‹ Les arts de l'ameublement; la décorationChapitre 10 sur 118 · VII. LORSQUE l’artiste REPRESENTE UNE SCÈNE OU · texte numérisé non relu

VII. LORSQUE l’artiste REPRESENTE UNE SCÈNE OU

UNE ALLÉGORIE, IL IMPORTE QUE LE SENS DE CETTE SCÈNE OU DE CETTE ALLEGORIE SOIT FACILE A SAISIR.

Le rôle de la décoration, ne craignons pas de le redire, est uniquement de charmer les yeux. C’est pourquoi le dé-

Fig. 10. — Exemple fautif de décoration commençant sur le fond d’un plat et se continuant sur le rebord. (Faïence italienne de la fin du xvi^ siècle.)

corateur a si souvent recours à des représentations fabuleuses pour exprimer des abstractions plus ou moins claires. N’étant plus contenu dans les bornes de la réalité, il peut alors donner libre cours à sa fantaisie, et à l’aide de ces gracieuses fictions produire des créations exquises. Notre esprit, au surplus, s’accommode fort bien, malgré leur invraisemblance, de ces sujets merveilleux; peut-elre pour cette même raison qui fait que les spectacles s’accommodent mieux des lumières artificielles que du jour. L’art et ces lumières constituent un commencement d’illusion. Mais

le décorateur, lorsqu’il recourt à ces représentations, doit éviter avec soin de soumettre l’intelligence du spectateur à une préoccupation persistante.

En conséquence, lorsque rornementation d’une surface est, de par la volonté du maître de l’œuvre, appelée à consacrer un événement plus ou moins mémorable; à symboliser un art, une science, une fonction; à figurer une éjioque de l’année, à représenter une partie de la terre, etc.; en un mot, lorsqu’elle doit avoir une signification précise, il importe que cette signification soit facilement compréhensible et que l’intention apparaisse clairement. Le rôle de ces fictions délicates, en effet, estde rendre concrètes, c’està-dire visibles, tangibles en quelque sorte, la pensée, l’idée, en un mot l’abstraction qu’elles ont pour objet d’exprimer. Par suite, toute allégorie obscure, dont le sens, pour être démêlé, exige une certaine tension d’esprit ou un effort d’intelligence, doit être sévèrement bannie de la décoration. Toute représentation de ce genre qui tourne au rébus est essentiellement condamnable. Le Mière, qui a consacré à la Peinture un indigeste poème, a donc eu raison d’écrire ;

Ainsi l’Allégorie au besoin aide l’Art;

Mais souvent un artiste imagine au hasard,

Et pour m’embarrasser par une énigme vaine,

Se perche avec le Sphinx sur la roche Thébaine ;

Mon œil impatient, par la toile offusqué.

Laisse dans ses brouillards le sens mal indiqué.

Le sens doit être clair, cjuoiqu’il change d’origine ; L’Allégorie habite un palais diaphane f..

C’est ce même besoin de clarté qui faisait dire par Diderot aux peintres de son temps ; « N’inventez de nouveaux personnages allégoriques qu’avec sobriété, sous peine de devenir énigmatiques^. »

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