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LE GRAND CONDÉ

du Guide, figure seule, deux mille livres. En vérité, Monseigneur, tout cela est bien

cher, et, si j'osais conseiller V. A., je me rabattrais sur l'Albane et sur le Van Dyck.

Il y a un petit paysage de GoflVede, de vingt pistoles; rien n'est plus vrai, et on

le peut prendre pour ce prix. Il y a une sainte Catherine, qui est un sposalisse

de Louis Carrache, qui est aussi fort belle, mais la vierge est si disgraciée que

l'on ne la peut souffrir. Je ne fais point ici

le détail à V. A. S. de tous les autres tableaux,

qui, quoique beaux, ne le sont pas assez, ce

me semble, pour avoir place dans son cabinet,

oîi je ne voudrais que des choses très exquises.

Assurément cet Albane est de ce nombre ; il

n'a pas plus de deux pieds de haut sur un

pied et demi de large; il y a en bas le Christ

et le saint Jean avec deux anges ; en haut un

Dieu le Père soutenu dans une gloire de trois

ou quatre autres petits anges, un paysage très

beau pour un fond de tableau. Je voudrais

que V. A. l'eût vu, elle serait tentée. » —

Coudé acheta le tableau; on le voit à Chanlilly

en 1709.

Lettre de Bourdelot au prince de Coudé, Paris, 8 août 1681 : « Sitôt que Mgr le duc de Bourbon fut parti, je menai M. Darlons avec moi chez le fils de Chesneau, près la Croix du Tiroir, lequel vendait les slatues de son père. Il les avait mises à l'encan, un sergent les criait. Je lui dis de ne les [xiinl livrer que l'après-dînée, et j'allai à l'instant chez M. Gitard l'archilecle, auquel je racontai le mérite des pièces qui étaient à vendre. Il me promit qu'il irait incontinent après dirier. et il conclut avec moi que les trois ligurincs de marbre qui portaient un bassin siéraient bien dans la fontaine du petit jardin sous les fenêtres de V. A. S. Il y avait chez Chesneau force sculpteurs qui enchérissaient les pièces. L'un me dit que ce bloc fait pour une fontaine

n'avait pas été tiré des mains du sculpteur pour deux mille livres. Il v a un fragment de tombeau antique qui est un enlèvement des Sabines; il coulera peu de chose et sera d'un ornement inlini. Je vais pa.sser par là, car le maître m'a dit qu'il ne délivrerait rien sans me le dire ».

Lettre de M. Passart, de Soisy, 5 octobre IG81 : « Je viens d'apprendre que le bonhomme évoque de Tarbes était mort depuis peu de jours, et que tous ses tableaux allaient se vendre. Peu de jours avant son décès il avait troqué avec Hérault un spo-

MiONABD. — DkSSIN I'OLIî I.E T.\liLEAL' l'r.RDU (( PliliSKH r.T ÀNDFiO.Ml'.Lli; »

10 LES ARTS DANS LA MAISON DE COiNDE

SiilissG de saillie (lallieriue ddiit j'eus riionneur de parler ù V. A. S., qui viciil du cabinel de feu M. de Lesdigiiiéres el dnnl ji'déconseillui V.A. à causeque la lèle tie la Vierge est forl disgraciée el que d'ailK'urs il élail forl cher. Mais à présent que peutêtre il ne le sera pas tant, si l'on pouvait l'avoir à cent louis, je conseillerais assez à V. A. de le j)rendre, car on pourrait faire relouclier la tête de la Vierge par ^LMignard, et après cela e( quatre mois de icliaile ([uc l'on ferait faire au tableau il deviendrait considérable, car d'ailleurs il est fort beau ; M. de Tarbes en avait donné la valeur de cinq cents êcus. Je ne ferais nulle difficulté de lui faire faire cette réparation, dont personne ne s'apercevrait et qui en effet le rendrait beaucoup meilleur. Il y a beaucoup d'autres tableaux raisonnables, mais tous pas plus grands que cette page (0"\i22 sur 0"',l~), entre autres un portrait d'un barbon d'Annibal Carrache, fait sur une planche de bois dans laquelle est entaillée une espèce de bordure en ovale, qui vaut Ijien vingt pisloles au moins. Si ces avis que j'ai cru devoir donner à V. A. S. lui plaisent et qu'elle ait quelques ordres à me donner, je les exécuterai comme je dois ».

Passart écrit de nouveau le lo octobre, de Paris : «Je suis venu en celle ville pour exécuter les ordres dont V. A. S. m'a honoré; mais j'ai appris (jue l'héritier de feu M. de Tarbes ne vendra ses tableaux que cet hiver, lorsque loul le monde sera revenu de la campagne. On croit qu'il les vendra à l'encan. 11 aura peine à faire convenir les curieux de la hauti; estime qu'il en fait. Il y a di'jà chez Hérault un petit tableau (iiii représente une Nativité, d'Annibal Carrache, ilonl M. de Richelieu, (jui l'avait acheté 350 louis d'or, s'est dégcn'ilé, el que lli'rault prétend lui avoir acheté :2 500 livres. Il est fort beau assurément, mais je dirai à V. A. un secret que personne ne sait et que je la supiilic de garder, c'est que tout n'est pas de la main d'Annibal ; le petit (]lirist illumine toutes les figures ; tout ce qui est frappé de celle lumière est d'Annibal et d'une beauté singulière ; mais presque tout ce qui est dans l'ombre n'en est pas, non jilus ({iie l'étable et les autres choses qui serveul de fond. Avec tout (uda beaucoup de gens sont après, qui ne voient point ce faible, el je; leur pardonne, car après tout le tableau est rare, el s'il n'avait pas le défaut d'être de si grand prix et de si petit volume, ce serait un tableau à ne laisser pas aller. 11 n'est guère plus grand que cette feuille entière (0'",38j de haut sur 0"',2:25 de large). Je dis toutes ces choses à V. A. pour la tenir avertie de ce qu'il y a de beau à vendre, suivant ses ordres, et pour ne rien omettre de ce (|iie je lui dois jiour tant de boiil('s qu'elle a pour moi... ». I*. S. « Depuis ma lellre ('■crite, j'ai passé chez le bonhomme Picart, qui a vendu le tableau à I[(''rault ; il m'a avoué ne le lui avoir veiulu que deux cents louis d Or. Il m'en a fait voir une petite; coiue assez mauvaise ; si V. A. la veut voir, elle n'a ([u'à chuiner l'ordre qu'on l'aille prendre chez lui et qu'on la lui renvoie... ».

Autre lettre de Passart, non dah'e, mais cerlaineiiieiil du mois de mars 1682: « Je donne avis à V. A. S. que je viens d'acheter le lalileau de Louis Carrache dont j'ai eu l'honneur de lui écrire. Il coûte (juehiue peu moins de cent louis d'or (|ue j'ai l»ayés, et l'on vient tout pn-seulemeiil de me l'apporter. J'en suis fort coulent el je crois que (|uaiid on y aura fait ce ([ii'il faut, V. \. S. le sera aussi. Si je n'eusse pris le temps de l'absence des bons curieux, il aurait monté plus

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