’est encore dans ces sujets eux-mêmes, dont le dessin est d’ailleurs très-heureux, que le goût d’assortiment et de combinaison de couleurs est porté au plus haut point.

Saint-Maurice d’Angers nous montre, comme monument un peu antérieur, et peut-être comme le plus ancien spécimen de vitraux peints en France , l’histoire de sainte Catherine et celle de la Vierge, qui, à la vérité, n’offrent pas le même mérite d’exécution et de goût que les anciens vitraux de la basilique de Saint-Denis.

Il faut citer encore, dans la ville d’Angers, quelques fragments que renferment l’église de Saint-Serge et la chapelle de l’Hôpital } puis une verrière de l’abbaye de Fontevrault *, une autre dans l’église de Saint-Pierre de Dreux, représentant des scènes de la vie de la Vierge et de celle de Jésus-Christ*, enfin , à Vendôme, dans l’église de la Trinité, une des croisées du pourtour du chœur, où se voit la Glorification de la Vierge , laquelle porte au front une auréole, dont la forme, dite amandaire, a fourni aux archéologues le sujet de longues discussions, les uns voulant établir que cette auréole, qu’on ne voit figurée de la sorte sur aucun autre vitrail , révélerait dans les travaux des Verriers poitevins, à qui ce travail est attribué, l’influence de l’école byzantine *, le9 autres prétendant que l’auréole amandaire est un symbole exclusivement réservé à la Vierge. Mentionnons encore, avant de passer outre sur les monuments du douzième siècle , quelques restes de verrières qui se voient à Chartres, au Mans, à Sens(fig. 1 83) , à Bourges, etc. Ajoutons aussi, comme détail qui n’est pas sans intérêt, qu’un capitulaire de l’ordre de Cîteaux, vu le prix élevé auquel s’élevait alors l’acquisition des vitraux peints , en défendit l’usage dans les églises soumises à la règle de saint Bernard.

« L’architecture du treizième siècle, » suivant la remarque judicieuse de

PEINTURE SUR VERRE

Champollion-Figeac , « par son ogive plus élancée, plus gracieuse que les « formes massives de Part roman , vient ouvrir un champ plus vaste et plus

Fig. i83. — Fragment d’un vitrail de l'Enfant prodigue, de la cathédrale de Sens. Treizième siècle. D’après un supplément aux Vitraux de Bourges, des PP. Cahier et Martin.

it favorable aux artistes verriers. Les colon nettes se détachent alors et « s’étendent avec une nouvelle élégance, en même temps que les flèches des « clochers, frêles et délicates, se perdent dans les nues. Les verrières occupent

« plus d’espace et semblent aussi s’élancer vers le ciel , gracieuses etf légères.

« Elles se parent d’ornements symboliques , de griffons , d’animaux fantas- « tiques* les feuilles, les rinceaux se croisent, s’entrelacent, s’épanouissent, « et produisent ces rosaces si variées qui font l’admiration des verriers mo- « dernes. Les couleurs y sont plus habilement combinées, mieux fondues que « dans les vitraux du siècle précédent , et si les figures manquent quelquefois « encore d’expression et n’ont pas dépouillé toute leur roideur, au moins les « draperies sont-elles plus légères et mieux dessinées. « Les monuments qui nous restent du treizième siècle sont fort nombreux. C’est, à Poitiers, une verrière composée de petites rosaces, principalement placées à l’une des croisées du milieu de l’église, et au Calvaire du chevet*, à Sens, la légende de saint Thomas de Cantorbéry , représentée dans un ensemble de petits médaillons, dits verrières légendaires ; au Mans, la verrière des corporations des métiers; à Chartres, la verrière de la cathédrale, œuvre aussi magnifique que considérable, qui ne contient pas moins de mille trois cent cinquante sujets, répartis sur cent quarante-trois fenêtres* à Reims, une verrière peut-être moins importante, mais remarquable aussi bien par l’éclat des couleurs que par son caractère d’habile appropriation au style de l’édifice. Bourges, Tours, Angers et Notre-Dame de Paris offrent de très-beaux spécimens. La cathédrale de Rouen possède, de cette époque, un vitrail qui porte le nom de Clément de Chartres , maître vitrier, le premier des artistes en ce genre dont il reste une œuvre signée*, enfin nommons la Sainte Chapelle, qui est incontestablement la plus haute expression de ce que l’art pouvait produire. Les vitraux de ce dernier monument sont légendaires, et si quelques incorrections se remarquent dans les figures, elles sont rachetées parla recherche de l’ornementation et par l’harmonie des couleurs, qui en font une des œuvres lesplushomogènes et les plus parfaites de la peinture sur verre.

C’est au treizième siècle qffapparaît la grisaille, genre tout nouveau, et souvent usité depuis, dans les bordures et les ornements de vitraux. La grisaille, dont le nom suffit en quelque sorte à décrire l’aspect, fut employée en même temps que la mosaïque de verre en couleurs variées, qu’on voit dans l’église Saint-Thomas de Strasbourg, dans la cathédrale de Fribourg en Brisgau, et dans plusieurs églises de Bourges.

Le grand nombre de peintures sur verre du treizième siècle, que 1 on a pu

PEINTURE SUR VERRE

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Fig. 184. — Le Juif de la rue des Billettes, à Paris, perçant une hostie avec 'son couteau, d’après un vitrail de l’église Saint- Alpin, à Châlons-sur-Marne. Quatorzième siècle.

étudier dans les églises, a inspiré l’idée de classer ces divers monuments, et de les ranger sous des influences d’écoles, qu’on a désignées par les noms de

franco-normande, de germanique , etc. On est même allé plus loin , caron a voulu reconnaître dans la manière propre aux artistes de l’ancienne France un style normand, un style poitevin (ce dernier reconnaissable, disait-on, au manque d’harmonie dans les couleurs), un style messin, etc. Nousavons de la peine à admettre ces dernières distinctions, et d’autant moins que ceux qui les établissent semblent plutôt s’appuyer sur les défauts que sur les qualités des artistes. D’ailleurs, à cette époque, où le même seigneur possédait quelquefois plusieurs provinces très-distantes l’une de l’autre, comme, par exemple, l’Anjou et la Provence, il arrivait que les artistes qu’il emmenait avec lui dans ses diverses résidences ne pouvaient manquer, en confondant leurs travaux, de faire disparaître les influences de province et de réduire , en définitive , ce qu’on appelle le style poitevin , le style normand, etc. , à une fabrication plus ou moins habile, à un perfectionnement plus ou moins avancé.

Dans le quatorzième siècle l’artiste verrier se sépare de l’architecte : bien que subordonné naturellement à l’auteur de l’édifice, où les vitraux ne doivent être qu’un ornement accessoire, il veut s’inspirer de lui-même. L’ensemble du monument est sacrifié par lui à l’effet de son dessin, plus savant et plus correct, de son coloris, plus pur et plus éclatant. Peu lui importe que telle partie de l’église soit trop éclairée, ou pas assez-, que la lumière inonde l’abside ou le choeur, au lieu d’arriver partout graduellement, comme dans les monuments antérieurs. Il veut que son travail le recommande, que son oeuvre lui fasse honneur.

Les poètes de cour, Guillaume de Machaut et Eustache Deschamps, célèbrent dans leurs poésies quelques verrières de leur temps et donnent même des détails rimés sur la manière de les fabriquer.

En 1 347 , une ordonnance royale est rendue en faveur des ouvriers lyonnais. La coutume existait dès lors d’orner de vitraux peints les habitations royales et seigneuriales. Les artistes composaient eux-mêmes leurs dessins, en les conformant à l’usage que l’on faisait, pour la vie privée, des salles auxquelles ils étaient destinés. Quelques-uns de ces vitraux, retraçant des légendes familières, ornaient même les églises (fi g. 184).

Parmi les œuvres les plus importantes du quatorzième siècle il faut mentionner en première ligne les vitraux des cathédrales du Mans, de Bau-

PEINTURE SUR VERRE

vais, d’Évreux (fig. 1 85) , et les roses de Saint- Thomas de Strasbourg. Viennent ensuite les verrières de l’église de Saint-Nazaire, à Carcassonne, et de la cathédrale de Narbonne. Il y a, en outre, à l’église Saint- Jean de Lyon, à Notre-Dame de Semur, à Aix en Provence, à Bourges , à Metz , des vitraux dignes d’attention sous tous les rapports.

Le quinzième siècle ne fait que continuer les traditions du précédent. Les travaux principaux qui datent de cette époque commencent, pour nous, en suivant l’ordre de mérite, par le vitrail delà cathédrale du Mans, qui représente Yolande d’Aragon et Louis II, roi de Naples et de Sicile, aïeux du bon roi René ; nous placerons immédiatement après, les verrières de la Sainte-Chapelle de Riom, de Saint-Vincent de Rouen, de la cathédrale de Tours, de celle de Bourges, représentant le vaisseau de Jacques Cœur, etc.

Le seizième siècle, quoiqu’il dût amener avec les troubles religieux bien des ravages de nouveaux iconoclastes, nous a légué de nombreux et remarquables vitraux. Nous ne saurions les citer tous- mais il convient, avec la plupart des archéologues , de les diviser en trois branches ou écoles, qui s’établissent formellement par les manières diverses des artistes de cette époque : école française, école allemande, école messine ou lorraine (fig. 1 86) , laquelle participe des deux précédentes.

A la tête de l’école française figure le célèbre Jean Cousin, qui a décoré la chapelle de Vincennes-, qui avait fait pour les Célestinsde Paris une représentation du Calvaire; pour Saint-Gervais , en 1587, les verrières du Mar-

Fig. i85. — Fragment d’une verrière offerte à la cathédrale d’Évreux par l’évêque Guillaume de Cantiers. Quatorzième siècle.

tyre de saint Laurent, de la Samaritaine conversant avec le Christ, et du Paralytique. Dans ces œuvres, qui appartiennent à la grande peinture, des ajustements du meilleur style, un dessin vigoureux et un coloris puissant, semblent refléter le faire de Raphaël. Des vitraux en grisaille, exécutés d’après les cartons de Jean Cousin , décoraient aussi le château d'Anet.

Un autre artiste, inférieur à Cousin, mais beaucoup plus fécond , Robert Pinaigrier, aidé de ses fils, Jean, Nicolas et Louis , et de plusieurs de ses élèves, avait exécuté une quantité de vitraux pour les églises de Paris, qui la plupart ont disparu : Saint-Jacques la Boucherie, la Madeleine, Sainte- Croix en la Cité, Saint-Barthélemy, etc. Il reste de magnifiques spécimens de ses travaux à Saint-Merry, Saint-Gervais, Saint-Étienne du Mont, et dans la cathédrale de Chartres. L’œuvre dont Pinaigrier décora les châteaux et les habitations aristocratiques n’est peut-être pas moins considérable.

On fit aussi à cette époque quelques verrières sur les dessins de Raphaël , de Léonard de Vinci, du Parmesan-, on peut même noter que deux patrons de ce dernier ont servi à Bernard Palissy, qui était verrier avant d’être émailleur, pour faire les verrières en grisaille de la chapelle du chateau d’Écouen. Palissy exécuta pour la même résidence, d’après Raphaël et sur les dessins du Rosso, dit maître Roux , trente tableaux sur verre, représentant l’histoire de Psyché, qui passent à bon droit pour une des plus belles compositions de l’époque-, mais on ignore ce que sont devenus ces précieux vitraux , qui à la Révolution avaient été transportés au musée des Monuments français.

Ces vitraux avaient été exécutés , dit-on , sous la direction de Léonard de Limoges, qui, de même que tous les maîtres de cette école (fig. 187), appliquait à la peinture sur verre les procédés de l’émaillerie, et réciproquement. IL nous reste dans les collections du Louvre, et chez quelques amateurs, des ouvrages de sa fabrication , pour laquelle il employait les meilleurs peintres verriers de son temps-, car il ne pouvait pas travailler lui-même à tous les objets sortant de ses ateliers et destinés presque exclusivement à la maison du roi.

La vitrerie française devint cosmopolite. Elle s’était introduite en Espagne ainsi que dans les Pays-Bas, sous la protection de Charles-Quint et du duc d’Albe. 11 paraît même qu’elle avait franchi les Alpes-, car nous savons qu en

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