Caillot, Vie publique des Français^ tome II, p
sentimental. La crainte instinctive que nous ressentons à la vue d’une ouverture béante, le vertige qui nous saisit lorsque nous sommes isolés sur un sommet, l’impression répulsive qui, sur un balcon dépourvu de balustrade ou de rampe, nous fait nous rejeter en arrière, ces sensations sont trop connues et trop caractéristiques pour qu’on puisse nier sinon l’horreur, du moins l’aversion que le vide nous inspire. « Le ])lus grand philosophe dn monde, a dit Pascal, sur une ])lanclie ])lus grande qu’il ne faut pour marcher à son ordinaire, s’il y a au-dessous un précipice, quoique sa raison le convainque de sa sûre Lé, son imagination prévaudra. Plusieurs ne sauroient en soutenir la pensée sans pâlir et suer h » — « Il y a très }>eu d’hommes, écrit Dugald Stewart, qui j)uissent regarder en bas, du haut d’une tour très élevée, sans éprouver un sentiment de crainte. Et cependant leur raison les convainc qu’ils ne courent pas plus de risques que s’ils étaient à terre sur leurs pieds “. «
Eli bien , dans la décoration, ce sentiment instinctif se manifeste également, et le vide pratiqué dans nn plein, par ce seul fait qu’il semble entamer la solidité de ce jilein, provoque chez nous une sorte d’inquiétude, peu raisonnable assurément, mais dont un décorateur soigneux ne manque pas cependant de tenir compte. C’est pourquoi de toute antiquité les architectes ont pris soin d’entourer leurs ouvertures de solides chambranles, de souligner leurs arcs d'intrados et d’extrados robustes, qui semblent renforcer la construction tout autour de la baie. Et l’habitude de ce renforcement est si invétérée en nous, qu’un simple œil-de-bœuf dépourvu de cet entourage nous paraît choquant.
Obéissant à ce même sentiment, les décorateurs, eux