‹ Les arts dans la maison de CondéChapitre 2 sur 21 · LE GRAND GOND H · texte numérisé non relu

LE GRAND GOND H

Dyck qui représentent le comte Henri de Berglies et la princesse Marie de Rarbançon et qui font aujourd'hui partie des coUeelions du Musée Condé. — V.n 1G73, Condé prolita des loisirs que lui laissait l'inactive campagne de Hollande pour augmenter ses collections. Rappelé en Flandre, il pria le duc de Luxendjourg de lui expédier les objcls qu'il avait achetés, et Luxembourg lui écrivait d'Utrecht le 3 novembre : « Vos tableaux et vos porcelaines ne marcheront que sûrement ». — Lncore en 1683, nous voyons M. de La Tour recevoir la somme de i2 09G livres « pour plusieurs

Vanber Ulit. — La i'i.ack du Dam. a Amsteudam

taldeaux que Mgr le Prince a pris de lui pour mclln' dans scui caluncl de IGTa à 1683 ».

Des portraits du Grand Condé exécutés avant 1676, les papiers sont perdus' ; à peine reste-t-il de rares mentions. La mère du prince lui écrit le 13 mai 1646 : « Dites à Tourville (son premier gentilhomme) qu'il me mande s'il a donné ordre à Juste de me donner votre peinture ; s'il ne l'a pas l'ait, dites-lui qu'il le lui mande ». Juste d'Egmonl avait déjà fait, deux ou trois ans plus tôt, le portrait ilu prince, car les anciennes descriptions de Chantilly signalent, dans la galerie des Batailles, un « portrait du Grand Condé, peint par le vieux Juste ; ce héros y est représenté en pied ; on voit d'un côté l'ordre de la bataille de Rocroi, de l'autre le combat » (1643).

En 1633, Condé, alors au service de l'Espagne, posa devant David Téniers. dont

' Annui rcnseifi'neiiiciil imn plus sur l'ailiiiii'.ililc biislo du (iraml GhihU'. ou terre cuilo. (|iii tlécero la cheuiinée du Cabinet des I ivres an cliùteau de Ghaulilly. Il est attiilmê à Goysevox avee vraisemblance, mais sans certitude.

4 LES ARTS DANS LA iMAlSON IJE CO.NDÉ

la ch'licatc pcinluro fait partie des coUcclioiis du Musée Condé. A Bruxelles aussi, le prince retrouva Jusie d"l']giiiont, qui avait refi;agné la Flandre après s"èlre marié à I*aris le i\) novembre 163G. « Je vous prie de songer au portrait de S. A. S. que Juste devrait m'avoir envoyé depuis longtemps, et à celui de Mgr le Duc (d'Enghien) »; tel est l'appel (pi'adressait au secrétaire du prince l'intendant de Rocroy, le 26 avril IG08. C'est de cette époque que date un beau portrait de Concb', par Juste, encore aujourd'hui à Chantilly; le pareil, oHerl par le prince au premier ministre espagnol, don Luis de Haro, appartient à M""" la duchesse d'Albe ; on en connaît d'autres copies.

Ilentré en France en IGfiO, Condé enqiloya les Reaubrun ; par acte du 1 1 novembre 1(JC1), il reconnaît « devoir à Henri el Charles Reaubrun, peintres ordinaires du roi el trésoriers de l'académie de peinture et sculpture, demeurant rue des Deux- Ecus, paroisse Sainl-Eustaclie, la somme de deux mille livres pour tous les portraits et ouvrages de peinture par eux faits pour le service de S. A. S. du passé jusqu'à ce jourd'huy ». Ces portraits étaient sans doute ceux du Grand Condé, des princes et princesses de sa famille ; je ne connais que celui de M""^ de Longueville. Je ne sais sur quels travaux il restait à payer 1 810 livres, le 6 février 1G74, aux frères Louis et Pierre Le Blanc, peintres ordinaires du roi, et aux frères Jean et Claude Bulaye, peintres et valets de chambre du roi, et j'arrive aux registres de comptes.

Avril 167G. « Au s'' Picard, marchand de tableaux, la somme de 2 TÎJÛ livres pour le paiement d'un tableau du Guide qu'il a vendu ù. Monseigneur ». — L'inventaire de Chantilly dressé en 1709 mentionne deux tableaux de Guido Reni, Suzanne el les deux vieillards^ Psi/ché el l Amour.

18 septembre 1G7G. « .Vu nommé Thierry, sculpteur, la somme de 101) livres pour le prix d'une figure (de bois de Sainte-Lucie) du bienheureux Louis de Gonzague qu'il a faite par ordre de Mgr le Prince pour donner de sa part à M""' la Princesse Palatine ».

IG avril 1G7G. « A M. l'abbé Rizot', la somme de 49G livres pour son reml)0ursenienl de pareille somme i)ar lui payée pour l'argent et la façon de grandes médailles de Mgr le Prince qu'il a fait faire par ordre de S. A. S. ». — 1'''' août '1G77. « A M. l'abljé Rizot, la somme de 132 livres pour l'argent et la façon de deux grandes médailles qu'il a fait faire pour Mgr le Prince ». L'artiste n'est pas nommé; peutêtre est-ce Chéron, dont la médaille du Grand Condé est bien connue; il est cité dans le compte de 1G79 : « 28 avril 1G79, au s' Chéron, la somme de ooO livres pour dix médailles d'argent (pi'il a fournies à Monseigneur ».

IG octobre '1G7G. « Au s'' Joubert, peintre, la somme de 132 livres pour le paiement d'un portrait de Mgr le Prince qu'il a fait en mignature, kMjuel a été envoyé à M. l'abbé Raschi (à Naples) avec une boîte garnie de diamants, el pour un dessin du bienheureux Louis de (Jonzague ». — 9 Juin 1G78, « au s- Jouberl, peintre, la somme de 500 livres, savoir 439 pour le paiement des peintures el dorures qui ont été faites à la belle chaise qui a été faite pour S. A. S. M'"" la Duchesse (d'Enghien)

' Pierre Hizot, numismate, né en KilSO, morl en ItlDG, ciianoine ilc Sainl-S;uiveur li'llcrissdn, au diocèse (le liourfres. On a de lui ])lusieurs ouvrages, entre autres Vllisluire luélalUijue de ht Itéptibliiiiic (le Hollande {l'urh, 1087, in-f').

LE (iUAM) CUXUE 5

au mois de mars dernier, et GI livres qui lui ont é(é aceordées par graliliealion pour

les dessins qu'il a faits des ornements de la dite chaise et des soins qu'il en a pris ».

16 janvier 1G77. « Au s' Thierry, sculpteur, la somme de 120 livres pour le paie-

Le GnAND CONDÉ, EN 16o7, da[iics Juste aiicjiosT.

ment d'une bordure dorée qu'il a faîte et fournie pour le tableau que M. Le Brun, peintre du roi, fait pour mettre sur la cheminée du grand cabinet de Monseigneur ». — Le Brun peignait donc un tableau pour le Grand Coudé en 1677 ; il en lit un autre six ans plus tard, comme nous l'apprend la lettre de Gourville du 24 novembre i6Si : « M. Le Brun a achevé le tableau de V. A. S. et croit que c'est la plus

LES AinS DANS LA MAISON DE C.ONDK

IjL'llo chose qu'il ;ii( jamais faite; il se relient la liberté d'en faire une copie après que V. A. S. l'aura vu ». — Dans l'inventaire des tableaux de Chantilly dressé en 1709, je relève un tableau de liC Brun, l cnits et Vulcain . — On ne voit dans les comptes aucun paiement fait à Le Brun ; on en trouverait sans doute l'explication dans les marchés passés entre le pi-ince et l'artiste, marchés portant donation de

terrains sur lesquels fut construite la magnifique propriété de Montmorency; M. Germain Rapst a vu dans le minutier du successeur actuel de M" Lange, notaire de la maison de Coudé, ces marchés et des quittances de Le Brun'. Le Mercure de juin 1679 relate longuement la visite faite à l'artiste dans sa maison de Montmorency par le duc d'Enghien, fils du Grand Condé. Les rapports étaient donc assez intimes entre le peintre et les princes, qui s'intéressaient ù tout ce qui louchait l'artiste ; Gourville leur écrit le 11 novembre lt)83 : a J'ai appris hier (pu' le roi a (loiini' mille louis d'or à M. Le Brun ».

13 mai 1078. «Au s'' Briard, marchand llamand, la somme de ?Ù-W livres pour le paiement d'un pelil tableau de Gérard l)ou représentant un saint Jérôme, que Mgr le Prince a acheté de lui ».

28 avril 1G78. « Au sieur Francisque, peintre, la somme de 88 livres pour avoir relouché un paysage qu'il avait fait au s'' Picard, de ([ni Mgr le Prince l'a acheté ». 11 juillet 1(170. « Pour M. Mignard, peintre, la somme de 4 40G livres, savoir 4400 livres (|ue Mgr le Prince lui a accordées pour un tableau représentant Po'sée el A)ulro)nè(le, (ju'il a fait et dont il a fait présent à S. A. S., et (> livres pour une boui'se pour mettre lesdites 4-100 livres ». — Gourville écrit le 20 mai au (ii'and Coudé : « J'envoie à V. A. S. l'ordonnance de la bordure du tableau de M. Mignard, de 300 livres ». • — 11 est encore (pu'stion de Mignard dans une lettre adressée à Condé l)ar M. (le Saint-Mars, de Versailles, le 2't juin 1081 : <( Mignard a fait paraître un tableau (ju'il a l'ait de la Samaritaine lors{pie Nôtre-Seigneur lui i)arla, ipii est admir('' g('n('ralement. (j'esl M"'' de Guise qui l'a fait faire nu)yennanl .'!00 pisloles. Le l'oi l'a trouvé si Ijeau qu'il n'a pas i)u s'empêcher de témoigner qu'il l'eût bien voulu avoir; cela a mis les choses en Irain (jue je crois (\n"\\ lui en fera présent. Ouand la coursera partie, Miguai'd peindra rap|)arlemenl de la reine ».

l;iisi.'

Lk (inVMl CuNiJÉ en {erre cuite do Chyskvox

Voir (iazcllf des r,c<iii.i -Arlx, 1" iiiiiis IS'.IJ. p. :2J.i, note :2.

LE r.RANI) CONDE

Levinus Cruyl, dil Levin, prêtre, peintre et graveur, né à Gand ver.s 16'i0, et dimt on constate le passage à Rome en 1GG7, travailla pour le Grand Condé en 1679-1680, comme le prouvent les documents suivants. — Le îll novembre 1679, Claude Richard, concierge de Chantilly, est remboursé de la somme de 20 louis d'or (valant 220 livres), « qu'il a donnés en deux fois au s'' Levin, prêtre flamand, ù tenir compte sur les ouvrages qu'il fait pour S. A. S. à Chantilly ».

— 7 avril 1680, « au s'' Thierry, sculpteur, la somme de 80 livres 10 sols pour deux bordures dorées qu'il a faites et fournies pour les deux tableaux que S. A. S. a fait faire par le s'' Levin, prêtre flamand, représentant deux vues de Chantilly ». — Lettre de Bourdelot, Paris, 26 janvier 1680 : « M. Passarl vint à l'hôtel (de Condéj quand V. A. S. fut partie. Il m'a parlé en bons termes du flamand qui a dessiné Chantilly, sur les éloges que lui donne M. Mignard ». — Lettre de Dominique Chauveau, secrétaire du Grand Condé, 25 avril 1680 : « M. Passart n'est pas à Paris; mais M. de La Tour a parlé à deux autres hommes, qui ont promis de venir ici aujourd'hui ou demain pour voir et estimer les deux vues de Chantilly qu'a faites le sieur Levin. Quand M. de Gourville sera de retour de Saint- Germain, où il alla hier avec Mgr le Duc, je lui dirai ce qu'ils auront estimé ces ouvrages, afin qu'il prenne ses mesures là-dessus pour expédier ledit s'' Levin quand V. A. S. l'aura renvoyé ». — Gourville, 27 avril 1680 : « M. de La Tour a fait voir les deux vues de Chantilly par deux connaisseurs de ses amis, qui sont persuadés que si V. A. S. donne mille livres au peintre elle l'aura payé fort noblement, sans compter ce qu'elle lui a déjà donné. S'il vient ici, je lui ferai donner cent pistoles d'or ». — Gourville, 2 mai 1680 : « Le s'' Levin, peintre, est venu ici ce malin. Je lui ai fait

donner sur le champ onze cents francs. 11 a dil fpic son ouvrage valait bien cinq cents louis d'or, à quoi on ne lui a rien répondu. Je ne l'ai point vu, parce que j'avais donné ordre que l'on lui donnât ces cent pistoles dès qu'il se présenterait ».

— Compte de 1681 : « Au s' Levin, peintre flamand, la somme de 770 livres pour la troisième vue de Chantilly qu'il a faite et (jui est dans la chambre de Mgr le Prince à Paris; au moyen duquel paiement ledit s' Levin est entièrement payé de tous les ouvrages qu'il a faits à Chantilly pendant tout le temps qu'il

Jln-.Ninn. — Dessin i'our i.f, tableau pkrdu « Peusée et Andromède »

y a été jusques au 18 oclobre KiSO qu'il a eu ordre de se retirer». — Ce Iroisiènu? tableau donnait la vue de la Cascade; le cadre, exécuté par le sculpteur Thierry, coûta M livres. Levin fit aussi le plan géométral de Meudon, dont le cadre fut p;iyc 40 livres au s"" Maçon, sculpteur, le 8 octobre 1681 . — On conserve à Chantilly un grand dessin à la plume, sur vélin, représentant la cour du grand château de Chantilly, signé et daté : Levinus Cruyl, 1080.

17 avril 1680, lettre de Chauveau : « Le peintre anglais partira demain malin pour Chantilly ». — Compte de 1680; 6 juillet : « Au s' Verclet, peintre anglais, la somme de 5b0 livres c[ue Mgr le Prince lui a accordée pour avoir fait son portrait ». — 15 septembre : « A Robert de Lalande, sculpteur, la somme de .33 livres pour le prix d'une bordure qu'il a faite pour le portrait de S. A. S. fait par le s' Verclet, peintre anglais ». — 11 est possible que le scribe ait mal écrit le nom du peintre.

18 juillet 1680 : « Rendu à M""' de Bussy la somme de 70 livres qu'elle a déboursée pour un tableau de M™'- de Longueville qu'elle a fait faire et qu'elle a envoyée à Mgr le Prince à Chantilly ». M"'^ de Longueville était morte le 15 avril 1079.

10 février J681 : « Au s'' Thierry, sculpteur, la somme de 120 livres pour une bordure dorée qu'il a fournie pour le tableau que le duc de Créqui a donné à S. A. S. ».

31 août 16S1 : « Au s" Le Trosnc, peintre, la somme de 78 livres pour avoir raccommodé plusieurs tableaux de S. A. S. ».

Lettre de M. Passart au prince de Condé ; Paris. 27 juillet 1081 : « Puisque je suis réduit auprès de V. A. S. à n'être sou serviteur qu'en peinture, encore que mon zèle me persuade que je le pourrais être en quelque chose de plus réel et de plus solide, je ne dois pas manquer les occasions qui se présentent de lui rendre mes petits services. Je lui donne donc avis que le cabinet de feu M. le duc de Lesdiguières vient d'être vendu au s'' Ib'rault, qui l'a acheté p(nir le revendre en détail. Il n'y a rien qui ne méritât de tenir sa place dans celui de V. A. S.; mais je souhaiterais (lu'ellc eût un Mo'ise Ifouvé !>ur (es eaux, de Paul Véronèse, un liapléine de saint Jean, de l'Albaue, et un petit Paul Hril. Le Paul Véronèse a coûté trois mille livres, l'Albani; trois mille cinq cents, et le Paul Rril cent pistoles. Si V. A. veut ordonner à M. (le La Tour de les voir, il pourra lui en faire un détail plus précis; mais je crois que ce sont là les trois plus beaux que l'on puisse choisir pour V. A. ».

Autre lettre de M. l'assart, de Soisy, le I''' août 1081. « J'ai prévenu les ordres de V. A. S., car ai)rès l'avoir avertie de cette vente, ce que je lis dès que j'en eus l'avis, j(; fus voir le s' Hérault i)our m'infornier des prix, que je trouvai excessifs, car il prétend six cents louis d'or du Paul Véronèse, quatre cents de l'Albane. Pour le Paul Hril, il l'avait ch'jà vendu, lellciiicnt que je ne vois rien qui accommode V. A. S. que l'Albane, pourvu que le prix l'accommode. Il y a un portrait du comte d'Aruiulel fait au premier coup, qui est aussi fort i)eau (Van Dyck) et dont je suis charmé. Il eu vcul quatre cenis écus, ci il les aura, (luchpie clicr (jue cela soit, car je vois que le prix des belles choses augmente de jour en jour. Il y a une petite Vierge, i\yi (iuide, avec un petit saint Jean et deux petits anges, grand comme ce papier', deux mille cinq cenls livres; une aiilre qui es| la l'élite couseusc, aussi

' Le papier de la lellrc mesure in centimètres de liaul sur l."),.') cenlimèlrcs de large. Si la lettre est dépliée, elle forme un feuillet rectangulaire de 31 ceulimèlres sur 20.

LA PRINCESSE DE BARBANÇON, DU CHESSE DARENBERG

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