VIII. LE DÉCORATEUR, LORSQU’IL EMPLOIE DES ATTRI
BUTS POUR SYMBOLISER UN ART, UNE SCIENCE, UNE OCCU- PATION, ETC., DOIT, AUTANT QUE POSSIBLE, CHOISIR CES ATTRIBUTS PARMI LES TYPES CONSACRES, ET GENERALE- MENT PARMI LES FIGURES ARCHAÏQUES.
« Je loue les peintres, car ils expriment la vérité à l’aide de fictions, » a dit un Ancien^. Dans les Arts décoratifs, plus encore que dans les Beaux-Arts, les fictions paraissent nécessaires, et les artistes sont journellement obligés de recourir non seulement à des allégories , mais aussi à l’emploi d’objets empruntés aux usages de la vie et qui, transformés en symboles, servent à marquer le caractère spécial de certaines figures, à déterminer leurs qualités essentielles ou à fixer leur personnalité. Ces objets symboliques prennent le nom d’attributs. La balance et le glaive, par exemple, sont les attributs de la Justice; la trompette, celui de la Renommée ; la roue est l’attribut de la Fortune . On donne également ce même nom à des faisceaux ou à des groupements d’objets caractérisant une occupation, une science ou un art, et qui, ingénieusement combinés, fournissent non seulement des motifs de décoration agréables,
1 . Dictionnaire de V ameahlenient et de la déeoration^ tome P’’, col. 55 .
2. (( Laudo pietores : alatos enini aniores pingunt^ et avte transformant id quod vere est, et fictionibus veritatem exprimant. )) Theophyl. Simocatus, cité par Franciscus Junius dans son livre ; De pietura veterum’ Amsterdam, 1G37, 1. III, p. Ibl.
mais encore constituent d’élégants hiéroglyphes dont, avec un peu d’attention, la lecture doit demeurer facile.
Ajoutons que les attributs ne servent pas seulement à caractériser les personnages. De tout temps ils ont été employés par les architectes pour préciser la destination des édifices. C’est ainsi que les métopes du temple de Délos, consacré à Apollon, étaient décorées de lyres. Jadis les temples dédiés à Neptune étaient ornés d’éperons de navire et (le gouvernails. L’entrée des théâtres était signalée par
Fig. 11. — ExeniQjle de trophée composé avec des attributs archaKpies.
des mas(|ues tragicpes etcomic|ues. De nos jours, une croix placée au-dessus d’une porte désigne une chapelle, un séminaire, un couvent. Des cascfues et des trophées indiquent une caserne. La plupart des enseignes ingénieuses et pittorescpies cjui se prélassaient autrefois au-dessus des portes, sortes d’armes parlantes de nos arts et métiers, symbolisaient par des attributs la profession de celui dont elles ornaient la demeure. Enfin, même dans la décoration intérieure, ces sortes d’emblèmes, choisis avec intelligence et employés avec discrétion, peuvent indiquer la destination d’une pièce, en même temps qu’ils concourent à sa décoration. Des faisceaux groupant les attributs delà pêche ou de la chasse conviennent parfaitement à une salle à manger ;
des instruments de musique, des livres, des cahiers, à une salle de concert ou un salon de compagnie, etc.
Dans le choix des objets composant ces hiéroghq:)hes, le décorateur habile accorde la préférence aux figures archaïques, qui, étant consacrées parle temps, doivent à celte consécration de mieux conserver leur apparence symbolique. « Comme ces anciens ornements jouissent du droit de possession, remarque, à ce propos, le peintre anglais Reynolds C on ne doit les abandonner que lorsqu’on peut les remplacer par d’autres qui non seulement sont plus beaux, mais qui peuvent balancer la confusion et le désordre qui résultent toujours de l’innovation. )) Enfin le décorateur, s’il est forcé de recourir, faute d’équivalents, à la représentation d’objets relativement modernes, évite avec soin de donner à ces objets un aspect trop réel, qui atténuerait certainement leur valeur emblématique.